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G. Histoire du dogme.
L'Ecriture sainte contient tous les éléments de la doctrine chrétienne; mais, en tant que révélation vivante, elle n'en fait pas une exposition systématique Les enseignements s'y trouvent les uns développés, les autres seulement en germe ; mais presque aucun n'y revêt une formule arrêtée et qui ne puisse prêter à des interprétations diverses. Dès les premiers temps de l'Eglise nous voyons que l'on appréciait de plusieurs manières les faits de la révélation. C'est surtout dans les rapports de la nouvelle alliance avec la loi de Moïse que des dissentiments importants se produisirent parmi les chrétiens de l'âge apostolique, dissentiments dont le Nouveau Testament nous a conservé la mémoire.
La décision dogmatique de l'assemblée des apôtres à Jérusalem (Actes XV) , donna une première solution à la question, en écartant certaines des opinions en présence. Les éléments de cette décision ne se trouvaient pas exprimés formellement dans les enseignements du Seigneur. Forts cependant de leur conscience chrétienne et de leur fidélité, les apôtres ne craignirent pas de prononcer. C'était la première fois que l'Eglise , par ses représentants autoi'isés, tranchait une difficulté dogmatique et prononçait un arrêt pour lequel elle réclamait l'obéissance.
La pensée chrétienne, divergente déjà chez ceux qui étaient si près de sa source, ne resta pas bien long-
temps une. Les Pères et les docteurs se virent amenés par les circonstances à approfondir certains sujets, et à tirer des prémisses posées dans l'Ecriture certaines conclusions. Le besoin de penser, inhérent à l'homme, fut bien vite transporté dans le domaine du christianisme. On se mit à spéculer sur le contenu de la foi. On tenta d'expliquer les mystères chrétiens, et, de bonne heure, des théories opposées se formèrent sur les faits de la révélation. Le démon soufflant sa haine de la vérité sur ces dispositions naturelles en fit sortir l'hérésie, et bientôt les différences ne furent plus renfermées dans le sein du christianisme; la lutte s'ouvrit entre ce qui était chrétien et ce qui prétendait l'être sans en avoir le droit. Les nécessités pratiques du gouvernement de l'Eglise, le devoir impérieux de résister aux retours offensifs du paganisme et de la philosophie, retours tentés par les hérétiques dans l'Église, forcèrent bientôt à préciser un grand nombre de doctrines, et ce travail commencé dans les premiers siècles s'est continué depuis lors. Les penseurs chrétiens ont tenté des explications, l'Église assemblée a prononcé entre elles dans ses conciles, les groupes ecclésiastiques ont reconnu les unes et rejeté les autres dans leurs confessions de foi , et ainsi la doctrine a marché, se précisant toujours, se corrompant quelquefois. Il résulte de tout cela que le dogme a une histoire. Nous sommes les héritiers de la foi de nos pères ; pour savoir si nous devons accepter cet héritage, il est nécessaire d'en faire un inventaire sérieux ; c'est à quoi sert la théologie historique; préparée par l'histoire de
l'Église, l'histoire du dogme doit montrer comment sont nées sur la base de l'Écriture les doctrines que professent les diverses communions chrétiennes ; elle doit mettre en état de juger si les développements que l'on a donnés à la foi sont légitimes ou erronés ; elle est un des termes de la grande vérification de la foi de l'Église qui est le but de la théologie.
L'ordre à adopter dans cette science ne saurait être tout à fait le même que pour l'histoire ecclésiastique. L'unité de celle-ci était dans l'Église dont il fallait suivre les destinées, aussi, la suite des temps était-elle le fil conducteur que l'on n'avait pu abandonner. L'unité de l'histoire du dogme est dans le dogme même. Il convient cependant de ne pas perdre de vue le temps; car c'est dans le temps que s'est développée la doctrine. On ne peut donc entièrement négliger la division en périodes ; mais, dans l'espace d'une même période, il sera bon de suivre une doctrine depuis son point de départ jusqu'à son point d'arrivée. Après une exposition des destinées générales des croyances chrétiennes, nous diviserions le cours en trois grandes périodes : le temps de la création de la doctrine, jusqu'au concile de Chalcédoine (463) ; le temps de l'obscurcissement de la doctrine, du concile de Chalcédoine à la Réformation (453 à 1517) ; et enfin le temps du rétablissement et du contrôle de la doctrine : de la Réformation jusqu'à nos jours.
L'étude terminée, on saura comment la doctrine s'est
formée ; il faudrait voir maintenant si elle a bien fait de se former comme elle l'a fait; nous préférons remettre ce travail au moment où nous aurons vu à l'œuvre le troisième facteur de la foi : la pensée chrétienne philosophique.
TROISIÈME BRANCHE. — Théologie Spéculative ou philosophique.
A. Prolégomènes.
On réunit généralement sous ce nom, ou encore sous celui de théologie systématique,' la dogmatique et la morale, auxquelles quelques-uns ajoutent l'apologétique, la polémique, etc. Quelques prolégomènes sont ici nécessaires pour expliquer le point de vue où nous nous plaçons pour (Organiser cette branche de la théologie.
La dogmatique,; qui, plour la plupart des auteurs, est la science maîtresse de ôétte partie 'de la< théologie, peut être comprise de diverses façons. Les uns en font une science apologétique, l'exposition systématique et la justification par la Bible de la foi de l'Église; c'est l'idée qu'en ont les théologiens du xvii* siècle. Schleiermacher se place, comme nous l'avons dit, au point de vue historique ; pour lui « la théologie dogmatique est la science de l'ensemble de la doctrine reçue dans une communion chrétienne à une époque donnée ».
Ces deux systèmes contiennent évidemment quelque chose de vrai ; ils trouvent place dans notre exposition : le premier n'est qu'une fusion de notre symbolique et de notre théologie biblique ; le second qu'une partie de l'histoire du dogme; muis ni l'un ni l'autre n'apportent rien de nouveau à la théologie.
Est-ce à dire qu'il n'y ait rien à ajouter et que la théologie soit achevée? Nous ne le pensons pas; il nous semble que ce que l'on a vu jusqu'ici n'épuise pas la matière et qu'il reste encore place pour une science importante, la dogmatique au sens de Twesten. de Kahnis et d'autres auteurs.
Le christianisme n'est pas seulement un enseignement; il est encore une vie; il agit sur la manière d'être de celui qui le reçoit; le Christ communique avec le croyant de telle sorte que celui-ci en est littéralement changé, que des éléments nouveaux entrent dans sa conscience et font désormais partie de son être, de sa substance. Il est réellement, et au sens propre, un nouvel homme, une nouvelle créature. Cet homme nouveau n'est pas plus incapable que l'ancien de penser et de spéculer. Les besoins et les facultés philosophiques ne lui sont pas devenus étrangers ; bien au contraire, sa nature et sa pensée, devenues plus spirituelles, le portent davantage de ce côté, et si l'homme naturel, lorsqu'il est cultivé, ne peut se passer de philosophie, cela est encore plus vrai du chrétien, qui vit davantage dans les préoccupations de cet ordre. Il faut donc qu'il y ait une philosophie chrétienne; il faut que ce que le
croyant sent de Dieu passe dans le domaine de la pensée, et qu'à la métaphysique naturelle il substitue une métaphysique transformée et complétée parles lumières nouvelles dont il est éclairé. Sa propre nature humaine, elle aussi, se trouve placée dans un jour nouveau, il ne pourra donc plus se servir de la vieille psychologie, car il a conscience de soi autrement que le philosophe; il doit élever une psychologie nouvelle. Mais, s'il est transformé, sa destinée lui apparaît sous un nouveau jour; ses devoirs se sont, sinon modifiés, du moins étendus; il a, comme chrétien, une morale plus complète et plus pure que celle qu'il avait comme homme du monde. Voilà donc trois des branches de la philosophie profondément affectées par le changement qui s'est produit en lui; la psychologie, la métaphysique, la morale anciennes, ne peuvent plus lui suffu'e, et, si la logique échappe à ce bouleversement, elle ne le doit qu'à son caractère impersonnel.
Il y a donc une philosophie chrétienne; mais nous n'avons pas démontré encore qu'à cette philosophie corresponde une science théologique; c'est ce qu'il faut tenter maintenant. Pour cela, remontons à notre définition de la théologie pure : sa mission est de contrôler la foi de l'Église. Or cette foi n'est pas une foi en l'air ; elle tient à quelque chose. Nous avons déjà, pour la vérifier, étudié l'Écriture et l'histoire; mais tout cela ne suffit pas encore. Elle aurait beau s'appuyer de tous les témoignages extérieurs, accumuler les preuves scripturaircs ou historiques, tout cela ne saurait lui
servir de rien, si la conscience chrétienne n'est pas convaincue de sa vérité, si elle proteste intérieurement contre elle et si elle ne vient pas sceller de son témoignage suprême ceux qui ont déjà été rendus. Ce que dit la conscience chrétienne est indispensable à la théologie, il faut donc bien que la théologie s'en empare, et le besoin créerait pour elle un droit si elle ne le possédait d'ailleurs. La philosophie pure n'y perdra rien pour cela, elle conservera tous ses droits sur ces matières et pourra, elle aussi, les traiter selon la méthode qui lui est propre, en disposer autrement le contenu, presser davantage telle partie pour en tirer de nouveaux développements qui seraient indifférents à la théologie, glisser sur telle autre qui est par nature plus spécialement théologique. Le domaine de la pensée spéculative chrétienne pourra avoir deux rois et obéir à tous deux dans ce qui est de leur compétence respective avoc la certitude que, si l'on n'abuse pas de cette spéculation, il n'y aura pas de contradiction entre les deux séries de développements.
Nous concevons donc la théologie spéculative comme une science qui reproduit q,u dehors le contenu de la conscience chrétienne ; la conscience étant une, la théologie spéculative participe à cette unité ; il n'y a donc pas lieu de la diviser en plus d'une branche, et l'on peut laisser tomber cette distinction entre la dogmatique et la morale dont le rationalisme a tant abusé. Supprimer la barrière qui les sépare pour fondre en une seule les deux disciplines n'est pas une théorie nou-
velle; beaucoup de théologiens ont déjà soutenu ce point de vue; mais il faut bien reconnaître que les essais tentés pour réaliser cette union n'ont pas jusqu'ici été très-heureux. Cela ne prouve pas que l'idée soit fausse; et nous croyons qu'en s'y prenant autrement on aurait pu mieux réussir.
Plus indépendante que les autres sciences théologiques, la théologie spéculative a moins besoin de sciences auxiliaires; elle pourrait, à la rigueur, s'élever seule et par ses propres forces. Cependant, plus elle sera éclairée, mieux cela vaudra ; et une culture philosophique solide précédera ses travaux avec avantage. Ici encore, nous retrouverons notre distinction entre les auxiliaires formels et les auxiliaires réels. Par les premiers nous entendons non plus la philologie dont on n'a que faire ici, mais la logique qui, en déterminant les lois suivant lesquelles se meut la pensée humaine, écartera le danger des faux raisonnements, des inductions téméraires et des déductions erronées.
Quant aux connaissances réelles, ce qu'il faut, c'est, non pas la philosophie comme on le dit quelquefois, mais l'histoire de la philosophie. Il faut voir les divers témoignages que la conscience humaine a rendus dans le cours des siècles et apprécier les conséquences qu'ils ont eus pour en éviter les erreurs et pour profiter de ce qu'il y a en eux de bon et de vrai.
Cette double préparation, formelle et réelle, permet d'aborder, mieux préparé, les recherches de théologie spéculative, auxquelles il faut maintenant passer.
B. Méthode de théologie spéculative.
La tliéologie spéculative renferme deux éléments r 1" ce que dit la conscience ciirétienne d'une manière directe ; 2° ce que renferme implicitement ce témoignage et ce qu'il en faut tirer au moyen de la logique. Ce second élément devra constamment être comparé à l'affirmation première de la conscience, pour bien s'assurer qu'on ne lui fait pas dire plus ou moins que ce qu'elle dit en réalité.
Mais la conscience chrétienne n'est parfaite chez aucun individu ; tous, nous ne croyons pas d'une manière complète et vivante toutes les parties de la doctrine ; certains points sont restés à l'état de connaissances reçues, mais non vécues. 11 s'en suit qu'aucune théologie philosophique ne sera complète, mais qu'elle présentera toujours des lacunes plus ou moins considérables et que la science de chacun sera ce qu'est sa foi. A celui qui croira peu, sa conscience ne rendra qu'un témoignage peu explicite; à celui qui croira beaucoup, elle dira davantage; à l'homme normal qui croirait toute la vérité et l'aurait reçue tout entière, sa conscience refléterait tout et serait parfaitement identique au témoignage normal que nous avons dans l'Ecriture. Il s'ensuit qu'il y aura autant de théologies spéculatives qu'il y a de théologiens.
Cependant il y a entre les esprits et les cœurs d'évidentes parentés. Les membres fidèles d'une même Église
croient le.-^ mêmes doctrines; les théologiens d'une même école envisagent les questions h peu près de la même façon ; il y a ainsi divers groupes de théologies philosophiques, et celte science, purement individuelle en théorie, revèl en pratique un caractère plus collectif. Néanmoins il Inut bien reconnaître qu'elle conserve un caractèn^ marqué d'individualisme. On nous en a fait le reproche. Vous tentez, nous a-t-on dit, de construire un système ecclésiastique, vous voulez contribuer à la réaction, aujourd'hui si puissante, contre l'individualisme qui a fait tant; de mal à nos Eglises, et voilà que vous lui ronvrez la porte et que vous le faites rentrer dans la maison dont vous prétendiez l'exclure. Quelque spécieuse que soit l'objection, elle ne nous a pas ébranlé. Nous n'aimons pas l'individualisme, nous le considérons comme tVmeste, lorsqu'il est le maître; mais nous sommes bien obligés de reconnaître qu'il existe, que la conscience hcunaine individuelle joue un rôle dans les choses religieuses. Nous ne sommes pas libres de faire disparaître cette tendance, quelque envie que nous en puissions avoir. [1 faut donc, puisqu'elle existe, reconnaître soji droit à l'existence, et compter avec elle; mais de là à la faire prédominer, il y a loin. Nous rejetons absolunr-ent toute construction de la théologie où, partant de l'inconnu, l'individu cherche à découvrir ce qu'il doit croire. Mais nous devons maintenir à l'homme le droit de contrôler, d'accepter, de modifier ou de rejeter la foi qu'il a reçue de l'Eglise, et celle-ci n'en sera que j)lns forte et plus solide si ce témoin indépen-
dant vient déposer en sa faveur et ajouter ce qu'il peut avoir d'autorité à celle que la foi ecclésiastique tient déjà d'ailleurs. C'est pourquoi, malgré l'objection, nous maintenons la légitimité de la théologie philosophique.
Une dernière observation préliminaire est encore nécessaire : on pourra s'étonner que nous fassions sortir de la conscience seule une dogmatique presque complète; bien des affirmations que nous donnons comme résultats de l'étude de la conscience ne sont, pourraiton objecter, que des réminiscences, et, par une illusion singulière, vous confondez ce que dit votre conscience et ce que votre mémoire vous rappelle. Qu'y a-t-il de fondé dans cette objection? Nous sommes obligés de confesser que beaucoup de nos affirmations ne sortent pas de la conscience humaine générale; mais nous maintenons qu'elles sont le produit légitime de la conscience chrétienne. Sans doute, le chrétien, avant que ces choses devinssent partie intégrante de sa vie, les a reçues du dehors 5 s'il ne les avait pas entendues, jamais il ne les aurait dites. Mais qu'importe leur origine, si aujourd'hui elles sont bien à lui! Nous n'avons jamais prétendu que la conscience fût capable d'inventer le christianisme; nous soutenons seulement qu'elle en peut être l'écho fidèle, et cela suffit à notre démonstration. Si une doctrine a tellement pénétré l'âme qu'elle la reproduise comme d'elle-même, c'est donc que cette doctrine lui convenait et répondait à ses besoins.
Nous n'avons pas à développer ici un plan de théologie spéculative. Cependant nous voulons montrer
très-sommairement comment les points essentiels de la dogmatique sortent directement du témoignage de la conscience chrétienne ; mais nous dépasserions les limites naturelles de la méthodologie, si nous tentions ici de l'aire davantage, et si nous déterminions la manière dont de ces affirmations premières proviennent par voie logique toutes les autres.
Réduit à sa plus simple expi-essioi', quel est, sur les objets de la foi, le témoignage de la conscience chrétienne? Le chrétien" sait qu'il a été rétabli par le Christ dans la communion de Dieu dont il dépend. 11 connaît ses rapports avec Dieu, comme ceux, d'un réconcilié. On voit que cette affirmation contient en germe l'anthropologie, la sotériologie, la christologie et la théologie, c'est-à-dire la dogmatique presque entière. En pressant davantage ces propositions, on les verra se décomposer elles-mêmes et embrasser toujours plus en détail le contenu de la dogmatique; la morale en sortira comme une conséquence, et, en appliquant la logique à ce que la conscience nous aura dit, nous arriverons sans violence à compléter le tableau et à savoir ainsi ce que le chrétien sent de toutes ces choses. Ce travail terminé, nous avons achevé de parcourir le cycle de la théologie pure, et nous pouvons mettre les résultats qu'elle nous a donnés en rapport avec la foi de l'Église qui a été exposée au commencement des études.
Théologie systématique.
Mais il faut d'abord classer ces résultats. T/est la tâche de la théologie systématique. De.» conchisions de la théologie biblique, de l'histoire du «logme nt de la théologie spéculative, elle doit l'aire un loul organique. Mais quel est l'ordre à adopter pour cela?
Gomme le but pratique que l'on poursuit est la comparaison des conclusions de la théologie pure avec la foi de l'Eglise, on pourrait être tenté de prendre pour cadre le plan que l'on a suivi pour expo^er la doctrine ecclésiastique. Cela serait évidemment clair et commode. Cependant nous ne pourrions nous rallier à cette idée. Le plan suivi est lui-même une des choses à vérifier, on ne saurait donc le supposer acquis, et il faut que la théologie systématique trouve en elle-même les principes qui doivent présider à son organisation.
Ces principes, la théologie biblique et l'histoire des dogmes ne sauraient nous les fournil. Le caractère d'étude de détail qu'elles ont au premiei- chef, leur (Me cette faculté. C'est donc à la théologie spéculative que nous nous adresserons, nous lui demanderons de nous donner le lien qui doit réunir en im eorps tous les membres épars que nous avons rassemblés, et notre recherche ne sera pas vaine; car à l'unité intérieure de la conscience correspond une autre unité extérieure qui nous a permis de construire la branche spéciale que nous en avons tirée et à l'aide de laquelle nous élève-
rons maintenant rédifice de la théologie systématique dans lequel nous réunirons tout ce que nous avons trouvé dans nos études précédentes.
Comme pour la théologie philosophique, nous sortirions de notre but, tout d'introduction, si nous entrions " dans la matière même et si nous en donnions l'organisation détaillée. Nous nous bornons donc aux indications précédentes et nous passons à la partie de notre travail qui doit servir de conclusion à toute la théologie pure, à la comparaison des résultats acquis maintenant avec les croyances traditionnelles dont nous avons hérité.
Conclusion de la théologie pure.
S'il y avait dès l'abord une présomption en faveur de la foi ecclésiastique, cependant cette présomption n'équivalait pas à une certitude. L'autorité de l'Eglise n'étant que dérivée, il était nécessaire de s'adresser, pour en contrôler les décisions, à l'autorité absolue, l'Écriture; il fallait voir comment les siècles ont développé sur le fondement scripturaire une théologie qui peut souvent en paraître dilïérente; on devait enfin s'assurer que la conscience humaine avait reçu et s'était assimilé les doctrines qui étaient résultées de ce travail. Il reste pour conclure à voir si l'Eglise a fidèlement reproduit ces divers éléments, ou si elle en a altéré ou modifié quelques-uns, et, en cas de désaccord, se déterminer à choisir l'une ou l'autre des affirmations divergentes.
Comme il s'agit d'abord d'une simple comparaison, il faut étudier doctrine après doctrine pour voir si l'accord est parfait. Quand on arrivera à un résultai satisfaisant, quand un dogme ecclésiastique aura pour lui toutes les autorités, l'Écriture, l'histoire, la conscience, il sera évidemment à maintenir tel quel et' sans modifications. 3Iais ce n'est là que le cas le plus simple et il pourra s'en présenter d'autres; telle croyance traditionnelle peut différer plus ou moins des résultats auxquels l'étude nous aura amenés; c'est là que l'opération devient plus délicate et qu'il faut s'armer d'une sagacité et d'une fidélité extraordinaires, pour ne pas choisir légèrement. Les théologiens, qui ont abandonné le terrain confessionnel, sont ici assez à leur aise ; ils se résignent sans peine à laisser tomber une doctrine reçue. Nous ne pouvons faire comme eux; il y a, à abandonner une croyance de l'Eglise, un déchirement et une souffrance aiguë pour celui qui tient aux vieilles confessions de foi; il faut donc qu'if use ici d'une prudence toute particulière et qu'il soit bien fixé sur les règles a suivre dans son travail.
Comme l'Écriture sainte est la norme absolue de la foi, c'est à elle que doit rester ici le dernier mol. Si donc un enseignement de l'Église se trouve en contradiction patente avec elle, il n'y a qu'à s'inclmer et à corriger la doctrine ecclésiastique. C'est là un principe certain, mais il faut mettre à l'appliquer la plus grande discrétion. L'Église a tiré sa foi de l'Écriture sainte, et la doctrine est le résultat des recherches qu'ont faites
dans la Bible les chrétiens de tous les siècles. Rejeter légèrement ce qu'ils y ont trouvé, substituer son sens au leur, serait un acte de grande présomption, si l'on n'avait auparavant examiné souvent à fond la question.
Lors donc que, pour la première, fois on arrive à une conclusion qui paraît mettre la doctrine ecclésias-» tique en contradiction avec les enseignements de l'Écriture, le premier mouvement doit être de dire que l'on s'est trompé, que l'on a mal compris l'Écriture et qu, l'on va recommencer l'examen avec plus de scrupules encore. Combien en effet il est peu probable que nous ayons mieux saisi le sens des auteurs sacrés que tous les saints et les docteurs qui ont été avant nous! Combien, au contraire, il est plus vraisemblable que nous nous sommes^ trompés et que nous avons fait erreur! Cependant nous soumettre purement et simplement n'est pas possible; ce serait une abdication à laquelle la conscience se refuse. Que faut-il donc faire? Revoir les difficultés et ne laisser de côté aucune possibilité d'accord ; bien souvent ce nouvel examen fera disparaître l'apparente contradiction. Mais s'il en était autrement, si la divergence persistait, lorsque tous les moyens de conciliation que doit nous inspirer la défiance de nousmêmes et de notre sens propre seraient épuisés, il faudrait bien en venir à sacrifier la doctrine de l'Église à l'Écriture, qui seule est souveraine absolue en matière de foi.
Dans les conflits qui pourront être soulevés entre la tradition et l'histoire, on ne peut tracer une règle abso-
lue, il faudra apprécier chaque cas particulier, pour savoir à qui donner raison.
Lorsque enfin la conscience chrétienne individuelle et la foi ecclésiastique , qui est comme la conscience collective des chrétiens d'une même dénomination, ne pourront s'entendre, comme on aura affaire à deux puissances dont aucune ne peut imposer à l'autre son autorité, il faudra recourir à un arbitre qui ait le droit de commander et demander à la Bible d'unir les deux termes opposés ou de prononcer entre eux. Devant ce juge souverain seulement, le condamné sera forcé de s'incliner. Mais la nature de la foi de l'Eglise et celle de la conscience sont telles qu'elles ne peuvent se soumettre à moins.
De tout ce travail résultera un corps de doctrine que l'on peut appeler normal. La première partie du rôle de la théologie est terminée. Celui qui l'étudié sait maintenant ce qu'il doit croire. Pour qu'il soit à la hauteur de sa mission, il faut qu'il voie comment cette foi doit être employée à servir et à gouverner l'Éghse. Cette étude forme l'objet de la théolog:ie pratique-