PRINCIPES GÉNÉRAUX DE DIVISION DE LA THÉOLOGIE
Nous arrivons maintenant à la partie de ce travail à laquelle nous attachons la plus grande importance. Bien diviser la théologie est une des choses qui contribuent le plus à la faire bien comprendre. Comme l'organisation que nous proposons ici s'écarte passablement de celle qui est généralement suivie, il faut la justifier d'abord en quelques mots.
La plupart des méthodologies, après avoir défini quelques notions générales, telles que celles de religion, de théologie, etc., partent de l'étude de l'Écriture comme point de départ, et développent la science sur la base de ce que leur a fourni l'Écriture. Cette méthode est tellement usitée qu'il s'est étabh un préjugé en sa faveur et qu'elle passe, auprès de beaucoup de théologiens pour la méthode protestante par excellence. Nous
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devons avouer qu'elle ne nous satisfait pas. Si la théologie était une science purement spéculative à créer de toutes pièces en partant de l'inconnu, il y aurait certainement lieu de suivre ce procédé. Mais c'est précisément cette tendance à passer de l'inconnu au connu que nous avons à cœur de combattre. Est-il besoin de dire que nous considérons les églises protestantes comme ayant une doctrine certaine, arrêtée, qu'il faut admettre sous peine de cesser d'en faire partie? Le libre examen, dont on fait quelquefois tant de bruit, n'est qu'une dangereuse utopie lorsqu'on lui assigne sa place dans le sein d'une communauté religieuse organisée; il est la négation de tout ordre et de toute discipline, absolument incompatible avec l'idée même de communauté. Est-ce à dire que nous voulions restreindre l'élément de liberté que la réforme a pris dans l'Évangile et qu'elle a fait rentrer dans le domaine des choses religieuses? Loin de nous une telle pensée ! Il faut que la liberté conserve sa place dans la religion ; mais il s'agit de lui déterminer cette place et de ne pas la lui assigner là où elle n'est pas. Ce n'est pas dans le sein d'une église dont la doctrine est fixée que doit agir la liberté du choix; c'est à l'entrée dans cette église. Le protestant est libre parce qu'il accepte librement la foi de l'Église à laquelle il se rattache ; il est libre parce qu'il en peut toujours sortir le jour où cette foi commune ne sera plus la sienne. En cela est la liberté, que l'on n'appartient à une Église que lorsqu'on veut en faire partie. Reçu dans l'Église par le baptême, le chrétien a adhéré implicitement à sa foi et en est
membre tant qu'il le veut; si plus tard il lui plaît d'en sortir et de mépriser la grâce que lui a conférée le sacrement, il en est toujours libre à ses risques et périls. Mais tant qu'il y reste, il ne peut pas plus se mettre au-dessus de ses dogmes que le citoyen ne peut, parce que tel est son bon plaisir, se mettre au-dessus ^es lois de son pays, sous prétexte qu'en cela il fait usage de sa liberté. Dans le domaine politique, un pays est libre lorsque ses lois ont été librement consenties par ses citoyens; personne, je pense, sauf peut-être quelques rares partisans de l'anarchie, ne songe à contester cette proposition. Mais les mêmes hommes qui confessent cette vérité dans la société civile changent aussitôt d'avis et veulent appliquer d'autres règles à la société religieuse. C'est pourquoi il importe de faire une théologie qui ne laisse pas place à ces dangereuses erreurs. Cette raison nous empêche d'adopter une construction de la science qui suppose que la vérité est d'abord à chercher et à trouver, et nous décide à nous mettre en quête d'un système qui parte de la vérité connue, la foi de l'Église, pour la contrôler (et ici la liberté reprend ses droits) et pour la faire passer dans la pratique.
Nous faisons donc commencer l'étude de la théologie par l'exposition de la foi de l'Eglise, ou symbolique ecclésiastique. On aura ainsi une base solide de laquelle on pourra partir, sans avoir à craindre de se perdre en route, comme il arrive souvent à ceux qui veulent s'élever du néant à la connaissance.
Mais cette foi, quelque important que soit le témoi-