‹ Essai de méthodologie des sciences théologiquesChapitre 7 sur 15 · AG · texte numérisé non relu

AG

gnage que lui rend l'Église, n'est pas tellement certaine qu'elle n'ait besoin d'être vérifiée et contrôlée. Ce travail est celui de la théologie pure ou théorique.

Quelle méthode doit-elle choisir pour cela? La foi actuelle d'une Eglise est la résultante de plusieurs facteurs qui peuvent être ramenés à trois principaux. Elle est d'abord le produit de la révélation, communiquée à l'Eglise primitive par la parole vivante des apôtres, fixée pour les chrétiens des âges suivants par la parole écrite des mêmes apôtres, dans l'Ecriture sainte; elle est ensuite le résultat du travail que l'Église a accompli sur ces documents à travers les siècles ; elle découle enfin de l'effort de la pensée chrétienne sur les faits révélés dans les Écritures. Ces trois éléments réunis ont abouti à fixer une foi qui est celle de l'Église de nos jours. Pour s'assurer que l'Église a bien conclu, le théologien doit refaire le travail à son tour> étudier la révélation écrite pour s'assurer par lui-même qu'elle a été bien comprise, suivre le mouvement de l'histoire, pour apprécier dans quelle mesure les conclusions que l'on en a tirées ont été légitimes, et enfin reproduire l'œuvre de la pensée chrétienne, pour voir si le témoignage que rend la conscience du chrétien est d'accord avec celui de la conscience générale de l'Église. Ce triple travail donne naissance aux trois sciences maîtresses de la théologie théorique : la théologie biblique, résultat de l'exégèse; l'histoire du dogme, que nous enseigne l'histoire de l'Église ; la théologie philosophique ou spéculative , résultat de l'effort de la pensée chrétienne.

— hl —

On voit que nous faisons de l'exégèse et de l'histoire de l'Eglise de simples auxiliaires pour arriver à la connaissance de la théologie biblique et de l'histoire du dogme. Et, en effet, ces sciences ne sont théologiques que par leurs résultats, et ces résultats seuls concourent au but que nous avons reconnu à la théologie. Certes, nous ne voulons pas par là diminuer leur importance ; il nous semble, au contraire, qu'en leur marquant un but théologique au premier chef, nous les rattachons plus étroitement à la théologie même, et nous rendons leur union avec elle plus intime et plus indissoluble.

Par ce travail, nous avons retrouvé la part qu'a eue chaque facteur à la formation de la foi de l'Eglise ; il s'agit maintenant pour conclure de réunir en un ensemble les résultats acquis, et de les comparer à la foi traditionnelle qui est née de la même opération poursuivie pendant des siècles.

Nous concevons cette œuvre de réunion, sous le nom de théologie systématique, comme l'opération par laquelle on rassemble et on coordonne les résultats obtenus par l'étude de l'Écriture, de l'histoire et de la pensée chrétienne ; on en forme ainsi un organisme qui doit contenir tout ce que renfermait l'exposé de la foi de l'Eglise, si les recherches ont été complètes. On a ainsi obtenu par l'étude, un système des croyances chrétiennes qu'il s'agit maintenant de comparer à celui que nous tenons de la tradition. Il y a là matière à une science nouvelle qui n'a pas encore reçu de nom, mais qui, arrivant comme conclusion des études de théologie théorique, serait, croyons-

— hS —

nous, appelée à rendre de réels services. Nous en parlerons plus loin; contentons-nous, pour le moment, de définir sa tâche d'une manière plus générale^ en disant qu'elle doit constater l'accord quand on y sera arrivé, tenter de l'établir quand il semble qu'il soit troublé, conclure quand le conflit n'a pu être écarté. Nous aimerions assez l'appeler une harmonistique, si ce mot n'avait déjà un autre sens dans la terminologie théologique. Arrivé à la fin de cette étude, le théologien sait ce qu'il doit croire ; la théologie pure est terminée ; c'est le moment pour lui de passer à la théologie appliquée ou pratique, de voir de quelle manière il se servira dans son ministère des connaissances qu'il vient d'acquérir. Le pasteur, et en général tout fonctionnaire de l'Église, a une double activité; il doit contribuer à servir et à gouverner l'Église. La théologie pratique doit lui fournir la théorie de l'action qu'il aura à exercer.

Le service et le gouvernement de l'Église peuvent être divisés tous deux en deux sections : travail intérieur, travail extérieur. A chacune de ces sections correspondront une ou plusieurs sciences qu'il faut maintenant passer en revue.

Le service intérieur de l'Église comprend ce qui forme d'une manière plus spéciale l'activité pastorale. Il se décompose en plusieurs fonctions, les unes ayant un caractère public, les autres tenant davantage de l'action privée. En public la grande mission du pasteur est la célébration du culte. Il y pourvoit par la lecture de la liturgie et par la prédication. Chacun de ces deux

— Zi9 —

services a ses règles qui ont donné lieu à deux sciences : la liturgique et l'homilétique. L'instruction des membres de la communauté, et en particulier des jeunes gens, forme comme la transition entre les fonctions publiques et les fonctions privées du pasteur. La catéchétique, qui trace les principes de cette instruction, se rapporte par son objet à l'action publique, par sa méthode elle se rapproche davantage du service privé. Ce dernier prédomine enfin entièrement dans la deuxième branche de cette section, la théologie pastorale, où le pasteur pourvoit par la cure d'âmes, les visites, la confession, là où elle a été conservée, etc., aux besoins religieux individuels de ses paroissiens.

Le service extérieur de l'Église a pour but de la défendre et de chercher à l'étendre. L'apologétique pourvoit aux besoins de la défense, en justifiant la foi et les pratiques de l'Eglise des accusations qui peuvent s'élever contre elles, et en en montrant la légitimité. La polémique, en signalant les erreurs et les abus des adversaires, l'irénique, en faisant ressortir les points de rapprochement que l'on peut avoir avec eux, préparent les voies à l'action que l'on veut exercer sur eux, en faisant tomber ou en ébranlant les préjugés qui les séparent de l'Église. Enfin, lorsque le terrain est sufiisamment préparé, l'halieutique cherche à faire entrer ceux qui sont encore dehors. Lorsque cette action s'exercera sur des hommes ou des peuples non chrétiens, elle revêtira la forme de missions, dont l'halieutique sera dans ce cas la théorie.

Quant au gouvernement de l'Église, il y a lieu de distinguer entre le gouvernement intérieur et les rapports avec le dehors, Etat, société civile, etc.

Après avoir exposé les grandes lignes de notre plan, nous allons passer maintenant à l'étude du détail, dans l'ordre que nous venons d'indiquer.

Page 1