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CHAPITRE II

EXPOSITION DE LA FOI DE l'ÉGLISE (SYMBOLIQUE)

La science qui expose ce que croit l'Église s'appelle la symbolique; on la définit d'ordinaire : la science qui traite de l'origine, de la nature et du contenu dex confessions de foi. On a distingué avec raison entre la symbolique ecclésiastique,, qui étudie les confessions d'une Église donnée, et la symbolique comparée qui considère les règles de foi de plusieurs Églises dans leurs rapports mutuels. Pour la plupart des méthodologistes la symbolique fait partie de la théologie historique ; quelques autres en font une annexe de la dogmatique. Qu'y a-t-il de vrai dans ces manières de voir? Quant à joindre la symbolique à la dogmatique, quoique ce soit l'avis de théologiens dont l'autorité est grande pour nous, nous ne pouvons nous y rattacher et nous ne voyons pas très-bien quelle conception de la dogmatique pourrait justifier cette union. On voit ordinairement dans la dogmatique, ou bien une science spéculative, ou bien une discipline systématique, ou encore une réunion de ces deux points de vue. Si c'est une science spéculative, elle n'a que faire des documents historiques que lui apporte la symbolique.

Si c'est une étude systématique, les confessions de foi, lui apportant déjà un système, ne peuvent être qu'un embarras pour elle; elle a affaire à ce qu'elles contiennent, nullement à elles-mêmes ; si enfin la dogmatique est à la fois spéculative et systématique, la symbolique n'a pas à s'y mêler par les deux raisons précédentes réunies. Quelque louable que soit donc l'intention qui , dans un intérêt ecclésiastique, a fait rapprocher la symbolique de la dogmatique, il nous est impossible d'en tenir compte.

Est-ce à dire qu'il faille classer notre science dans la théologie historique? Ici, il faut distinguer. Nous rattachons sans hésiter la symbolique comparée à l'histoire du dogme, dont elle n'est qu'une branche. Pour la symbolique ecclésiastique, l'histoire du dogme doit également s'en occuper ; mais cet emploi n'est pas le seul auquel elle doive servir; nous estimons qu'il lui reste, outre cela, une tâche infiniment plus considérable, celle de servir d'introduction à toute la théologie ecclésiastique.

A-t-elle droit à cet honneur? Evidemment non, pour quiconque refusera d'admettre nos prémisses et d'attribuer à la théologie le but ecclésiastique que, d'accord avec Schleiermacher, nous lui avons reconnu. Mais, si l'on est d'accord avec nous sur cette première définition, quoi de plus naturel que de faire commencer la science de l'Église par la foi de l'Église, et où chercher cette foi plus sûrement que dans les documents où elle a été consignée par les Pères?

Y a-t-il même un autre commencement possible? L'Écriture sainte, norme absolue de toute vérité religieuse, ne se prêterait pas également bien à être le point de départ de l'étude, et cela pour plusieurs raisons. La première, toute pratique, c est que l'étude de l'Ecriture est beaucoup trop vaste ; pour former une bonne base aux développements subséquents, il faut quelque chose de moins étendu et de plus facile à embrasser dans son ensemble. Un autre motif, plus sérieux et plus scientifique, pour ne pas commencer ex abrupto par l'étude de l'Écriture, c'est que nous sommes hommes, membres d'une grande famille dans le sein de laquelle nous avons été élevés. Ce que nous avons appris directement est fort peu de chose. Presque tout ce que nous savons (les mathématiques elles-mêmes, quelque indépendantes qu'elles soient dans leur domaine, ne font pas exception à cette règle), nous l'avons reçu du milieu dans lequel nous vivons. Cela est vrai dans les choses de ce monde, cela ne l'est pas moins dans ce qui touche à la religion. Nous l'avons reçue , sinon des hommes, du moins par les hommes.

Notre foi a été formée surtout par ce qu'on nous a enseigné, par ce que nous avons entendu, et l'influence bénie de l'Écriture n'est venue, pour le plus grand nombre des hommes, qu'après que la parole humaine et l'action de Dieu sur notre cœur avaient posé le fondement. Nous sommes donc arrivés à l'Écriture avec des yeux prévenus, nous apportions les idées que nous avait données notre Église, ou notre milieu religieux.

Rien donc n'est moins historique et moins scientifique que de faire abstraction de ce travail préparatoire et de vouloir se placer dès l'abord face à face avec la Bible, dans l'isolement de l'orgueil pour tirer d'elle seule la vérité qui y est parfaitement contenue. Ne faisons donc pas abstraction de la voie historique, que l'âme a suivie, et commençons par étudier ce qui est le plus près de nous, ce qui nous a d'abord frappé, pour en venir ensuite à la vérité absolue, qui doit juger ces commencements. Voyons d'abord ce que croit l'Eglise et ensuite ce qu'enseigne l'Ecriture.

Mais où chercher cette foi collective des membres d'une même dénomination chrétienne? On ne peut la prendre en l'air dans son état actuel. Les éléments font défaut pour cela; on est donc obligé de recourir aux documents historiques, qui, même lorsqu'ils sont oubliés ou négligés, n'en sont pas moins le droit et la règle. C'est dire qu'il faut s'adressera la symbolique. Ce n'est cependant pas la symbolique tout entière, telle que nous l'avons définie il y a un instant, qui trouvera sa place ici. L'étude de l'origine des confessions de foi n'aura pour le moment qu'une importance secondaire; il suffira d'en indiquer le gros et de renvoyer pour le détail à l'histoire du dogme. Ce qui nous est surtout nécessaire, c'est la connaissance de leur contenu. Il faudra donc prendre les livres de l'Église dont on veut faire la théologie et voir ce qu'ils renferment. En faire auparavant la critique extérieure ne présenterait que peu d'utilité. Ce que l'on veut constater est un fait concret, matériel pour

ainsi dire; on veut savoir ce qu'ils contiennent; pour cela on n'a pas besoin de s'embarrasser de tout l'appareil critique dont on se charge quelquefois. Écrits pour la plupart en langue vulgaire, les symboles des Églises protestantes sont généralement assez clairs, et l'on peut, sans trop de peine, en faire une analyse suffisant à l'objet que l'on se propose.

On peut discuter sur l'ordre qu'il convient d'adopter. Faut-il prendre les matières telles que les confessions nous les présentent, à la suite les unes des autres, en commençant par le premier article et en allant jusqu'au dernier, ou bien serait-il préférable d'adopter un autre ordre, de se faire un plan spéculatif et de suivre le développement de ce plan en adaptant à ses différentes parties les données symboliques? Nous préférons sans hésiter la première méthode ; car, ce que nous recherchons avant tout, c'est l'objectivité la plus parfaite qu'il se pourra, et l'emploi d'un plan introduirait nécessairement dans le travail un élément subjectif important. Il est cependant un cas, et c'est celui où nous nous trouvons dans l'Église de la Confession d'Augsbourg, où on est contraint de recourir à une sorte de plan. Notre Église n'a pas une seule confession, mais bien une collection de symboles, et, sous peine de se condamner à d'incessantes répétitions, celui qui en étudie le contenu est bien obligé de prendre l'un d'eux pour base et de faire rentrer dans les divisions de ce symbole type les éléments que renferment les autres. Mais ce travail doit être fait avec beaucoup de précautions

et de scrupules pour ne pas dénaturer les textes que l'on sort ainsi de leur milieu et l'on ne saurait prêter à cette opération délicate une trop grande attention.

Voici du reste comment nous comprenons ce cours de symbolique introductrice. Les premières leçons seront consacrées à orienter les élèves dans le Livre de Concorde, en leur disant d'où viennent et ce que sont les différents écrits qui y ont pris place. On commencera par les trois symboles œcuméniques, des apôtres, de Nicée, et d'Athanase, règle de foi commune à tous les chrétiens, quelle que soit la dénomination à laquelle ils appartiennent; puis, passant aux confessions spéciales de notre Église, on présentera successivement à leurs yeux la Confession d'Augsbourg, l'Apologie, les Articles de Smalkalde, le petit et le grand Catéchisme de Luther et enfin la Formule de Concorde. Les auditeurs étant ainsi introduits dans le sujet, on passera à l'exposition elle-même.

On viendra ensuite à l'étude des symboles particuliers. Il faudra commencer par déterminer lequel on prendra pour base du développement. L'Apologie, les Articles de Smalkalde , la Formule de Concorde, se prêtent peu à fournir le cadre général de l'exposition. C'est donc entre la Confession d'Augsbourg et les Catéchismes que l'on pourra hésiter.

Il semblerait au premier abord que la Confession d'Augsbourg soit tout naturellement désignée; elle a donné son nom à l'Église; elle figure en tête du Livre de Concorde; son autorité est plus généralement re-

connue par ceux qui ne se soumettent pas sans réserve aux enseignements de l'Eglise. Aussi avions-nous pensé d'abord que c'était à elle que revenait naturellement l'honneur d'être le point de départ du développement. Une étude plus approfondie a modifié notre manière de voir et nous a fait donner la préférence au petit Catéchisme. Quoiqu'il soit le plus ancien en date des écrits symboliques, ce n'est pas une préoccupation historique qui nous a déterminé; c'est l'importance qu'il y a, dans ce cours d'introduction, à passer du connu à l'inconnu. Cet exposé de la foi de l'Église est une sorte de catéchisme supérieur. Les jeunes étudiants qui l'entendent sont encore peu familiarisés avec les méthodes et les idées théologiques, et il y a tout avantage à prendre un cadre qu'ils connaissent déjà et à leur montrer comment ce cadre s'enrichit d'éléments et de développements nouveaux. De plus, les matières renfermées dans les autres confessions pourront entrer facilement dans le plan si simple et si complet à la fois du catéchisme. Les symboles œcuméniques y sont représentés par l'un d'entre eux, celui des apôtres, et ce que les autres ont précisé pourra tout naturellement s'y joindre. Le grand catéchisme n'aura aucun elTort à faire pour entrer dans le moule du petit. Les quatre autres livres, par contre, donneront lieu à un travail d'une nature plus délicate ; on sera obligé de les désagréger, et c'est là où l'on aura besoin de toute son attention. Les deux articles des dix commandements et du symbole des apôtres seront ceux où entreront la plupart des

développements des autres confessions. Les articles de l'oraison dominicale, du baptême et de la sainte Cène seront moins chargés ; cependant eux aussi trouveront leur compte à ce travail.

Nous ne nous dissimulons pas que ce fractionnement de livres comme la Confession d'Augsbourg pourra éveiller les scrupules de quelques-uns ; nous n'aurions pas mieux demandé que de pouvoir l'éviter; mais nous n'en avons pas trouvé le moyen, du moment où nous tenions, pour ne pas surcharger le cours, à ne pas prendre les divers livres à la suite les uns des autres. Il a donc fallu nous y résigner, sauf à accepter bien vite, avec joie, une modification pratique qui nous permettrait de l'éviter, si l'on nous en faisait connaître une.

Tout au moins, demandons-nous, pour remédier dans la mesure du possible aux inconvénients qui résultent de ce procédé, que le cours se termine par une courte exposition de l'économie de chacun des écrits symboliques. L^étudiant. qui au commencement n'aurait guère pu profiter d'un tel travail, sera maintenant en état de comprendre et d'entrer dans le mouvement de la pensée des auteurs, et il retrouvera ainsi dans leur milieu naturel des enseignements que Ton avait dû momentanément en faire sortir.

Dans ce plan nous avons dû naturellement nous préoccuper avant tout de l'Église de la Confession d'Augsbourg. Il serait facile d'appliquer ce projet aux besoins des autres dénominations religieuses. Les Églises réformées de France notamment auraient dans la Confes-

sion de la Rochelle une base toute naturelle et excellente de ce travail; les écrits symboliques d'autres Eglises réformées seraient étudiés avec profit comme complément de la Confession nationale et l'importance qu'on leur donnerait serait proportionnelle à l'autorité qu'on leur attribue. L'Eglise anglicane aurait dans les trenteneuf articles un point de départ avantageux. En général chaque communauté religieuse pourrait, croyons-nous, faire des documents qui ont autorité chez elle, le fondement de sa théologie.

Mais pour que cela soit possible, il faut qu'une Eglise ait conservé ou reconquis le caractère confessionnel. Là où les livres symboliques sont tombés en désuétude, il y aurait quelque chose d'artificiel à leur assigner un rôle si important et nous ne saurions conseiller de donner à la théologie un caractère factice. Mais peut-être parce que nous ne comprenons pas ce que c'est qu'une Église non confessionnelle, nous ne voyons pas quel autre commencement on pourrait choisir pour la théologie.

Cette étude termirîée, le moment est venu de passer à un autre sujet. On connaît maintenant ce que croit l'Eglise; on sait ce qu'en théorie devrait savoir tout laïque; il faut maintenant commencer des recherches plus scientifiques : apprendre pourquoi l'Eglise croit ce qu'elle croit, et si elle a raison de le croire. C'est à ces deux questions que toute la théologie pure, que

nous allons aborder maintenant, a mission de répondre. Nous apprendrons en même temps l'autorité qu'il convient d'attribuer aux confessions de foi ; si les résultats auxquels on arrive concordent avec la foi de l'Église, l'autorité des livres symboliques sera confirmée; elle sera ébranlée, au contraire, si les conclusions obtenues s'écartent de leur enseignement.

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