‹ Essai de philosophie positiveChapitre 3 sur 7 · SI · texte numérisé non relu

SI

Nous avons vu que les connaissances que nous pouvons acquérir nous sont données par les sensations; et que nous n'obtenons la connaissance de nos sens eux-mêmes qu'à la même condition d'examiner les impressions qu'ils peuvent produire sur eux-mêmes ou sur les autres sens.

II est indispensable, pour que les sens puissent nous servir d'instruments propres à nous faire acquérir des notions exactes sur les objets avec lesquels ils se trouvent en contact, que les sens eux-mêmes nous soient parfaitement connus.

La connaissance de l'étendue ne peut être exactement appréciée par la vue qu'après que le tact lui a servi à reconnaître le rapport qui existe entre l'image de la face laissée sur la rétine et l'étendue de cette face.

La notion du son présuppose celle du mouvement qui nous est ordinairement donnée par le sens de la vue.

Nous avons dit que, sans la sensation, nous ne posséderions aucune e'spèce de connaissance, puisque la sensation est la manière dont un objet est susceptible d'impressionner notre âme, ou, autrement dit, est la manière dont notre âme aperçoit cet objet. Nous ajouterons ici qu'il n'est pas absolument nécessaire qu'un objet nous ait impressionné pour être connu de nous, et qu'il suf-

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fit de savoir de quelle manière il serait sus(îciptible de nous impressionner s'il était en notre présence, c'est-h-dîre de connaître le rapport des sensations qu'il peut nous faire éprouver avec d'autres sensations déjà perçues et connues de nous.

Quand deux corps sont mis en contact avec un de nos sens, il en résulte deux sensations dîs^ (inctes. Maintenant, nous pouvons concevoir par la pensée un troisième corps qui eût pu communiquer au même sens une impulsion dont Fintensité eût été la différence des impulsions données par les deux premiers corps , et on peut aussi supposer que ce troisième corps eût pu laisser sur le sens en question une certaine empreinte qui eût été la différence des empreintes laissées par les deux premiers corps. Cette troisième empreinte est ce que nous avons nommé le rapport entre les 'deux surfaces des corps choquants ; et cette troisième impulsion, ce que nous avons appelé le rapport des deux premières impulsions données par le choc des deux corps avec le sens, le rapport de ces deux forces.

Nous avons fait remarquer que la sensation n'était pas toujours donnée par un contact direct du corps qu'on cherche à observer.

Avec la vue et Touïe, ce ne sont pas les corps

qu^on désire connaître qui viennent choquer notre œil ou notre oreille ; mais ce résultat a lieu par l'intermédiaire d'autres corps, les rayons lumineux et l'air^ et nous avons vu que, dans ces cas, l'âme, remontant de l'efTet à la cause, fait abstraction de ces corps choquants intermédiaires pour ne s'occuper que du corps qui a communiqué le mouvement à ces corps intermédiaires, et qu'elle arrive ainsi d'une manière indirecte jusqu'à l'objet qui fixe notre attention. Il est mille circonstances dans la vie où nous n'examinons pas un certain phénomène pour re« connaître ce qu'il est en lui-même , mais où nous cherchons a remonter à son origine.

Les connaissances que nous puisons dans les livres ou dans les leçons orales nous arrivent d'une manière tout à fait indirecte ; par exemple, quant quelqu'un nous dit: Monsieur un tel a cinq pieds six pouces, nous percevons ces paroles au moyen de l'ouïe ; mais, si, après avoir fait abstraction de l'air conducteur du son, nous ne faisons attention aux sensations qui en résultent que eu égard à la nature des sons, nous observerions le volume et l'étendue de ces sons, et nous pourrions, en remontant à l'origine de ces sons j reconnaître la personne qui a parlé; mais ici nous ne nous atlachons qu'au sens que présentent les paroles

prononcées, et notre ârae va reconnaître dans notre mémoire les notions que le sens du toucher nous a donnée sur retendue, et elle comparé ces notions avec la qualité d'étendue désignée par cinq pieds six pouces et attribuée à Monsieur un tel»

Un moyen d'acquérir des connaissances nous est donné par l'induction, qui consiste à admettre comme vrai un fait avant de l'avoir complètement vériGé, et ce qui nous engage à cette admission provient de nombreuses expériences faites précédemment.

Ainsi, par exemple, de ce qu'un certain boulet de canon m'a toujours paru fort dur au toucher, j'en conclus qu'il a encore la même dureté au moment où je l'examine de nouveau , sans avoir besoin de le toucher, mais par cela seul qu'il parait aux autres sens parfaitement semblable h ce qu'il était auparavant. Du même fait, de ce qu'un boulet de canon m'a toujours paru dur, j'en conclurai aussi qu'un autre boulet de canon, auquel je n'ai pas touché, mais qui paraît à mes autre.<^ sens pareil au premier, possède la même dureté que lui.

Dans ces exemples, notre conviction vient d'expériences faites précédemment, et les conclusions que nous tirons ainsi sur des probabi* lités sont d'autant moins sujettes a erreur qu'elles

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