SI
morceau de marbre , si nous croyons que ce morceau a été détaché du bloc, nous nommerons cause Fagent qui a opéré la rupture, que ce soit la foudre, une mine qu'on aura fait jouer, une roue de voiture ou un marteau, et effet, Tentaille observée. Mais, si nous avions toujours aperçu ce marbre dans le même état, et que nous ne possédions aucun indice qui puisse nous mettre à même d'affirmer que ce bloc a éprouvé un changement, nous ne pouvons plus donner le nom d'effet à nos observations, quoique les sensations que nous éprouvons soient absolument identiques.
On voit, d'après cela, qu'un phénomène ne doit point être nommé effet de prime-abord, puisqu'il ne peut nous donner par lui-même aucune notion sur ce que nous avons nommé cause , et qu'il est indispensable pour cela que nous sachions d'avance que les objets examinés ont éprouvé un changement.
En examinant attentivement le sens attribué au mot cause, l'explication qu'on donne d'un certain phénomène, on ne tarde i)as à reconnaître que ce mot tient la place de toutes les explications dans lesquelles on serait obligé d'entrer pour faire voir par quelles transformations diverses sont passés certains objets de la nature pour pro^ du ire le phénomène observé.
Ou s'explique quelquefois ainsi pour abréger le discours» et ne pas énumérer de nouveau tous les mobiles qui ont concouru à la production de ce phénomène (ces agents ne pouvant être que forces, ou des substances mues par cesdiles forces) , ou bien encore on s'exprime ainsi par ignorance des faits, parce qu'on ne connaît pas tous les événements antérieurs.
Évidemment le mot cause tient la place du nom d'un moteur dont on a déjà eu occasion de parler, ou d'un moteur inconnu (ce que nous avons déjà nommé hasard), et ne désigne alors rien de bien précis.
Aussi, quand on demande à une personne qui vient de se servir du mot cause ce qu'elle entend par là, quelle espèce de chose ce mot représente, on voit de suite que, quand elle ne l'a pas fait pour abréger le discours , elle a parlé ainsi par ignorance des faits, et que les explications sont ou vagues, c'est-à-dire se prêtent à une foule d'explications, ou arbitraires, c'est-à-dire ne désignent qu'un des objets qui ont concouru à la production du phénomène observé, ^t que même, souvent, cet objet n'y a pas joué le rôle principal.
Pour nous en convaincre, il suffirait de raisonnersur quelques cas particuliers. Examinons
un des phénomènes les plus simples, celui oit nous ne faisons attention qu'à une seule sensa*» tion. Quand, après avoir fixé notre œil sur un objet, nous nous apercevons de sa présence , quelle est la cause del'eiTet produit? qu'entend-on par la cause de la sensation éprouvée? Nous avons vu que la sensation était le résultat du choc des rayons lumineux réfléchis par l'objet en question et arrivée jusqu*à notre œil ; évidemment une condition indispensable pour que le choc ait eu lieu est celle de l'existence de trois substances, savoir : nous, l'objet fixé et les rayons lumineux. Ainsi, sous ce point de vue, chacune de ces trois substances peut être regardée comme la cause de la sensation. Maintenant, si Ton fait attention à la faculté locomotive dont nous sommes doués, on s'apercevra facilement que nous avions mille moyens d'éviter la sensation, et, de ce oôcé, l'homme doit être regardé comme la principale cause du phénomène observé; enfin, si nous considérons que, pour que le résultat du choc prenne le nom de sensation, il ne suffit pas que ledit objet ait réfléchi les rayons lumineux jusqu'à notre ceil, mais, de plus, qu'il est nécessaire que nous possédions la faculté de sentir, on verra alors que la cause indispensable de la sensation est le ipoi humain.
Dans la conversation, on dit généralement que l'objet observé est la cause de la sensation, tandis que cet objet n'en est qu'une des causes, et n'en est pas même la principale. Si, malgré cela<on s*obstine à nommer cause l'objet observé, il est facile de voir que ce mot cause ne désigne pas une nouvelle connaissance, mais tiendrait la place du nom de cet objet. Quant au mot eiïet, dans cet exemple, il est complètement synonyme du mot sensation.
Si on nous objectait que, dans plusieurs circonstances , quand on parle de la cause d'un phénomène, on n'entend pas demander une explication du phénomène en lui-même, mais qu'on veut désigner par là l'agent qui est présumé avoir disposé les objets de manière à ce qu'ils se présentent de telle façon plutôt que de telle autre; en posant ainsi la question, il est d'abord évident que Ton suppose implicitement que le phénomène observé a eu un commencement, cWt-à-dire que les objets qui nous sont soumis ont subi antérieurement quelques modifications par suite desquelles les sensations éprouvées diffèrent des sensations que nous avons eues ou que nous aurions pu éprouver auparavant, et, par suite, le mot phénomène se trouve avoir la signification de ce que nous avons nommé effet ; ce
serait un phénomène particulier, un de ceux qui se trouvent dans la classe de ceux qui ont eu un commencement, et qui supposent, par suite, la présence d'une ou de plusieurs forces.
11 est vrai que nous nous apercevons journellement que certains corps de la nature changent et de formes et de positions ; mais on n'est pas pour cela en droit d'affirmer que tout change dans la nature, et de regarder tout phénomène comme l'effet d une certaine cause ; mais, du reste, le fait fût-il vrai, quand nous cherchons à remonter a ce qu'on nomme cause (dans le cas où Ton s'est servi de ce mol par abréviation, et non par ignorance), nous reconnaissons ordinairement que ces modifications auraient pu s'opérer de plusieurs manières différentes, que plusieurs objets ont concouru à ce résultat, et qu'en définitive les agents qui ont produit ces changements sont ce que nous avons nommé forces, ou bien quelques corps mus par cesdites forces.
Quand trois phénomènes se suivent invariablement dans le même ordre, la plupart des philosophes ont supposé que le premier, sous le nom de principe ou cause première, produisait le second phénomène désigné sous le nom d'effet, relativement au premier, et que ce second phénomène, nommé cause [>ar rapport au troisième.
engendrait à son tour ce troisième phénomène, appelé effet.
La supposition .de ces philosophes est tout h fait gratuite et complètement fausse.
Jamais aucun phénomène n'a crée le phénomène qui le suit; le seul rapport de ces phénomènes entre eux est un rapport de succession qui fait que leur connaissance se grave dans la mémoire à la suiteJ'un de l'autre.
Nous avons déjà eu occasion de dire qu'il n'est pas toujours nécessaire d'examiner un certain corps avec chacun de nos sens pour reconnaître qu'il est identiquement semblable à un autre corps et qu'il possède les mêmes qualités que lui ; ainsi, par exemple, à la seule inspection d'un morceau de sucre, on peut affirmer que cet objet, mis dans notre bouche, nous procurera celte sensation agréable qu'on nomme sucrée.
Comme ordinairement nous examinons un objet avant d'y goûter, les qualités que nous lui reconnaissons avec la vue et avec le tact précédent celles qui peuvent nous être données par le palais ; mais il ne faudrait pas en conclure pour cela, comme le font quelques personnes, que les premières qualités sont les causes de la saveur que le sucre nous fait éprouver. Les qualités que nous donne la vue n'ont aucun rapport avec
celles que nous donne le goût; seulement la vue, nous faisant reconnaître que le corps mis en notre présence est un morceau de sucre, nous induit à croire qu'il a la saveur que nous avons antérieurement reconnue au corps nommé sucre.
De même, si Ton mettait dans notre bouche du sucre avant que nous ayons jeté les yeux dessus, sa saveur nous engagerait à admettre que ce corps doit avoir la blancheur et les autres qualités que nous avons auparavant reconnu appartenir au corps nommé sucre.
En définitive , le mot cause ne représente pas une substance particulière ; c'est le nom qu'on donne à un objet, alors qu'on suppose qu'il a pu contribuer à la production d'un certain événement ; c'est le nom qu'on donne soit à une force, soit à un corps en mouvement, dans le cas où l'un d'eux a été agent dans un certain ptiénomène; mais comme plusieurs philosophes ont avancé à tort que, dans chaque phénomène, il n'y avait qu'un seul agent qui, sous le nom de cause ou de principe, constituait, pour ainsi dire, à lui tout seul ce phénomène , tandis que, par le fait, une force ou un corps en mouvement ne fait que concourir à ce phénomène, ne fait qu'y jouer son rôle, n'est qu'un des agents de ce phénomène, qu'une des causes de ce phénomène, il vaudrait
infiniment mieux, pour éviter toute équivoque, ne pas se servir du mot cause, et désigner l'agent dont on veut parler par le nom qu'il a déjà reçu, à moins qu'on ne veuille s'exprimer ainsi par abréviation, auquel cas le mot cause ne désigne pas une force déterminée ou un corps en mouvement, mais tient la place de toutes les explications qui sont nécessaires pour faire connaître le phénomène en question.
Quand on traite un sujet qui demande de l'exactitude, on doit soigneusement éviter de se servir des mots cause et principe, qui ne signifient rien par eux-mêmes , mais qui tiennent la place de certains mots qu'il est bon de rétablir textuellement«
Do mot Bat et do mot Fia, et de ee que Ton nomme Bonheur»
Le mot but est encore un de ces mots qui ne désignent rien par eux-mêmes, mais qui tient la place du noni de l'objet que quelqu'un se propose d'atteindre.
Le mot fin est souvent employé dans le même sens que le mot but, et alors il tient la place du nom de l'objet auquel on aspire.
On ne doit se servir des mots but ou fin qu'après avoir fait connaître les objets dont ces mots tiennent la place.
Dire que quelqu'un a manqué son but, ou a atteint le but qu'il se proposait, n'a un sens déterminé qu'après que l'on a fait connaître a la personne à laquelle on parle les intentions de ce quelqu'un et les démarches qu'on lui a vu faire pour s'approcher de l'objet qu'on désigne sous le nom de but, lequel objet doit être parfaitement défini.
Le mot bonheur est un substantif qui ne désigne pas une substance déterminée, mais qui tient la place des événements qui nous procurent quelques avantages , soit d'utilité, soit d'agrément, et que nous qualifions d'heureux.
On donne le nom de malheur aux événemenls qui nous sont préjudiciables.
Chacun est seul juge compétent pour décider si une sensation lui a paru agréable ou pénible, pour savoir si un événement lui plait ou lui dé» plaît, lui a procuré du bonheur ou lui a occasionné de la peine ; mais, comme chacun de nous n*a ni la même manière de sentir^ ni la même manière de juger, il arrive que ce qu'une pSrsonne regarde comme heureux ne parait pas tel à un autre, et, par suite, le mot bonheur est loin d'avoir une signification précise.
L'accomplissement de nos souhaits est la chose *qui contribue le plus puissamment à ce qu'on nomme le bonheur ; car, lors même que la satisfaction d'un de nos désirs ne nous procurerait pas tout le contentement que nous en avions espéré, elle parviendrait du moins à faire cesser l'inquiétude et le malaise qu'un vif désir ne manque jamais d'occasionner.
Comme nos désirs surpassent de beaucoup notre pouvoir, les forces dont nous pouvons disposer pour les satisfaire, on peut dire que la modération des désirs est une des grandes causes qui peuvent nous conduire au bonheur, puisqu'en diminuant le nombre de nos souhaits on augmente d'autant la facilité de réussir. Parmi les
choses que nous cherchons à nous procurer, quelques-unes concernent nos besoins physiques, qui doivent être satisfaits pour que notre santé et notre vie même ne soient pas mises en danger, tandis que d'autres ne se rapportent qu'à des besoins factices ou conventionnels ; telles sont les jouissances qui proviennent du luxe et de Tamour-propre, et ce sont les désirs de cette espèce qu'on'doit diercher à modérer.
Quanta nous,nous regardons le bonheur comme le contentement de soi-même (la paix avec soimême), et Taccomplissement de désirs modérés ; mais, comme chacun forme des vœux différents, la signification du mot bonheur ne peut s'employer avec exactitude que pour le passé, et non pour le futur.
Alors on peut dire qu'un homme a été heureux ou malheureux selon que la somtmé des événements haireux l'emportera sur la {somme des événements malheureux ou lui sera inférieure.
De rilnlté.
Beaucoup de personnes confondent le mot unité avec le nom de nombre un, ce qui est tout à fait inexact ; néanmoins on peut se servir de ce mot unité à la place de un, quand on l'emploie en opposition avec les mots pluralité, diversité.
Le mot unité, n'étant pas le nom d'une certaine substance, n'a pas de signification par luimême et ne représente aucun objet en particulier ; c'est le nom qu'on donne à un objet alors qu'on le prend pour terme de comparaison. Non-seulement toutes les substances peuvent être prises pour terme de comparaison, et, par suite, recevoir le nom d*unité , mais quelques qualités peuvent aussi être prises pour terme de comparaison, particulièrement les qualités d'étendue et de durée.
11 n'est pas inutile de connaître notre système de numération pour bien comprendre la signification du mot unité. Les chiffres dont nous nous servons viennent des Arabes, et, avec la convention que, quand deux mêmes chiffres se suivent, celui qui se trouve à la gauche a dix fois plus de valeur que l'autre, on peut, avec les dix caractères que nous avons empruntés aux Arabes, écrire tous les nombres imaginables. Notre manière
de représenter en chiffres les nombres est ce qu'on nomme le système décimal.
Quand on exprime les n(Hnbres par des mots ou qu*on énonce ces nombres par des paroles, il s'en faut de beaucoup que cette transmission pos* sède la même simplicité que le système décimal rendu par des chiffres.
D*abord, comme nous avons tiré une partie des noms de nombre de la langue des Romains, qui ne se servaient pas du système décimal, il s'en est suivi que plusieurs de ces noms de nombre sont en désacord avec notre manière de chiffrer; ensuite on a dû trouver des mots pour désigner le rang qu'un chiffre occupe, ce qu*on aperçoit au premier coup d'œil avec des chiffres.
Enfin, pour ne pas surcharger la mémoire, aprè savoir donné des noms au second et au troisième rang de chiffres» on n'a plus renouvelé tes noms des positions de chiffres que de trois rangs en trois rangs. Les noms de ces diverses positions déchiffres sont ce qu'on nomme des unités dénombre. Ainsi, nous avons des unités simples, des unités de dixaines, des unités de centaines, des unités de mille, des unités de millions, des unités de billions, des unités de trillious, et ainsi de suite.
Quand le mot qui exprime les objets comparés.
OU» autrement dit, quand Tunité de mesure est te nom d'une certaine étendue ou d'une certaine durée, cette étendue est tout à fait arbitraire et peut changer avec une nouvelle convention. Pour qu'un nombre concret de cette espèce, c'est-àdire dont l'unité est une certaine étendue ou une durée de temps, nous soit bien connu, il faut que les chiffres qui représentent ce nombre ne soient pas en trop grand nombre; car, comme nous sommes peu familiers avec les noms des unités de nombre qui dépassent les billions, une énumération de beaucoup de chiffres ne nous donne qu'une idée confuse de ce qu'ils représentent ; mais il faut surtout que l'unité de mesure nous soit parfaitement connue.
Pour éviter les trop grands nombres, on change souvent l'unité de mesure; mais il faut prendre garde, pour éviter un inconvénient, de tomber dans un plus grave, celui où l'unité de mesure ne serait qu'imparfaitement connue.
Ainsi, par exemple, on nous dit qu'il faut trois à quatre ans à la lumière de certaines étoiles fixes pour que cette lumière arrive jusqu'à nous. L'année n'est ici qu'une unité fadtice, car une certaine durée ne peut pas servir de mesure à une certaine étendue : pour avoir la distance cherchée, il est indispensable , en définitive , de lexprimer
i*u riH!lnfA, va: t\uhu ohlumiiru pur plimM?iirA mul' tifiliratioriH non ofUwluiUin.
Kn ;Mlo|iUinl h; nyMl/rm^; rn^HriqiK; o.t il(9CtfiMl |K>nr l^'ft poi^lft (;l rn^?!4iir^;ft, on h m |HMir Mit iKétablir ik; rnniCormiU; ^l;inA h m;ini/;ri9 il^; moM' n^r i'À iUi rniïltn; f^^n mi;Aijn!fi im liarmonio avfic nolH! nidriM;n; «h; ctiiffnïr.
Au rnoy<;n ih; va», HynUïUNf, l^^fi p^;rMinnm peu h'
ili; H(i remlr*^ fiompU; iU'M Mintmim qu^ïlhsH (irav<;nt ;ivoir U fit'm% vi, i;n vSUd, il Huttil (KMir <^9l;i qij*ijn<; |f^frH/>nn^; Hitchv. rumiplm' jun^pj^ ^lix« I5t^k; filif.H ^|ir«!llo f:onn;iiHH<? Ii; nom d^;H <liv«;rH<?fi tiniU^ ^l<? nonil>n% \Hmr qiiVîlU; puinno mnim/fnsr un riomhn; ^|iH;k:on(|i|i-.
<pH% fti r<H;ilon i\m Ton c^iOM^rv^; vminit k n^i \H*ri\iv, on poiirniit UMijotirn ndrouv^tr r^ïtU; riM;- Hun; i:xiu'.U% |>uÎH/|n'(?llo noiiH rnt (lonn/^5 i^ar h n;illiin;.
Ii«; ftyftUfrno «li!rirn;il ;»pplM|ii<'; ;iiix |»«;i«lH <!t uw^ Hurm n<; biinni; ri«;n ;i J/;Hin;r, ni^iin rapplKrAtion ^|iron fjî H (ail ;i l;i nionn;iif; m;intf|ii*; d«9 |iré^;f« HJon.
Il 'AiivHtl lifillu qu'on ^?At f'r;ip|i<'/ iU'-i^ ifUfVÂm qui f*UMM;nt il<; dix «;n <lix foin pluH tU', v;ilcur, <;( qu^r ' iiarum; df; r^^n |)i/;«.<;M f?6( n^ru au nom {rarticu-
lier ; de celte manière on aurait eu des pièces de dix francs, des pièces de cent francs et des pièces de mille francs.
Quand ces espèces d'unités manquent, la pratique y supplée par des unités factices ; ainsi on établit des pièces de cinq francs en pile jusqu'à la valeur de cent francs, et on compte ensuite le nombre de piles, ou, autrement dit , les unités de centaines. On met ensuite dix de ces piles dans un sac, et on obtient ainsi des unités de mille. Si maintenant on trouve que la différence de valeur de ces pièces est trop grande pour la facilité des échanges, on peut sans inconvénient admettre des pièces intermédiaires d'une unité à l'autre. A la rigueur, le système décimal ne comporte d'espèces d'unités que de dix en dix ; mais, comme la multiplication par deux ou la division par deux sont des opérations connues de tout le monde, ces nouvelles pièces ne seront pas des unités proprement dites, mais bien des demi-unités, ou des doubles-unités. Alors la nomenclature monétaire en harmonie avec le système décimal sera celle-ci : 1® le centime ; 2<> le décime, le demi-décime et non la pièce de cinq centimes, le double décime et non la pièce de vingt centimes ; 3^ le franc, le demi-franc et non la pièce de cinquante centboaes, le double-franc ; 4° la pistole , la demi-
pistole et non la pièce de cinq francs, la double pistole et non la pièce de vingt francs ; 5® la pile ou le souverain, le demi-souverain et non la pièce de cinquante francs, le double souverain et non le billet de deux cents francs ; 6^ le sac ou le billet, le demi-sac ou le demi-billet et non le sac de cinq cents francs ou le billet de cinq cents francs, le double billet et non le billet de deux mille francs ; 7<> le million, et enfin; 8** le milliard.
Du Beau.
Lorsqu'on veut juger du mérite d'un ouvrage fait par les hommes on commence par rechercher le but que l'auteur s'y est proposé, et l'on examine ensuite si chaque partie est bien proportionnée, si l'ensemble en est commode et agréable, et surtout si cet objet remplit bien la destination qu'on lui a assignée.
Maintenant, quand nous considérons les divers objets de la nature, nous ne les examinons plus sous le même point de vue, et nous ne les estimons plus d'après la manière dont ils remplis-
sent la destination à laquelle l'Auteur delà nature les a appelés, puisque nous ignorons presque toujours quelle est cette destination ; mais nous partons de l'hypothèse que tous les objets terrestres, les animaux compris, ont été faits pour l'homme, et alors nous examinons ces objets sous le point de vue de l'agrément ou de l'avantage qu'ils peuvent nous procurer, et c'est ordinairement d'après leurs rapports avec l'homme, d'après leur degré d'utilité ou d'agrément, que nous leur donnons les épithètès de beaux ou de bons. Aussi, quand un animal plaît à l'œil, qu'il nous parait propre à remplir ce à quoi nous le dest»
nons, et que la manière dont nous le faisons fonctionner nous est profitable, nous disons alors que c'est un bon et bel animal , et nous disons d'un autre animal qu'il est horrible et méchant quand sa présence nous fait peur et nous est désagréable, et que sa manière d'agir contrarie nos projets ou nous est préjudiciable.
Les mots beau et laid sont des adjectifs qui expriment non des qualités des corps, mais bien les rapports de l'objet dont on s'occupe avec un autre objet pris pour terme de comparaison.
Si la société avait chargé les artistes de représenter dans toute sa perfection chacun des objets de la nature, et qu'elle fût convenue que chacun de ces modèles serait un type qui lui servirait à baser ses jugements, alors un certain objet serait classé dans les beaux ou les vilains selon que sa ressemblance s'approcherait ou s'éloignerait du type pris pour terme de comparaison.
Quoiqu^un tel travail n'ait été ni commandé ni entrepris, néanmoins on voit de temps en temps surgir de ces chefs-d'œuvre qui font l'admiration du genre hmnain et qui doivent étrc^ regardés comme des mcAlèles de perfection. C'est* ainsi, par exemple, que la Vénus de Médicis et. l'ÂpoUon du Belvédère sont généralement re-
— ii\ —
gardés comme le type de la beaulé chez l'espèce humaine.
Quand ces types manquent, nous ne devons pas avoir la présomption d'imposer nos opinions au public, mais nous devons nous en rapporter au goût dominant, et, lorsque notre manière de sentfr diffère des idées généralement reçues, nous devons alors, pour parler correctement, nous abstenir des adjectifs beau et vilain, mais dire que l'objet dont il est question nous plail ou nous déplaît.
En fait de travaux d'art, ce sont les artistes qui dirigent le goût public. Malheureusement leurs jugements ne sont pas toujours uniformes, parce qu'ils sont quelquefois influencés par l'envie, par leur partialité, ou par leur excessif amourpropre^ et il n'est pas hors de propos de faire remarquer que nous n'avons jamais plus d'indulf[ence pour les travaux d'autrui que dans les moments où ils peuvent nous occasionner quel- 4\ne satisfaction d'amour-propre, et que nous sommes tout à fait contents de nous-mêmes toutes les fois que nous découvrons quelques idées de l'auteur ou quelques difficultés vaincues là où la majeure partie des autres personnes ne les aperçoivent que difficilement et confusément.
Le beau dans les arts aura toujours une signi-
ficatioii fort peu précise lant qu'on n*aura pas adopté un type pour chaque espèce de beauté.
On ne devrait pas balancer à admettre comme belles les choses qui plaisent à la masse; mais» comme on est convenu que les artistes étaient plus aptes que d'autres à faire cette classiâcation, la plupart des personnes, dans la crainte de passer pour manquer de goût, n'osent émettre leur avis que quand ils connaissent Topinion des artistes, et par suite ne balancent pas à blâmer ce qu'ils auraient admiré s'ils eussent été livrés à leur seule inspiration et a louer ce qui leur déplaît souverainement.
L*amour-propre, comme on le voit, joue un grand rôle dans les jugements que Ton porte.
La signification du beau est presque toujours conventionnelle. Dans les arts d'imitation, on vous dit que, pour réussir, il faut imilerla nature; niais de quelle nature entend-on parler? Les affections de notre âme entrent pour beaucoup dans notre manièi*e d'apprécier les sensations que nous fait éprouver la natuiH? : dans certains moments, la vue d'une mer cal me et ti*anquille ou d'une plaine fertile nous sourit agréablement; dans d'autres instants, nous nous trouvons plus impressionnés par laspoct d'une mer en furie ou de montagnes àpi\s et storih^.
Un statuaire qui parviendrait à colorier le marbre ferait un chef-d'œuvre en faisant voir une jolie femme endormie; mais, en représentant une personne éveillée, il nous procurerait une sensation pénible, parce que la fixité des yeux, qui dénote la folie ou la mort, ne peut nous être qu'un spectacle désagréable.
Le beau est plutôt du domaine de l'imagination que de celui du raisonnement; mais il est bon toutefois de régler son imagination.
Nous croyons qu'on donne un mauvais conseil aux artistes en les engageant à surpasser la na» tare; car un statuaire qui, pour faire une divinité, après avoir examiné ce qu'il y a de plus parfait dans chaque individu, prend un membre par ici, un membre par là, diminue la grosseur des veines dans lesquelles doit couler un liquide plus pur que le sang, s'expose à manquer l'ensemble et à faire un corps qui ne serait pas susceptible de vivre, et il y aura toujours un abime entre un homme vivant et son cadavre.
On Ben.
Le mot bon a une signification encore moin^ précise que le mot beau; le mot bon est un adjectif conventionnel qui sert à exprimer Futilité que les hommes retirent d'un certain objet. Chacun de nous est bien juge compétent pour reconnaître le bieU'^être de son individu, mais il n'en est pas ainsi quand il s'agit des intérêts généraux, des choses utiles à la société, du bonheur de Thumanié*
Ordinairement ladjectif bon, joint à un nom de choses inanimées, signifie que Tobjeten ques-^ lion est apte à nous procurer quelques avantages, et, quand cet adjectif est joint avec lé nom d'un être vivant, il exprime que les actions de cet être nous sont utiles ou profitables
Tous les événements et toutes les choses qui, d'une manière quelconque, procurent aux hommes» de la satisfaction ou du déplaisir, constituent ce qu on nomme le bien et le mal.
Comme nous l'avons déjà fait observer en parlant du beau, Tadjectif bon, joint au nom d'un objet inanimé^ ne désigne pas une des qualités de cet objet, mais exprime son degré d'utilité par rapport a l'espèce humaine.
L'homme pr son industrie est parvenu à retirer de Futilité de la plupart des objets de la nature.
Du reste, très-souvent ces objets sont qualifiés de bons et de mauvais par suite de circonstances particulières.
Ainsi, par exemple, le feu est bon quand il fait cuire nos aliments^ il est mauvais quand il brûle notre maison ; le soleil est bon quand il mûrit nos fruits^ mauvais quand il brûle la récolte ; le vent est bon quand^ voulant voyager sur mer, il souille dans la direction où nous voulons aller, mauvais quand il souffle du côté opposé, et ainsi de suite.
Quand ce sont des êtres raisonnables qui sont, les auteurs des actions qui nous son.t utiles ou préjudiciables, on rapporte les adjectifs bon ou mauvais aux auteurs présumés de ces événements, et c'est dans ces seules circonstances quHl peut être question du bien ou du mal moral.
Gomme plusieurs personnes se sont figuré que la grande occupation de Dieu consistait à veiller sur nos intérêts, et qu'elles ont de plus admis que tout ce qui se faisait dans ce monde n'arrivait que par Tordre de Dieu, et était, pour ainsi dire, son fait, elles ont rendu Dieu responsable de tous les événements, et comme, d'un
autre côté, elles ont reconnu qu'en faisant la balance entre les peines et les plaisirs de la vie hui<* maine la somme des événements malheureux remportait généralement sur celle des événements heureux, ces personnes ont été amenées à conclure que Dieu était un être malfaisant : Conclusions qui ne s'appuient que sur des suppositions plus que hasardées.
Quand, par exemple, il nous arrive par maladresse de nous couper, il aurait fallu, pour que cette sensation désagréable n'eût pas eu lieu, ou que Dieu, nous enlevant notre liberté d'agir, eût empêché le mouvement qui a occasionné Taccident, ou qu'il eût enlevé pour le moment à l'instrument tranchant la propriété qu'il a de couper.
Nous avons déjà eu occasion de faire observer que les conclusions déduites d'un raisonnement ne prouvent absolument rien sur la justesse de l'hypothèse d'où elles découlent, mais qu'elles sont vraies ou erronées de la même manière que cette hypothèse même.
Quand on examine avec soin la question de l'origine du bien ou du mal, on s'aperçoit que ce qu'on nomme mal dérive ou bien de notre ignorance à nous précaïUionner contre des événements qu'une connaissance plus intime de la nature des choses nous ferait prévoir, ou bien
des mauvaises passions des hommes ; et effectiyement le seul être réellement malfaisant pour l'homme que nous apercevions dans la nature est l'homme même, comme nous aurons accasion d^ le faire voir plus au long par la suite.
De rOrdre et 4a MmH«*
Lemotordreestemployédans deux aooepljoiis difTérentes : il s'entend quelquefois du commaDdément d'un supérieur : c'est l'expression de la volonté d'un chef qui a mission de £iire exécuter ce qu'il juge convenable ; d'autres foislemotordre s'entend de Texécution de cet ordre, de Farrangement des diflërenLs objets qui doivent coiicourir a produire TefTet que Tauteur de Tordre en attend.
Si l'on voulait juger du mérite intrinsèque d*aD certain arrangement, on devrait d'abord s'enquérir du but que l'auteur de Tordre s'est proposé, et examiner ensuite si tout est disposé convenablement pour arriver à la fin projetée.
Mais, comme nous Tavons déjà fait observer, tes hommes rapportent t^mt à eux, et ils n'approuvent un certain arrangement qu'autant qu'il fonctionne dans un but qui ne leur est point préjudiciable; aussi le mot ordre, qu'on entend dans le sens de \Hm arrangement, n'est employé que quand la dis[K>silion nous en plait et que le résultat nous en est avantageux, tandis qu'on donne lenomdedésordrcàun arrangement qui nous est nuisible, ou qui contrevient aux lois prescrites.
On dit de Texplication d'un certain phénomène qu'elle est simple quand elle est facilement comprise et qu^avec peu de mots on rend clairement compte des faits observés; mais il est nécessaire défaire observer que toute explication est basée sur certaines connaissances antérieures, de façon que la même explication qui a paru fort simple aux personnes auxquelles cesdites connaissances étaient familières ne se présente plus avec la même évidence à celles qui les ignorent, et qui ont eu besoin^ pour comprendre cette explication, qu'on leur développât les connaissances sur lesquelles elle s'appuiç, ce qui peut rendre cette explication fort compliquée.
Aussi Tadjectif simple est-il tout à fait relatif au degré d'instruction de chacun; de sorte qu'une explication simple pour quelqu'un veut dire qu'elle lui a été faite en peu de mots et qu'il l'a facilement comprise.
Quand on attribue à l'Auteur de la nature une certaine qualité, on ne peut la classer dans un autre ordre de choses que dans un de ceux qui appartiennent a l'humanité; car il nous est im* possible de nous former aucune idée d'une qualité qui serait d'une autre nature que celles que nous apercevons, puisque le terme de compason, l'unité de mesure, manqueraitcomplétement.
Il faut nous prémunir contre la tendance qui nous porte à admettre comme vrai tout ce qui nous paraît facile à concevoir, et à supposer que la création a été faite pour nous seuls et dans le but de satisfaire nos désirs.
Les philosophes s'accordent à dire que c'est toujours par les foies les plus simples que procède k Providence dans l'accomplissement de ses desseins, de sorte que, quand ils parviennent à expliquer par un moyen simple et facile un certain phénomène, ils afBrmentque leur explication est une vérité et une des lois de la nature.
A coup sûr le mot shnple ne peut se rapporter à Dieu ; car on ne peut pas avoir la prétention de mesurer la simplicité des lois de la nature par notre facilité à les concevoir;. aussi l'expression « les voies les plus simples » veut seulement dire les voies qui nous paraissent telles, qui nous semblent les plus faciles à concevoir.
Mais» en supposant que l'esprit humain puisse parvenir à trouver quelle est la voie la plus simple qui doit mener à bien un certain dessein, ces philosophes admettent donc qu'ils connaissent les desseins de la Providence, ce qui sans doute est une assertion bien hasardée.
Du Vrai.
On donne le nom de vraies aux choses qui paraissent telles à l'homme.
Les locutions : le vrai en soi, le vrai d'une manière absolue, semblent faire croire à la personnification du vrai et donner à entendre qu'il existe une substance dont le vrai est le nom. Ces locutions n^a joutent rien au mot vrai^ à ce que nous croyons être tel. Ces expressions, rapportées aux conceptions d'êtres qui seraient d'une autre nature que la nôtre, n'ont absolument aucun sens pour nous.
Les faits qualifiés vrais ne sont réellement que de fortes probabilités appuyées sur le témoignage de nos sens, et chacune de ces choses qualifiée ainsi sera d'autant plus probable qu'elle sera basée- sur un plus grand nombre d'expériences, et que ces expériences elles-mêmes découlent plutôt du témoignage immédiat de nos sens que de raisonnements et d'analogies, qui, en définitive, pour être concluants, doivent être basés sur ce même témoignage des sens.
Toutes les hypothèses, systèmes ou assertions ne peuvent être regardés comme vrais qu'autant que les données d'où nous parlons sont appuyées^
sur le témoignage des sens, ou, autrement dit, sont confirmés par Texpérience.
Ce serait être d'une grande simplicité et d'une trop grande crédulité que d'admettre comme vrai tout ce que nous avons entendu raconter ou tout ce que nous avons vu imprimé dans les livres.
D*un autre côté, rejeter comme faux tout ce dont nous n'avons pas été témoins oculaires, ou tout ce que nous ne nous sommes pas trouvé à même de vérifier, dénoterait une grande suffisance et un scepticisme outré.
Personne n'est assez universel pour se flatter de tout connaître et d'avoir tout vu par lui-même; aussi est-il rationnel de croire bien des choses alors qu'on n'a pas été à même de les vérifier par soi-même; mais, néanmoins, on ne doit regarder une diose comme vraie qu'après des preuves préalables; ces preuves consistent a examiner si les assertions dont il s'agit proviennent de personnes compétentes.
Les personnes compétentes sont les savants quand on examine les questions scientifiques, et les personnes qui passent pour véridiques et dignes de foi quand on s'occupe d'un certain événement.
Ainsi, par exemple, on peut fort bien croire que les marées sont beaucoup plus influencées
par l'attraction exercée par la lune que par celle qui provient du soleil, sans avoir Tinstruction nécessaire pour donner la preuve de cette proposition, mais par la seule confiance que nous inspire le dire des astronomes.
En thèse générale, on peut admettre les preuves qui nous font croire à une certaine proposition, quelque extraordinaire et miraculeuse qu'elle ait pu nous paraître au premier aperçu; mais il est indispensable de bien comprendre le sens de cette proposition ; car croire une chose c'est affirmer qu'elle est vraie, et, avant de pouvoir affirmer ou nier la justesse d'une proposition, il faut préalablement savoir ce qu'elle veut dire.
Mais si les mots qui expriment cette proposition sont inintelligibles pour vous, soit parce que cette proposition est rendue dans une langue qui vous est inconnue, soit parce que l'arrangement des mots qui composent cette proposition ne vous présente aucune idée, alors vous ne pouvez avoir aucune opinion sur cette proposition, et, par suite, vous 'ne pouvez pas dire raisonnablement que vous là croyez ou que vous ne la croyez pas.
Ainsi, par exemple, il serait absurde de dire qu'on croit que le même corps peut être dans deux endroits en même temps, ou bien que Ton croit qu'il y a des cercles qui sont carrés, ou en-
Vb-
corc qu*on croil qu'il y a des triangles qui ont quatre côtés, parce que, dans ces phrases^ Tar rangement des mots ne présente aucune idée.
On peut fort bien se servir du n^ot mystère pour désigner un des secrets de la nature, et dire, par exemple, que la transformation d'un gland en chêne est un mystère pour Thomme, puisque effectivement, jusqu'à présent, nous n'avons pas bien suivi le gland dans ses mutations successives et que nous ne sommes pas à même de pouvoir donner une explication satisfaisante de ce phénomène ; mais, malgré pela, la croyance h cette transformation ne répugne nullement à notre raison.
Mais il y a de l'absurdité à prétendre qu'il y a un mystère caché sous une réunion de mots qui ne désignent absolument aucune espèce d'idées.
Il est bon d'établir une distinction entre les sciences exactes, comme les mathématiques, et leurs applications aux besoins usuels de la vie, entre la théorie et la pratique. Dans la pratique, on doit souvent préférer à une exactitude parfaite la facilité qu'on trouve, soit à se procurer les matières premières, soit à les obtenir, quoique un peu moins pures, à un prix inférieur; mais on doit avoir soin d'indiquer que les résultats ne ntors qu'à peu près exacts.
Ainsi, par exemple, si, au moyen de deux calculs différents, on obtenait l'explication d'un certain phénomène astronomique, l'un approximativement après trois heures de travail, l'autre exactement, mais après six mois de calcul, on ne doit pas balancer à préférer la première méthode à la seconde.
Néanmoins nous ne pouvqns pas admettre une hypotlièse, quelque facilité qu'elle puisse donner aux diverses propositions subséquentes, si les résultats sont en contradiction avec ceux obtenus par Texpérience.
Toute théorie ne tire son exactitude que de rincipes ou axiomes confirmés par l'expérience.
La nature de l'homme le porte à se rendre ck)inpte des phénomènes dont il est témoin. Lors même que les causes de ces phénomènes ne lui sont pas bien connues, il aime mieux admettre une explication hasardée que de rester dans le doute.
Quand une hypothèse explicative d'un certain nombre de phénomènes analogues est appuyée sur des faits et confirmée par l'expérience, cette hypothèse devient une vérité, un système exact; tel est le système de la gravitation, trouvé par Newton ,
Quand ces hypothèses ne sont que le produit
de rimaginatioii, comme le système des tourbillons de Descartes, on peut dire que ces espèces de systèmes, quoique très-ingénieux^ sont complètement imaginaires.
Enfin il y a des hypothèses (et ce sont les plus nombreuses) qui, tout en rendant compte de la plupart des phases des phénomènes, se trouvent en désaccord avec Texpérieuce pour quelques cas particuh'ers, ou du moins ne donnent pour ces cas que des explications peu satisfaisantes; telles sont les théories admises pour la lumière, le calorique et l'électricité. Ces espèces de systèmes, plus ou moins hypothétiques, ne sont que des vérités transitoires; néamoins ces hypothèses doivent être admises comme vraies jusqu'à ce qu'on ait trouvé une explication plus exacte des mêmes phénomènes et qui n'admette point d'exception.