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des systèmes de philosophie. De nos jours enfin les hommes ayant appris à connaître Tunivers et à se connaître eux-mêmes^ n'ont plus rien à faire des songes trompeurs de Timagination , ni dés combinaisons arbitraires de la raison pure. Ils s'adressent à Texpérience et ne lui demandent que ce qu'elle peut donner^ des faits et des lois; nous entrons dans Tère des sciences positives. Est-ce à dire maintenant qu'au delà des choses visibles^ il n'y ait absolument rien? philoso* phie positive ne va pas jusqu'à soutenir cela. Dès qu'il s*agit d'idées absolues^ de l'origine et de la fin des choses I elle se déclare incompétente. Elle n'est ni pour la matière^ ni pour Tesprit^ ni sceptique, ni croyante, ni théiste, ni athée. Y a-t-il un Dieu, une providence, une vie future? elle ne l'afGrme pas, elle ne le nie pas, elle n'a pas à s'en occuper.
Je ne discute pas en ce moment le plus ou le moins de justesse et d'originalité de ce point de vue, mais je dis à la philosophie positive qu'en concentrant la science et la vie humaine sur les choses finies, en laissant l'idéal et le divin à l'état de complète indétermination, elle se rencontre avec l'école panthéiste et l'école sceptique, abonde dans le même sens et conspire au même résultat.
Transportez-vous maintenant, je vous prie^ à l'extrémité opposée de l'horizon, vous y trou-
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verez l'école théologique avec le cortège imposant de ses nombreux interprètes. Il y en a de deux espèces bien tranchées^ et je ne les confonds pas. Dire à la raison qu'elle est insuffisante en matière religieuse et lui dire qu'elle est radicalement stérile^ voir en elle une source de lumière et de vérité^ source bienfaisante alors même qu'il n'en sortirait pas de quoi remplir le cœur de l'homme, ou bien la.regarder comme une puissance satanique^ un ver rongeur, une peste, un poison, cela indique assurément deux sortes d'esprits et deux sortes de caractères; mais quels que soient d'un côté la modération, la science, la bonne foi, Tesprit chrétien, de l'autre la violence, l'aveuglement^ l'esprit de dénigrement et de haine, il n'en est pas moins vrai que l'école théologique, considérée dans son action générale sur les esprits, contribue à répandre cette idée que la raison humaine est incapable d'atteindre Dieu , et que séparée de tout secours surnaturel, elle va d'elle-même, suivant les temps^ au panthéisme, au scepticisme, au matérialisme^ toujours infiniment éloignée du Dieu réel et vivant, toujours prête à embrasser le Dieu chimérique de l'abstraction.
Ainsi du sein de toutes les écoles où se concentre le travail des intelligences, partent des courants d'idées contraires, idées écossaises, idées allemandes, idées de provenance catholique, idées d'ori-
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gine protestante, idées sceptiques, panthéistes, ma* térialistesi ultramontaines, piétistes, que sais-je? et toutes ces idées concourent à obscurcir et à effacer dans les Ames l'idée naturelle, l'idée sainte d'un Dieu personnel, créateur libre et intelligent de l'univers, juge et père du genre humain.
Comment assister à un tel spectacle, comment ressentir dans sa conscience le contre -coup de ces agitations et de ces luttes, sans se demander avec inquiétude où va notre siècle, et sans faire un triste retour sur son passé? Voilà donc où nous en sommes après un demi-siècle de tra* vail et d'efforts 1 Est-ce pour en venir là que s'est opéré ce grand mouvement de renaissance qui signala d'une façon si glorieuse les commencements du siècle où nous vivons? Avec quelle ardeur et quel enthousiasme ce siècle s'élance dans la carrière I De l'héritage du passé il accepte tous les instincts généreux , il ne répudie que le maté* rialisme et l'esprit d'impiété. A l'idéologie étroite et mesquine de Condillac succède une philosophie plus élevée et plus large, qui s'inspirant tour à tour de Leibnitz, de Thomas Reid, de Platon, ranime la tradition de la haute métaphysique et aspire à comprendre et à concilier toutes les grandes pensées de l'esprit humain. En même temps la poésie des antiques symboles refleurit dans le Génie du christianisme et dans les Martyrs. Je ne sais quel
coarant victorieox de spiritoalisme ciretile eh tous sens, rend à l'histoire son coloris et ses vastes horizons, élai^it la critique , ranime les arts et la poésie, inspire des accents d'une mélancolie sobltme, d'une tendresse et d'une harmonie inconnues au chantre des Médilaiions. Partout éclate avec le Qott désintéressé des plus nobles exercices de la pensée, la passion de la liberté. Les âmes se dérobent à l'égoïsme et à la petitesse des intérêts vulgaires, et tressaillent aux grandes lottes de la vie publique! Quel enthousiasme, quelle con^ fiance, quelle sympathie entre lescœurs^ quel ra« jeonissement de séve morale et de vie !
C'est ainsi , j'en appelle à tous les souvenirs, c'est par ces nobles élans que notre dix-neuvième siècle a commencé. Est-il possible que tant d'ar^ denr et tant de génie, de si profondes spécula^ tfons, de si rares chefs-d'œuvre, de si belles espérances, que tout cela se termine par un avortement, que notre siècle, arrivé au milieu de sa carrière, donne un démenti à son passé, et que de ses deux meilleurs dessetnsi la renaissance du sfriritualisme en philosophie et celle du sentiment chrétien , lé premier aboutisse au retour plus ou moins déguisé du matérialisme, et le second à un fluMtisme insensé, aveugle ennemi de la raison, ^i tarissant la source do sentiment religieux^ ne kisse de place dans les âme» qu'à une docilité ser-