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vile^ à une crédulité superstitieuse^ à une dévotioD sans lumière et sans amour?
Je ne puis croire, je ne croirai jamais que telle soit la destinée réservée à notre âge. Et cependant^ à voir les choses comme elles sont^ il faut reconnaître que si Dieu n'est pour la raison qu'une abstraction sans réalité^ si la seule existence réelle c'est l'existence finie^ si l'antique opposition des choses de la terre et des choses du ciel n'a aucun sens, si enfin tout être est le produit d'une nécessité aveugle qui enfante les modes successifs de la vie pour les absorber sans retour^ la conséquence inévitable^ c'est que les hommes ont sommeillé jusqu'à ce jour dans une véritable enfance. En faisant deux parts de leur pensée et de leur &me^ l'une pour la terre et les hommes^ l'autre pour Dieu, ils ont perdu la moitié d'eux-mêmes. Âux yeux de Thomme éclairé, le ciel n'est autre chose que le besoin insatiable et immortel de perfectionner et d'embellir la terre. Tout idéal s'efface. Il s'agit pour Tartiste de copier servilement le réel , pour rhomme d'État, de discerner les appétits les plus forts d'un pays et de les satisfaire, pour le moraliste, de noter les proportions variées où les passions bienfaisantes ou nuisibles s'unissent dans la vie, afin d'apprendre à profiter des unes et à se préserver des autres. En un mot tous les
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problèmes^ le problème social, le problème moral, comme le problème religieux, changeant de données, appellent d'autres solutions, et parmi les penseursqui les cherchent aujourd'hui, il n'y a que deuic sortes d'esprits conséquents, ceux qui, niant la raison, la science et le progrès, révent le retour de la théocratie du moyen âge et ceux qui veulent une reconstitution radicale de la société et de la vie humaines.
Voilà ce qui m'a conduit à considérer la question de la personnalité divine comme une des questions vitales de notre temps. C'est à de plus forts que moi qu'il appartient de la résoudre, de tirer les âmes de leur sommeil, de rendre à notre siècle fatigué la confiance et l'espoir, de donner un nouvel éclat et une force nouvelle aux grandes vérités du spiritualisme. Pour moi, je n'ai voulu que donner un bon exemple en faisant connaître avec simplicité les résultats où m'ont conduit de patientes études et de sérieuses méditations. Je n'apporte aucun système nouveau, je ne parle pas au nom d'une école; je raconte comment je suis arrivé, en traversant les difficultés, les doutes, les anxiétés et toutes les épreuves inséparables de la recherche libre, à satisfaire mon esprit sur les points essentiels de la religion et à mettre mon âme en paix.
J'ai suivi dans l'écrit qu'on va lire un ordre
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très-simple. Tordre même de mes études et df mes réflexions. Ayant commencé par me remettre devant les yeux les grands philosophes, j'ai ra^ copté quelles impressions j'ai ressenties en con^ versant avec eux, en leur proposant mes diffi^ cultés et mes doutes. J*ai laissé de côté les anciens, comme trop éloignés de nos habitudes, de notre langage et de toute notre vie moderne. Parmi les penseurs des deux derniers siècles, je ne crois avoir omis aucun homme de génie. J'ai consulté Spinoza, Kant, Hegel, avec autant de scrupule et de respect que Descartes, Malebranche, Newton et Leibnitz. Cette enquête terminée, j'ai exposé le cours de mes propres méditations. Je n'ai écarté aucun grand problème, dissimulé aucun doute^ éludé sciemment aucune objection. J'ai pensé que le seul moyen de me faire pardonner la témérité de mon entreprise, c'était l'ardeur de ia recherche et sa parfaite sincéâté. II m'a paru aussi qu'à une recherche sincère, la forme qui convenait le mieux, c'était la plus simple, la plus dégagée de tout appareil d'école et de science. Je ne me suis pas adressé à un cénacle de métaphysiciens; j'ai écrit pour tous ces esprits généreux et cultivés qui, sans se piquer de métaphysique, veulent en matière religieuse comme en toute autre, faire usage de leur raison. Le nombre en est grand aujourd'hui; il augmente d'heure en heure, et
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pourquoi se faire illusion? Nous sommes ioiu^ bien loin de ces siècles d'innocence où la foi paisible était la règle et la recherche inquiète Texception. On voyait alors avec admiration la foi d'un saint Anselme à la poursuite de Tintelligence, fides quœrens intellectum; aujourd'hui c'est Tintelligence qui cherche la foi.
27 décembre 1858.
ESSAI
DE