‹ Essai de philosophie religieuseChapitre 3 sur 20 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

rèmes et de ses formules^ la simplicité lumineuse des principes^ renchainement géométrique des conséquences^ l'unité deTensemble^ la beauté et rharmoniedes grandes lignes du monument^ tout cela m'avait frappé^ ébloui et quelque peu fasciné. Pourtant j'étais bien loin de me donner à Spinoza. Je me disais : il y a du vrai dans ce système; mais j'ajoutais avec un sentiment de répulsion invincible : ce système n'est pas le vrai.

J'étais d'autant plus armé de défiance contre Spinoza que je ne pouvais parvenir à donner à sa doctrine un caractère fixe et précis. Autant le génie du philosophe me frappait par sa fermeté et sa conséquence^ autant le système me semblait illogique^ indécis^ flottant sans cesse entre deux extrémités contraires^ l'athéisme et le mysticisme.

Quand je lisais le premier livre de l'Éthique, en présence de ce Dieu qui n'est que la substance universelle^ de cette Nature naturante dépourvue d'intelligence et de volonté, dont l'activité aveugle et indifférente enfante le bien et le mal, le beau et le laid, le vice et la vertu, sans dessein, sans choix, sans but, ne créant que pour détruire, ne donnant la vie et la pensée à quelques êtres d'élite que pour la leur ravir à jamais, je m'écriais : Spinoza est athée; le dix-septième siècle avait raison.

Mais si je venais à jeter les yeux sur la dernière

AVANT-PROPOS. v

partie de l'ouvrage^ je ne pouvais comprendre qu'un athée eût tracé ces beaux théorèmes que n'eût pas désavoués Platon : « L'âme humaine pense Dieu en se pensant elle-même sous la forme de Téternité. » — Et ailleurs : t Nous sentons^ nous éprouvons que nous sommes éternels, n Et puis comment expliquer toute cette théorie de Tamour divin considéré comme le lien mystérieux qui enchaîne toutes les âmes et les unit à leur principe? Connaissant Spinoza pour le plus sincère des hommes^ et ravi de voir ce géomètre si vivement touché du sentiment des choses divines, je me disais : Non, quoi qu'en ait pensé le siècle de Pascal et de Bossuet, non, Spinoza n'est pas athée ; Lessing a eu raison de le réhabiliter, Jacobi et Schleiermacher n'ont été que justes en le rangeant parmi les mystiques et les saints.

Ces impressions contraires me conduisirent à soupçonner qu'il pourrait bien y avoir dans le panthéisme une loi inhérente à son essence et qui le condamne, en dépit de la force d'esprit de ses plus puissants interprètes, à une oscillation éternelle entre deux erreurs. Pour vérifier cette conjecture, il fallait se dégager de Spinoza, de son siècle et de son langage; il fallait chercher à travers les vicissitudes du panthéisme, sous toutes les formes diverses qu'il a pu revêtir, son essence, son idée, sa loi. Je me mis donc à étudier le pan-

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