VI AVANT-PROPOS
théisme à partir des plus anciennes spéculations de la Grèce. Je voulus le suivre dans tout le cours de ses développements, visitant tour à tour Técole stoïcienne et Técole d'Alexandrie, Zénon et Chrysippe, Plotin et Porphyre, puis Scot Érigène et les mystiques hétérodoxes du moyen âge, puis les néoplatoniciens de la renaissance, Michel Servet et Giordano Bruno. Mais je m'appliquai surtout à saisir la première apparition du panthéisme dans la philosophie moderne. J'interrogeai Descartes, Malebranche, Leibnitz; je méditai Kant et la Critique de la raison pure, et fis tous mes efforts pour comprendre Fichte, Schelling, Hegel. Je ne m'arrêtai dans ces longues études historiques qu'au moment où je crus avoir trouvé ce que je cherchais, et être en possession de l'idée mère du panthéisme , de la loi nécessaire de son développement et de son vice radical
J'étais satisfait de ces résultats, et, comme il arrive en pareil cas, je m'en exagérais beaucoup l'importance : Me voilà, disais-je, hors du pan-
> J'en étais là vers iHlyi, quand TAcadémic des sciences morales et politiques mit au concours Texamen critique des principaux systèmes de théodicée depuis Descaries jusqu'à Hegel. L'occasion me parut bonne de soumettre mes recherches de philosophie religieuse au jugement des maîtres de la science, et j*envoyai à l'Académie un mémoire qu'elle eut l'indulgence de couronner. Je me suis servi de ce mémoire dans VEfisai que je présente aujourd'hui au public, mais avec une telle liberté qu'il y aurait de ma part quelque indiscrétion à me prévaloir du suffrage de l'illustre Compagnie.
AVANT-PROPOS. vu
théisme^ et même je suis en mesure de le réfuter. Car que pourront répondre les disciples de Bruno^ de Spinoza ou de Hegel^ quand on leur dira : Votré maîtresse idée^ c'est la consubstantialité éternelle et nécessaire du fini et de Tinfini^ de la nature et de Dieu. Voilà bien selon vous Talpha et Toméga^ te premier et le dernier mot de toute philosophie. C'est en maintenant celte idée intacte et inviolable à travers toute la suite des problèmes philosophiques^ que vous prétendez échapper aux difficultés sous lesquelles succombent les autres systèmes. Nous ne faisons pas, dites-vous, comme les matérialistes et les athées, qui nient l'infini, méconnaissent le sentiment du divin et rompent avec la tradition religieuse de l'humanité; nous n'imitons pas davantage les idéalistes et les mystiques dans leur négation extravagante des réalités finies de ce vivant univers. Nous réconcilions le fini avec l'infini, les sens avec la raison pure, la science avec la religion. Et comment cela? en concevant la nature et Dieu comme les deux faces d'une seule et même existence. Dieu, c'est la nature rattachée à son principe immanent; la nature, c'est Dieu considéré dans le déploiement de ses puissances. Il n'y a pas d'un côté un Dieu solitaire, et de l'autre un univers séparé; le Créateur s'incarne sans cesse dans les créatures et devient tour à tour chacune d'elles. On peut dire de Dieu