‹ Essai de philosophie religieuseChapitre 5 sur 20 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

qu'il dort dans le minéral^ réve dans Tanimal^ se réveille dans l'homme. Et c'est ainsi qu'il prend conscience de lui-même à travers les degrés de l'existence universelle. Ce mouvement continu du Divin ^ ce progrès qui le fait passer par des formes toujours nouvelles^ c'est la loi suprême^ c'est la réalité, c'est la vie.

J'en appelle à vous, panthéistes, n'est-ce point là le sens de votre système, son caractère distinctif et original? Or voici maintenant ce qui vous arrive : tant que vous restez sur les hauteurs de l'abstraction, il y a dans l'apparente clarté de ces concepts, dans la rigueur factice des rapports qui les enchaînent, quelque chose qui séduit et trompe la raison ; mais aussitôt que vous sortez des notions abstraites et qu'il s'agit d'appliquer votre idée à des problèmes précis, vous rencontrez une pierre d'achoppement, c'est la personnalité. Elle a deux grandes formes, l'une qui est le modèle, l'autre qui est la copie, celle-là infinie et parfaite, celle-ci finie, mais déjà sublime dans son imperfection même : la première, c'est la providence de Dieu, la seconde, c'est la moralité de l'homme. Or, que devient la personnalité dans votre système de l'unité absolue de toutes les existences? Si vous voulez conserver la personnalité humaine, votre système vous contraint à ne le pouvoir faire qu'aux dépens de la personnalité divine ; et si vous voulez.

AVANT-PROPOS. ix

au contraire^ conserver la personnalité divine^ c'est alors la personnalité humaine qui vous échappe et qui disparait. Ce dilemme est inévitable. Et en effets du moment que la nature est conçue comme la vie même de Dieu , il s'ensuit que Dieu est tout; je dis tout^ non par comparaison avec le peu que nous sommes ou par innocente exagération de langage, mais à parler avec rigueur^ absolument tout. Car Dieu est alors tout ensemble Tinfini et le fini ^ Téternité et le temps ^ Tétre universel et tous les êtres particuliers; il n'y a qu'un être, il n'y a que Dieu. Que sommes-nous donc à ce compte, vous philosophe panthéiste qui me parlez et moi qui vous écoute? des fragments de la vie divine. Nous ne sommes donc pas des personnes distinctes^ ayant leur vie à elles et leur destinée propre? évidemment non ; ce que nous appelons notre vie; notre personne, notre destinée, ce sont de pures illusions. L'existence finie se dissipe comme un songe, Dieu seul reste réel et vivant, et il n'y a rien à faire dans ce monde qu'à laisser couler en soi le torrent de la vie divine et à s'y perdre si l'on peut.

Redoutez-vous une telle extrémité et sentez-vous se réveiller toutes vos puissances actives contre cette léthargie de l'extase? Il vous faut alors, si vous tenez à la fois à sauver votre personnalité et à rester fidèle à l'unité absolue de l'existence, il

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