LES CONSONNES
Les consonnes sont des sons dus au choc, contre un obstacle dans l'appareil vocal, de la colonne d'air sortie des bronches avec ou sans accompagnement des vibrations du du larynx.
§ Classification des consonnes.
Mode d'échappement du souffle. — i"^ Certaines consonnes, p, b, t, d, k^ g, se font entendre comme par une explosion du son à travers un obstacle complet opposé brusquement à la sortie du souffle, ce qui les a fait appeler explosives^ plosives ou occlusives. On les dit encore momenianées^ à cause de la rapidité de leur émission, qui est subite et sans durée sensible ; muettes, parce qu*on ne peut les prononcer sans le secours d'une voyelle.
a® En opposition aux précédentes, les continues ou pro-
longeables^ f, v^ t, d, s, ^, s, i, ç, j, ç, c, j ^ dites encore
constrictives , fricatives ou spirantes, sont celles qui ont une durée appréciable, parce qu'elles se continuent par une sorte de frottement de Tair à travers un obstacle incomplet.
Les consonnes s, -{, ç, y, sont souvent aussi désignées sous le nom de sifflantes.
D'autre part, on appelle chuintantes, les fricatives ç,j, et les mi-occlusives dont elles font partie tç, dj\ à cause de l'analogie de leur son avec le cri de la chouette.
Mais les consonnes indiquées ci-dessus ne sont pas les seules continues qu'il y ait. Il faut leur adjoindre les consonnes, elles aussi prolongeables, w, iv et ^, / et r, metn.
Toutefois, à cause de leurs propriétés spéciales, on aime à séparer les articulations te;, w,y, sous le nom de semi-voyelles.
On isole aussi habituellement les consonnes / et r sous le nom de vibrantes, à cause du mouvement tremblotant qui agite la langue pendant leur émission, mouvement qui leur est spécial à l'exclusion des autres consonnes. Ce qu'on appelle r roulée n'est autre chose qu'une r longue, dont on prolonge les vibrations spéciales, ce qui donne la sensation d'un bruit de roulement.
Quant aux consonnes m et n, on préfère également les traiter à part sous le nom de nasales. D'ailleurs les nasales ne sont continues que par le fait même de leur nasalité. Si leur émission est accompagnée d*un échappement continu et sonore du souffle à travers les fosses nasales, il n*en est pas moins vrai que leur période orale est instantanée, attendu qu'elle comporte une occlusion complète de la bouche.
On emploie également le nom de liquides pour désigner des consonnes, qui, postposées à une autre dans la même syllabe, sont coulantes et se prononcent aisément, comme / dans plaire, pluie, flamme^ clair ^ comme r dans bras, gras^ trace^ droit. Ce sont spécialement les vibrantes l et r qui jouissent de ce titre, bien que beaucoup de grammairiens le fassent aussi partager aux nasalles m et n.
y Entre les occlusives et les continues il y a les miocclusives, qui sont, elles aussi, des articulations simples, produites par un seul mouvement articulatoire. A première vue, elles nous paraissaient composées de deux consonnes, une occlusive et une spirante appartenant au même ordre ou tout au moins à deux points contigus de la même région (i). Les combinaisons possibles nous donnent ainsi deux labiales pf, bv, deux prépalatales /5, d^, une prépalâtale et une patale iç^ dj, deux palatales liÇ, gj\ En réalité, malgré l'idée fausse que suggère la transcription double, il n'y a pas succession des deux positions / et 5 dans ts, mais production d'une nouvelle et unique articulation par une seule position intermédiaire. Cela est surtout sensible pour le cas de tç, où chacune des articulations figurées ne peut être produite isolément au
(i) Les groupes /5, i-j, pç^ bj^ ks, ^r, //, dv, kf, gv, dont les éléments constitutifs sont plus distants, articulés dans deux régions bien distinctes, sont en réalité composés de deux mouvements successifs, et ne peuvent par conséquent être admis à prendre place parmi les miocclusives.
même point de la région palatale; il en est de même pour dj. Si on conserve les graphies doubles iç^ dj à cause de leur commodité, nous devons admettre que chacune des deux consonnes s'est déplacée pour venir se produire au même endroit que son associée et se fondre avec elle.
Si la transcription double des mi-occlusives nous exposait à prononcer celles-ci défectueusement, il y aurait lieu de la rejeter. Mais comme il n'est pas possible de prononcer de deux manières les combinaisons pfy ts, fç, etc., d*une part avec deux mouvements articulatoires successifs, d'autre part avec un seul mouvement ; comme notre organe n'est capable de réaliser que la seconde manière d'articuler, il est préférable, en pratique, de conserver les groupes^/, /5, etc., plutôt que de recourir à des caractères nouveaux toujours coûteux. Ce n'est qu'en phonétique rigoureuse qu'on se croit obligé de les représenter par un seul caractère, qui est formé de la seconde consonne surmontée d'un signe diacritique figurant la première :
I représente l'élément dental dans ts = s, J^ = ^, U = ç,àj =j,
4* On appelle aspirées les explosives articulées devant une voyelle avec un surcroît d'effort expiratoire, ce qui fait qu'au moment où cesse le contact, le bruit de la consonne retentit comme par l'effet d'une détente, en même temps que l'air comprimé dans la poitrine s'échappe en abondance avec un bruit de souffle, produisant l'impression de l'aspirée h surajoutée à l'articulation principale. On est convenu de marquer l'aspiration par un esprit rude ^ à la suite de la consonne, p^, t\, k<^ etc. Cette transcription est préférable à celle de ph^ th, kh, à cause des interprétations différentes et opposées données à cette dernière.
Sonorité. — Telles qu'elles sont produites dans la voix haute, les consonnes douces b, d, g, j\ v^ ;[, les semivoyelles w, ib, y, les vibrantes /, r, et les nasales m, n, sont
des sons mixtes composés d'un son fondamental accompagné d*nn son laryngien : on les appelle sonores, parce qu'elles sont caractérisées par la sonorité des cordes vocales (i).
Les consonnes fortes p, y, /, s, *, ç^ ?, ^, sont produites sans vibrations des cordes vocales : on les a appelées sourdes, par opposition aux sonores (s >.
Quoique tontes les consonnes soient reconnaissables à nn bruit fondamental caractéristique, la résonance laryngienne contribue pour sa part à distinguer Tune de Tautre celles d'entre elles qui vont par paires^ ^ sourd et b sonore, / sourde et v sonore, / so jrd et d sonore, k sourd et ^sonore, ç sourd et y sonore. 5 sourde et ^ sonore. C^est pour celles-là, et en vue de marquer la différence dans la pression du souffle, que les anciens grammairiens ont employé les termes de forte ou dure pour la sourde, de faible ou douce pour la sonore. C'est là une distinction secondaire, qui peut être retenue, et qui est souvent commode {3).
On peut se demander si la sonorité des consonnes n^est pas due à ce que les sonores demandent une moindre pression du jet d'air contre Tobstacle. Pour celles-ci le larynx, agissant comme régulateur de pression, se contracte pour retenir le souffle, et, par suite, rapproche les cordes vocales qui se mettent à vibrer ; tandis que pour les
(i) Un moyen facile de constater les vibrations laryngiennes consiste à se boucher les oreiUes avec les index, pendant qne Ton prononce alternativement deox consonnes voisines, Pane sonrde, Tautre sonore, b etp par exemple. A la sonore seale on entend, en pins du bruit caractéristique de la consonne, les vibrations du larynx sous forme d*un bourdonnement spécial très sensible.
(3) Dans les ouvrages de P. Passy, sourde équivaut à soufflée^ et sonore à vocalique.
(3) Les Grecs appelaient les fortes TiXa « tenues >, en opposition aux
aspirées cp, y, nommées O^tff&a < rudes, aspirées ». Les sonores
étaient dites u.6(;a < moyennes », comme intermédiaires entre les aspirées et les tenues.
sourdes, qui ont besoin de plus de pression, il se détend pour laisser passer librement Tair (i).
Il n'est pas impossible de prononcer sans la résonance laryngienne telle ou telle consonne habituellement sonore. On y arrive, par exemple, pour Ym et pour Tw, en ouvrant largement les cordes vocales, et laissant échapper tout le souffle par les fosses nasales pendant Tocclusion qui se fait dans la bouche, entre les lèvres pour m, entre le palais antérieur et la pointe de la langue pour n dentale. Ou encore, dans la prononciation de certaines personnes, une sonore précédant immédiatement une sourde est influencée par celle-ci, de façon à perdre sa sonorité, et à ne plus se distinguer de la consonne suivante que par son bruit propre, distinction qui échappe facilement à Taudition pour celles des consonnes auxquelles correspond une véritable sourde. C'est ainsi qu'on entend alors apsurde pour absurde^ opienir pour obienity apstraire pour abstraire. En pratique, la distinction de la variété sourde des sonores n'étant facile qu'au moyen d'un appareil enregistreur des vibrations du larynx, il n'est pas nécessaire de s'en préoccuper pour l'écriture ordinaire. Mais nous avons tenu à indiquer le phénomène à cause de sa grande importance dans l'étude des changements phonétiques compris sous le titre d'assimilation des consonnes.
Régions d'articulations. — Selon la région où l'obstacle se produit, la consonne est appelée :
lo labiale j 20 labio-palataUj 30 interdeniale, 40 linguale, ^0 dentale ou prépalatale ,
(x) On rend sensible cette différence de pression en prononçant successivement dans la main deux consonnes, Tune sonore, d^ Tautre sourde, /.
6» médiO'Palataïe,
70 post-palaiale ou méiapalaiale,
80 vêlait e y
90 gloitale.
10 La labiale s'obtient par le moyen du rapprochement soit des deux lèvres, bilabiale ou labio-labiale, />, ^^ »f ; soit de la lèvre inférieure et des dents supérieures, deniilabiale ou labio-dentale^ f, v,
11 y a un t; bilabial (^) intermédiaire entre v et b. Il s'obtient par un rapprochement des lèvres plus grand que pour V, sans contact de la lèvre intérieure avec les incisives supérieures. Cette articulation est plutôt un b qu'un V : c'est pourquoi le nom de b spirant(^) semble mieux lui convenir. V. p. 14.
2° La labio'palaiale au rapprochement des lèvres ajoute encore le relèvement de la base de la langue vers le palais, Wy iv,
3° Vinterdendale est produite entre l'extrémité de la langue et les incisives supérieures, i, d, 5, z.
4° La linguale résulte des vibrations de la langue. L'une, r alvéolaire, est produite parle roulement de la pointe de la langue relevée vers les alvéoles des dents supérieures ; l'autre, la vibrante latérale l, est obtenue par les vibrations des côtés de la langue appuyée par sa pointe contre les alvéoles des dents supérieures. On se contente parfois de désigner ces consonnes sous le nom de dentales ou de linguo-dentales ou d'alvéolaires.
L'/ est une / qui a manqué son point d'appui. La pointe de la langue, n'ayant pas atteint le palais, commence à vibrer comme pour r.
«5° La dentale [linguo-dentale ou prépalatale) est articulée avec la pointe de la langue redressée, soit contre la base des dents tout près de leurs alvéoles, alvéolaire, t, dy s, ^, n ordinaire (« isolée, ou précédant une voyelle.
wm
Hï
hl ID <l H
fi
tt
co
iJ
> o "O .fi
sa
eu co
d tt
Ul
CJ
kl
bo
bfi
^ff
rt -r
•et;
rt
PQ
co
ro 0}
Pu
rt
Pli
une consonne dentale, ou w ou ib): soit plus en arrière vers le commencement du palais, cacumino-deniale (cérébrale des Anglais), {, d.
6» La méJio'palaiale. Ce titre convient à chacune des consonnes mouillées, /, n, i, d, k, ^, etc., pour lesquelles le contact de la langue avec le palais s'élargit, de manière à atteindre le milieu de celui-ci. Nous avons aussi, mais avec occlusion incomplète, Çj jj un peu plus en arrière
Le ^ et le j auvergnats s'articulent avec la langue en position de s pour le premier, de ^ pour le second.
Il est nécessaire de définir ici ce qu'on entend par la mouillure des consonnes. Il y a deux manières de prononcer une consonne donnée. Ou bien on Particule pure, avec un contact bien limité au point d'articulation ; on a alors la consonne simple, /, n, /, d, k, g. Ou bien on la prononce avec une langue épaissie, qui propage le contact au-delà des limites précédentes, intéressant surtout la voûte palatine sauf parfois une partie de la gouttière centrale qui est plus ou moins respectée : on a les consonnes mouillées ou palaialisées. Encore ne faut-il pas confondre les consonnes mouillées /, «, /, d^ k, g, ç, avec les groupes
h> '0'^ ^y^ ^y> ^yy^y> ^y^ ^^ ^^ produisent par deux mouvements articulatoires successifs, avec un contact bien moins étendu que pour la consonne mouillée.
7** La posUpalatale. Pour sa prononciation, la base de la langue se rapproche du palais postérieur, k, g (isolés, ou placés devant Tune ou l'autre des voyelles antérieures normales ou anormales, a, e, i, œ, ûy ainsi que devant les semi-voyelles correspondantes, y, ib), n devant une consonne palatale.
8° La vélalre est prononcée avec le dos postérieur de la langue bombée en regard du palais mou (commencement du voile du palais) : k et g devant les voyelles vélaires (?, m et la semi-voyelle correspondante xi^; k,g,g (ghaïn arabe);
h vélaire; V'r grasseyée^ r parisienne ou palatale (i), produite par les vibrations du dos de la langue et dés bords de risthme du gosier.
Toutes ces articulations sont souvent désignées sous le nom de gutturales, terme qui manque de précision, mais qui convient davantage aux consonnes c et r, qui intéressent principalement les deux piliers postérieurs du pharynx.
Vr grasseyée est moins gutturale, moins exagérée si Ton veut que le rhaïn arabe r, qui se prononce avec un bruit de raclement très sensible.
9® La glotiale est produite au sortir de la glotte raidie et contractée pour contrarier la sortie de Tair, * ou aïn arabe; enfin, la simple aspiration h.
REMARQ.UB. — Considérées par rapport au point précis de leur articulation et à l'étendue du contact ou demicontact, les consonnes fondamentales, prises ici comme base de comparaison avec les variétés avancées, reculées, etc., ne se correspondent pas exactement dans toutes les langues. 11 y a donc lieu, en abordant Tétude d*une langue nouvelle, de mesurer îes écarts que Ton peut observer, et de prendre les moyens les plus convenables pour éviter les malentendus dans la lecture.
Semi-voyelles. — Entre toutes les consonnes, on en remarque aisément trois, w,w,yy qui ont une étroite affinité avec certaines voyelles, w avec u et ^(2), iv avec ûy y avec /*. C'est que, pour prononcer la voyelle et la consonne correspondante, les organes prennent à peu près la même position. La seule différence importante consiste en une tension plus grande déterminant un mouvement pour la consonne, tandis que la voyelle, même brève, a tou-
(i) Moins bien nommée r uvulaire^ lat. tf9»/<z luette. La luette projetée en avant ne peut participer à Tarticalation de cette consonne.
{2) Pour la fermeture des lèvres w correspond plutôt à ô fermé qu'à «,
j^urs moins de raideur et plus de stabilité (i). Il en résulte que le souffle s'échappe par une brusque saccade avec compression et détente dans l'articulation de la consonne, tandis qu'il s'écoule librement à travers la chambre de résonance dans la prononciation de la voyelle. Cetteparenté évidente des consonnes w, w,y, avec les voyelles u, û, i, les a fait appeler semi-voyelles, bien qu'en réalité elles soient de vraies consonnes.
w est la consonne défigurée par l'orthographe française dans les mots oui [wl), oie [uà), foi {fwa), choix {fwâ), avoué {avwe). C'est le w anglais de well « bien. »
ib se retrouve dans les combinaisons du français nu^e [nwe), nuit {nwi).
y figure dans^^M;^ [yœ); se devine dans bien (hye), aïeux (ayœ), viande [vyàd]^ dans l'anglais my [may) c mon », / (ay) « je », fine [fayn] « joli ».
On aurait donc tort de vouloir considérer les semi-voyelles comme des variétés brèves des voyelles f#, m, i. Chacune des trois variétés, ouverte, moyenne ou fermée d'une même voyelle correspond à une ouverture donnée et à une position déterminée de la langue et des lèvres, ouverture et position qui devront se reproduire toujours d'une manière identique pour la même voyelle, peu importe qu'elle soit longue ou brève. L'organe ne peut être modifié qu'au risque de changer le timbre, c'est-à-dire la voyelle elle-même, ou de lui substituer une consonne, si du changement de position il résulte un obstacle à la, sortie du souffle. La voyelle étant ici l'élément essentiel de la syllabe, dès que cette même voyelle se convertit en consonne, la syllabe qu'elle constituait auparavant disparaît du même coup. Aussi, est-il impossible, en abrégeant un i par exemple, de prononcer correctement le mot français ^^ «je iyœ); on aura ï -à? (2) en deux syllabes, jamais ^(^ en une seule comme avec la consonne y. Mais si l'on prononce successivement T-iet^^, on remarque facilement que la position des organes varie : c'est justement que pour Vy on élève la langue davantage, en l'appli.
(r) Roasselot, Principes de Phon. expérim.^ 6^y6}%. (1) Bien prononcer 1-^, et non pas t-ya.
quant par sa base et ses côtés contre le palais, de manière à produire Tobstacle cause de l'articulation du ^o^.. Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait pas d'exemple de semi-voyelle remontant originairement à la voyelle correspondante. Bien au contraire, les recherches philologiques font faire chaque jour des constatations semblables de consonnantification de voyelles. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il y a une diftérence capitale entre i voyelle, par exemple, et^ consonne, et qu'il importe de donner à chaque phonème une graphie propre.
Consonnes-voyelles. — Il est nécessaire de se défaire d'un préjugé général, qui consiste à affirmer que les consonnes se distinguent des voyelles parleur inaptitude à former syllabe à elles seules, et l'impossibilité où elles seraient de pouvoir être articulées sans le secours d'une voyelle. Les sonores, et parmi elles surtout les liquides, l, r, et les nasales, m, n, peuvent très bien se prononcer sans le secours d'aucune voyelle. Tantôt, c'est en s'appuyant sur une consonne antécédente ; tantôt, c'est en se prononçant en détente devant une syllabe commençant par une consonne.
Le premier cas se présente fréquemment dans les langues du groupe bantou pour m et n, soit initiales, soit médianes. C'est à ce point même que dans les radicaux monosyllabiques, le préfixe m- ou «- supporte l'accent tonique, qui, dans ces langues, affecte généralement la pénultième :
Swahili : m-tumwa k esclave », m4eie « apporte-le », na-m-pënda « je l'aime », n-iapiia « je passerai », m'-tu « personne, être humain »^ m'-hwa « chien », n*-içi « terre, contrée ».
Le préfixe m- ou «- de ces trois derniers exemples porte
Taccent tonique, qui oblige à le prononcer sur un ton plus aigu que la syllabe qui suit.
Le second cas est fréquent dans nos langues :
Français : prisme prononcé pri-j^m,
fai'ble — fè-hl ;
Anglais : ra-ven — rè-vn € corbeau »,
si'Ster — si-sir « sœur »,
to wa-rm — tu wô-rm € se chauffer »,
li-ii/e — li'tl € petit » ;
Allemand : mi-itel — mi-il « moyen »,
schuh-ma-cher — çu-ma-kr ^coràonnitr^y
ra-sen — ra-^n « gazon ».
On doit, dans les exemples ci-dessus, prononcer les consonnes m, n, l, r, tout court, et non pas comme si elles étaient suivies de Tune des voyelles œ, ti ou i, bien qu'il soit parfois possible de retrouver Tune ou Tautre de ces voyelles, soit dans une forme plus ancienne du mot, soit même dans un doublet actuellement encore employé, comme cela arrive pour le swahili, qui nous offre, pour les exemples ci-dessus, les doublets mu-tamwa, na-mupdnda, ni-iapHa^ mu-tuy im-bua, in-içi.
C'est donc à cause de la fonction toute spéciale que les vibrantes, / et r^ et les nasales m et «, sont susceptibles de remplir, qu'on les a appelées résonnantes, consonnesvoyelles, ou encore consonnes-syllabiques , c'est-à-dire aptes à prendre le rang d'une voyelle dans une syllabe.
La position hors rang occupée par la résonnante permet de négliger de la transcrire avec une marque spéciale.
§. Rang, phases et redoublement des consonnes.
La consonne peut s'appuyer soit ; i° sur une voyelle précédente,
au, at, a^-ia^
soit : 2** sur une voyelle ou une consonne subséquente,
p^, ha^ pia, soit : 3^ en même temps, d'une part sur une voyelle ou une consonne nasale antécédente» et de Tautre sur une autre voyelle ou une consonne nasale subséquente,
Elle est dite implosive ou occlusive dans le premier cas,
explosive dans le deuxième ;
elle est à la fois implosive et explosive dans le troisième.
Ceci s'explique très facilement par l'analyse des phases par lesquelles passe toute consonne. En effet, pendant l'articulation d'une consonne, l'appareil vocal traverse trois phases successives,
dont le premier temps, implosion ou occlusion ou tension^ consiste en un mouvement ascendant de la partie placée en obstacle, langue, dents inférieures, lèvre inférieure, etc., et aboutit à la production du bruit propre de la consonne ;
le deuxième temps, tenue [\), est un moment d'arrêt^ temps de silence pour les sourdes, temps sonore accompagné de résonances laryngiennes pour les sonores ; ie troisième temps, explosion ou détente^ correspond à l'abaissement de l'obstacle avec ]froduction du bruit de la consonne.
Les plosionSt c'est-à-dire le premier et le troisième temps, produisant un résultat semblable, peuvent se suppléer mutuellement : on n'entend que le bruit de l'implosion dans la consonne implosive, tandis que celui de l'explosion subsiste seul dans la consonne explosive.
Lorsqu'une consonne nasale se trouve en contact avec une autre consonne, de manière à se prononcer en même temps sans intercalation de voyelle entre elles, la nasale cède à l'autre consonne celui de ses temps qui lui est contigu. Dans ce cas, c'est à travers les fosses nasales que la
(i) La tenue des consonnes correspond au vocaloïde du D^^ Rosapelly.
consonne vocale, p des exemples aj^ma, am-j^a, mpa, produit au dehors celui de ses bruits qui ne trouverait pas à s'échapper par les lèvres pendant Tocclusion buccale nécessitée par la prononciation de la nasale m ou n Ainsi s'explique la production simultanée des bruits d'implosion et d'explosion de la consonne précédée d'une con> sonne nasale.
Il est encore une remarque importante à faire, c'est que le bruit d'implosion est un son étouflé, obligé qu'il est de retentir dans une cavité obstruée en avant par l'obstacle opposé au souffle au point d'articulation; tandis que le bruit d'explosion s'échappe au contraire librement à travers le passage ouvert par l'enlèvement de ce même obstacle. Il s'ensuit que le bruit implosif est moins fort que le bruit explosif, qui devient prépondérant. Les deux bruits se font-ils entendre pour la même consonne, comme dans apa, le premier son échappe à l'oreille, qui ne perçoit que le second, à moins que, pour les dissocier, nous ne prenions la précaution de prolonger le temps d'arrêt entre l'implosion et l'explosion, ce qui n'est pas la même chose que redoubler la consonne.
Dans la consonne redoublée il se passe un autre phénomène. Nous renforçons, par un effort expiratoire spécial, le premier temps de la consonne, pour l'obliger à donner à notre oreille la sensation d'une première consonne associée à la voyelle antécédente, ^p-p^ .
La prépondérance de l'explosion sur l'implosion a son importance pour expliquer, dans les groupes de consonnes, les défaillances fréquentes de la première consonne, par assimilation de la première à la seconde. C'est ainsi, par exemple, que dans le latin afferre ^omx ad-ferre € apporter », le d implosif de adferre, trop faiblement entendu, a facilité sa permutation avec/, d'où afferre.
Dans les consonnes sonores, les vibrations du larynx commencent avec l'implosion et durent pendant les trois
temps de la consonne médiane ; elles arrivent avec plus ou moins de retard dans les consonnes initiales, et cessent un peu plus tôt ou un peu plus tard dans les consonnes finales (i). Non seulement ce son laryngien peut être prolongé tout comme celui des voyelles, puisque nous pouvons, par exemple^ prolonger Tocclusion des lèvres pendant le deuxième temps de b dans a}»a, mais encore le larynx peut donner à ce son la hauteur de la voyelle qui lui est associée. En d'autres termes, nous pouvons chanter pendant l'articulation de la consonne sonore, comme pendant l'émission de la voyelle (3).
§. Différence entre les consonnes et les voyelles.
Nil cum saliu. Cela se vérifie encore une fois de plus, lorsqu'on veut établir la différence entre les consonnes et les voyelles. A les prendre en bloc, les consonnes, comparées aux voyelles, n'offrent pas tant de divergences qu'on pourrait s'y attendre. Commençons par relever ces divergences :
La prononciation des voyelles est produite par le passage libre du souffle, tandis que le souffle est intercepté plus ou moins complètement pendant l'articulation de la consonne.
En second lieu, toutes les voyelles sont sonores; plus du tiers des consonnes sont sourdes, les autres seulement sont sonores comme les voyelles.
En troisième lieu, les harmoniques des voyelles sont généralement plus graves que les sons qui entrent dans la
(i) Chez les aUemands, qui ont Tattaque forte, les initiales ne sont sonores qu*à la détente ; chez les français, les mêmes consonnes sont sonores à la tenue, avant la détente. V. Rousselot, Principes de Phon, expérim,, 496-535.
(3) V. D' Rosapelly, Mémoires de la Soc, de ling, de Paris^ t. ix, 488 et suiv. ; t. x, 71, laa, 347.
— 7î> — composition des consonnes. S*éloignânt moins du son fondamental, qui est lui-même un son grave, ce sont eux qui donnent à la voyelle un caractère mélodieux et éminemment musical. Au contraire les sons composants des' consonnes» par le fait même de leur acuité plus grande, contribuent à donner à celles-ci une certaine rudesse, qui les rapproche des bruits. Mais si, pour faire mieux ressortir la dififérence acoustique qui sépare les voyelles des consonnes, nous assimilons celles-ci à des bruits, ce n'est pas à dire pour cela que Ton doive considérer les consonnes comme des bruits proprement dits, c'est-à-dire comme des sons où les vibrations des sons composants, au moins des premiers de ces sons, n*offriraient pas des multiples parfaits du nombre des vibrations du son fondamental (i).
Si nous ne découvrons guère que ces trois points de disparité, le second et le troisième déjà bien atténués, c'est que nous devons reconnaître dans les consonnes non pas une classe de phonèmes séparés des voyelles par une limite bien nette, mais un ensemble de phénomènes artîculatoires procédant par dégradation, de manière à offrir dans les plus haut placés dans Téchelle une incompatibilité bien tranchée avec les voyelles, tandis que les derniers au contraire servent à faire la transition entre les deux classes. Si nous nous arrêtons maintenant à étudier la façon dont les consonnes se rattachent aux voyelles, nous devons faire quatre catégories des premières, et nous constatons qu'une seule est nettement séparée des voyelles, tandis que les trois autres s'en rapprochent graduellement.
La première catégorie comprend les explosives, qui ajoutent aux différences signalées plus haut leur inaptitude à être prolongées, en opposition à la faculté contraire ^hez les voyelles. De plus, elles ne peuvent être pronon-
(i) Rousselot, Princ. de Phonét. expériment.^ 639.
cées sans être appuyées par line voyelle, ni jamais, par conséquent, former syllabe à elles seules ; les voyelles, avons-nous vu, sont les éléments constitutifs de la syllabe. De toutes les consonnes, les explosives, surtout les sourdes, sont celles dont la différence d'avec les voyelles apparaît nettement accusée.
La seconde catégorie est composée des fricatives, qui ont en commun avec les voyelles la propriété d'être aisément prolongeables, plus la sonorité pour celles d'entre elles qui sont sonores. Nous pouvons encore remarquer que le sifflement qui les accompagne, n'est pas étranger aux voyelles fermées, e, u, i, surtout à Vi qui se prononce avec une sorte de bruit de friction.
La troisième catégorie, celle des semi-voyelles, nous offre le spectacle du passage de voyelle à consonne, t conduisant ïy, u^w^ ù hw.
La quatrième catégorie, celle des consonnes-voyelles, m, n, l, r, nous montre des consonnes sonores, qui, en certains cas, peuvent jouer le rôle des voyelles.
§ Groupes des consonnes.
Tous les groupements possibles des consonnes ne sont pas également harmonieux et faciles à prononcer. S'il y a des groupes naturels, il y en a aussi de durs et de malaisés. Nous commençons par donner la série des groupes naturels, pour finir par Tindication des groupes durs.
Groupes naturels. — i« De toutes les consonnes, les semi-voyelles, w, w, y^ sont celles qui se prononcent le plus aisément après toutes les autres :
bwa^ hwi, Iwi, kwi, sibi, hyè^ dya, etc.
3" Les consonnes-voyelles, /, r, m,n^ se combinent également avec une très grande facilité, soit entre elles^ soit
avec une autre consonne antécédente ou subséquente» sonore ou même sourde :
blây tré^ dld, hard, kêmp, ànt^ ând, t\fn, pnœ, etc.
30 Viennent ensuite les groupes formés de deux sonores ou de deux sourdes, dont Tune est une fricative et l'autre une explosive, //, s^, si, sk, ig^ {d, etc. C'est qu'il est plus aisé de passer de la fermeture incomplète à la fermeture totale, que 'de procéder inversement : // est plus naturel que //(i).
Il est bien entendu que les mi-occlusives, //, bv^ fs, d^^ iç, dj\ kç, gj, font exception à cette règle. Nous leur aurions même fait ici une place à part parmi les groupes naturels, si nous ne les avions rattachées aux articulations simples.
Groupes durs. — Les groupes formés d'une sourde unie à une sonore [kg, 5d,fd, etc.), ou vice-versa (gk, ds, d/, etc.), demandent la succession de deux efforts contraires, ouverture de la glotte pour la sourde, fermeture avec production de vibrations pour la sonore. Aussi, ces groupes oôrent-ils moins de résistance que les précédents aux causes d'altérations phonétiques, et sont-ils à peu près inusités dans les langues plus douces des peuples méridionaux. C'est pourquoi second est prononcé {gô par assimilation de la sourde 5 changée en la sonore correspon-^ dante ^ en présence de la sonore^; médecin est souvent entendu meisë^ par assimilation de la sonore d changée en la sourde correspondante i devant la sourdes; de même pour sbire prononcé ^bir, C^ar prononcé g^ar ou isar, i^igane prononcé isigan.
Les langues africaines, et plus spécialement celles du groupe bantou, admettent difficilement les groupes autres que ceux de consonne -f- semi- voyelle, /w, py^ dwj dy^ kw, ky^ etc., ou de nasale -h consonne, mb^ ttd^ ngy ndj\ ntç, etc. Les mots étran-
(i) Meillet, Af/m. Soc, de ling, de Paris, t. xx, 35-36.
^ers, qui possèdent une combinaison différente, ont de la peine à. se faire adopter avec leur forme originelle ; le plus souvent ila soDt admis par l'intercalation d'une voyeHe de soutien entre les consonnes contiguës. Cest ainsi que Christ deviendra, par exemple, Kirisitu, padre « prêtre i^ypadiri,
§ 3. — Nasonnement. Consonnes nasalisées.
Les appareils enregistreurs permettent souvent de constater la présence de vibrations nasales dans une articulation buccale, voyelle ou consonne, sans qu'il y ait pour cela aucun nasonnement appréciable à Touïe : le phénomène est dû à un filet d'air qui s'introduit derrière le voile du palais avec production de vibrations nasales, trop faibles pour qu^une oreille non prévenue s'aperçoive du changement de timbre dans l'articulation. La voix ne devient nasillarde qu'au moment, où la pénétration plus grande de Fair dans le résonnateur nasal donne à ses résonances une intensité suffisante, pour que le timbre soit notablement modifié (i). On dit d'une personne dont le ton- de voix est remarqué par ce caractère, qu'elle parle du nez, ou encore qu'elle nasille ou nasonne.
On vient de voir la description d'une articulation nasillée. Il reste maintenant à expliquer ce qu'on entend par consonne nasalisée.
Supposons un groupe nd^ ou tout autre de nasale suivie d^une seconde consonne, ng^ mby etc. Nous avons, dans ces groupes prononcés à la française, deux mouvements successifs et bien distincts, celui de la nasale + celui de la consonne suivante. Dans nga^ par exemple, l'occlusion (arrivée) de g se fait par le nez avec l'explosion (détente) de r«, V. p. 69-70. Admettons que la durée de l'explosion de Vn soit de plus en plus diminuée, au point que son mouvement articulatoire s'évanouisse presque complè-
(i) Rousselot, Princ. de phonét. expirim., p. 535 et suiv.
tement et ne soit plus appréciable, il arrivera un moment où son explosion comptera à peine : on croira n'entendre plus qu'un g^ mais un g avec son premier temps complètement nasal, par suite de rabaissement persistant du voile du palais. A ce moment, il n'y a plus deux mouvements articulatoires successifs, mais une seule articulation qui est celle d*un g nasalisé. L'évanouissement du mouvement articulatoire de la nasale, avec persistance de sa nasalité pendant Tocclusion de la consonne subséquente, justifierait assez le nom à^ diphtongue consonnantiquej que Ton serait porté à donner à cette combinaison.
En conséquence, l'abbé Rousselot, auteur de cette nouvelle découverte, préfère pour une transcription rigoureuse les graphies ^da « case », '^bori € un », mâ^gabo « j'ai fait », à celles de nda^ mbori, màngaboy usitées jusqu'ici en langue fan ; il les préfère encore à celles de da^ boriy mdgaboy qui indiquent bien la fusion intime de la nasale avec la consonne, mais n'avertissent pas que la jonction s'qst faite avec le premier temps de la seconde consonne.
Plusieurs langues africaines, le fan en particulier, se font remarquer par la tendance à abréger la nasale et à la fondre avec la consonne suivante, surtout à l'intérieur des radicaux.
§ 4. — Diphtongues vocallques.
On appelle diphtongue [\) le groupe de deux voyelles, dont Tune est très faible, à peine articulée, et l'autre au contraire est forte et nettement prononcée : diphtongue ascendante^ ^o, ou dont la première est forte et la seconde incomplète : diphtongue descendante a°.
Une voyelle et une semi-voyelle, ay^ ey, aw^ ou viceversa, une semi-voyelle et une voyelle, ya, ye, ua^ we^
(i) Gr. St-cp9oYYO; « deux sons. »
prononcées ensemble, sont encore aussi appelées quelquefois diphtongues, mais avec moins bien de justesse, puisque en réalité il n'y a émission que d'une seule voyelle formant syllabe unique avec la semi-voyelle juxtaposée.
Toutes les autres combinaisons, appelées improprement diphtongues, doivent être rejetées. Tels sont, par exemple» les groupes de deux ou trois voyelles déguisant, soit une contraction, paon pour pâ^ soit simplement une voyelle simple, seul pour sœL
§ 5. — Syllabes.
\}ixe syllabe {{) est un son produit par un seul efiort, c'est-à-dire un son ou un groupe de sons émis ensemble sans variation brusque d'intensité. Une même syllabe peut augmenter ou diminuer progressivement d'intensité, sans perdre pour cela son unité. Mais dès qu'il y a, soit un arrêt, soit une saute subite à une intensité plus grande ou plus faible, la première syllabe a pris fin, et une autre commence.
L'élément essentiel de la syllabe c'est la voyelle. Donc, toute syllabe doit renfermer une voyelle, ou au moins une consonne-voyelle. Il arrive même que la syllabe n'a pas d'autre élément que la voyelle, comme dans à, aux, au (ô), eux {œ)y a de ami. Hors ce cas, la syllabe est unie à une consonne, soit antécédente, ba, ta, ma, na-ti-vî-ié; soit subséquente, ai, ap, as ; soit à deux consonnes s'appuyant chacune sur elle, Tune antérieure, l'autre postérieure, paf, sur, partir.
On appelle entrave, la consonne unique ou la première d'un groupe de consonnes, quand elle s'appuie sur la
(i) SyUabe, lat. sylîabj, du gr. CJ^.XaP'^' ((JuXXa-[Xpav<j) prendre ensemble.)
voyelle précédente, de manière que la syllabe ne soit fermée qu*après elle-même : or, iric-trac. De là :
La syllabe est dite ouverte^ lorsque sa voyelle ne précède pas nne consonne lui faisant entrave, d, pas (pd), mé-ri-té, mé'pri-sé, a-pla-ii^ pa'ioi5(pa'iwa)ya-ppui (a-pwijy a-dieu (a-dySe). On voit par ces derniers exemples que les groupes formés de la combinaison intime de deux consonnes ne ferment pas la syllabe qui les précède.
La syllabe est Aïit fermée^ lorsque sa voyelle est suivie d*une consonne qui lui fait entrave, or, poste (posi), adjecii/qu* on prononce ad-jèk iif, arriére (ar-ryèr)^ italien campo (kam-pé) avec la seconde syllabe libre.
Quant à la voyelle, elle est libre en syllabe ouverte^ et enirav/e en syllabe fermée.
Ce sont là autant de distinctions importantes pour Tétude des altérations phonétiques. Par exemple, toutes circonstances égales par ailleurs, telle voyelle libre résistera moins aux causes de perturbations, que la même voyelle entravée.
§ 6. -> Mots.
Qu'est-ce qu'un moi? Rigoureusement parlant, c'est le terme figuratif d'une idée qui, en toute occurrence dans la phrase, se montre irréductible en éléments significatifs et usités séparément.
Mais le peuple y va largement. Il lui arrive souvent de fondre en un seul mot deux termes significatifs dont le sens est resté transparent. En français, nous avons de ces mots, tels que pourquoi, puisque, bieniât, sitôt, quelquefois, toutefois, toujours, néanmoins, maladroit, bienfait, maintenir, colporter. Tantôt ces deux termes s'emploient encore isolément, comme ceux des exemples ci-dessus ; tantôt Tun des deux a perdu son indépendance, pour rester à l'état d'élément fotmel ou déterminatif du premier. Mais, même dans ce dernier cas, le vulgaire se rend assez
compte de Tidée générale renfermée dans l'élément formel, pour savoir l'employer avec à-propos : tels sont les mots similor^ similigravure^ milieu, minuit, midi, bibliomane, artglomane, morphinomane, équilatéral, équidisiani, archifou, archisavani, mécontent, méprise, médire, mévente, etc. Ce qui indique que le peuple ne fait qu'un seul mot de ces divers composés, c'est qu'il les prononce tout d'un trait, avec un seul accent principal.
Dans les langues agglutinatîves, ces sortes de composés sont très nombreux. La conjugaison du verbe donne lieu spécialement à quantité de combinaisons, dans lesquelles le radical se trouve entouré de particules, soit préfixées, soit suffîxées. Les unes ont encore un sens transparent ; les autres sont aussi vagues que le suffixe -ais de je parlais. Telle particule translucide est placée parfois entre deux éléments obscurs : ce qui montre bien que toutes ces syllabes parasites se sont agglutinées au radical, de manière à ne faire avec lui qu'un seul mot. Une preuve non moins concluante de la thèse que nous soutenons ici, nous est encore fournie par l'accent tonique, qui avance de syllabe en syllabe, chaque fois qu'un nouveau suffixe est surajouté au radical (i), par exemple :
Swahili : tn-mê-m-let-a « nous l'avons apporté »,
et tu-mè-m-lei-é-a « nous lui avons apporté », que nous décomposons ainsi :
tu-, nous pron. conjoint différent du pron. substantif, -mé-, caractéristique de l'aoriste, élément formel indiquant
une action dont l'eftet dure encore, -w-, lui, pronom personnel complément conjoint, -let-, apporter,
-é-, particule formative indiquant direction vers, dans le cas présent = notre préposition à,
(i) C^est la reproduction de ce qui se produisait en latin, où les enclitiques faisaient avancer Taccent : eut et cuique^ homineSy volucres, et homiMâsque voiucresve.
— So —
-a, voyelle déslneotielle, spéciale à plusieurs temps des verbes.
Dans le premier exemple, Taccent tonique est sur la syllabe le; dans le second il est rejeté sur la syllabe té.
Si on peut parfois hésiter, en présence des formes polysynthétiques des verbes, à admettre la fusion en un seul mot avec le radical de certains affixes pronominaux ayant un sens connu, la même hésitation n'est plus permise avec le substantif et Tadjectif des langues du groupe bantou. Toute la différence de leurs substantifs d'avec les nôtres, c'est que nous y trouvons préfixés les indices de nombre, de genre, de manière, etc., que nous suf fixons chez nous, comme s de iou-s, e de marchand-e, ieur et tion des mots ac-teur^ ac-iion tirés du radical ac. Le swahili, par exemple, du radical indéterminé ti forme les mots : m-ti « plante, arbre », pluriel mi-ii,
dyi'ti € gros morceau de bois », » ma-âyi-ii^ ki'dyi'ii € bout de bois », » vi-dyi-ii^
ki-ti « escabeau » ' » vi-ii,
u-ii « hampe. »
C'est absolument de la même façon que le français tire du radical vegei les substantifs végétal [végétaux), végétation (végétations).
Mais si l'on ne doit pas séparer de la racine principale les éléments dont la soudure est manifeste, il est cependant des langues, mêmes agglutinatives, où certains articles, certains pronoms, certains auxiliaires, qui ont un sens précis et une existence indépendante, sans qu'aucun préfixe obscur vienne jamais en contrarier le dégagement, peuvent et doivent même être traités comme mots indépendants. En tégé de l'Alima, en parlant des hommes ba-riy on dit d'une part a-bve « bons », et de l'autre ba a-bve «les bons» : dans abve « bons », a- préfixe d'accord, correspondant à Ys du pluriel bons, fait si bien corps avec le radical 'bve qu'il porte Taccent; dans ba abve « les bons », ba^
Téquivalent de notre déterminatif les^ garde au contraire son indépendance.
Le fait même de Télision, lorsqu'elle se produit, n'est pas une raison suffisante pour changer notre manière de voir. En français, par exemple, Télision ne dipense pas d'écrire en deux mots, Faube^ faime.