Affaiblissement
Une autre remarque à faire^ c'est la tendance à l'abrègement des voyelles faibles (atones ou brèves) dans les mots longs (i). Plus une voyelle semblable a de syllabes qui la suivent, moins elle a de durée, à tel point qu'une même voyelle varie de quantité dans les différents dérivés d'une même racine : a est plus long dans hâtivement que dans hâte (2).
i* C'est généralement la voyelle des syllabes atones qui tend à s'affaiblir. Peu net et comme étouffé au début, son
(i.) Grégoire, Variations de durée de la syllabe française. (La Parole^ 1899, n» 3, 4 et 6). Meillet, De Vabrègement de quelques mots longs (Mém. de la Soc. deling.y 1903, t. xiii, p. 26).
(3) Voir les tracé» de ces deux a dans Rousselot et Laclotte, Précis de Prononc, franc. ^ p. 88-90.
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timbre se rapproché peu à peu de la voyelle neutre propre à la langue de la région.
En français, la voyelle neutre est un œ bref qui confine à àj Vœ dejâ, me, te^ se, le, que^ cheval. Cet œ^ dit muet, représente la dernière étape des autres voyelles, a, e, t\ o, u, û, avant leur complet amuissement :
lat. Alamannia — p- it. Alemagne, » ventre :» venir [vœntr],
» caminum » chemin [çœmâ),
:^ divinum > devin [dœvê].
L'anglais, Tallemand (i) et Tarabe ont aussi une voyelle neutre, qui se rapproche à des degrés divers de notre œ muet. Dans les langues du groupe bantpu, la voyelle neutre est tantôt m, tantôt i, rarement œ (langue fan).
3^ Dans le passage du latin au français, nous trouvons des exemples d'affaiblissement dans la syllabe accentuée (2). Les voyelles libres, ô bref, ô long, u bref, ont abouti à eu [œ) au xiv' siècle, après plusieurs phases de diphtongaison :
novem = nuof vu* siècle (m = w), nuef xi* siècle
[ue = uœ\ noef xiii* siècle, puis enfin nèîif, ' florem = flour (flur) ix« siècle, puis enfin fleur [flœr)^ gula = goule (gui) ix* siècle, puis gueule [gœl).
30 Dans la conversation à voix haute, une voyelle atone peut aussi être chuchotée, ce qui est une autre forme d'affaiblissement.
40 D'autres fois, à la suite du dédoublement d'une voyelle qui en a produit une plus faible à côté d'elle, la voyelle adventice, incomplète et très faiblement perçue au début, prend peu à peu de Timportance, au point de
(i) V. Henry, Gr. c. de Vangl. et de Vallem.y 40-41.
(2) A. Darniesteter, Gr. hist. dufr,^ p. 89, 3», p. 130, §94.
dominer sa génératrice, qui s'affaiblit et peut ainsi dispa raître (i).