‹ Essai de phonétique avec son application à l'étude des idiomes AfricainsChapitre 29 sur 56 · Diphtongaison · texte numérisé non relu

Diphtongaison

il)

Nous étudierons ici les cas, où la diphtongaison est due, soit à la rencontre de deux voyelles, dont Tune ou l'autre est changée en semi-voyelle ou eu voyelle faible^ soit à la segmentation d'une voyelle, qui se dédouble en semivoyelle -h voyelle, ou en voyelle forte -4- voyelle faible. Nous verrons ailleurs, à la Vocalisation des consonnes, comment une consonne peut être changée en semivoyelle, et former diphtongue avec la voyelle qui suit ou qui précède. Enfin, à la fin du volume, il sera dit un mot de la diphtongaison par métathèse d'un yod.

Quant à leur évolution, les diphtongues peuvent être sollicitées par deux influences contraires : celle de Vassimilaiion, qui porte à diminuer la différence entre les deux éléments, ^j devenant ^^, puis /, au passante ao ou ^ o; et celle de la dissimilaiion, qui tend à augmenter cette différence, ye se transformant en ya, ae en ai. Ces deux procédés d^évolution, étant communs aux voyelles et aux groupes de consonnes, feront l'objet d'articles spéciaux. V. Assimilation et Dissimilation.

§ 1. — Diphtongaison par rencontre de deux voyelles.

Deux sortes de diphtongues peuvent se produire, la première par atténuation de l'une de deux voyelles contiguës qui devient faible, la seconde par consonnantifîcation des voyelles fermées, labiales ù, u, <?, palatales /*, e, qui sont changées, les premières en w pour rt, en w pour u et 0, les secondes en^.

(i) Rousselot, Modifie, du lang,^ 250 et suiv.

10 Dans le même radical le cas peut se produire en hiatuSf lat. îeonem devenu en fr. lion (lyô){i)\ ou par la chute d'une consonne intervocallque, lat. magis prononcé ma* dans Tanc. fr., d'où la prononciation actuelle mais (méj.

30 Deux racines, ou une racine et un affîxe, peuvent se rencontrer et mettre en présence deux voyelles, dont Tune évolue vers la semi-voyelle ou la voyelle faible. C'est le plus souvent la première des deux voyelles en hiatus qui subit la transformation. Le fait est plus rare, mais non sans exemple pour la seconde.

swahili vyéma « bien^ c'est bien >, pour vi-êma ; » w/jf/ « vol, rapine », ;» u-izi ;

» namwona € je le vois », » na-mu-ona ; bangi mze'tf/^ « plante », » mo-ete;

» bwâmba € chaîne », » bo-âmba.

La même chose peut se produire entre mots contigus : zwina (mashona) dagupê nama « je lui donnai de la viande », pour dagupa inama,

bas-kongo nkumbjo*a mfumu « le nom du chef », pour

nkumbu a mfumu ; » nzw'êto « notre case », pour nzo êio,

* § 2. — Diphtongaison par segmentation de voyelie.

Partant de ce fait que les voyelles se composent tout comme les consonnes des trois temps respectivement nommés arrivée^ tenue ^ détente ^ on peut prévoir pour les premières un traitement analogue au dédoublement ou redoublement des secondes.

a) Qu'une voyelle isolée soit coupée par un tout petit instant de silence à la tenue, au moment où l'organe a pris complètement position, la voyelle sera doublée : a par

(i) A. Darmesteter, Gr. hist. du fr,^ 102, 5*.

exemple donnera aa% deux a de même timbre. Mais si la coupure se fait au milieu soit du premier, soit du troisième temps, le segment détaché, se séparant au moment où ni l'ouverture de la bouche ni la position de la langue ne sont à leur apogée, n'aura pas le timbre de la voyelle principale qui lui a donné naissance : u scindé dès le début de Tarrivée pourra donner au ; scindé à la détente il se dédoublera en uo,

b) Mais le cas le plus fréquent est celui d'une voyelle unie à une consonne. Rappelons-nous que dans cette occurrence il y a adaptation ou rapprochement des mouvements des deux articulations. Si la voyelle est prononcée après la consonne, cette adaptation se fait au premier temps (arrivée) de la voyelle, modifiant, s'il y a lieu, l'ouverture initiale et la position de celle-ci. Qu'un retard se produise, qui détache la consonne avec le premier temps de la voyelle, il y aura fracture, comme cela a été le cas pour les mots latins mel^ novum^ devenus respectivement miel en français, nuovo en italien. — Si la voyelle s'appuie sur une consonne subséquente, ce sera la dernière période qui se disloquera (i).

Ce sont naturellement les voyelles longues qui sont le plus sujettes à cette diphtongaison spéciale dite fracture de voyelle (a).

10 Le simple dédoublement d'une voyelle en deux voyelles de même timbre, a en aa, est le plus souvent un phénomène éphémère, allant rapidement ou à un retour en arrière par contraction, a, ou à une nouvelle évolution par le changement de timbre de l'une des deux voyelles,

aa ► ae, etc. Il y a cependant des cas de persistance du

dédoublement :

swahili e! oneef « oh! »

(i) Pour la démonstration expérimentale avec plus de détails, V. Roas> «elot, Modifie, du lang,^ 351 el suiv.

(2) A consalter, P. Passy, Changent, phonét. y 191-199,

— lai

20 Le cas le plus fréquent est celui de la rupture du premier temps de la voyelle, donnant naissance à une voyelle différente, à une semi-voyelle, ou à une voyelle faible (o, », ey i) passant vite à la semi-voyelle là plus voisine :

lat. fidem, piîum, pisutn, vieux it.feiiy peil^ pets (aujourd'hui foi, poil y pois),

L*influence de la consonne dans la fracture du premier temps de la voyelle est surtout sensible dans deux cas : 1 ** lorsque certaines consonnes, surtout les labiales et les denti-labiales, sans exclure les autres ordres, sollicitent la formation d'un m ou d'un o évoluant vers w (V. plus loin Labialisation) ; 30 lorsqu'une consonne, plus ordinairement une dentale ou une palatale, entraîne le premier segment de sa voyelle sous forme d'un /ou d'un ^évoluant vers^ (V. plus loin Palatalisation) :

lat. sero, patois wallon swèr^ fr. 5oir(sioâr) ; » bonum^ ital. buono, espagn. buetio ; » fel,îr.fiel(fyel); » raritrm, picard kjyê"^ fr. chien [çyë) ; » manducarey vieux fr. mangier (aujourd'hui w^«^/r). Parmi les cas de fracture les plus remarquables se reprosJuisant dans un grand nombre de mots, notons celui de A en ea en anglo-saxon (i), devant x et devant un groupe de consonnes commençant par r, l^h \

angl. warm « chaud :> plus archaïque que l'anglo-saxon

wearm ; angl. half « demi » plus archaïque que l'anglo-saxon

healf.

Nous voyons encore que / long primitif en syllabe ouverte est devenu ay en allemand et en anglais (2):

lat. vinum € vin », allem. wein (wayn)y angl. wine ( wayn).

{1) V. Henry, Gr, c. de Vangl. et de Vallem.^ 45. <3) V. Henry, /.<:., 35, ^•.

3* La fracture de la dernière période de la voyelle est un peu moins commune :

lat. me, ie, ss, vieux fr. mst, Ui\ set (aujourd'hui ntoi^ ioh soi) ;

lat. Cœsar, allem. Kaiser (Kaysér).

En anglo-saxon (i), la voyelle e se brise en eo devant at et devant un groupe de consonnes commençant par r^ /, h :

angl. herd « troupeau » plus archaïque que anglo-saxoa heord ;

angl. silver « argent » plus archaïque que anglo-saxoa seolfor.

4° Les éléments d'une diphtongue, dont les deux termessont purement vocaliques {a*'), peuvent se transposer (*o)^ la diphtongue décroissante devenant croissante et viceversa.

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