Aspiration
Ce terme désigne, nous Tavons dit ailleurs, le bruit ^expiration accompagnant Texplosion de la consonne.
Les consonnes, chez lesquelles ce genre de traitement produit Teffet le plus sensible, sont les explosives sourdes et sonores, qu'on écrit />S i^, A, d^, *S^^- ^^î* les autres consonnes^ quoique moins remarquées, peuvent aussi être aspirées : il n'y a d'exception que pour les semi-voyelles.
L'articulation ainsi affectée se distingue par une plus grande dépense de souffle, avec atténuation du bruit propre de la consonne, par suite d'une occlusion moins énergique. Il s'ensuit que l'aspirée sourde ou sonore est moins forte que la sourde correspondante non aspirée. Les apparences contraires sont ici trompeuses : il y a plus grande dépense de souffle et d'énergie avec un résultat moindre ( i ). On peut cependant accorder que la cfonsonne aspirée est plus forte que la consonne non aspirée au point de vue de l'aspiration^ tout en maintenant qu'elle est plus faible comme articulation.
Dans plusieurs langues orientales du groupe bantou, la présence dans le préfixe de la nasale n (ou m pour n), persistante ou non, a pour effet de transformer en aspirée l'explosive initiale du radical, qu'elle soit sourde ou sonore :
zigua p^èho « vent », pour npèho ;
:» sui d^odo « léopard petit », pour ndoJo ; swahili i^aa « luminaire », pour ntaa ; » haa « crabe », pour nkaa ; » k^ômbo « courbure, défaut », pour nkdmho ;
(i) Rousselot, Phonéi, expèrim.^ 594'599'
xosa ini^aba € montagne » ; » imb^ewu « semence » ; suto o-amp^epa (pour o-anpepa) € il me porte à dos » ; tchwana m(?A{7 « personne » = muniu des idiomes voisins.
L'allemand a une tendance manifeste à aspirer les sourdes initiales (V. V. Henry, Gram. c. de Vangl, ei de Vallem,y 30).
1* L'aspiration, en afFaiblissant la consonne et la prolongeant par un bruit de souffle^ la rapproche des spirantes. Rien d'étonnant que. ce soit de ce côté que se produise son évolution (i).
Très souvent en efFet les consonnes aspirées, surtout les sourdes, transforment leur bruit de sourde en celui de la spirante de même ordre. De ce chef, nous avons les permutations de
p^—^ pf /c ► is
\kc'
lat. pondô€ poids », angl. pound €l\wrt », allem. pf un d (par l'intermédiaire p^).
Les mi-oclusives obtenues tendent à se simplifier par la chute de l'explosive. Celle-ci, en disparaissant, laisse parfois sa trace sur la fricative qui est redoublée; puis ce redoublement cesse plus tard. Les étapes parcourues se résument ainsi ; p^, pf, ff, /. La spirante prépondérante poursuit ensuite son évolution propre : par ex., ^c, dans les langues indo-européennes, a pris une double voie, celle de c pouvant aboutir à A, ou celle de ç destiné à s'évanouir, lui aussi, dans l'aspiration h.
2° D'autre part, Taspirée, sans passer préalablement par la mi-occlusive, peut être immédiatement absorbée dans
(i) Rousselot, Phonét. expérim,y 599-600.
le bruit de souffle, au point d'être remplacée par la simple aspiration h.
3* Un autre genre d'évolution plus simple consiste à ramener l'explosive aspirée à son point de départ, déaspiration : p^ redevient/, susceptible de repi'endre son évolution dans une autre voie.
Dans le swahili de Zanzibar, la plupart prononcent pépo « vent », kaa « crabe », tandis que, dans les dialectes du nord, on dit régulièrement p^êpo et k^aa.
4** Enfin, les aspirées sont encore sujettes aux mêmes permutations que les autres consonnes, en particulier à Talternance de sourde aspirée avec sonore aspirée, et viceversa.