‹ Essai de phonétique avec son application à l'étude des idiomes AfricainsChapitre 36 sur 56 · Semi-voyelles · texte numérisé non relu

Semi-voyelles

Nous connaissons déjà cominent les semi-voyelles, w,y^ peuvent sortir d'une voyelle, soit par dédoublement de celle-ci, soit par permutation de u en w^ de H en iby de i ou de^ en^. Une permutation analogue peut aussi se rencontrer, quoique beaucoup plus rarement, avec certaines consonnes intervocaliques changées occasionnellement, les unes en ze;, les autres en^. Toutefois la tendance qu'ont les semi-voyelles à jouer le rôle de consonnes de soutien des voyelles, en comblant le \\àQ laissé par la chute d'une consonne dans un mot (V. Parasitisme de consonne), doit inspirer la plus grande réserve, quand il s'agit de définir, d'un w ou d'un ^, s*il compte comme étape dans l'évolution de la consonne qui l'a précédé.

Il paraît cependant naturel que certaines consonnes puissent s'affaiblir de façon à atteindre la semi-voyelle la plus proche, le w pour les labiales et pour la labio-palatale g^ le y pour les palatales, peut-être aussi pour des

— '34 — spirantes ou des occlusives des autres ordres. Il y a des faits certains du passage du ^ et du A au ^ ( i).

Mais révolution la plus frappante des semi-voyelles est celle à laquelle elles prennent la part la plus active dans les groupes qu'elles forment avec une consonne antécédente. C'est celle que nous allons étudier sous le titre de labialisation pour les groupes du w, sous le titre de palaialisation pour les groupes du y, ainsi que pour sa fusion intime avec la consonne en une articulation mouillée*

Pour éclaircir ce sujet, il convient de fixer tout d'abord les étapes de l'évolution du te^ et du ^ isolés de toute autre consonne^ médians ou intervocaliques.

§ 1. — Evolution du to Initial ou intervocalique.

Un fait certain et très communément observé, c'est le passage du t& à v ou à ^"^ (= ^), ce dernier allant très facilement à b :

angl. wagon, fr. du nord wagon , parisien vagon ;

ar. waîi c gouverneur », en turc vali.

Pour atteindre aux autres labiales, p, fy il semble tout naturel que le tf ne puisse le faire que par les intermédiaires u ou 3 :

fr. oui (wi) ^ vwi — p- fioi chez certaines personnes.

Mais le w n'est pas seulement labial, il est aussi palatal. Si l'occlusion incomplète de la base de la langue se transforme en occlusion complète, w est changé en gw qui passe ensuite très facilement kg:

germaniq. werra (cfr angl. war)^ gallo-rom. guerra,

ÎT. guerre (gu = g).

tèita, dial. davida, kudjigwa « être mangé » pour kudjiwa; » mudi gwako « arbre tien » = mit wako du swahili.

(i) 'Rousseloi, Modt/ic. phonét., du lang.^ a 30.

— Ui —

Pour peu que les deux évolutions commencées avec un même mot se continuent, elles arrivent rapidement à mettre en parallèle des formes très différentes, comme dans le schéma suivant du mot € huile, graisse, surtout graisse fondue >, dans les langues bantoues :

ma-uia (yao, etc.)

1 {ma-touia)

2 ma-bvuta, 9 ma-guia,

} ma'Vuta^v—^vyà'o^/^ama' 10 ma-kuia, 11 nta-kura^

zufa, la ma-huta, 13 ma-hura.

5 ma-futa, 6 ma-fuiça^ 7 mafudja, . 8 ma^fura.

La forme i seule ne paraît pas avoir été signalée : le xo s'y serait introduit par épenthèse pour combler Thiatus. Les formes suivantes se remarquent, 2 en karanga, dial. zwina, 3 en zigua, bondé, sambara, etc., 4 en karagwé, 5 en swahili, nyandjya, tonga, subiya, etc., etc., 6 en swahili, dial. gunya, 7 en djyonga, 8 en tchwana, djyonga, etc., 9 en sukuma, kikuyu, etc., 10 en rega, 11 en makua, 12 en kondé, 13 en tchwana.

§ 2. — Labialisation*

On entend par labialisation le développement, après une consonne, d'un w plus ou moins atténué, sortant d'un Il ou d'un Oy tantôt en hiatus, tantôt dédoublé de la voyelle suivante (V. Diphtongaison). C'est ainsi que le swahili, aux formes simples du dialecte de Zanzibar sisi « nous ^^ peke « seul », kwake € chez lui », oppose siswi et swiswi, kwakwe dans le dialecte de Mombasa, pweke dans le dialecte d'Amou.

L'évolution des consonnes labialisées peut être arrêtée

f en

en

par suite de la chute du to. Hors ce cas, elle se produit dans le sens de celui des deux éléments qui l'emporte en face de Télément voisin, lequel persiste quelquefois, le plus souvent s'assimile ou tombe (1).

Les permutations les mieux constatées, avec prépondérance de rélément labio-palatal tr, sont les suivantes :

gw : tèita, dial. davida, ktibwa k tomber 7^ et son doublet kugwa.

h : indo-européen commun solwos, ► lat. sal-

vos, salvus^ salvuntf ital. salvo € sauf».

hw.

' nibw (a) ► mb : swahili mbwa « c'est de » pour

n'wa crase de «1 loa; mbîngu (pour nwïngu par l'intermédiaire mbwîngu) pluriel de ti'Wîngu € ciel » ; mbwene «j'ai vu it pour n-wene crase de ni-

m fie (4) : bangala omfwdndi€ tu me frappes :^ (pour

o-n-wândi), du v. wânda « frapper ».

nv : lat. ienuem, anc. fr. et normand act. ienve. ngw : bas-kongo, dialecte de San-Salvador^

ngwana « assemblée » pour n-wana du

verbe wana « s'assembler ».

(i) V. Henry, Gr, c. du gr, et du lat, y 48-49. — Gr, c, de Vallem,et de Vangl.y 104-105, iio. — P. Passy, Changem. phonét,, 155, 156-158, 185. (3) mhw avec épenthèse de b,

(3) Dans les langues du groupe bantou, il arrive parfois que Tinstabilité du w initial, à cause de sa rencontre fréquente avec le préfixe », lui a fait perdre son individualité propre, et a amené la permanence du b épenthétiqne :

swahili -wivu et son doublet -hiwu < mûr » du v. ku-toiva € être mûr ».

Dans cet exemple et dans d^autres que Ton pourrait citer, il n^y a pas changement de zv en 5, mais chute du w survenue après Tapparition de la consonne parasite b dans le groupe mbw pour nw (où h est le préfixe d^accord).

(4) ntfw avec épenthèse de/.

lU;

tXJÛ

— «37 — dv — ► h : lat. bis (pour dwis et dvis) « deux fois » ^tt; 1 (cfr dtS'Seco^ je coupe en deux), en pré-

sence de duo « deux :^.

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