Permutations des consonnes
entre elles.
La permutation des consonnes entre elles est susceptible de se produire dans trois directions différentes,
I® sur la sonorité, quand, par exemple, / consonne sourde permute avec d consonne sonore ;
2** sur le degré d'occlusion, quand / consonne explosive permute avec s consonne continue ;
3® sur le point d'articulation, quand k consonne palatale permute avec / consonne dentale.
Les permutations les plus simples se font suivant Tune ou Tautre de ces directions. Mais il en est de complexes, qui ont lieu sur deux ou trois points à la fois. Par exemple, si un k permute avec une 5, il y a changement sur le degré d'occlusion par le passage d'explosive à spirante ; mais il y a encore changement sur le point d'articulation, par la substitution de dentale à palatale. D'autre part, si un / permutait avec r, il y aurait en même temps changement sur le degré d'occlusion, l'explosive cédant \z place à une continue ; changement sur le point d'articulation, la dentale étant remplacée par la linguale; changement sur la sonorité, la sourde / passant à la sonore r. Nous indiquerons ces complications là où elles se rencontreront entre deux étapes successives d'une même évolution.
Les principales causes de ces différentes permutations sont ou une fausse manœuvre de l'appareil vocal, ou bien encore, tantôt une répugnance locale pour tel ou tel son,
tantôt une prédilection spéciale pour toute une classe d'articulations, puis enfin la réaction des sons les uns sur les autres, en vertu de tendances soit à l'assimilation, soît au contraire à la dissimilation. N*oublions pas aussi d'insister sur les méprises auditives, qui parfois font entendre et répéter un son pour un autre.
Nous l'avons dit ailleurs, la position de la consonne exerce une influence capitale sur son plus ou moins grand degré de stabilité, selon qu'elle est initiale ou finale ou médiane, intervocalique ou appuyée sur une consonne soit antécédente soit subséquente, placée devant ou après telle voyelle ou telle consonne.
Les permutations dans les groupes de consonnes ont cela de particulier, quand elles ne les simplifient pas« qu'elles les font presque toujours évoluer vers d'autres groupes normaux. En conséquence, on rencontre rarement rassociation de sonore avec sourde, ^A^ di^ etc., ou encore d'explosive -h fricative, kf, gv^ etc., comme terme de leur évolution. Si l'un de ces groupes apparaît quelquefois, il est peu stable, Sa durée est éphémère : une nouvelle évolution, ou le simplifie, ou en modifie l'un des éléments de manière à constituer un groupe normal. Nous rappelons en passant que les groupes normaux sont ceux qui sont composés d'une consonne quelconque -h semi- voyelle w, iv, y, ou consonne- voyelle /, r, m, n, ou de fricative + explosive. Notons aussi derechef que les mi-occlusives, is, Jf, /^, dj, considérées comme simples par la plupart des phonéticiens, comptent parmi les groupes normaux pour les personnes qui continuent à les transcrire par un double signe.
§ 1. — Alternance de sonore et de sourde.
La permutation de sonore et de sourde, / pour i, ou vice-versa, d pour /, est un fait des plus communs dans
révolution des langues. On n*en fait pas uniquement la remarque dans le corps d*un même mot ; on en trouve des exemples même d*un mot à Tautre.
La variété sourde des explosives et des spirantes est facjle à distinguer de la sonore, b (sonore) — p (sourd), d — i^ g — k,v — /, z — s,j — ç. Il n*en est pas de même de la variété sourde des nasales m et », des vibrantes / et r, et des semi-voyelles w, w et y, qui échappe à Tobservation superficielle. Bien qu'il soit le plus souvent méconnu, le phénomène n*en a pas moins son importance : car^ il arrive souvent que la chute ou telle évolution spéciale de ces consonnes ne reconnaît pas d'autre cause.
L'abbé Rousselot fait remarquer (i) que dans les groupes de vibrante / ou r -h explosive ou spirante, l'assourdissement de la liquide devant la sourde se produit très facilement à l'initiale et à la finale, c'est-à-dire quand Ja vibrante n'est pas en contact avec une voyelle.
Ne seront étudiées ici que les alternances dans la même classe, d'explosive à explosive, p k b, k k g, continue à continue, fhv.skjz. Les alternances d'une classe ou d'un ordre à l'autre, p k v, i ï z, t ï r, c'est-à-dire celles qui portent sur le degré d'occlusion ou le point d'articulation ou les deux caractères à la fois en même temps que sur la sonorité, seront vues sous les titres de Permutation d'explosive EN FRICATIVE, et titres suivants. D'ailleurs plusieurs de ces changements ne sont qu'indirects^ amenés qu'ils sont par un ou plusieurs intermédiaires, comme le fr. savon du lat. saponem, par l'intermédiaire sabon,
I. — Il importe, lorsqu'on se trouve en présence d'un changement de sonore en sourde, ou de sourde en sonore. de commencer par se poser la question d'une mépdse auditive possible. C'est un fait d'expérience journalière qu'une oreille malade, ou surprise par un son nouveau,
(i) Rousselot, Modifie, du lang.^ p. 46 et suiv.
entend très facilement un / pour un d par exemple, ou un d pour un /. Une oreille insensible aux sons graves, et c*est le cas le plus ordinaire chez les sourds, comprendra la sourde à la place de la sonore, sinon régulièrement pour toutes les sonores, au moins pour celles dont le son fondamental du larynx compte parmi les notes graves de sa lacune auditive. Mais on trouve aussi des sourds qui entendent mieux telle sonore que telle sourde en particulier (i).
IL — En vertu de la loi du moindre effort^ qui tend à économiser les mouvements, on voit souvent les sonores primitives perdre les vibrations glottales et permuter avec la sourde.
10 Tantôt, c'est la sonore finale qui s*assourdit, par anticipation de la position de repos pour les cordes vocales (3) :
du lat. ovutn nous avons fait œuf, le v ayant passé à / à la finale de œuf. De même nous disons un grand arbre (avec d = i). A Tindo-européen sald correspond Tanglo-saxon sali « sel ».
20 Tantôt, avec une sonore primitive initiale, l'assourdissement se produit par le retard des cordes vocales à se rapprocher et à se tendre.
30 Tantôt avec une sonore primitive placée dans le corps d*un mot, soit entre deux voyelles, soit devant une autre consonne, le même phénomène se produit par suite d'une disposition générale à l'économie des mouvements en même temps qu'à une dépense plus grande de souffle et à une poussée plus énergique, ce qui porte à substituer la forte à la douce, à remplacer un son mixte par un son simple :
l'allemand a fait acker « champ », là où le sanscrit avait aj'ras, le gr. ftypo;, le lat. ager,
(i) Rousselot, Pkonéi, expérim» et surdité, passim. (3) Roussel ot, Modifie, du hng.
III. — Cette tendance à Tassourdissement des sonores «st tantôt combattue, tantôt aidée par le besoin d'assimi- Jation, qui introduit une sonore à la place d*une sourde, ou une sourde à la place d'une sonore, sous Tinfluence <l*un son voisin, consonne ou voyelle.
1° Lorsque deux consonnes se rencontrent, c'est ordinairement sur la première que Tassimilation agit pour lui faire prendre le caractère de la seconde^ c'est-à-dire pour Tassourdir si la seconde est sourde, ou pour la rendre sonore^ si la seconde Test :
lat. afferre « apporter » pour ad-fcrre;
le français négligé prononce diziok/ pour disloquer.
so Mais c'est aussi parfois la seconde consonne, qui est passive, comme dans
f/al pour cheval dans la prononciation rapide de certaines personnes, surtout en Normandie et dans le Nord.
3* C'est à Vassimilation^ en même temps qu'à la tendance àla diminution de fermeture, qu'il faut rapporter le changement en vocalique d'une sourde placée entre deux voyelles. L'assimilation est ici d'autant plus active, que les cordes vocales, déjà rapprochées pour la première voyelle, gardent très facilement cette position en prévision de la seconde voyelle. C'est ainsi que nous prononçons :
bis dk Bisannuel {s = z),
IV. — Rappelons enfin le renouvellement dialectal, qui tantôt assourdit les sonores, tantôt produit l'effet contCMPe remplaçant les sourdes par des sonores. Si le chan- ;gemeni ne peut être attribué à l'une ou à l'autre des causes indiquées ci-dessus (I, II et III), il faut alors en chercher le motff 9oit dans le caractère, les habitudes^ le genre de vie du peuple, etc., soit dans les tendances organiques que révèle l'examen physiologique du mécanisme articulatoire chez les individus.
§ 2. — Alternance d'explosive et de spirante.
Le changement se fait ici principalement sur le degré d*occIusion, une explosive, b^ p, d, t, g, k, c'est-à-dire une consonne à fermeture complète devenant continue, ou vice versa : p aboutissant à /, ou fkp.
Les changements d'explosive en spirante sont de beaucoup plus fréquents que les permutations contraires. C'est qu'en général on est plus porté à affaiblir les sons, qu'à les renforcer.
Explosive en spirante.
Si les explosives, ^, p, etc., demandent une plus grande dépense d'énergie que les spirantes, v,/, etc., celles-ci de leur côté présentent une difficulté spéciale, le léger écart, qu*elles exigent au point de leur articulation, étant moins facile à atteindre que le contact complet nécessaire aux premières.
Les résumés présentés ci-après ne tendent à autre chose, qu'à donner des indications sommaires sur l'orientation que peuvent prendre les évolutions diverses spéciales à chaque explosive. Les changements indiqués ne se font pas nécessairement d'une façon brusque, sans transition aucune. L'explosive avec la spiraute placée en regard ne sont bien souvent que les deux termes d'une évolution, dont les étapes successives ont échappé à l'observation. Entre les deux il peut même y avoir plusieurs voies différentes suivant lesquelles s'échelonnent chaque fois de ces intermédiaires en plus ou moins grand nombre.
La plus importante de ces voies est la palatalisation, par laquelle l'explosive placée devant une voyelle, surtout devant /, ou e (pour /), encore mieux devant i suivi d'une seconde voyelle, ss laisse souvent chasser. par une mi-
occlusive ou une spirante. Ce cas particulier ayant été suffisamment étudié dans ses détails, il n*y a pas lieu d*y revenir ici, V. Palata.lisation. Il n y a pas lieu davantage de rappeler les quelques faits de permutation d'explosive en spirante, qui ont été signalés à propos d'explosives labialisées, V. Labialisation.
La palatalisation et la labialisation mises hors de causée il reste encore quelques voies de moindre importance pour conduire à la spirante. Les variétés fricatives, interdentales, reculées^ aspirées, d'une explosive sont souvent le premier degré par lequel elle descend dans sa tendance à r^fiaiblissement. On en verra des exemples ci-après^ notamment pour b allant à v par Tintermédiaire b dans quelques langues bantoues.
Les sonores aboutissent plus facilement à la spirante que les sourdes. Souvent l'explosive sourde (/>) commence par devenir sonore {b), et c'est par cet intermédiaire qu'elle atteint la sonore fricative ; cfr l'exemple cité déjà, lat. saponem • ' » fr. sabon, puis savon.
La transformation d'explosive en spirante peut se pro* duire sans provocation d'un son voisin, comme c'est le cas pour la première d'un groupe de deux explosives, //allant à // dans lùÀnx'ri^ ^ filou » devenu en grec moderne '/.as^tiq;; mais elle est aussi très souvent sollicitée par une tendance assimilatrice, par exemple pour une explosive placée devant une spirante, entre deux voyelles, ou même parfois devant une seule voyelle. Mais comme de la posi» tion d'une consonne on ne peut toujours conclure à son évolution pour cause d'assimilation, il n'est pas possible non plus de trier tous les faits pour ne traiter ici que des^ changements non assimilatifs, et renvoyer les autres à l'article sur I'Assimilation, oii le phénomène sera étudié ex professo. La même observation vaut également pour lescas qui pourraient être dus, soit à la palatalisation, soit à la. labialisation, mais pour lesquels le manque de donnée^-
^historiques ne permet pas d'établir cette origine d*une manière certaine (i).
/)/, souvent par /><^. j f $ ou bv^ souvent par b^,
Vf souvent par i, /. t. 1 ) *''•
1 V /i souvent par l^ -^/^ .
A. \lh.
ital. bigliitto et son doublet viglieiio billet ;
lat. p médial, capillos, fr. cheveux par un interméd. en^;
swahili 'pana large, pokomo -pfana, bondé -hana ;
» pêpo vent, luyi mo-bêbo, kamba m-bèvo ;
» archaïque ^^^41 ici, swahili moderne hapa;
> kwapa aisselle, tèita, dial. sagala, kwaya ;
» kw'iba dérober, davida, kxv-iba ou kw-iva;
> tnw'fba épine, pokomo mw-iwa^ nyika mw-tya; » bâta canard (de Tar. bata)^ zigua wata ;
» hu-bêmbelêza cajoler, zigua hu-hëmbeléza ;
bangi pëngolo ou yëngolo égarer, bula ou yana croître.
Le fan substitue f ^ p dans les emprunts qu'il fait au Tnpongwé : mpongwé ipele assiette, ompindi ferme, kômpini du fr. compagnie, plaio du fr. plateau^ =faâ efel, mfiniy Aômftnt\ flaio. — On a fait la même remarque dans
(i) Les schémas de cet article et des suivants présentent deux accolades «n regard de la consonne génératrice, une première pour les change- >fnents qui demeurent enfermés dans la même région de Torgane yocal, une seconde pour ceux qui se produisent avec déplacement du lieu d'articulation. ->• Ont été marquées d^une astérisque les consonnes susceptibles, par suite d*un défaut d'audition, d*étre comprises à la place de rarticulation proposée. Mais la présence de l'astérisque n'indique pas, -que la consonne qu'elle affecte ne puisse être substituée à la précédente autrement que par une méprise auditive. Au surplus, les permutations -qui n'ont pas pu être constatées autrement, sont indiquées séparément i la suite des autres ; elles ont été omises à dessein dans les tableaux, pour éviter d'y apporter de la confusion par Tintercalation, entre les cas appartenant à l'évolution normale d'une consonne, de faits étrangers à <ette même évolution.
— ^57 — l'île Hawaï, où les naturels prononcent piçi^ naypa^ les mots anglais i%shy 'knife[\).
Plusieurs langues bantoues offrent le même mot avecdeux radicaux, Tun primaire à initiale b après une consonne préfixale, Tautre avec ce b adouci en v entre deux voyelles, partout où le préfixe comporte une voyelle :
davida m-baru, pi. de lu-varu (swahili u-bavu) côte;
nyanéka wa^m-beia il ma frappé^ de oku^vêta frapper [oku'bèta en mbundu de Loanda).
Le changement de p en/ est un de ceux que signale la loi de Grimm, dans le passage de Tindo-européen primitif aux langues germaniques :
sanscrit apa, gr. a::o hors de (lat. ab\ angl. 0/ [off" aprèsun verbe).
/. ( Id.
^^ Il ^
/5, souvent par /, /, ty. l < a^, souvent par d, d, dy^ s* par /, ts, ty. d l\ ^, souvent par d^ dj^, dy^
il( iç, souvent par i, is, 1y, j ( dj souvent par ^/i^, dy^ ç*, souvent par fç, /, s, iy. [(h.
gr. at. T*/;[Ji8fov (pour Taûrij Yi[i.6pa), |xé>.itTa, OaX«TTa^
gr.comm.arl[i.8pov aujourd'hui, p-éXiaTa abeille, 9aXa(y<Tot
mer; gr. ancien Suipov don, prononcé doron en grec moderne; patois de Suaux krèié-vu? croyez-vous? du lat. cre-
dere (2) ; swahili ku-ila appeler, swahili (dial. gunya) ku-tiçay.
tchwana go-bitsa, héréro oku-isana, zulu uku-bt^a ;zigua, bondé, kaguru, etc., làmbi branche, nyandjya
isàmvu^ mwamba rii-sâmbo ;
(i) M. Millier, The Science of Language^ t. 11, 186. (î) Kousselot^ Modifie, pkonét., 206,
swahili, ganda, tonga, etc., ku-leta apporter, nyika kii'lâha;
bangi toba écorcher, et son doublet ^(7^<2.
Aux / du swahili commun correspond régulièrement tç •dans le dialecte gunya : M-iu personne =m'ifu, piia passe =ipUça^ m-oto feu ^^m-oiço, ku-ieiema trembler ^=kuiçetçema. Il est possible qu'il y ait eu un / reculé comme Intermédiaire entre / et tç.
Grimm a signalé le changement de / en is du prégermanique au haut-allemand, et Ta fait entrer dans sa Seconde Mutation consonnaritique :
prég. iahru larme (indo-europ. dakrû)^ v. allem. zahar et allem. z'àhre [^=^is) ;
germ. occid. in deux (neutre), angl. iwo (prononcé /«), allem. ^wei [z=is).
dj le plus souvent par^^'.
i / /^ le plus souvent par ity.
ts — —
ç dans kl — •- çl (i).
sanscrit ^j;2^^^ cinq, hindoustani paniç\
indo-europ. gan engendrer, gr. yivo;, lat. genus, fr.
genre ; bantou coinmuw kuku poule, duma tçitlçn,
» kumi âïXj zulu i-çumi ;
swahili kitkii hnku ici ici (pour knku kukii); > ku'kônJa maigrir, yao ku-yônda;
«(i) Rousselot, Changent. pkonJt.^ 147.
swahili ku-kumbuka se souvenir ^msikondé ktt'hinibuh^a ; » mboga légume, makondé mboha ; » -ako ton, ta, mu-kono bras, ku-lçtka rire, ngazidya -aho^ mU'honOj u-tseîia; bangi huma venir, et son doublet ^w/w<î; ar. kabila tribu, kabru tombe, somali cabilo, cabri. Le changement de k en /; est un des faits constatés par la loi de Grimm dans la première mutation consonnantique, pour le passage de Tindo-européen au germanique primitif : sanscrit dâça dix, gr. Si/.a (lat. decem), allem. zâhen, zehn (got. taihun\\).
Le changement de k en c fait parue de la loi de Grimm, dite de la seconde mutation consonnantique en germanique : got. wakan veiller, allem. wachen [ch=c) ; angl. io make faire, book livre (cfr bouquin), formes plus * archaïques que Tallem. wachen, buch{2).
Ont été relevées les confusions acoustiques suivantes(3): t non compris = s, ^, /; d non compris = s ; ^ A> > ^ f g -h » =^ v,f,
Spirante en explosive.
Lorsqu'il y a tendance à renforcer les sons par exagération de Teffort, en même temps que manque d'assurance dans la mise en position des organes vocaux, on est porté à remplacer les spirantes par les explosives, f par />, V par b, etc.
Les tableaux suivants indiquent pour chaque spirante une ou plusieurs explosives, qu'elle est susceptible d'atteindre. Il est évident que de pareils changements ne te font point généralement sans une plus ou moins longue période d'indécision entre les deux sons indiqués ici, ou
(i) V. Henry, Gr, e. de Vangl. et de Pallem.f 109, III, a ; 75, II, i.
{2) V. Henry, 1. c, 103, 3.
(3) Rousselot, Pkonéi. expérim. et surdité.
plutôt entre les intermédiaires insensibles qui favorisent le passage de la spirante à Texplosive, comme dans révolution / ► pf ► p,
got. gihan \Jb = h) — *- vieil al. gëban, allem. geben donner, conformément à la loi de Grimm concernant la seconde mutation consonnantique en germanique (i).
fYi
p*j souvent par//. ^ A*.
souvent pat v. l p* par intermédiaire.
nyandjya funza apprends, et ses doubets pftinza et
pun^a ; svfzhxlx farasila poids de 35 1., en yao palasira ; ar. farst persan, en swahili /cirsi oxiparst; lat. vervicem,it. berbis puis brebis; » curvare, fr. courber ; fr. serviette^ vfoXoi sarbét ; zvigX.fever fièvre, devenu en suio febere ; angl. et portug. ^/lavj goyave, devenu en bangi rtgwaba ;
souvent par d, 4 1^-
Le changement de t et de d en d est un de ceux que signale la loi de Grimm, à Tépoque de la seconde mutation consonnantique en germanique : got. thaurnus et angl. ihorn {ih =^ i), hollandais doorn, al. Jorn épine; got. daûthar [d = t/), angl. daughter sœur (2).
is \ t. d^ \ d,
ar. isalatsa trois, v^olof (Sénégal) lalàla ; » ûdzan, edan, edan ou ezan (selon les dialectes), appel à la prière publique fait par le muezzin.
(i) V. Henry, Gr, c, de Vangl. et de Vall, p. 80, II, i\ (3) V. 1. c. p. 87-93, les cas spéciaux où ces changements se sont produits.
5 I r, souvent par / ou is. ^ | d*^ souvent par d ou d{
umbundu hu-zela être blanc, mu-ndele un Blanc ; ar. zahab or, fezai argent, zâmbi péché, en somali dahab^ fidJad, dëmbi,
iç I A. àj \ g^ h,
swahili datçi (de Tal. deutscli), et son doublet </jAi allemand ;
ar. adjem peuple non arabe, la Perse, en ar. de Mascate agent ;
sanscrit djanu, gr. yovu, lat. genu (fr. genou), got. kniu^ al. et angl. knee.
Ces permutations semblent devoir être très rares. Celle de ^ en / s'observe parfois chez les enfants (P. Passy, Chatigem. phonéi., p. 144, n° 324). Celle dey en g se rencontrerait dans Tarabe de l'Afrique du nord, V. Mém. de la Soc. de ling.j t. xii, E. Doutté, Un texte arabe en dial. oranais, p. 383.
Ç \ k d2^ns fl -^ kl (i),
^ ( g souvent par ç. „ \ a
ar. cal if a, espagn. ealifa, calife ; » gazai, fr. gazelle,
\ k parfois par l'intermédiaire ?.
malgache màngataka demander (pour man-hataka) ;
» ànkazti à l'arbre (pour ân-hazu); Le germanique hulis houx(cfr angl. holly) est devenu ku
(i) Roussslot, Les modifie, phon/i. du Img.y 247.
il Saint-Cland, diminatif gosa \ Cellefrouin dans la Charente-Inférieure (V. Roasselot, Modifie, phonét. du lang.y ao5.)
Ont été constatées les confusions acoustiques suivantes (i) :
/ non comprise = p^ t, k; v non compris = b,p,k; 5 > > =i,à,p,h,g;z > » =d,i,p,g,k\
ç non compris =: k^ g,p : 7 > » =zg^ k^ i, /.
§ 3. — Alterance entre explosives.
Nous n'avons que deux sortes de permutations possibles concernant les explosives :
I** Celles sur la sonorité : ce sont les alternances de sourde à sonore et vice-versa, p — h^i — d, k — g, que nous avons vues plus haut, p. 130.
2^ Celles sur le point d* articulation ^ qui viennent ici à leur place.
Les alternances les plus généralement constatées dans rhistoire des langues, sont celles de :
f et A* ^ et g*
lat. iremere^ fr. criemhre ipms craindre ; gr. 5pvi9oç = éolien Spviyo; oiseau ; swahili -dodo et son doublet -dogo petit ;
» sindano aiguille = sîngano en kamba ;
» ku-çinda vaincre = ku-çînga exceller en ganda;
» dusamali tt son doublet gîisamali mouchoir de tête, de Tar. dasmala ; tèita, dial. davida, iarômbeia et son doublet karômbeia
de Teuropéen trompette ; nyandjya bâta et son doublet baka canard, de l'ar. bai;
(i) Rousselot, Phonét» expértm, et surdité.
Les naturels de Tile Hawaï confondent ietkydetg{\): on dit ianata et kanaka homme ;
Le fr. chaudière, cordier, se dit chaugière^ corgier dans le patois de Tarrondissement de Mortagne (Orne) ; à Paris, on entend cintième pour cinquième dans la bouche de certains concierges ; les petits enfants prononcent parfois / pour k^ iaféy ioioie^ pour café^ cocoie.
Des changements aussi violents ne semblent bien pouvoir s'expliquer autrement que par l'action brusque d^une cause également violente, langue qui a fourché, ou oreille qui a mal entendu. C'est pourquoi les faits qui s*y rapportent n'apparaissent que sporadiquement dans les langues.
Dans les observations faites sur l'audition des sourds (s), Tabbé Rousselot a constaté des confusions entre toutes les explosives sans exception (3). Quelques-unes au moins de ces alternances paraissent s'être produites çà et là dans rhistoire des langues, et pourraient vraisemblablement être ajoutées aux schémas ci-dessus indiqués / — k^ d — g. Les confusions les plus plausibles sont celles de h — g^ p — </, à — ^, / — p, p — k. Il convient peut-être de leur attribuer quelques doublets restés inexpliqués :
gr. ^a>.avo;, lat. glans gland ; » ^xp'jÇy lat. gravis grave, lourd ; gr. attique arâSiov stade, dorien onàSiov, d'où le lat.
spatium espace ; gr. ff-fiiiSw je cherche avec empressement, je travaille,
lat. siudeo j'étudie ; lat. r^/iiw^j colombe, et son doublet/>^/«wi^ palombe (4); » spnma^ vieux haut-allem. scnm, allem. schaum^ fr. écume ;
(1) M. Mûller, The Science of Long nage ^ t. ii, i86.
(2) Rousselotf Phonét. expérim. et surdité,
(3) Ua seul cas a échappé jusquUci à l'observation, celui de Palternance de p—g*
(4) M. Bréal et A. Bailly, Dict, éiym, lat.
Dans les divers dialectes polynésiens il y a une indécision remarquable entre les sons A, /, p : on dit akua^ atm ou apua € ombre, esprit » ;
Au swahili m/^/V/ cuisinier, correspond en sambarawi/V/.
§ 4. — Permutations entre spirantes.
Les alternances de sourdes et sonores (/ — v, s — ^, etc.) ayant été étudiées plus haut, p. i;o, il ne reste plus à voir que les permutations avec déplacement du point d'articulation. Seront principalement examinés ici les changements dus à une cause organique, soit fausse manœuvre dans Torgane v.ocal, soit défaut d'audition. Ceux qui sont provoqués parTassimilation, la palatalisation et la labialisation, doivent être cherchés sous chacun de ces titres.
goth. skaban gratter (^ = ^), angl. shave raser; » kalbo veau femelle {b = ^), angl. caîf \qz\x (i).
Pf-^p.
fç (le plus souvent par /y).
ç (dans/7 — #► çl (3) ).
c (dans// — ♦ ci).
nyandjya fiin\a et ses doublets pfunza et puma
apprends;
(i) V. Henry, Gr, e. de Vangl, ti de l'allem.^ 89-90. (a) Constaté par la loi de Verner, V. V. Henry, Gr, c. de Vanfrl, et de Vallem.y 107, D.
()) Rousseiot, Changent, pkonét, y ^47.
nyandjya vala et ses doublets bala et bvaîa habille-toi ; ital. fiore fleur, fiume fleuve, = sicilien ciore^ ciume
L'espagnol et le gascon ont changé en h les/ primitives du latin :
lat. faba fève, facere^ faire — ^ espagn. haba^ hacer ; béarnais habs, he.
tégé muftiu et son doublet musuu canne à sucre ; angl. file lime, mot introduit en tchwana (thlaping) sous
la forme çivail; allem. kra/t force, = holland. krachi [ch = c) ; swahili/Mi»0 lance, = sagala (dial. du tèita) ifçutnu; » kufina pincer, = kamba kufina (par intermédiaire ?)
angl. ih dur (= /) prononcé défectueusement 5 ou /; ih doux (= d) prononcé z; gr. Oéo^(i>poçy TiinoOeoç, — ► russe Féodor^ Timoféo\ gr. ancien Oa>.aito$ chambre à coucher = salamôs en gr.
moderne ; sanscrit madhya, gr. [uoo;^ osque mefius (== lat. médius qui est au milieu).
l ou f .
ar. isalatsa trois, devenu en swahili selasa ; d'autre part
en wolof talata ; » dzul avilissement, = sv^ahili zHli\ » ad^an, ailleurs adan appel à la prière fait par le
muezzin.
/5, souvent avec /épenthétique. Z
dj.
/5, souvent avec d épenthétique.
fr. sou^ sien, dix, créole de la Réunion çou^ çyen^ diç ; en portug. s finale se prononce ç ; les Auvergnats disent
ç pour 5, çire^ çavon, pour cire, savon ; swahili kisima puits, en kamba kiiima ;
» sindano aiguille, et son doublet çindano ; » simba lion, en nyika isimba ; » kusoma lire« et son doublet hufyoma dans le dial. de Mombasa ; » ^ /{^'^ A Ml» , f r. jujube ; » *zelosum (de ^eïus), fr. jalous — ► /j/<>5 — »► jaloux,
fr. défectueux çaloux ; patois des Alpes 5â?vj/ et son doublet fœval € cheval » ; sanscrit sàmi (lat. 5^1111'), gr. iQtu demi ; le portugais sapaio soulier est devenu isapaio dans le langage de Tété ;
En galla (9), chaque fois que 1*5 finale du radical d*un verbe causatif se trouve en présence d'une n ou d'un / de la désinence personnelle, cette s cède sa place à uney.* barsiS'U enseigner, aii barsif-ia tu enseignes, isen barsif-te elle enseigne, nu barsif-na nous enseignons, isini barsif-iu vous enseignez.
(i) Rousselot, Ckangem, phonét., 9)0.
(9) Masiayâ, Lectiones grammaticales Ungvœ Oromonicttf'j^.-^ Cfr. gr. é^%% ffUXOV, lat. ficus, figuier, figue.
- i67- J le plus souvent par çy. [ / ) 1^ P^^s souvent ^zxjy.
-* /le*
ir. joli, lingey jeudi, chou, créole de la Réunion, *oli,
lizi^ ,dxidi^ sou ; » Jean, patois de Cognac Jan ; ar. çarah^ espagn. jarabe (j = ?^ ; d'autre part, le même
mot arabe a donné le fr. sorbet^ sirops fr. les oranges, wolof (Sénégal) sordns ; fr. mouchoir^ corniche, malgache musara, hurunusi; lat. spargere^ espagn. esparcir éXtndre.
ts ^*^ s. / ^{ -^ {'
àj\h
nyandjya ku-tçeka rire, et son doublet ku-seka; swahili ku-tçeka rire, dans les dial. du nord ku-ieka, dans le dial. de Mgao ku-seka; en sambara ku-çeka ; » ku'tçwa se coucher (soleil), dans les dial. du nord kU'twa ; en tèita, dial. sagala ku-isua^ dial. davida ku-swa ; en sambara ku-çwa ; » ndjia chemin^ dans les dial. du nord ndia ; en kamba ndzia ; en sukuma nzila ; Le dj arabe est changé en/ en Tunisie, en y en Tripolitaine, en s^ par les juifs oranais (E. Doutté, Un texte arabe £n dial, oranais, dans les Mém, delà Soc, de ling.^ t. xii.)
ar. al cândjar, espagn. aifanje coutelas ; » cdbar^ swahili Aa^jri nouvelle.
aile m. ich. (ch = ç) je, prononcé iç dans certains patois (i)^ ic dans quelques autres : les Alsaciens remplacent généralement par c les ç de ^allemand..
h{'': jYu.
ar. rehem, Mnhammad, portug. refem otage, Mafoma
Mahomet ; V. allem. hlahhan^ allem. lachen parallèlement à TangL
latigh (gh = f) rire.
Ont été constatées les confusions acoustiques suivantes (a) :
/ non comprise = s, ç ;
5 > > = p; z non compris = v^f;
ç non compris =5/ j > > = ^, 5^ r.
§ 5. Vibrantes.
Alternance de vibrantes entre elles ^
x"* Rien de plus commun que Talternance de / et de r, et vice-versa :
(l) V. aussi Rousselot, Changent, pkonét.y 330. <2) Roasselot, Phonét, expérim. et surdité.
lat. ulmutn, fr. orme ;
swahili hure y et son doublet hide pour rien, gratuitement.
Comme c'est la langue qui est Torgane actif dans la production des vibrantes, justement appelées pour cela linguales^ il suffit en somme d'un léger déplacement dans le mouvement articulatoire, par suite soit d^une fausse manœuvre, soit d'une mauvaise interprétation deToreille^ pour que le changement de / en r ou de r en / puisse se produire.
a^ Les variétés de / permutent facilement entre elles. Il en est de même de celles de r, soit que IV alvéolaire tende à reculer pour atteindre Xir grasseyée ou même le rhaïn arabe r, soit que IV gutturale {? ou r) se déplace en avant d'étape en étape jusqu'à l'r la plus avancée :
l'arabe rafla « soudain » a donné en swahili trois prononciations raflay rafla et rafla.
Changement de vibrante en explosive.
Le changement a lieu sur le degré d'occlusion : il se produit le plus ordinairement dans le sens de
dly puis d pouvant aboutir à /.
t* (par l'intermédiaire i ? ).
Jr, puis d pouvant aboutir à /.
rk\d* — ^ i.
t (par l'intermédiaire d ?).
swahili kule là-bas, kure en nyika, = kude en zulu,.
kuda en bondé ; swahili gari char, voiture, et son doublet gadi^ de l'hin-
d o usta ni ^ari;
swahili et langues voisines ku-ruka courir, = ku-duka
en ganda ; indo-europ. dâkru^ gr. Sàxfu, lat. archaïque dacru-ma puis lacri-ma^ fr. lar-me, . Bien que le changement direct de / ou de r en J soit possible, on doit être très circonspect avant d'en présenter des exemples, attendu que le plus souvent il y a eu, non pas permutation immédiate, mais développement <ievant la vibrante d'un d épenthétique devenu bien vite prépondérant, au point de chasser la consonne qu'il avait <ievant lui. Dans un grand nombre de langues bantoues, le •ca» se produit régulièrement, lorsque la nasale n d*un préfixe vient en contact avec / ou r initiale du radical : sv^ahili u-limi langue^ pi. n-dimt {pour n-ritnt = n-limi), par l'intermédiaire n^rimi conservé dans le dialecte d*Amou. Le tchwana présente pour le même mot, sing. lo'leme, pi. di-ieme (pour di-n-leme).
Quoiqu'il en soit, le changement de / en (2 ou / trouve -son explication facile. II suffit que la langue cesse de vibrer latéralement, pour que sans presque modifier sa position elle articule d ou /.
L'abbé Rousselot signale chez les sourds les confusions :sji vantes :
/ non comprise = d, i^g; r non comprise = hr^p, d^ k.
Changement de spirantè en vibrante.
Le changement se produit ici sur le point d'articullation.
lo Si la langue, en position de z, s*élève moins qu'à Tor- •dinaire et laisse onduler sa pointe, qn arrive facilement à articuler r. On a appelé rhotacisme ce changement de ^•eh r [rho en grec).
Dans nos langues le ^ est souvent figuré par un s douce
(= z), sortie communément d*une s dure mais adoucie par sa position, comme c^est le cas pour s intervocalique, quelquefois pour s placée entre voyelle et consonne voyelle (i).
La permutation de ^ en r a été surtout remarquée en latin et dans les langues germaniques» Dans celles-ci elle ne s*est produite qu'après une syllabe atone (cfr angl. for-lorn € abandonné », pour for-ïoren du primitif io lose < perdre »), tandis qu*en latin elle a été générale pour les s intérvocaliques primitives (s), partout où il y avait une s simple ne remontant pas à un groupe ss, ns^ rs^ etc. :
Les génitifs singuliers en -oris^ -aris, -urisn de la troi* sième déclinaison sont pour -osis^ -asis^ -usis : floris de flos « fleur », maris de mas c mâle », juris de jus € droit, justice », etc. L*analogie aidant, la forme -or/s a réagi sur le nominatif en changeant presque partout -os en -or : Jolor « douleur » (pour doïos)y major « plus grand » (pour majos, cfr le neutre majus qui a conservé Vs), La forme prinsitive a persisté sous forme de doublet dans quelques mots, honos = honor « honneur », arhos = ^rr^or c arbre » {cîv arbuste).
De même, les génitifs pluriels en -orum, -arum sont pour 'Osum, -asum : mensarum « des tables » a conservé sa forme menzarum en osque (3) ; auris € oreille » est pour -auS'ts (gr. ou;i cfr aus-culiare c ausculter »).
En remplaçant r par s on saiisit également mieux le rap*
(i) V. Henry^ Gr. c. de l'amgl. et de Vallem.^. lao, III : c Quand Vs •de i*indo-earopéen et du prégermanique ne s*est pas assimilée à la con- :sonne voisine^ le groupe sn devient \n et subséquemment m. »
(^) V. Henry,!. c, X18-XX9. — G''» ^- ^«/''« '' ^^ ^'*'m 79* — ^- Br^al -et A. Bailly, Dict. iiym, lat., 98-99.
\}) Pendant que le latin remplaçait par r les 5 de ses déclinaisons, le grec perdant ces mêmes s contractait les voyelles rapprochées par la chute de la consonne médiane. La connaissance de ce double phénomène a singulièrement aidé à la grammaire comparée des deux langues : rapprochez "viv-Cff-OÇ devenu véveo; puis vévOD; de gen-es-is devenu generis «« -de la naissance. »
port entre uto c je brûle >, et ussi c j'ai brûlé >, entre quœro c je cherche > et quœsivi c j*ai cherché %\ entre ^rjMi € j*étai$ », ero c je serai » et ^55# c être », sum c je suis » (pour essum^ rac. ^5). etc., etc.
diurnus c diurne > est pour J/ms-m «5 (cfr J<V5 jour).
Dans plusieurs idiomes de la famille bantoue (en davîda,. un dial. du tèita, en fôd, uadial. du fan, etc.), on constate
le même changement de ^ en r »> / entre deux voyelles,.
soit dans le corps d'un radical, soit à Tinitiale :
au swahili mw-ézi c lune », litt. c mesureur », du verbe kn-éja € mesurer », correspond muhéri en tchaga du Kilima-ndjaro, en makua du Mozambique, etc., m-^ri en davida, o-eli en nywéma.
Là où le rhotacismé est en vigueur, il s*étend même aux particules et pronoms isolés, dont la consonne initiale se trouve en réalité entre deux voyelles, la leur plus la voyelle finale du mot précédent :
tèita, dial. davida, mhtu ra mudi graines d'arbre =r mbeyu za mwiii dans le dial. sagala.
Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait pas dans ces langues des ^ qui aient échappé au rhotacismé. Il y a d'abord les. emprunts faits postérieurement à la période d'action de la loi ; puis il y a surtout ce fait que la nasalisation d'un z. a toujours arrêté son évolution. L'n devant le z n'est plus toujours marquée dans l'écriture, ni même sentie dans la prononciation ; mais sa préservation dans l'un ou l'autre idiome voisin atteste le plus souvent, qu'elle a été aussi présente à l'époque de l'action du rhotacismé dans la langue qui Ta perdue aujourd'hui. C'est ainsi que le davida a conservé le z des mots izi c mouche », pazi c sauterelle », que nous retrouvons en swahili sous la forme inzi, pànzi.
La nasale n, soit qu'elle empêche la consonne suivante de s'isoler entre deux voyelles, soit qu'assourdie (V. plus loin n médio-sourde, à Assimilation sur la sonorité entre
— »73 — •consonnes contiguës) elle la maintienne dans sa condition actuelle, se laisse encore soupçonner dans une exception marquée dans la grammaire thlaping, un dialecte du tchwana^ au sujet du sing. le-sapo c os » qui £ait au pluriel ma-rapo (au lieu de ma-sapo). La voyelle i ou e des préfixes de ces langues ayant une grande tendance à développer une n épenthétique devant la consonne initiale du radical, on conçoit que Vs de le-sapo (pour le-n-sapo) se soit maintenue, tandis qu'au pluriel Va du préfixe ma- ne pouvant produire cette n, Vs du radical s*est adoucie pour passer à z ^ r, d'où ma-rapo (V. Parasitisme de consonne, i% b).
2° La plupart des exemples de permutation de s dure en r trouvent leur explication dans un intermédiaire avec s adoucie en z. Ceux qui n'accusent pas ce même intermédiaire semblent devoir être tenus en réserve jusqu'à plus ample informé : leur rareté autorise à supposer une lacune dans le peu que l'on sait de leur évolution antérieure. Le cas de \^assilia devenu Marseille, mis par plusieurs auteurs sur le compte de la dissimilation, devrait peut-être rentrer dans cette catégorie.
30 Le changement de ^ en ? pouvant aboutir à r puis à r est commun. On le remarque* surtout dans les emprunts faits à l'arabe par des langues non sémitiques :
ar. gali cher, coûteux = swahili gali et ses doublets raliy rali, rali.
4° Le hollandais, d'après P. Passy (i), change aussi c en r. •
5° Enfin les confusions suivantes ont été constatées (2) : V, z et j non compris = / ; j non compris = r.
L'abbé Rousselot a observé un enfant de onze ans, qui prononçait Lane pour Jeanne.
(t) P. Passy, Changent, phonét,^ 147.
(3) Rousselot, Phonét. expérim. et surdité.
Changement de vibrante en spirante.
1^ Si on passe facilement àt z ^ r^ il semble que Toa doive aller tout aussi aisément de r à ^ : il suffit en réalité pour opérer ce dernier changement^ que la pointe de la langue s*élève moins de manière à ne pouvoir plus pro— duire le roulement vibratoire de IV. Le fait est cependant que semblable permutation n'est pas si commune. L'abbé Rousselot cite des exemples de r allant à r (patois de Coufly dans le Loir-et-Cher (i), ou à r :
fr. r heure = lœz à Menton-sur-Cher ; » fer ^^ féz à Venaus.
Nous avons encore en français chaise pour chaire (lat» cathedram),
âo II y a aussi des exemples du passage de r à ^ (2) ou à^.
y Enfin raffaiblissement des vibrantes a souvent pour résultat de leur faire substituer l'aspirée /i.
4° Chez les sourds on a trouvé (3) :
/ non comprise =/; r non comprise = v, f.
Changement (Vexplosive en vibrante.
Le changement a lieu sur le degré d'occlusion. 1" L'apparition d'une / au lieu et place d'un à a lieu sporadiquement dans quelques langues indo-européennes^ particulièrement en latin :
lât. solium « siège », consul^ exsul « exilé », prœsuï « président » de la rac. seà dans sed-ere « s'asseoir » ; oleo € je sens » de la rac. od. «sentir» dans odor et le gr. o$(i>$a ; littgua doublet archaïque de dingua (cfr.
(i) et (2) Rousselot, Modifie, phoné t. ^ 355. {3) Rousselot, Phonét. expérim, et surdité.
— 175 -^ got. tiiggo, angl. tongtie) ; lacrima « larme », Ulysses,, emprunts faits au gr. $àxp{i.oc, OSuvorjç (i). On conçoit que si la langue en position de J se met à vibrer par les bords, ce soit l'articulation / qui en prenne la place.
Dans les langues bantoues le même phénomène s'observe parfois mais au commencement du radical, où roi> voit tantôt un </, tantôt / ou r, ce qui permettrait de supposer que la vibrante, très usitée dans ces langues comme consonne de soutien devant une voyelle initiale, a fait son apparition postérieurement au d^ ou même indépendam-» ment du (/au cas où celui-ci serait lui-même épenthétique (V. Parasitisme de consonne). A Tappui de cette supposition on peut citer souvent trois et quatre formes d*un même mot, qui paraissent justifier Tune ou Tautre hypothèse,, comme en swahili par exemple :
ki-dônda plaie, et ses doublets ki-ônda, ki-Jônday kirônda, nt'domo bec, ku-domo-a becqueter,
omo bec de navire, proue, kn-um-a mordre, m-lomo ou m-romo bec, ku-lum-a mordre; en yao, ce même radical omo a donné lu-gomo bec (par
les intermédiaires lu-wonto — ► lu-gwomo); swahili ki-devu menton, = ki-evu en bondé, = ki^revtt en giriama, = ki-levti en zigua^ toutes langues voisines.
Les dialectes du swahili et le sambara, langue alliée,, nous offrent encore un exemple typique dans :
u-ddngo argile, mortier à Zanz.; argile, cervelle à Pemba,, vu'ôngo » dial: gunya,
u-îôngo » sambara^
U'WÔngo » dial. d'Amou,
U'bôngo cervelle dial de Zanzibar.
(i) M. Bréal et A. BaiUy, Dût. étym, lai.
Dans chacune des séries des exemples mdomo et udôngo, on voit intervenir une nouvelle épenthèse w — p- b, qui semble disputer à ^ et à / le rôle de consonne de soutien devant la voyelle initiale du radical.
a® Dans les exemples précédents empruntés aux langues bantoues, nous avons vu r pour d, mais venant après /. L'intermédiaire / ne semble pas cependant devoir toujours être indispensable. Le vieux latin a souvent ar pour ad en composé, surtout devant v ou / : arvocaius, arvorsum^ arvehant, arfneruni^ pour advocatus avocat, ad-vorsum en face^ ad'vehant ils amènent, ad-fueruni ils furent. (M. Bréal et A. Bailiy, Dict, étym. lai.).
Ce ne sont pas les seuls exemples, il y en a d'autres, bien qu'en réalité ils ne paraissent nombreux dans aucune langue :
lat. meridies midi, arhiter arbitre, arcesso je mande, pour medi'dieSy ad-biier, ad-cesso ;
fr. des marins stir-wa^ pour sud-ouest,
30 On trouve si souvent dans les langues bantoues (le dial. vumba du swahili^ le tchaga, le ngazidya, le makua, le ronga, le tchwana, le kélé^ le mpongwé, le fâû« le benga, le duala, etc.,) les équivalences / et r — ^/avec les mêmes radicaux, que Ton serait tenté d'accepter la permutation / — p- r comme pendant au changement ^ — ♦ r reconnu plus haut : swahili m-olo feu^ m-toio enfant, m-ti arbre^ iumbo ventre, fîlngaie sept, kn-iwaa prendre, ^ m-orOy m-roro, nt-ri, rumbo^fûngare^ ku-rwaa, etc., en dialecte vumba. Mais la constatation faite que plusieurs des mots qui partent du / pour aboutir à r, accusent en même temps une forme en s ayant toute l'apparence d'un intermédiaire, doit tenir en garde contre la tendance à admettre trop facilement le saut brusque de / à r. L'évolution s'est plus vraisemblablement produite selon le processus / — ► s dure ► s douce ou z — p r, cette dernière consonne ayant passé çà et là à / (fan, duala, benga).
Pour expliquer le passage de / à 5, rien n'empêche de supposer d'autres intermédiaires dus à la palatalisation du /. (V. Palatalisation p. 139, Assimilation p. 186), ou à sa permutation en f ou t. — On peut aussi se demander si / n'est pas allé à r par une autre voie, après s'être adouci en d qui l'aurait conduit plus rapidement à z. La forme en d existe souvent aussi bien que celle en 5 ; mais comme il ne semble être resté nulle part aucun vestige d'une forme en ^, rien ne prouve la continuation d'une évolution collatérale / ► d.
Mais le / n'aboutit à r, qu'à la condition de se trouver dans des conditions identiques à celles qui sont exigées pour le rhotacisme de Y s. Il doit par conséquent être à la fois purement oral (sans nasalisation), intervocalique ou initial, appuyé en ce dernier cas sur la voyelle du préfixe ou du mot précédent.
Le nombre < trois » -iaiu dans le plus grand nombre des langues bantoues, se présente avec deux /, dont le premier surtout a laissé en divers endroits des traces de son évolution :
'tatu svsrahili, tonga, yao, héréro, bas-kongo, etc.,
-sàtu ganda, sumbwa, rua, luba, etc., -sas temné,
-raru tchaga, makua, ronga, etc.,
'lalu duala, isubu, wuri^ etc.
En tchaga, dans le dialecte de Matchamé, on trouve même à côté de la forme en r la forme en s conservée par la nasalisation après un préfixe /', /sarn (pour i-n-saru) en regard de a^raru, vi-raru^ etc.
Le rhotacisme des dentales n'a au reste rien de surprenant. L'ouverture de la bouche restant la même, il suffit que la langue se détache de la région alvéolaire, poar qu'elle puisse commencer à vibrer en articulant r.
4"" Chez les sourds ont été observées les confusions sui-
vantes, qu*une simple méprise auditive est capable d'occasionner même avec une oreille saine (i) :
d, i,g, non compris = /;
g non compris = gL
Changement de vibrante en la semi-voyelle y.
Le changement a lieu sur le point d'articulation.
/permute avec^, soit directement, soit par rintermédiaire de / ou ly :
bangi lulttba bouillonner, et son doublet ^;//u^a;
swahili de Zanzibar léo aujourd'hui = yèo du dial. d*Amou ;
fr. bU, souffler, clef, cloche, sont prononcés bye\ souffyer, kyé^ hyoche dans de nombreux patois de France.
La permutation directe de / en ^ s*e)cplique facilement. Si la langue, conservant mal la position de /, cesse de toucher les alvéoles par sa pointe, ses bords latéraux manquant de cet appui, se relâchent au lieu de vibrer, et se collant au palais font que la partie médiane se creuse en gouttière, ce qui donne la position de v.
§ 6. — Nasales.
I* Plus qu'aucune autre consonne, la nasale a la plus grande tendance à s'adapter à la position de l'articulation qui la suit immédiatement^ d'où m devant consonne labiale, n dentale devant dentale, n palatale devant palatale. (V. Assimilation.)
2« L'assimilation exerce encore la plus grande influence sur les explosives et les spirantes, sur les labiales surtout, pour les changer en la nasale correspondante, les labiales en m, les autres consonnes en ». Il suffit pour cela que le
(i) Rousselot, Phonét. expirim. et surdité.
phonème suivant soit nasal. Cette rencontre est fréquemment occasionnée^ soit par la chute de un ou de plusieurs phonèmes dans le corps d'un mot, soit par l'union d'un affixe avec une racine principale :
lat. sub'tnitto et son doublet sum-miUo je soumets ; yao n-ninda-ni —^ n-tnàa-ni gaLtàtz-moi (pour 9f-/iniant) de ku'linda garder.
Alternance des nasales entre elles.
Le changement a évidemment lieu sur le point d'articulation. Il peut se produire, dans tous les cas, par suite d'une méprise auditive; mais il arrive aussi très bien sans cela.
1* L'assimilation de », devenant m devant une consonne labiale, est un fait commun, surtout fréquent quand les deux consonnes sont partagées, l'une appartenant à un affixe^ l'autre faisant partie delà racine principale. L'observation est générale pour la nasale précédant b. Devant les autres labiales, l'assimilation conduit parfois à la chute de la nasale :
swahili mbwa mpya un chien nouveau, pour n-bwa n-pya; » mv7ta pluie, pour n-vua ;
ganda kamwa bouche = kanwa du swahili du nord.
Le changement de n en m s'explique dans tous les cas par le rapprochement prématuré des lèvres, en prévision de la labiale qui suit.
Dans quelques langues du groupe bantou, n d'un affixe, en occurrence avec Wy ou plus rarement avec v ou /, se change en w, en même temps qu'elle semble s'assimiler davantage la consonne suivante par la permutation de w ou V avec b, quelquefois avec />, de f (cas très rares) avec />. Mais c'est là une apparence plutôt qu'une réalité. La permutation ne s'est pas faite brusquement et en une seule fois,
ainsi qu'en témoignent plusieurs langues qui ont conservé les étapes intermédiaires. En les relevant une à une nous pouvons reconstituer le processus de l'évolution de la façon suivante :
nw — ► mbw — ► ntb — ^ nip^ par épenthèse initiale de b;
nv ► mb — ► mb #- mp, par passage de t^ à ^.
bangi mbtoala pour n-wala pi. de lo-waïa raclure; swahili mbwene j*ai vu, pour n-wene contracté de
ni'Wewe:
swahili mbîngn pour n-wîngu pi. de u-wïngu ciel ; kamba mbiyo pour n-vt'yo pi. de u-viyo couteau ; ganda mpuka pour n-wuka pi. de I-wuka un gros insecte»
Dans nw — ^ nibw >tnb — ► mp il peut arriver que
le w cause de Tépenthèse de b soit lui-même purement épenthétique, introduit devant le radical pour éviter Thiatus de sa voyelle initiale avec la voyelle finale de certains préfixes. D'autres fois le z&, épenthétique ou non, n'a laissé aucune trace toutes les fois que le radical est préfixé d'une simple voyelle ou d'une consonne autre que n : on ne soupçonnerait pas qu'il a pu exister, si la preuve de son passage ne nous était livrée par l'apparition de Tua ou l'autre de ses substituts b ou /, dans les cas spéciaux où. la nasale n d*un préfixe entre en contact avec le radical. L'observation précédente se résume très bien dans le swahili tnbotèa (pour nbotèa) < repousse » sorti du radical oièa de l'infinitif hu-oièa « repousser » : ku-otêa^ bien qu'il se conjugue tel quel sans w^ peut très bien être conçu comme ayant pour ce cas-ci usé de la licence laissée aux verbes à voyelle initiale d'insérer un w épenthétique contre Thiatus, ce qui lui aurait fait prendre la forme kii'woiêa dont est sorti le substantif par le processus fi'Woiêa ► mbwoiêa — p- mbotèa,
30 Devant une voyelle, on constate parfois le change- .
ment de m en n pour différentes causes» dont les principales sont rassimilation^ une fausse manœuvre dans le mouvement articulatoire, une méprise auditive, etc. : lat. mappam, fr. nappe*
Quelques langues du groupe bantou ont changé en n devant toutes les consonnes, m tXw exceptés, le préfixe m spécial dans la famille à plusieurs classes de noms. Il n'y a là qu'un fait de renouvellement dialectal :
svs^ahili du sud et du centre mkono main, mbuzi chèvre, mnazi cocotier^ = nkono, ttbuzi\ nnazi du dialecte gunya.
3'' De même que n se labialise et devient m devant une consonne labiale, de même m s'assimile fréquemment «n n devant une palatale :
lat. sinciput pour sem-captii (semi-capui) ; » conducere conduire, pour cum-ducere.
4° Enfin «, ni, «y, w, gn et «^ peuvent aboutir k n; m y arrive également en passant sans doute tout d*abord par n :
tchwana mveh étranger = mgeni du swahili ; la postposition -ini ou -ni € dans » de quelques idiomes orientaux du groupe bantou^ devient -in ou -n en suto : iselên « dans le chemin » pour isela-ini ; suto nwana = nana du zulu, pour mu-ana ou mw-ana « fils, fille > de la grande majorité des langues de la famille ; swahili kukumunia et son doublet kukuhuia secouer. D'autre part », à cause de la difficulté qu'on éprouve à le prononcer, est exposé, dès qu*il n'est plus maintenu que grâce à un besoin d'archaïsme, à repasser par ses étapes antérieures, ou à se transformer en ng,gy k (i).
(i) Un indigène de Mombassa m^a rapporté qu^à Pépoque où il allait encore à Técole, le maître donnait toujours sur les doigts aux élèves qui avaient le malheur de prononcer ngomhe pour nomhe < bœuf ».
Alternance des nasales et des vibrantes.
Le cbaogement se fait principalement sur le degré d'occlusion. Il reconnaît pour cause aussi bien une déviation du mouvement articulatoire^ qu'une confusion accidentelle dont Toreille seule est responsable : Tune ou Tautre cause est en jeu selon les cas.
Le passage de la nasale » à / ou r est facile : il suffit que la langue se détache du palais, pour qu'elle commence à vibrer, en même temps que le voile du palais, s'adaptaat par habitude à cette nouvelle position, se relève pour fermer Torifice nasal. Si au contraire, la langue, en position de /, appuie ses côtés sur le bord du palais de manière à les empêcher de vibrer, nous avons la position de n qui détermine l'abaissement du voile du palais.
10 n peut donc permuter avec / ou r, et vice versa : swahili kuona et kuola voir ;
» kuiçnna écorcher, en zigua kusula ;
» kinànda instrument à cordes ou à touches, en
zigua kirànda ; » mlamu beau-père, en makondé mnamu (par assimilation) ; arabe de l'Afrique du nord karabila^ du fr. carabine ; lat. diaconum, ordinem, fr. diacre^ ordre ; » nympha eau et lympha divinité aquatique; » venenum venin, venenosum venimeux, en italien
veleno, velenoso.
Le makua a régulièrement iii à la place de li, pronom et préfixe d'une classe de substantifs dans la grande majorité des langues bantoues : makua ni-pdnga « corne servant de trompe » = yao li-pënga.
En mpongwé la désinence pour la forme directive des verbes est -ina^ au lieu de -ila de son voisin le bas-kongo conforme en cela à beaucoup d'autres idiomes de la
famille : mpongwé kàmbina « parler à, pour » = kâmbila au ba$-koDgo, ku-kâmbila du yao, etc.
D'après le témoignage de Chamisso, aux îles Sandwich on confond r, /et n (i).
Les mêmes permutations sont plus rares avec m :
wolof nimaniu manger lentement, et son* doublet niramiu,
3* n palatalisée peut aussi être changée en latérale palatalisée, ny ou n passant à îy ou /.
Alternance des nasales et des explosives.
Les changements se font ici principalement sur le degré d'occlusion.
Changement de nasale en explosive. — Si rapprochées que soient les articulations m et by qu'il semble que Vm privée de ses vibrations nasales doive facilement se changer en b, les exemples de pareille permutation n'abondent pas dans les langues.
Dans le dialecte de San-Salvador du bas-kongo, lorsque le préfixe m- apparaît devant un radical commençant déjà par w, cette seconde m d'après Bentley (2) serait changée en b :
nt'bana fin (pour m^mana), de mana finir ;
m-bona vision (pour m'mona)^ de mona voir ;
m-boka causerie (pour m-moka)^ de moka causer.
Mais on peut hésiter à admettre l'explication de Bentley. 11 est possible en effet que par suite d'une confusion Ym initiale du radical ait été prise pour Ym du préfixe, puis additionnée d'un w comme c'est toujours le cas en bantou pour le préfixe m devant voyelle. De là, mana « finir » aurait donné pour son substantif, d'étape en étape,
(i) M. MûUer, The Science of Language^ t. ii, 185. (2) Bentley, Gr. of the fCongo ianguage, 522.
mmana •^mana—^ mwana ► mbwana ■» mbanap
conformément à ce qui a été dit à Labialisation, p. 135. On ne doit donc jamais se hâter de conclure à une permutation immédiate de m en by tant qu*on n'a pas réussi à explorer toutes les voies par lesquelles b aurait pu s*introduire subrepticement. Prenons par exemple une syllabe ba, à laquelle on aurait découvert un ancêtre ma : avant de prétendre que ma ait été changé en ba, il y a plusieurs questions préalables à se poser.
Première qjljestion. — b dans ba ne sort-il pas d'une m labialisée, dont l'évolution régulière aurait donné les
étapes mwa — -♦ mbwa ^ mba — ^ ba ? C'est le cas que
nous avons supposé ci-dessus pour mbana « fin » du baskongo.
Deuxième auESTiOK. — Notre ma prétendu primitif n'a-t-il pas été précédé par une étape antérieure mba^ dont une
évolution collatérale mba ► ba par chute de Vm aurait
pu nous apporter ce ba, que nous avons trop vite supposé sorti directement de ma? Quoi de plus simple, semblet-il, que d'admettre le changement de m en & dans le nyandjya ku-mtza et son doublet ku-biza « cacher, plonger, immerger », si on ne prend pas garde à une troisième forme encore usitée ku-mbiza, antérieure ou au moins intermédiaire aux deux autres?
Troisième question. — ba ne vient-il pas d'un wa^ dont le w aurait été ajouté prosthétiquement à un ^ initial, après que celui-ci aurait été laissé à découvert par la chute antérieure d'une m : ce qui nous donnerait en remontant
les étapes une à une, ba — ♦ wa — 9- a p^ {ma) ? Si nous
comparons mama « mère » du swahili^ du nyungwé et de plusieurs autres langues voisines, au mot correspondant bama en tonga du Haut-Zambèze, nous sommes encore tentés de voir ici le passage direct àt m ^b. Mais si nous
rapprochons le tonga bama du yao ama-a, da karanga ama-t\ langues qui ont perdu Ym initiale, nous sommes en droit de nous demander si le tonga bama ne sort pas plutôt d*une forme [w) ama avec un w prosthétique, que les langues bantoues introduisent très communément devant un radical commençant par une voyelle. Il nous reste à savoir si le tonga a Thabitude de changer en ^ le i& initial épenthétique ou préfixai des langues voisines, ce qui nous confirmerait dans Topinion qu'il a bama pour wama. Or, c'est bien là ce que Ton peut constater : tonga bona -« vois», bj'ftfn € personnes », = wona, wa-nfu en bisa et ailleurs.
Quatrième auESTioN. — Les consonnes ^ et m ne sont-elles pas toutes les deux prosthétiques, ajoutées postérieurement devant un a primitivement initial, ^ dû à Tinitiative d*un dialecte, m à celle d*un autre en complète indépendance du premier? Quand, en parcourant les langues bantoues, on découvre au radical du verbe qui signifie < voir » des équivalences comme les suivantes :
'Ona en swahili, nyika, bondé, zigua, kamba, kuyu, etc.,
'Wona en rundi, yao,
-vona dans le dial. sagala du tèita,
'bona en zulu, tchwana, subiya, luyi, etc.,
mona en bas-kongo, tégé, luba, mbundu, bemba, etc.,
jf^na en rapongwé, etc.,
jyâfi en fan,
lena en lunkundu, -loia en nyika, zigua, yao, etc., on est tenté de se demander si toutes ces formes ne doivent pas s'expliquer par la prosthèse, devant une forme archaïque ona, d'un w passant à v puis à b dans une série
de langues (wona — ►- vona ► bona), par la prosthèse
d'une m dans une seconde série (^«j — ¥> mona), d'un y dans une troisième, d*une / dans une quatrième. La chose paraît d'autant plus vraisemblable, que les consonnes de
renfort contre Thiatas sont très usitées dans ces langues : w, jK, / le sont dans toutes, m quoique moins général obtient ce même emploi en mpongwé et peut-être ailleurs encore. Devant la difficulté de comprendre toutes les formes du verbe précité dans une seule et même évolution, il semble que plutôt de faire dériver directement mena de bona, il soit plus rationnel de concevoir Thypothèse précédente, à moins qu'on n*en préfère une seconde, celle qui ferait descendre mona d^une forme avec un b nasalisé mbona qui, si elle n'a pu être constatée, n'en est pas moins très possible.
Changement d'explosive en nasale. — A la permutation de m en ^ correspond celle de b en m, occasionnée par rabaissement à contretemps du voile du palais. Mais les objections faites plus haut à la permutation de m en h reprennent ici leur valeur et leur application. Il est donc bien difficile d'apporter un seul exemple authentique du changement de £ en m. Dans les deux suivants :
swahili baia c canard » de l'ar. baia^ qui a donné i-maia -mata en nyaturu,
lat. gîohus € peloton, globe » [con-globo)^ qui a son doublet ^/(?mM5 (glomero^ con-glomero^ etc.), on peut à Thypothèse d'une évolution b — ► w, opposer cette autre hypothèse de la forme en m [mata, glomus) sortie d*un ancêtre en bm [mbata, gîombus) par chute du b.
Par ailleurs, le changement d'explosive en nasale, devant une consonne ou une voyelle nasale, est un fait courant d'assimilation : ganda lubânga banc de rameur, pi. mmânga (pour
nbânga ^ mbànga), mmàngula y ^f^ne {pour nbângula ^
mbângula (i).
(i) Notez cependaDt qu^en ganda, nb ne donne mm^ que si la syllabe suivante commence par une nasale ii ou m suivie d^une autre consonne.
Les confusions suivantes ont été observées (i) :
b non compris z=z m^n;
d non compris = n / / non compris = ».
Permutation de spirante en nasale.
Le changement se produit surtout sur le point d*articuhtion. Il paraît ordinairement dû à une influence assimilative, influence à laquelle la spirante résiste cependant mieux que Texplosive.
gr. archaïque ia-^ti (sanscrit âs-mi) = en lesbien l{i.-|i.t « je suis » (9).
D'autre part, les observations faites sur les sourds montrent que les méprises auditives peuvent conduire aux confusions suivantes (i) :
V non compris = m ;
z non compris = n.