‹ Essai de phonétique dynamique ou historique comparéeChapitre 10 sur 49 · ACTION DES CONSONNES SUR LES VOYELLES · texte numérisé non relu

ACTION DES CONSONNES SUR LES VOYELLES

L'effet produit par les consonnes sur les voyelles est assez limité ; il n'a lieu qu'au contact et non à distance ; il est seulement accommodant, destructif ou dissimilant ; enfin il s'exerce surtout dans la voie directe, rarement dans la voie régressive.

pnt Action directe.

a) Effet d'assimilation.

En Sanscrit le p change souvent l'a qui le suit en u ; paru, beaucoup, devient puru ; ambo devient tibha, mais ici Tassimilation est régressive. En Zend, les labiales changent Va en o ;

^Âds.

vasû, bon, devient : vohu ; maksû, rapide devient : tnoshû ; Vf change Va en e. En Latin le v change Ve en o ; epeoD devient vomo ; velvo devient voIvo. En vieux Slavon,jj/ convertit a en e, bijemU au lieu de bijamû.

b) Effet de dissimUathn.

Il se produit par métathèse. Voici comment :

En Grec xrev/M devient xreiv» ; fialavja, devient fxeXatva ; xcpyo* devient îcetp» ; de même (îopuo;, (îoupoç en Ionien. Pourquoi cette métathèse de Yj dérivée elle-même de Yt\

C'est par l'influence de la consonne ; la semi-voyelle j suivant une consonne attaque toujours celle-ci très vivement ; pour rester pure la consonne doit tendre à s'en débarrasser, d'autre côté la semi-voyelle se diphthongue plus facilement avec une voyelle qu'avec une consonne ; de là, la métathèse dy. La consonne est ainsi sauvegardée, elle agit par dissimilation , dont la métathèse est ici un effet, tandis que souvent ailleurs c'est un mode d'assimilation.

A la môme idée de conservation d'indépendance de la voyelle se rattache le système sémitique qui fait que les gutturales profondes immédiatement précédées d'i ou d'« intercalent entre ces voyelles et elles-mêmes un a tantôt exprimé dans l'écriture, tantôt seulement prononcé : masih, le Messie, se prononce mahah ; iatnû, entendu, samûa'.

e) Effet de destruction.

La consonne détruit rarement la voyelle suivante, mais cela arrive quelquefois à la fin du mot. En voici des exemples : Esti devient est ; sunti, sunt , animale, animal.

2^ Action réorbssivb.

Cette action a lieu P par accommodation, 2<> par destruction. Elle n'opère pas par dissimUation.

a) Effet daccommodation.

V En grec, a/mcp» devient en sanscrit : ubhâ ; Va se change en u par l'influence de la labiale suivante.

2® En Zend, Tw, Ym change la précèdent en e, c'est-à-dire en une voyelle dentale et sourde ; aspam devient aspem ; santi, hentt ; namas, nemah.

3** En vieux Slavon le v change la voyelle e qui précède en o ; slevo devient slovo \j>leveH, ploveti.

4® En Gothique, les gutturales A et r amènent avant eux la présence de Va qui se diphthongue avec IV existant ; de là : hairu, je porte \faihu, le troupeau.

5** En Latin le v subséquent convertit le voyelle précédente en o ; avt devient ovis ; nava devient novas ; le ^ et le è subséquents convertissent aussi \a précédent en u, ou v d'où : coniubernium de tàberna ; aucupio de avem capio ; stnctput de caput.

Devant 17, a se transforme en /, ou en « : saltare, instUiare ; salsusy iftstUsus ; salire^ insilire.

Devant les dentales, les gutturales et les nasales, a se transforme en i.

LV transforme l'a en e : vipera de viviparâ.

Dans tous ces cas l'accommodation est évidente. Elle entraîne la voyelle vers l'organe où se trouve la consonne ; en conséquence le p, le b, \l labialisent, changent l'a en o ou en « ; Yn et Ym donnent un son sourd qui convertit l'a en e; Yh et r gothiques donnent au contraire la voyelle gutturale qui est a ; les dentales donnent la voyelle dentale, 1'/; il existe pourtant quelques anomalies.

Il nous faut citer dans le même sens le Tamoul et les autres langues Dravidiennes, où la consonne, surtout finale, a une grande influence sur la voyelle précédente.

Les linguales w, n, r, ^y A /convertissent l'a précèdent en ^ ; avan, lui, se prononce : aven ; palar, paler.

Les linguales et les cérébralees changent 1'/ précédent ainsi que Ye en u, ô ; vidu devient vudu.

Le même effet est produit couramment dans une langue bien différente, l'Anglais, par les nasales et les linguales qui finissent un mot. Ces consonnes assourdissent toutes les voyelles qui précèdent et les changent uniformément en e muet ; c'est ainsi que les syllabes : ar, er^ ir, ur, al, el, U^ an^ in, un se prononcent uniformément : eur, eul, eun.

C'est cet assourdissement que les linguales et les nasales produisent aussi en Tamoul.

Il nous reste un fait curieux à classer ici. Dans certaines langues, Yn final ne produit pas cet efiet, mais celui-ci: il nasalise la voyelle précédente, puis cet eflfet accompli, après avoir assuré sa trace, il périt.

C'est ce qui a lieu en vieux Slavon. Irnin, le nom, devient tmé^ ^expriment la nasale, telle qu'elle se prononce en français; Toukam, le main, devient rôkô par une double nasalisation.

Le nasale n a pas changé la voyelle de place sur les organes de la parole, mais elle la nasalisée. C'est une autre sorte d'assimilation.

Parmi les phénomènes que nous venons de décrire, il en est un qui porte le nom particulier de brechung, c'est celui qui s'accomplit en gothique sous l'influence d'A et r subséquents. Il est très important et doit arrêter un moment notre attention.

Les consonnes A et r ont exactement le même effet d'umlaut que la voyelle a. Pourquoi ?

Ce n'est pas directement, mais parce qu'ils contiennent nécessairement en eux avant leur prononciation un a virtuel ; avant de prononcer ces phonèmes, la bouche doit être ouverte comme pour les prononcer. Aussi, dans les lettres sémitiques ces aspirations appellent-elles nécessairement un a se glissant au-devant d'elles.

Cela étant admis, c'est cet a virtuel qui cause l'umlaut.

Si l'A et IV causent l'umlaut de ïa, Yn au contraire, change la voyelle précédente soit en voyelle sourde soit en i ; c'est que la nasale cause un assourdissement qui se reflète sur ce qui l'environne. Quelquefois , comme en slavon, elle vient même se fondre avec la voyelle précédente, la nasalise et disparaît. Ainsi se fait le passage de la nasale à la nasalisée.

Il y a dans tous ces cas un umlaut indirect causé par le son vocalique virtuel de certaines consonnes.

Mais l'effet de la consonne sur la voyelle précédente est plus singulier encore dans les langues Dravidiennes. Dans ces langues, en Tamoul et en Malayalim l'a avant «, «, r, ^, /, /, à la fin des mots, se prononcer ; avan, lui, se prononce aven ; palar beaucoup, se prononce paler, et manal, manel ; en Tamoul 1'/ et Yë se prononcent u et ô devant les linguales /, ^, /r, rfr, r, l, n, n; vîdùj maison, se prononce vûdu ; pen, femme, pôn; vëiet\ tente, volet ; kèr, éclat, kôr,

L'assourdissement causé par la nasale concorde avec ce que nous venons de constater dans les langues germaniques ; il en est autrement de l'autre umlaut Le son sourd donné à la fin des mots par r et / s'explique encore par l'absence d'accent sur la syllabe, absence qui convertit r et / en r et /. Quid du changement dit en û et dUe en ô avant les dentales ? Ce fait est difficilement explicable. Ne faudrait-il pas en conclure que si la gutturale q tend à donner le son d'«, o, la gutturale k le son d'à, la palatale c le son d'i, e, la labiale p le son d'«, les dentales avaient pour effet de convertir les voyelles de la branche a-e-i en voyelles de la branche intermédiaire a-ô-û, dans laquelle la transf rmation de Vô correspond en effet à Ye, et Xu ah.

b) Effet de destmction.

Cet effet est peu important. On peut signaler l'exemple suivant : genti'S devient gents, puis gens ; morti-s devient morts y puis mors ; viro-s, virs, puis vir ; 1'^ a fait tomber la voyelle précédente.

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