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ACTION DES VOYELLES SUR LES CONSONNES

Cette action ne s'exerce que d'une manière régressive et non directe. Elle produit soit Y assimilation, soit la destruction par aspiration.

A. Action au contact.

1® Effet d* assimilation produit par une seule ou pli4sieurs

voyelles.

L'effet d'assimilation est produit par le voisinage d'une voyelle d'ordre différent et qui ne pourrait bien se prononcer sans modifier la consonne précédente.

P En Grec, le t précédé d'une voyelle se change en s devant la voyelle i : ttotc; devient Trocxt;. L'influence de l'y grec qui se prononce û on i est le même : ru devient cxu.

Dans les langues dérivées, le même résultat se constate. En

eSLél .... ' . -Z.J

Français les désinences en tion se prononcent sion ; de même les désinences tie, quand une voyelle précède. En Italien, le t devient alors ûs. En Anglais, le l et Vi se diphthonguent et prennent le son : ch.

2" En vieux Slavon les gutturales par l'action des voyelles e, i qui suivent se changent en palatales c, z* et par l'action de la voyelle i, souvent aussi en la linguale : ts, dz\ fte^wrz devient cetùrije ; bog devient bdie.

Cette influence est si grande qu'elle traverse une autre consonne pour s'exercer sur la voyelle, mais alors c'est un eflfet d'induction dont nous parlerons un peu plus loin.

En Français et en Italien les voyelles subséquentes : e, i, ont le même effet sur les gutturales ; ce, ci en Latin se prononcent fte, ki\ au contraire en italien, tche, tcki^ et en français, se, si.

Dans la langue Muzuk, Ye et Vi changent l'^ et le z précédents en J et en ^ ; par contre Y a et Yu changent 1 J et le z précédents en ^ et en ^.

Dans riurak, langue Samoyède, Yi et Ye changent les h^g^h, précédents en ts, z, s.

Enfin la même influence de IV subséquent qui convertit la consonne précédente, quelle qu'elle soit, en chuintante, a lieu partout, aussi bien en Thibétain qu'en Portugais ; c'est l'origine historique des palatales.

Dans tous ces cas, il y a bien accommodation, cette seule assimilation possible entre sons et articulations ; en effet, Ye et Yi sont d'ordre linguo-dental ; quoi d'étonnant à ce qu'ils attirent les gutturales dans le même ordre !

Dans les langues germaniques l'assimilation a lieu dans un autre sens, et c'est ici qu'apparaît la loi de Werner. Une consonne isolée située entre deux voyelles se change : /*, th, x ^n Vy <î, y, et^ en z, à moins que la sonante précédant la consonne ne tienne l'accent : Exemples Zê/5, devient llvô ; father, devient fa$ér ; sue/rû, devient sueyru.

L'explication de cette règle est simple ; les voyelles sont des sonantes qui se forment par une vibration de la glotte, la ténue aspirée ou non se forme sans cette vibration ; il est assez difl&cile quand une ténue est entre deux voyelles de prendre cette vibration puis de la quitter un moment, pour la repren-

dre aussitôt ; il y a tendance physiologique à la continuer et à convertir la ténue en sonore. C'est ainsi qu'en français on prononce second et non pas second. Il y a donc assimilation, mais dans une direction différente de celle que nous avons établie tout à l'heure.

Mais cela se rattache plutôt à l'effet de deux voyelles.

On voit que ces effets sont presque toujours causés par les voyelles e et z, plutôt que par les autres.

Ces voyelles produisent le chuintement ou la palatalisation.

Nous en avons déjà traité dans la phonétique statique à propos de l'origine des palatales.

Par cette action p-^j, &+j\ m+j ; t-^-j ; d-^j ; r-^; l-^j ; **+y ; *-h/» A'+y» deviennent uniformément t et à, puis s et z.

La voyelle u a aussi un effet spécial, elle fait tomber la consonne précédente, puis se solidifie en b et semble avoir converti ainsi le phonème précédent, quel qu'il soit, en 6. Ex. duonicSj bonus, après dbonus ; duellum, bellum après dbellum.

Enfin quelquefois Yu fait naître nne consonne, un g ; guerre après war ; guillaume après wilhelm, mais cela est en réalité un cas à'anaptyœis ou de naissance de consonne solidaire.

2" Effet de destruction produit par detcx voyelles.

Aucune voyelle, prise seule, n'a d'effet destructeur ; mais cet effet est très fréquent lorsque la consonne isolée est enfermée entre deux voyelles.

Si la consonne est double, l'effet ne se produit plus.

La destruction n'a lieu que d'une manière indirecte par aspiration et transformation.

Ce sont les langues Polynésiennes qui présentent tout un système régulier d'élimination de la consonne entre deux voyelles ; il en résulte des accumulations sans diphthongaisons entre elles, ce qui pour l'oreille des peuples de l'Océanie constitue une harmonie.

En passant d'un dialecte à un autre, on peut retracer le chemin de ces transformations. Nous empruntons le tableau suivant à M. Frédéric MûUer :

Samoan : a/î, le feu ; Maori : ahi ; nukah. ai — Samoan : ala, croître, Tahitien : ara ; Tonga : aa — Samoan : fafine, femme ; Maori : wahine ; Rarotongan : vaine ; — Samoan ;

lasi, grand ; Maori : rahi ; Rarotongan : rai — Samoan : misi, se repentir ; Hawaïen : mihi ; Rarotongan : mit.

Killustre linguiste cite ces phrases caractéristiques de la langue Hawai : na aia auy e ne ae oe ia Ji^ e ao ae oe ia, e i œoeia ia = je le suis, salue le Ji, enseigne le, dis-lui, où dans presque chaque mot il y a eu chute de consonne, et où le langage est devenu uniquement vocalique.

Il faut ajouter que les consonnes finales tombent souvent sous l'action de la voyelle précédente, et la consonne initiale sous l'action de la voyelle suivante.

Par suite de la môme tendance les langues Polynésiennes ne souffrent pas les réunions de consonnes ; elles changent : oforil en eperera, insérant une voyelle entre chaque consonne.

Ce qu'il est curieux d'observer, c'est que la consonne n'a pas été détruite brusquement, mais qu'elle a d'abord été préparée à cette élimination, en passant par une dégradation ; 1'/ est devenue r ; 1'^, h ; T/, h, avant de disparaître.

Les langues indo-germaniques ont restreint la chute de la consonne, en passant par l'aspiration, au cas seulement où elle se trouve entre deux voyelles, mais retendent souvent aussi au cas où la consonne isolée n'est que précédée ou suivie d'une voyelle.

1** En Sanscrit, 1'^ entre deux voyelles devient s {ç) \ — or cet s y comme nous l'avons établi, est une déformation de 1'^ ; dhanus, l'arc, devient au génitif : dhanus-as.

L's final précédé d'une voyelle se convertit en A ou en r, suivant que la phrase se trouve ou ne se trouve pas terminée.

2^ En Zend 1'^ se convertit en h au commencement des mots sous l'infiuence de la voyelle ou de la semi-voyelle qui suit, à la fin du mot sous l'influence de Va qui précède, et au milieu du mot entre deux voyelles ou entre une voyelle et une semivoyelle ou une liquide ; dans ce dernier cas, cet h se nasalise fréquemment : Ex. : sad, s'asseoir, devient had.

3« En Slavon, au milieu des mots, après des voyelles autres que a, 1'^ se change en h.

4® En Grec, entre deux voyelles, 1'^ se change en h, qui disparaît ensuite ; il subit la même transformation au commencement des mots devant une voyelle. Sedere devient eÇofxat ; septem^ iiîtol ; seqvx^r^ sTropat ; nurus^ vvoç, ; musça^ /jtuta.

5"* En Celtique, 1'^ se change en h entre deux voyelles.

6® En Latin, Ys entre deux voyelles se change en r : Musamm pour Musasum.

La langue Chiapanèque change entre deux voyelles à Tintérieur d'un mot : kexung'.pen mb, Zen r, r en ng et h. C'est la même assimilation ; la sonorité ajoutée à la consonne la rapproche de la voyelle ; mais le procédé se double ici d'une nasalisation.

Les langues lénissei-Ostiake et Kotte entre deux voyelles changent j9 en f, t en d, k en g \ assup devient assufen ; sïfut^ sifuden ; iik^ tigen.

Telles sont les règles relatives à la transformation et à la chute plus ou moins rapide de 1'^ sous Faction des voyelles ; mais cette consonne n'est pas la seule en Indo-Germanique à subir cette influence, il existe des lois générales s appliquant à toutes les consonnes.

1* En Zend toutes les explosives sonoy^es entre deux voyelles se convertissent en œntinues correspondantes : baga, Dieu, devient baya ; pada, pied, pada ; 1'^, nous l'avons vu, se convertit en c on sh.

2<» Les langues Néo-Celtiques ont fait de ce procédé la base de leur phonétique et de leur grammaire. Prenons pour exemple le Celto-Breton ;

Cette langue offre le phénomène très remarquable des lettres mitables. Voici le tableau des transformations de consonnes.

B se change en t? ou en p.

P en 6 ou en /*.

JT en g o\i en h.

G en c'h ou en k.

T en d on en z.

D en z ou en t,

Senz\Menv\ Gw en w ou en kw.

La consonne initiale du mot subit Tune ou l'autre de ces transformations, suivant que le mot qui précède indique le masculin ou le féminin, est tel pronom possessif ou tel autre, telle préposition ou conjonction, ou telle autre.

Le phénomène est devenu un procédé morphologique.

Mais il était d'abord purement phonétique, et voici comment il s'analyse.

Remarquons d'abord qu'on trouve un procédé phonétique semblable dans le dialecte Sarde de Logudoro ; dans ce dia-

lecte rinitiale e^t en position faible après les voyelles, en position forte (redoublée ou conservée), (ce qui fait saisir directement ici le processus purement phonétique), 1" après une pause oratoire, dans ce cas pas de composition ; 2» après des consonnes qui se prononcent réellement ou qui ne se prononcent plus, mais d'habitude s'écrivent, d'où les antithèses suivantes : sas cosas, una g osa ; sos poveros, su boveru ; sos tempos^ su dempu ; sos fizos, su vïzû ; sus boes, su oe ; sos giannas, su janna ; sos ddepidos, su depida ; sos mmuros, su muru ; duos rregnos, unu regnu. La seule différence d'avec le breton, c'est que dans celui-ci seulement la ténue renforcée ou redoublée devient spirante sourde, et la moyenne entre deux voyelles devient spirante sonore : radical kein ; mascul. hé gein, fém. hé c'hein r= he kkein ; rad. penn ; mascul. he benn ; fém. he fenn = he penn ; rad. breach, mascul. he vrea&h; fém. he bre'odh = hé bréadh = 1ié bbréadh.

Ensuite nous voyons que la transformation se fait de la sonore à la ténue ou à Xaspirée^ ou de la ténue à la sonore ou à Yaspirée, jamais de Vaspirée à la muette.

Pour comprendre l'origine phonétique du phénonème, il faut perdre de vue un moment le cas où il se produit, celui de la consonne initiale, et examiner ce que devient la consonne entre deux voyelles dans le corps ou à la fin du mot ; car originairement au commencement du mot elle reste intacte.

Si les consonnes momentanées et ténues sont doubles ou si deu^ consonnes se suivent, elles deviennent simples et s'aspirent ; ce, tt, pp, deviennent cA, th, f. Ce cas est très fréquent, parce qu'à une certaine époque il y a eu chute de voyelles sous l'action de l'accent et que des consonnes se sont trouvées ainsi rapprochées. Il est nécessaire que les deux consonnes se trouvent dans la même syllabe.

Si les consonnes sont simples et entre deux voyelles, au lieu de s'aspirer, comme tout à l'heure, et ainsi que cela se produit dans d'autres langues, ou les convertit : savoir les explosives ténues en explosives sonores, et les explosives sonores, ainsi que l'm, en continuas sonores : gh, z, v. Il a là au fond un effet d'assimilation, la voyelle est à la fois sonore et continue, elle change donc la consonne en sonore, si celle-ci est ténue, en continue, si celle-ci est momentanée.

Les momentanées sonores doubles restent intactes, ou se convertissent en une seule ténue.

Telles sont les trois règles de conservation ou de mutation de la consonne dans le corps du mot.

Hé bien ! lorsque le substantif commençant par une consonne était précédé d'un enclitique quelconque : pronom possessif, article, préposition, la prononciation unissait ces deux mots qui n'en formaient plus qu'un seul, et par conséquent les mêmes effets phonétiques se produisaient que si le mot avait été unique, et que si la consonne initiale était en réalité médiane. Le pronom possessif de la 3® personne est pour le masculin et le féminin he, mais autrefois le féminin était hes. Il en résulte qu'après ce pronom le k se change en g au masculin, parce qu'on avait alors une consonne ténue entre deux voyelles, qu'après le même, il se change au c'h au féminin, parce qu'on avait alors une consonne ténue entre une voyelle et une consonne ; qu'au contraire le g initial reste invariable dans le premier cas, et se change en gh, h dans le second.

Ici encore nous pouvons dire que le procédé a été purement mécanique avant de devenir dynamique ; nous avons fait la même constatation pour Yumlaut et Yharmonie vocalique ; il y a une harmonie consonnantique qui a pris peu à peu une fonction grammaticale.

Nous ne l'examinons ici qu'au point de vue phonétique. En quoi s'analyse-t-il définitivement ?

Nous avons dit que l'action de la voyelle, ou plutôt des deux voyelles, tend à détruire la consonne et que le moyen employé était d'ordinaire l'aspiration. On modifie ce moyen. La ténue est affaiblie tantôt en sonore, tantôt en aspirée ; d'autre côté la sonore s'affaiblit en aspirée du même ordre, mais aussi parfois se durcit en ténue. Pourquoi ce nouveau genre d'évolution ?

Expliquons tout d'abord le durcissement de la sonore en ténue. Ce n'est qu'un phénomène secondaire et dérivé. Lorsque le consonne précédente était la même sonore, il y avait redoublement d'une sonore ; or, à une double sonore une seule ténue équivaut ; il n'y a pas là de véritable évolution, mais une simple équivalence.

Mais pourquoi la ténue tantôt s'aspire-t-elle comme dans les autres langues, tantôt se sonorise-t-elle seulement ? C'est que

Bi Vaspiration est un pas direct vers la destruction, la sonorisation est plutôt un pas vers Vassimilation, la voyelle étant analogue aux sonores.

Nous allons voir tout à Thenre ce double phénomène se produire aussi dans les langues de la famille Dravidienne.

Dans un cas il y a donc destruction ; dans l'autre assimilation ; en tout cas affaiblissement.

Pourquoi la destruction vise-t-elle surtout l'hypothèse où il existe deux consonnes jointes, et l'assimilation l'hypothèse contraire ? C'est que l'assimilation est difficile quand deux consonnes en faisceau résistent aux voyelles, il faut alors entrer en lutte ouverte, et cette lutte vise à la destruction immédiate.

Il en existe aussi une autre explication. Dans le cas de double consonne, l'une exerce contre l'autre un frottement que nous avons déjà observé en Zend, et par suite de ce frottement s'aspire, puis l'autre tombe.

Le procédé morphologique des langues celtiques dérivées est très curieux, et il était intéressant d'en connaître la racine phonétique. Il faut en rapprocher un système morphologique analogue : dans la langue Poul, le pluriel se distingue du singulier dans les noms et dans les verbes par la mutation vocalique de la consonne initiale, et cette mutation diffère suivant que le nom est anthropique ou métanthropique, ce qui marque en même temps le genre ;lep se change en /*ou le /*en p, le A en h ou le h en k, le b en v ou le t? en 6 suivant cette distinction. Comment ce procédé morphologique s'est-il formé ? On Fignore, mais l'exemple des langues celtiques doit faire penser que la racine en est phonétique, que la particule ayant influé sur la voyelle a disparu, mais qu'elle se terminait par une consonne, ce qui détruisait l'aspiration, ou par une voyelle, ce qui, au contraire, en causait une.

La langue Pongoué reproduit plus exactement le procédé des langues Celtiques en ce sens qu'il en laisse voir l'origine. Elle l'applique à la formation d'abord du parfait, puis de Timpératif et du subjonctif dans les verbes, et d'abord du parfait. Ce temps se forme en préfixant a. Dans cette préfixation la consonne initiale du verbe se trouve enfermée entre deux voyelles. Alors ces voyelles exercent sur la consonne enclavée le même effet dissolvant qu'en Celtique et en Sarde. Voici

l'échelle des mutations : b se charge enû, o\xw suivant les cas, d en ly dy eny ; fen v, k eng, p en v, s en z, sh enj ; ôenr suivant une échelle phonétique d'affaiblissement que nous rencontrons souvent aUleurs. Voici des exemples : boga, apporter, parf. aûagi ; bonga, prendre, awongi ; denda, faire, alendi, dyonga, boire, ayongi; fala, quitter, audit; kamba, parler, agambi ; panga, faire, avangi ; sowna, descendre, azoumi ; shava, mendier, ajavi ; tanga, compter, arangi II est vrai que l'impératif et le subjonctif qui ne préfixent' pas l'a subissent la même mutation consonnantique, mais c'est que ces temps se sont formés du parfait.

Nous verrons un peu plus loin dans le Pongoué se produire un phénomène diffèrent, celui du renforcement de la consonne initiale, quand certains préfixes sont remplacés par certains autres.

Les langues Dravidiennes et surtout le Tamoul appliquent le même principe de transformation de la consonne entre deux voyelles ; le k devient M ; le ^ /A ; le jp ne peut devenir f, ce son n'existant pas en Tamoul, mais devient sonore et se change en i.

4° Dans les langues Néo-latines, le français fait tomber presque toujours sans transition la consonne simple entre deux voyelles, mais seulement en présence de l'accent ; ou plutôt l'accent conserve la consonne simple entre deux voyelles, laquelle tombe lorsqu'elle n'est pas soutenue par l'accent.

Exemples de la chute des dentales : crudelis devient cruel ; ^Mrfar^, suer ; medulla, vao&ie ; dolare^ douer ; mutare, muer ; rot07idus, rond.

Chute des gutturales : plicare, plier ; jocare, jouer ; vocalis. voyelle ; precare, prier ; negare, nier ; gigantem, géant ; megistrum, maître.

Chute des labiales : labanum, taon; viburnum, viorne ;pavonem, paon ; vivendam, viande.

c) Effit de dissimilation.

La voyelle peut causer un effet non d'action, mais de réaction, dans la consonne au cas suivant :

La consonne veut se défendre contre l'action absorbante de la voyelle, elle n'a pour cela qu'un moyen, se corroborer elle-

même par quelque lettre prôsthétique ou adventice qui lui sert de contre-fort.

C'est ainsi que ranuncula devient grenouille, locustay langouste, CM^eVar^, convoiter, fa^^rwa, lanterne, thesaurumytrésoTj alors la consonne menacée ne tombe pas.

C'est par le même moyen, nous l'avons vu, que la voyelle se défend de l'absorption par une autre voyelle, et qu'ainsi : octo devient huil, oleum^ huile, allus, haut, en préposant un h qui a dû d'abord être aspiré, et qui reste diacritique. C'est ainsi encore qxHinvadere, après être devenu envaïr, s'est prononcé : envahir ; on peut aussi voir dans cet h une transition, la consonne médiane n'étant tombée qu'après avoir été remplacée transitoirement par une aspiration.

La voyelle initiale s'est aussi protégée contre les voyelles finales précédentes par le pléonasme de l'article ou par l'emploi de celui-ci transporté de l'ordre d'idées morphologique â l'ordre d'idées lexiologique, dans : l-ierre, l-ors, l-endemain^ l'Uelte.

Cela est si vrai que là où cette précaution du renforcement n'a pas été prise la voyelle initiale trop faible est souvent tombée, comme le prouvent apotheca devenu boutique, ablatum, blé, oriza, riz.

Le parler créole l'a si bien compris qu'à tous les substantifs on agglutine Parti de. On a donné différentes explications de ce singulier phénomène. C'est qu'en eflet plusieurs de ces explications doivent concourir. Tout d'abord le nègre a confondu le mot français avec son article, il l'a confondu surtout lorsque la dernière voyelle de cet article est élidée ; l'ignorance d'une langue étrangère est donc un motif très simple, très vrai, et le premier. Mais il s'y joint P le besoin de faire d'un monosyllabe un dissyllabe, d'équilibrer le mot ; 2" celui de lui donner une longueur égale à la longueur moyenne des mots de la langue indigène ; 3*" le moyen d'éviter l'élision on l'hiatus avec un mot précédent, et de conserver au mot dont il s'agit la même forme invariable, ce qui rend son emploi plus facile.

Avant de quitter cet intéressant sujet de l'action au contact de la voyelle sur la consonne se manifestant par l'assimilation et la chute, il serait bon de comparer les dégradations successives de la consonne avec les renforcements qu'elle subit dans

la loi de substitution (lautverschiebung). Les deux principes sont souvent en présence et se combattent ; mais ils sont d'ordre différent ; tandis que la loi de Wemer est l'action de la voyelle sur la consonne, la loi de la lautverschiebung est celle de l'accent sur la consonne. Tout à l'heure nous voyions que la loi ne s'applique plus quand la voyelle précédente est accentuée et qu'alors la voyelle ne devient plus sonore, qu'elle ne s'applique pas non plus lorsqu'il y a double consonne, au moins en germanique, car dans ce dernier cas elle survit en celtique. Sur la consonne deux influences agissent et agissent en sens contraire, la voyelle dans son intonation et la voyelle dans son accent. Ce ne sera que lorsque nous aurons examiné le second effet que nous pourrons comparer les deux.

d) Effet de détermination.

De même que la consonne détermine souvent la nature de la voyelle restée jusqu'alors indécise, ce que nous remarquons surtout dans le groupe Sémitique, de même la voyelle détermine quelquefois la nature de la consonne.

Cet effet est bien remarquable en Birman. Les consonnes A, py t qui terminent les mots sont, pour ainsi dire, indifférentes, et se prononcent k ont suivant la voyelle précédente, à savoir : t après a, e et aii, k après i, u, il, et ei.

e) Effet de renforcement.

Quelquefois la rencontre entre une voyelle et une consonne a pour effet de renforcer cette dernière ; U arrive même que cet effet est produit non par l'introduction de la voyelle, mais par le changement de la voyelle existante en voyelle plus forte, ou de la simple voyelle en syllabe plus forte composée d'une consonne plus une voyelle. C'est ce qui est très remarquable en Pongoué.

Dans cettç langue, les noms qui ont au singulier pour préfixe ont au pluriel si pour préfixe, mais alors l'initiale du mot s'il est û devient ô, s'il est l devient rf, s'il est r devient t, si w, devient fit, ou b ; si le préfixe o se change en a, l'initiale w devient m ; si z devient n, l'initiale gn devient m, w devient tnb, V devient mp ; cet effet de la voyelle plus forte du préfixe

sur l'initiale du radical est remarquable, et peut bien donner la clef du phénomène Poul et Sèrère que nous avons constaté. Dans ces langues, les préfixes, après avoir agi, auraient disparu. Il y a là quelque chose d'analogue à ce que nous avons observé en Celtique sur la modification de la première consonne du mot, avec cette difl^érence que dans le Celtique ce sont deux voyelles qui opèrent sur la consonne par elles entourée.

Mais comment se fait-il que la voyelle plus forte veuille être suivie d'une consonne renforcée ? C'est l'eifet d'une assimilation non plus quant à la nature du phonème, mais quant à sa force.

B. Action par induction.

Cet effet est rare ; nous signalons le fait suivant : En Slavon, la voyelle i influe sur les consonnes A, g et s^ même non contiguës, pour les transformer en chuintantes ou en sifflantes, malgré la présence intermédiaire d'un t ; en conséquence, les groupes : k-ty g-t, s-t deviennent ts-(, dz-t, S-^puis plus tard ensemble ts ou ts. Ainsi dukler, fille, devient duster.

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