ACTION DE L'ACCENT SUR LES SONS
Nous avons défini Yacœnt dans ses trois fonctions ; des trois accents : Voraêoire, le leanologiquey et le morphologique, le dernier seul nous intéresse ici.
On peut dire que l'accent est l'âme du langage, dont le son est le corps ; sans l'accent, point de vie, tous les mots sont égaux ; de même toutes les syllabes du même mot sont égales, point de subordination, et aussi point de lien entre elles.
L'accent morphologique qui remplit ce rôle, est très gêné par l'accent lexiologique comme celui des Chinois et par l'accent oratoire qui tend à dominer en français ; il n'a son plein empire qu'en restreignant celui des deux autres. Cela est tellement vrai que dans certaines langues même polysyllabiques, comme l'Aino, chaque syllabe étant chantée il n'y a pas de place pour l'accent tonique.
Où se place l'accent ? Quel est Teflet de l'accent ? Nous avons déjà étudié le premier point.
Pour déterminer l'effet de l'accent recherchons d'abord son utilité, puis sa raison immédiate.
Son utilité grammaticale consiste à mettre en relief Vidée principale et déterminante parmi les mots pleins, les mots pleins vis-à-vis des m^ts vides,, mais cette utilité toute morphologique semble révéler un emploi intentionnel ; or l'intention n'est à Torigine d'aucun des phénomènes linguistiques. Le mécanisme phonétique seul les crée, et ce n'est que beaucoup plus tard que la psychique s'en empare quelquefois et se les accommode. Formés définitivement pour son usage, il semble que le but grammatical a été non seulement le résultat, mais la cause finale. C'est pure illusion. Le principe, soit que le mot plein est accentué vis-à-vis d'un mot vide, soit que le déterminant, mot plein ou vide, était accentué vis-à-vis du mot déterminé, n'existait pas à l'origine. Quelle est donc la vraie catise de l'accent ?
Elle est toute mécanique, et consiste à relier entre elles les diverses syllabes des mots, à les hiérarchiser^ rendant certaines de ces syllabes plus faibles, certaines plus fortes, de sorte qu'en général deux syllabes fortes ne puissent se suivre, sans quoi l'unité du mot n'existerait pas, il n'y aurait que juxtaposition simple de syllabes.
Mais il ne suffit pas pour opérer cette unification lexiologique et ce balancement phonétique, que l'accent élève la voix sur certaines syllabes et l'abaisse sur d'autres, et d'ailleurs cet. abaissement opère mécaniquement d'autres effets phonétiques.
Tout d'abord Yaxicent d^ élévation s'accompagne d'un accent d'intensité, puis même Yaccent d'intensité prend peu à peu la place du premier.
Plus l'intensité de la syllabe accentuée est grande, plus celle des syllabes non accentuées diminue, si bien que la prononciation des voyelles non accentuées peut aller jusqu'à disparaître après avoir passé par divers degrés d'affaiblissement.
A mesure que la voyelle élevée par l'accent augmente d'intensité, à mesure elle a une tendance à s'allonger, tellement que dans certaines langues comme en français, l'accent tend à dégénérer en quantité.
Par contre, à mesure que la voyelle abaissée par défaut d'accent diminue d'intensité et s'assourdit, à mesure en même temps elle s'abrège, ce qui explique l'abréviation qui frappe peu à peu le voyelle finale dans les langues indo-européennes, surtout dans les langues slaves.
Enfin le timbre même de la voyelle est atteint ; il y augmentation ou diminution non seulement accentuelle et quantitative, mais aussi qualitative. C'est ce dernier eflfet, très important, qui a attiré l'attention des linguistes et qui constitue Vapophonie.
D'ailleurs ce n'est pas la voyelle seule que l'accent frappe dans la syllabe, mais aussi la consonne, quoique cet effet ait été moins noté, et qu'alors l'accent ne soit pas le seul facteur opérant. Nous étudierons séparément l'effet de l'accent sur les voyelles et celui sur les consonnes. Nous distinguerons d'un autre côté Veffet positif de l'accent, c'est à dire celui qui se réalise sur les syllabes accentuées, et le négatif, ou celui qui se réalise sur les syllabes non acceniuees.
Donc l'*'*' effet de l'accent sur les voyelles.
a) effet positif, on sur la voyelle accentuée, V effet accenhtel.
2^ effet quantitatif.
3o effet qualitatif.
b) effet négatif ou sur la voyelle non accentuée . Même subdivision.
2"' effet de l'accent sur les consonnes.
Nous ne suivrons pas toutes ces subdivisions ; nous avons voulu seulement les indiquer.
Mais l'effet négatif n'est pas le même sur toutes les syllabes non accentuées.
Il faut distinguer la syllabe qui suit exactement la syllabe accentuée, celle qui la précède exactement, et celles qui la précèdent ou la suivent médiatement. Cela forme trois catégories bien distinctes, surtout au point de vue de l'effet qualitatif négatif.
Dans la syllabe qui précède immédiatement celle frappée d'accent tonique, laprononciation se hâte extrêmement d'arriver à la voyelle accentuée sur laquelle on doit monter et même se reposer ; aussi, à moins d'impossibilité de prononcer ainsi en raison de laccumulation de consonnes qui en résulterait, on
supprime entièrement la voyelle non-accenluée ; Tefiet négatii de Taccent sur cette voyelle se trouve au maximum.
Dans la syllabe qui suit, au contraire, leâet est au minimum. Pourquoi ? Parce que l'accent après être monté très haut soit en élévation, soit en intensité, ne petit descendre d^un seul trait, mais peu à peu, de sorte que la syllabe suivante, en conserve un reste et comme un écho. Bien plus, nous avons vu que l'accent est, en général, à plusieurs sommets, c'est à direqu après s'être levé, puis abaissé, il remonte un peu avant de descendre, Cet effet ne se produit pas seulement sur la syllabe accentuée, mais aussi sur la syllabe qui suit.
Quel sera qualitativement Tefiet produit sur cette voyelle ? Sur la voyelle accentuée la voix se charge, sur la suivante elle se décharge ; il en résulte que la voyelle accentuée sera plus énergique et plus aiguë, que la voyelle suivante sera moins énergique et plus grave. Seulement voici ce qui va se produire ; la voyelle plus grave semble à Toreille souvent plus forte que la voyelle aiguë, et grâce à cette impression acoustique la voyelle suivant celle accentuée semblera plus forte que Taccentuée elle-même ; en général la voyelle accentuée devient ^, la voyelle non accentuée devient alors o ; et la voyelle o semble plus forte que r^, ce qui semble uneanomalie ; mais ce n'est qu'une illusion, Yo est simplement plus grave que Ve.
Restent les syllabes qui précédent ou suivent, mais médiatement seulement, celles frappées de l'accent tonique. Quel sera le degré de leur voyelle'i C'est ici qu'il faut tenir compte de Yaccent secondaire dont nous parlerons tout à l'heure. Cet accent doit se placer ordinairement d'une syllabe l'une, ou au plus tard chaque troisième syllabe, de telle sorte qu'il n'existe que des trochées on des dactyles accentuels, ou inversement des iambes ou des anapestes au plus, et non plus de deux syllabes non accentuées. Dans cette combinaison les syllabes non accentuées qui ne précédent ou ne suivent pas immédiatemment la syllabe accentuée de l'accent principal perdront les voyelles ; les syllabes où se trouvent des accents secondaires auront le degré d'affaiblissement dont nous allons parler tout à l'heure.
11 faut classer l'effet négatif qualitatif de l'accent principal ainsi :
l"" effet sur la syllabe qui précède immédiatement l'accent principal.
2^ effet sur la syllabe qui suit immédiaiement l'accent principal .
3° effet sur les syllabes qui portent f accent secondaire.
4** effet sur les autres syllabes.
Dans tout cela il n'a été question que de l'accent en général, comme s'il était unique. Or nous avons vu dans la phonétique statique qu'il y en a plusieurs qui sont P Y accent principal simple, 2» V accent principal double, 3** V accent secondaire.
L'accent principal est simple, lorsqu'il s'agit d'unir entre eux seulement deux mots, par exemple un mot vide et un mot plein f lorsqu'il s'agit de dérivation primaire. Alors comme le lien doit retenir un moins grand nombre d'éléments, il n'a pas besoin d'être très fort ; la modification qu'il fait subir à la voyelle frappée d'accent sera donc moins énergique.
L'accent principal est double, quand il s'agit d'unir entré eux un plus grand membre de mots, par exemple dans la dérivation secondaire. Alors il affecte davantage la voyelle qu'il frappe. Mais l'accent double ne se distingue de l'accent simple ^ûant â ses effets que dans le Sanscrit, et il n'y opère que quantitativement.
Enfin Taccent secondaire placé pour soutenir phonétiquement le mot dans plusieurs de ses parties empêche le phonétisme de s'affaisser entièrement dans la syllabe qu'il affecte. A quel degré s'arrête ce phonème ? A un degré assez incertain que les phonétistes marquent tantôt par a, maïs ne correspondant pas à ce son, tantôt par un e retourné, qui n'est pas Vemuet, mais suivant les langues un i en un a bref.
Tels sont les divers effets de l'accent, et des différents accents. Nous allons les étudier maintenant plus en détail, et successivement sur les voyelles et sur les consonnes. En ce qui concerne les premières, ûotre étude portera séparément sur les langues primitives et sur les langues dérivées.
Nous touchons ici aux questions le plus ardues et les plus controversées du vocalisme, surtout en lûdo-Européen.
Nous devons examiner siiccessivement l'action de l'accent sur les voyelles, et cette action sur les consoniles.
Nous i'éservons pour une autre rubrique l'effet de l'accent sur la quantité.
pent Effet de l'accent sur les voyelles.
Cet effet consiste dans un renforcement de vocalisation dans la syllabe accentuée, dans un aâaiblissement de vocalisation dans la syllabe non accentuée.
a) Renforcement de la voyelle.
Ce renforcement doit s'étudier séparément dans deux groupes de langues V dans les langues primitives, 2^ dans les langues dérivées.
P Dans les langues primitives.
Il faut d'abord déblayer le terrain.
Nous nous trouvons ici au milieu de la grande controverse encore pendante au sujet de ce qu'on a appelé dans le Sanscrit le Guna et la VriddMy dans les langues germaniques Yablaut, ce que les Français expriment par le mot dUapophonie, et des linguistes allemands beaucoup mieux par le mot de Steigerung^ ce qui se rattache à ce que nous avons exposé en phonétique statique sous les noms ^% gradation vocalique et consonnantiquey et plus simplement àe gradation phoniqtte y ou Aq gradation.
Exposons, pour les éliminer, les systèmes mis en avant jusqu'à ce jour, et dont aucun ne nous satisfait complètement.