PREMIER SYSTÈME
Système des Exposants.
C'est celui de Bopp, de Schleicher, des créateurs de la linguistique ; c'est aussi celui des grammairiens indiens.
Notons qu'ils se pose exclusivement au point de vue des langues indo-germaniques.
Les voyelles primitives sont seulement au nombre de 4 ; a, I, u, r \m Ye ni ïo, ni les sous intermédiaires : w, ï, o, e muet n'existeraient. 11 ont pris naissance seulement par un mélange, comme certaines couleurs se forment en peinture par la combinaison de deux autres. L'a et 1'/ réunis ont donné Ye.\ Yu et l'a réunis ont donné Yo ; quant aux autres sons intermédiaires, *
ils n'existent pas en Sanscrit. Mais pour se combiner, il faut que ces sons : a et t, a et u coexistent dans la même syllabe. Or, originairement, il n'y en a qu'un. Lequel ?
C'est 1'^ c'est Yu, c'est T^, c'est l'a radical quand il est seul, qui existent originairement. Lorsque l'a coexiste avec l't, avec Vu, avec IV, avec un premier a, ce n'est qu'un intrus ^ qu'une voyelle itUroduite après coup pour pouvoir se combiner avec i, u etc. et former e, o etc. , sans qu'il apporte aucun sens propre ; il ne sert qu'à élever en se combinant avec eux 1'/, Yu etc. à la V^ puissance, qu'à élever en se combinant une seconde lois avec Ye, Yo obtenus, ceux-ci à une seconde puissance, à en faire des voyelles longues. Ce n'est, pas conséquent qu'un simple exposant. Toute syllabe avait eu originairement sa voyelle : a, I, Uy r, mais rien de plus. Pour avoir davantage il faut introduire /ac/ic^iw^w/ un a.
Si Yintroduction d'un a comme exposant renforce, ce système en conclut que YablaHon dun a forme un affaiblissement. Cette conséquence est tout à fait illogique, comme le remarque judicieusement M. Frédéric MûUer ; il n'est pas juste de conclure, comme on le fait, de ce que l'introduction d'un a factice est un renforcement que Yablation d'un a primitif est un affaiblissement. En effet en introduisant un a factice, ce que je qualifie diillégaliié, on ne s'est pas acquis le droit de suprimer un a naturel, ce qui serait d'une illégalité non seulement beaucoup plus grave mais d'un tout autre caractère.
Ce sont ces deux illégalités qui doivent faire rejeter le système, et il vient encore s'y joindre un troisième motif.
L'illégalité qui consiste à supprimer Y a primitif dans certains cas pour réduire la racine est évidente, et de plus n'est pas d'accord avec la première. Mais ce qui attaque le plus profondément le système, c'est la première illégalité qui consiste à introduire un exposant artificieL
Toute notre critique est contenue dans la justesse de cette qualification ^artificiel. Si un homme eut créé une langue volontairement, il aurait pu parfaitement convenir qu'en introduisant un a et en le combinant avec la voyelle radicale il obtiendrait tels et tels effets ; un mathématicien fait bien de même quand pour une opération algébrique il introduit des valeurs arbitraires qui aideront à obtenir la solution après s'être éliminées
dans le calcul ; mais ce qui est permis à un homme dans le raisonnement n'est pas permis à un peuple, à une langue, dans YinsHnct ; l'instinct ne peut rien introduire du dehors ; il ne peut aller que par gradation, en suivant les pentes et les traces, n'ajoutant jamais rien, modifiant toujours tout. C'est cette évolution naturelle, que le système àuguna^ ou des exposants ^ vient heurter par l'idée d'une révolution, qui a toujours été impossible.
C'est ici que se place le troisième motif qui expérimentalement arrive à la même conclusion. Si c'est l'a qui doit servir dJexposant comment se fait-il que dans beaucoup d'autres langues, ce soit, au contraire, ^ et o ? Ces autres langues auront donc encore, en raisonnement, trouvé des exposants différents ; la formation instinctive des langues n'existe plus.
D'ailleurs phonétiquement, et au point de vue de la combinaison, si a -\-i donnent : e, comment e -\' i donneront ils aussi : e\ s\u + a donnent o, et a -\' a donnent a, comment e-^-a donnerent-ils : 0% La combinaison, à son tour, devra changer totalement de règles.
Enfin, le système des exposants suppose que les voyelles : e,o ne sont pas primordiales!? Pourquoi? En Sanscrit, ce n'est pas démontré ; dans les autres langues indo-germaniques, c'est de moins en moins probable ; dans les langues Anaryennes, le contraire est démontré, car on trouve Ye et Mo partout, et dans les langues les plus anciennes ; les langues Sémitiques seules concordent sur ce point avec le Sanscrit en donnant la prédominance aux trois voyelles ; a, t\ u.
Cependant à nos critiques, au point de vue de la primordialité des voyelles, o, et e, M. Frédéric Mûller fait d'avance une réponse sérieuse. Tandis que, dit-il, les racines qui diffèrent par les trois voyelles. A, I, U, différent essentiellement de sens, celles qui ne diffèrent que par les voyelles e, ne difierent que par les nuances de signification. Cela est vrai, mais il faut remarquer 1* que la conséquence en serait conformément au 3® système ci-après, que c'est l'A qui est primitif dans ces mots, et non Vi ou Yu y compris virtuellement, que par conséquent ceuxci seraient des coefficients, non des exposants 2« qu'en se plaçant en dehors de Tindo-germanisme, on trouve beaucoup de langues qui emploient Ye et Yo pour exprimer des différences absolues des signification.