DEUXIÈME SYSTÈME
Système des semi-voyelles ou système des voyelles
sémitiques.
Nous appelons ainsi un système qui a été proposé par l'illustre linguiste, M. Frédéric Mùller, par réaction contre celui des Néo-Grammairiens ci-après exposé.
M. Frédéric Mûller adopte au fond le système du guna, mais le dépouille d'une illégalité qui Tentachait trop fortement, de celle qui consiste à supprimer l'a radical et originaire, dans certains cas, ceux où il s'agit de réduire la racine. Point n'est besoin de réduire un a radical, s'il n'existe jamais d'à radical.
Or, jamais l'a radical n'existe en Indo-Germanique. On n'en a pas d'ailleurs besoin, puisqu'on s'en passe parfaitement dans les langues Sémitiques; les voyelles essentielles, primitives, sont seulement Vu et ^^.
Ou peut-être les voyelles ne sont-elles jamais essentielles au mot, pas plus que la chair au squelette ; elles n'expriment que les nuances de pensées.
Cependant i et u expriment des différences totales de pensées ; d'ailleurs ce n'est pas comme voyelles, mais comme issues des semi-voyelles : y et m; , lesquelles ne sont en dernière analyse que des consonnes. Les langues Sémitiques les marquent bien par des lettres, tandis qu'elles ne marquent les voyelles que par des points.
Cette assimilation complète de la syllabe Indo-Oermanique à la syllabe Sémitique est très ingénieuse, et nous a un moment séduit ; l'autorité de l'illustre linguiste y était bien pour quelque chose. Vis-à-vis de k-t-b, écrire, f-r-s^ déchirer, m-w-t^ mourir, se trouvent : s, être, p-t, tomber ; sw-p, dormir ; r-j-k^ laisser. L'unité du moule linguistique devient frappante. De même que les voyelles : a, e, o des Sémites inscrites sur ces consonnes et semi-consonnes expriment les nuances, de même font-elles chez les Indo-Germains. La théorie du guna se trouve ainsi réédifiée et justifiée. Le changement de Ma sanscrit en 6 et en dans les langues européennes,vient encore à l'appui.
Enfin, M. Frédéric Mûller semble avoir répondu à notre objection reprochant à l'introduction de l'a son caractère arti-
ficiel. Plus d'introduction spéciale de Xa, Les trois seules vraies voyelles sont Ta, l'e et Xo n'exprimant jamais que des nuances, et s'introduisant tour à tour dans le moule dont les parois sont formées de consonnes, et de semi-consonnes = semi- voyelles, lesquelles consonnes ont seules mission d'exprimer les différences totales d'idées.
Voici cependant les motifs qui nous font rejeter définitivement ce système.
P M. Frédéric Mûller pour obtenir le renforcement introduit toujours, comme dans le premier système, uniquement au moins en Sanscrit la voyelle a dont e et o ne seraient que le développement hystérogène en Européen, et cela, non point comme voyelles sur des consonnes comme dans les langues Sémitiques, mais comme une voyelle sur des voyelles, ce qui est bien différent.
En effet, les semi-consonnes w, y sont devenues les voyelles : i, u lorsque la voyelle a est introduite pour former guna ; de même l'a s'introduit à côté du r considéré comme véritable voyelle ; enfin même dans l'état simple, on est bien obligé d'introduire une première voyelle a, non primitive, non exposant, mais euphonique entre les consonnes d'un groupe pour pouvoir les prononcer a-taks-ma, et c'est sur ce premier a que s'en superpose, lors du guna, un second factice.
Le rôle de cet a factice est donc bien différent de celui de la voyelle dans les langues Sémitiques ; il reste artificiel.
2P Dans les langues Sémitiques, la voyelle a ou ses nuances et e sont indépendantes l'une de l'autre ; To, par exemple, ne dérive pas de l'a, pas plus que l'e ; surtout ils ne sont pas le résultat de la superposition d'un a sur un i ou un u ; l'analogie est donc ici en défaut.
3° Vi et l'w ne devenant c et o que par le renforcement d'à, les mots renfermant e et o devraient être des nuances non de ceux qui renferment radicalement a, mais de ceux qui renferment radicalement i^\u\ or, c'est précisément dans la branche européenne le contraire qu'on suppose et qu'on établit.
4° Enfin dans notre système les semi-voyelles en Sémitique ne sont pas seulement : yod (àXwaw^ mais aussi : aleph; en indo-germanique ne sont pas seulement y et w, mais aussi : A, semi-voyelle de l'a. On ne voit donc pas pourquoi exclure
Va comme voyelle radicale, puisqu'il a aussi un représentant dans les semi-consonnes.
5° Si le système discuté rend compte, quoique inexactement, du premier guna, l'introduction de l'a ne peut pas plus que dans le premier système, expliquer la vridhi.