QUATRIÈME SYSTÈME
Système des coefficients significatifs.
M. Henry a très bien compris le défaut d'un système que d'ailleurs il embrasse avec ardeur, et a senti qu'en effet l'introduction factice des coefficients répugnait à la marche instinctive, inconsciente du langage, et qu'il ne faut pas traiter la linguistique, science naturelle, en mathématicien ; aussi dans une de ses esquisses morphologiques propose-t-il de chercher à ces coefficients une valeur significative qui, si elle était démontrée, justifierait peut-être leur admission.
« De la constatation indubitable d'un coefficient phonique dit-il, à l'hypothèse très plausible d'un coefficient significatifs
il n'y â qu'un pas ; la racine primitive a toujours été Ve pur, mais elle a donné naissance à autant de racines distinctes pecU^ peit, peut, perty penty etc., issus de la racine jp^^, qu'elle était susceptible de recevoir de coefficients, chacune de ces formes différant de la première, non-seulement par la prononciation et l'aspect extérieur, mais encore par une nuance de sens qu'il nous est impossible de définir à la distance énorme où nous sommes placés de la période proethnique. »
Ce système rapproche la constitution de la syllabe indoeuropéenne de celle de la syllabe sémitique ; dans celle-ci, en effet, le voyelle vague a ou e miiet change de même de sens, ou plutôt en fait changer le mot auquel elle s'applique suivant qu'elle prend pour coefficient : i, w, o etc. seulement alors elle disparaît elle-même, et la syllabe est toujours à l'état réduit, tandis qu'en Indo-Européen la voyelle radicale se conserve en général et, sauf dans Tétat réduit qui est exceptionnel, à côté du coefficient introduit.
Mais dans ce rapprochement, il arrive à un résultat inverse de celui qu'obtient le système de M. MûUer.
Les racines pet, peat, peut, peit expriment ainsi toutes des nuances d'une idée unique, tandis que dans le système précité les racines puB, piB et paQ =peùQ, peiQ et peaO expriment des idées radicalement différentes^ et que ce sont 7ra0, tteQ et ttoG qui expriment les nuances les unes des autres.
Cette simple contradiction suffirait pour ruiner l'un et l'autre système.
D'où viennent ces coefficients, et quel sens chacun d'eux a-til puisqu'il est significatif ?
Chaque coefficient est un infixe, et cet infixé est Vécho, Vépenthèse d'un suffixe. Le mot aurait été d'abord pet-i, peta, petu, composé de la racine joe^, et de suffixes : i, a, u ; ces suffixes comme tous les suffixes sont d'anciens mots pleins devenus mots vides, ayant eu un sens lexiologique, l'ayant perdu, et ayant acquis un emploi morphologique. Or souvent le sufflLxe, surtout vocal, passe dans la racine; peti est devenu ipeit; petu* peut etc.
Tel est le système ; il possède un vice essentiel ; il ne repose que sur une hypothèse dont on n'a même pas essayé de démontrer la réalité. Nulle part on ne retrouve ce prétendu suffixe,
donc il n'a pas existé. Mais, dit-on, il est proethnique, et perdu. C'est possible, mais tant qu'il ne sera pas retrouvé, tout système qui s'appuiera sur lui ne sera fondé que sur une hypothèse.
Du reste, ce n'est que comme telle, comme hypothétique, que son auteur a proposé cette ingénieuse explication.
Cette explication a d'ailleurs été fort utile ; elle a mis en relief le défaut principal du système précédent, en essayant de rendre naturelle une introduction de coefficient qui n'était qu'artificielle.