‹ Essai de phonétique dynamique ou historique comparéeChapitre 22 sur 49 · IM · texte numérisé non relu

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la syllabe suivante^ soit dans la syllabe envisagée^ ou bien Tétat mixte du bruil d'explosion devenant e muet. Envisageons principalement l'espèce où il y a deux syllabes /f-ye-pg; fe-wu-ge dont l'une ordinaire, l'autre commençant par une semi-voyelle. Voici la marche de l'évolution : les mots tendent à s'abréger, à se rompre par le point faible ; le point faible est ici la semivoyelle suivie de voyelle, lesquels semblent faire double emploi d'ailleurs ; le-i-pe; fe-wu-ge, puis Ve muet cède sous l'effort de Yi plus vigoureux, d'où l'élimination de l'g, l'économie d'une syllabe, d'où lï-pe ; fu-ge. C'est dans l'Indo-Germanisme et le Sémitisme l'état réduit ; c'est dans les autres langues le seul état, le résultat nécessaire de la pression des syllabes et de la loi du moindre effort.

De même lorsqu'il s'agit d'une syllabe ordinaire non suivie d'une syllabe à semi-voyelle, suivant le type p-t =pe-t. Seulement ici l'élimination de Ve n'est possible que si le ^ est suivi d'une voyelle, par exemple dans p-to, parce qu'autrement lé mot serait imprononçable.

En d'autres termes dans beaucoup de langues, dans la plupart, le seul état, à moins d'impossibilité mécanique, est l'état réduit.

L'état renforcé ne se produit que dans des langues où l'accent a une grande puissance. L'accent est l'àme du langage, c'est un signe de civilisation. Il hiérarchise les diverses parties du mot, convertit la juxtaposition en soudure. Or laccent apparaît surtout dans les langues indo-germaniques comme plus civilisées.

Quel sera son effet ici? Il prendra les mot l^-yi-pe, f^wu-ge^ pe-ô à leur état normal et combattant la loi du moindre effort il les empêchera de tomber à 1 état li-pe, fu-ge, d'un côté en soutenant Ye muet, d'autre côté en empêchant la contraction d'y*' en i, de wu en u. Mais il ne se contentera pas de cela, car il donne et doit donner à la syllabe initiale le, /%, jog, une prédominance spéciale ; cette prédominance fera que cette syllabe s'annexera la syllabe suivante yi, wu en rejetant sa partie faible i, w, et en conservant sa partie forte :y,w\ d'où les formes leype, few-ge, pet, La prédominance ne consiste pas seulement à affaiblir et à annexer les syllabes plus faibles à la syllabe principale, mais à fortifier celle-ci. Cela s'opérera en faisant passer

la voyelle du son sourd au son clair, enlevant la pédale qui Tassourdissait ; aussitôt e deviendra a, ou par équivalence é, suivant une règle que nous poserons plus loin, et Ton aura layp, fawg, pat, ou bien leyp, loyp ; fewg, fowg ; pet, pot.

Voici donc la présence de ce double degré normal et réduit dans certaines langues, et Tabsence du degré normal dans certaines autres expliquées. C'est l'accent, lorsqu'il a une force suffisante, qui maintient à 1 état normal ; sans lui, la loi du moindre effort fait tomber immédiatement à l'état réduit, à moins que mécaniquement le mot ne devienne ainsi imprononçable, et on ne se relève plus de cet état.

Cependant hâtons-nous d'ajouter que dans ces autres langues ni l'état réduit ni la loi du moindre effort, cause de cette réduction, n'ont toujours prévalu. Souvent l'état normal a été conservé, avec ou sans intervention d'un accent. C'est ce que les Allemands appellent erstarrie vocalen ; certaines syllabes se sont cristallisées dans un certain état, normal ou réduit, ou même renforcé par l'accent, et n'ont pas pu sortir de cet état. Nous verrons plus loin qu'il en a été ainsi du degré fléchi très souvent même dans les langues Indo-Germaniques.

Nous voyons dans les diphthongues stables des différentes langues un tel état. Ces diphthongues monosyllabiques résultent de la contraction originaire de deux syllabes différentes. Dans les langues dérivées, les néo-latines, cela est souvent absolument certain et prouvé : par exemple viande = vyande pour vivan-de ; lien pour lig-en (ligamen). La même cause a dû produire le même résultat antérieurement.

La clef du vocalisme indo-européen dans son état normal et son état réduit se trouverait donc dans l'observation de la vraie nature et de Y origine des diphthongues.

N'oublions pas que notre état réduit n'est pas cependant identique à celui des néo-grammairiens, qu'il consiste dans la consonne plv^ te muet, et non dans /a consonne plus la voyelle claire, mais nous viendrons bientôt à ce dernier état, et cela d'ailleurs n'importe pas pour notre théorie actuelle.

Il résulte de ce qui précède que dans l'état normal c'est la semi- voyelle qui vit avec la voyelle If-yip, que dans l'état renforcé (état normal des néo-grammairiens) c'est la semi-voyelle qui survit à la voyelle layp, qu'enfin dans l'état réduit c'est la voyelle qui survit à la semi-voyelle : lip,

Mais Tétat de voyelle et celui de semi-voyelle sont instables à cause de la nature mixte des (xmsonnantes-sonnantes . Ui tend constamment, par exemple, à redevenir y, Vu à redevenir w ; bien plus ce son qui dans son entier se compose de voyelle et de semi-voyelle yi, wu^ comme nous l'avons vu, tend à s'intégrer de nouveau à la première circonstance favorable.

Les langues dérivées qui sont d'un si précieux secours pour fournir des règles certaines et vivantes à la phonétique, les néo-latines et les néo-germaniques,nous en apportent des exemples curieux.

Il se produit en néo-latin le phénomène suivant déjà étudié. Bonum devient Imono ; cœlum devient delo. Pourquoi ? Nous l'avons dit : par équilibre mécanique. Ce que la dernière syllabe perd, la précédente doit le gagner, pour que le mot reste le même, et d'ailleurs l'accent fortifie nécessairement la syllabe brève accentuée. Nous avons là son véritable renforcement causé par l'accent. Hé bien ! ce renforcement fera reparaître la semi-voyelle qui accompagne toujours virtuellement la voyelle correspondante ; l'o appelle sa semi-voyelle w ; Ve appelle sa semi- voyelle y ; de là bwonOy cyelo (prononciation vraie rétablie) l'w, \y ne sont pas introduits arbitrairement, ils ne sont même pas introduits du tout, ce sont l'o, l'e qui se développent naturellement en wo, ye.

Ce développement est si naturel que nous voyons tous les mots russes qui commencent par e se prononcer ie ~ ye. D autre côté les mots islandais commençant par o se présentent en allemand sous la forme wo : orm^ worm ; ord, wort. Cette réapparition de la semi-voyelle à côté de sa voyelle au moyen d'un réacHf linguistique est très remarquable.

Une langue néo-germanique, l'Anglais, présente un phénomène du même genre. Sous l'empire de l'accent, Yi devient ay, Yo devient ao, Tm devient aii = eu = iu. En apparence cela semble favoriser le système de Bopp et Schleicher ; de même que le Sanscrit gune en introduisant un a, l'Anglais gunerait en introduisant la même voyelle. La réalité est autre. C'est la voyelle i qui devient y ; o qui devient o semi- voyelle ; u qui devient w. Cette conversion rend nécessaire syllabiquement avant eux l'insertion d'une voyelle quelconque. Comme la syllabe est frappée d'intensité résultant de la quantité longue, cette voyelle

ne peut être la sourde f , elle doit être claire, et devient par conséquent la voyelle claire de droit commun ; l'a. De là layfe pour life.

Telle est la vraie explication, suivant nous, du premier degré de renforcement des voyelles que les néo-grammairiens appellent état normal.

Mais comment se fait-il que la voyelle claire employée à ce renforcement par Taccent ne soit pas la même partout, que dans la branche Indienne ce soit Ta, que dans la branche Européenne ce soit Yé.

Ce point est le plus difficile dans la question du vocalisme européen. Mais il est peut-être inexactement défini ainsi. La voyelle de renforcement, la voyelle claire, est bien a en Indien, mais en Européen elle est peut-être alternativement e et o.

A cette question se joint celle connexe de savoir lequel est le plus ancien, Ya des Indiens, Ye-o des Européens? Les réponses contraires à cette question constituent une des principales divergences entre Técole linguistique ancienne et celle des néogrammairiens. Une troisième solution est possible daprès laquelle Ya indien serait parallèle à Ye-o européen, et contemporain de celui-ci.

Lorsque de la voyelle sourde on passe à la voyelle claire, il semble plus naturel de rencontrer la^ voyelle claire moyenne qui est la résultante de toutes les voyelles claires, comme le blanc est le résultat de la réunion de toutes les couleurs, c'està-dire l'a. S'il est permis de pousser plus loin cette comparaison, Ye muet devenant schewa mobile, puis schewa quiescent, c'est-à-dire silence, correspond au gris, puis au noir, cette négation des couleurs, l'a correspond au blanc, réunion de toutes les couleurs ; les couleurs séparées sont Ye, Yo, etc. De même Y h qui aboutit au simple souffle est le moindre des bruits et joue parmi les consonnes le même rôle que Ye muet parmi les voyelles.

En faisant une autre comparaison, cette fois avec la musique, on trouve que Ya correspond à la gamme du milieu d'un clavier, Ye et lï aux octaves supérieures de plus en plus aiguës, Yo et Yu aux octaves inférieures de plus en plus graves.

Ces comparaisons vont nous être utiles pour notre théorie.

Lorsque l'accent transforme la voyelle sourde en voyelle

claire, elle peut choisir parmi les voyelles claires, celle moyenne^ l'a ; elle peut, au contraire, choisir à la fois deux voyelles également distantes de la, l'une plus aiguë, l'autre plus grave, Ye et Yo ; elle ne va pas jusqu'aux extrémités ; Yi et Yu qui pourraient aussi se comprendre, parce qu'on aboutirait ainsi aux semi- voyelles, semi-voyelles qu'on possède déjà très souvent dans la syllabe, ce qui crée un besoin de dissimilation, puis parce que Yi très aigu produit un son grêle comme les notes trop élevées d'un piano, et Yu un son trop sourd comme les notes trop basses du même instrument.

Pourquoi un groupe de langues choisit-il la résultante : a, et Tautre groupe les deux composantes : e et o? On peut répondre que chaque peuple a un génie propre phonétique, comme un génie propre morphologique et psychique.

Ce qui a pu acoustiquement disposer certains peuples à substituer e -{- k a, c'est YHnstabilité et Y indétermination de cet a. Il est difficile d'obtenir exactement ce point milieu, d'avoir un a pur qui ne soit pas teinté d'e ni d'o ; l'a est déjà presque un ; l'a très bref sonne en anglais comme un e. Une oscillation, un balancement se fait donc perpétuellement dans l'a; l'e, Yo sont les points extrêmes de cette oscillation.

hHdiosyncrasie acoustique de chaque peuple, unie à Yoscil^ lat ion naturelle de Y a entrée et 0, serait donc une explication suffisante.

S'il en était ainsi, on pourrait dire que le système Indien n*est point antérieur au système Européen, qu'a ne s'est pas hystérogènement bifurqué en e et o, comme le prétendent Bopp et Schleicher, que d'autre côté le système Européen n'est point antérieur au système Indien, qu'e et o ne se sont point confondus en a, mais que la langue proethnique possédait simplement Ye muet, qu'ensuite sous l'empire de l'accent passant de la voyelle sourde à la voyelle claire cet e muet est devenu a eu Indien, alternativement e et o en Européen.

D'après quelles règles l'Européen aurait-il choisi tantôt e, tantôt ? D'abord sans doute, indifféremment. Puis il y aurait en polarisation ; Ve serait devenu plus fréquent, puis général dans certains cas, Yo dans certains autres.

M. Frédéric MûUer, au point de vue morphologique, a remarqué que les différentes formes d'un mot ont pris nais-

sance bien avant que chaque forme eût pris un emploi distinct et cet emploi distinct a souvent été donné bien plutôt par opposition de ces emplois Tan à l'autre que par leur relation avec telle ou telle idée, avec telle ou telle fonction. C'est ainsi, par exemple, que le redoublement qui s'est à la fin, quant aux verbes, cantonné dans le parfait, exista d'abord dans beaucoup de verbes au présent et qu'il fût devenu l'indice de ce dernier temps si la racine simple était devenue l'indice du parfait. Nous ajouterons cependant qu'il y avait une convenance naturelle entre l'idée du parfait et la forme du redoublement et que cette conformité a bien été pour quelque chose dans le choix. Ici même polarisation hystérogène, au point de vue phonétique, entre deux phonèmes d'abord indifféremment employés. Ordinairement l'o, voyelle plus sourde, aurait marqué moins d'insistance, Ye voyelle plus claire plus d'insistance, nous verrons plus loin la différence d'emploi.

Mais ici une objection se présente. On comprendrait cette distribution, si l'Indien n'avait possédé pour voyelle que l'a et non ïe et l'o, si au contraire l'Européen n'avait possédé que Ve et l'o et non Va ; mais point : quand il s'agit non plus des voyelles serviles, mais bien des voyelles radicales, chaque langue possède la série entière de ces voyelles.

Nous répondrons que ces voyelles sont presque toujours longues, très fixes, tandis que la voyelle issue de Ve muet, doit nécessairement être une voyelle brève, que c*est pour Va bref que naît Tindétermination de prononciation chez l'Européen.

Telle est la première explication de la divergence entre l'Indien et l'Européen. L'un-choisit la voyelle résultante, l'a ; l'autre d'abord indifféremment les deux composantes Ye et l'o, puis ce dernier choix se polarise.

Mais il est une autre explication qui reste peut-être plus plausible, et qui explique du même coup le choix alternatif de l'Européen entre Ve et l'o.

Le passage de la voyelle sourde e muet à une voyelle claire se fait sous l'empire de l'accent. Si l'accent a une moyenne force seulement, si c'est longtemps un accent libre, comme en Indien, il atteindra seulement à la voyelle claire moyenne, à l'a ; si l'accent devient à place plus fixe, s'il augmente d'inten-

site, comme dans l'Européen, il atteindra à une voyelle plus aigûe, Ya , le, cest-à-dire d'abord l'a teinté à'é, puis Yé lui même. Il n'ira pas jusqu'à Ti, parce qu alors le son deviendrait trop grêle. De là Yé européen correspondant à Ya sanscrit.

Lorsqu'on est monté à l'a en Sanscrit, à Yé en Européen dans la syllabe accentuée, il faut redescendre et redescendre jusqu'à Ye muet dans la syllabe suivante non accentuée. Le pourra-t-on d'un coup, et sans s'appuyer sur quelque échelon intermédiaire? Oui, en Indien où l'ascension a été moyenne. La syllabe suivante pourra être tout-à-coup en e muet. Non, en Européen où l'on s'est élevé beaucoup plus haut, on ne pourra redescendre aussi brusquement, et de Yé, à on ne reviendra à Ye sourd (\\i'diçrès avoir passé parle son plus grave de Yo, En d'autres termes Yo sera la décharge de Yé.

Ué se placera donc sur la syllabe accentuée, Yo de préférence sur la syllabe suivante.

Cette règle sera-t-elle absolue ? Non, car nous trouvons de nombreux exemples où Yo se place sur la syllabe qui précède celle accentuée ; cela même devient une règle dans les oxytons grecs. Au contraire, dans la syllabe accentuée se trouve toujours Ye et non Yo ; si le contraire apparaît quelquefois, c'est qu'il y a eu déplacement postérieur de l'accent. Qu'en conclure ? C'est que, de même que l'accent ne redescend que par degrés dans l'Européen, de même aussi il ne monte que par degrés, surtout dans les bisyllabes où il ne se trouve pas auparavant d'accent secondaire. Dans ces mots l'ascension brusque et non marquée de zéro au plus haut degré serait difficile ; la première syllabe doit préparer à la seconde.

On conçoit que dans l'Indien où l'ascension est moins élevée ces précautions à la montée et à la descente ne soient plus nécessaires.

Il résulte de cette seconde explication que le degré de Yo est moins fort que celui de Yé, qu'en effet Yé s'applique à la syllabe accentuée, et Yo à une non accentuée, mais seulement voisine. Comment se fait-il donc que Yo qui est et naturellement et fonctionnellement plus faible que Ye soit considéré, au contraire, par les grammairiens comme un degré supérieur d'apophonie ?

C'est ici que, au risque d'anticiper, nous voyons intervenir à

la fois l'analogie et rélément psychique. Un des cas où IV se convertit en o est celui du parfait des verbes ; Xeiîtcû, p. XeXoiira, <f€vy<ù p. netfovyoi ; binde pour bende parfait band^ bond. Pourquoi ce changement ? L'accent en est cause : Xéiir», XéXoiira; dans le premier cas la syllabe porte e parce qu'elle est accentuée, dans le second, elle porte o parce qu'elle perd l'accent et devient postérieure à celle accentuée. Mais comme le parfait plus fort psychiquement que le duratif, puisqu'il exprime une action totalement accomplie, prend l'o, on en conclut que Vo doit être plus fort que Ve dans ce cas, puis par analogie dans tous les autres. Voilà conunent Yo plus faible que Ve a été réputé plus fort ; c'est en réalité un demi-degré d'apophonie, quoiqu'il soit répute' un degré double.

Tel est l'eflfet de l'accent, soit de l'accent négatif sur la syllabe non accentuée, soit de l'accent positif d'abord sur la syllabe qui suit la syllabe accentuée et quelquefois sur celle qui la précède. Sur la syllabe non accentuée, elle réduit le vocalisme A'e muet à zéro ; sur celle qui suit l'accentuée, elle le monte d> muef à o dans la branche Européenne et le laisse à e muet dans la branche Indienne (le même résultat se produit quelquefois dans celle qui précède l'accentuée) ; sur celle accentuée enfin il élève le vocalisme à a en Indien, à ^ en Européen.

La voyelle servUe est donc régulièrement toujours la même et il n'y a en réalité qu'une seule gradation qualitative des voyelles o, e sous l'action de l'accent principal.

C'est, en effet, ce que prétend le système de M. de Saussure. Les autres gammes qualitatives ne sont qu'apparentes. Prenons, par exemple, la gamme : — d, a ; ce n'est que le résultat de la contraction — , oâ, eâ ; la voyeUe radicale est d, la voyelle servile toujours la même : schewa, o, e.

Suivant, au contraire, les autres néo-grammairiens, il n'y aurait pas de voyelle servile. La voyelle radicale s'augmenterait ou se diminuerait quantitativement suivant les cas.

Bien plus, suivant M. de Saussure, il n'y aurait pas, en Européen, du moins en réalité, de gammes quantitatives au point de vue de l'apophonie causée par l'accent principal ; elles pourraient toutes s'analyser en gammes qualitatives. Prenons la gamme o, ô, o ; c'est le résultat de la contraction suivante — o, oo, eo où l'e s'élide. Suivant les autres néo-gram-

maîriens, au contraire, pas de voyelle -servîle, mais une voyelle radicale diiférente, ayant chacune sa gamme qimnHtalhe.

Quand il n'existe pas de voyelle radicale susceptible de contraction, mais seulement une voyelle servile formant la gamme — , e, o, nous avons vu que cette gamme qucUUoHve se double d'une gamme quantitative, ê, Ô ; c'est seulement alors qu'il y a une véritable gamme qtiantitative, non résoluble en gamme qualitative contractée. Mais l'usage de cette dernière ganmie est encore un point très obscur.

Nous pensons que le système de M. de Saussure doit l'emporter ; c'est, du reste, la conséquence forcée de l'admission des voyelles seules.

Ce système paraît plausible lorsque le second élément dans le bivocalisme est une consonnante-sonnante proprement dite : f , Z, w, n, i, Uy mais semble plus singulier, et c'était le point faible de M. de Saussure, lorsque ce second élément était une voyelle non solidifiable, comme a, o, â, ô. Cette structure de la syllabe semblait étonnante stea, doo etc. La singularité disparait, lorsqu'on admet que l'opposition de la voyelle radicale est le résultat de la disparition d'une syllabe subséquente, comme nous l'avons établi.

Il nous reste, après avoir décrit les effets de l'accent principal, à décrire ceux P de \ accent secondaire, 2** du double accent. ^ L'effet de l'accent secondaire est le même en Indien et en Européen ; il est encore mal fixé : le vocalisme qui en résulte est représenté par a, plutôt signe algébrique que phonème véritable,, et qu'on traduit différemment dans les diverses langues, tantôt par /, tantôt par a bref. C'est \e de l'accent principal rendu plus grêle et traduit par i sourd, lorsque l'accent devient secondaire ; c'est l'a de l'accent principal devenant a très brrf dans le même cas : stà, stithà.

L'effet de l'accent double n'existe que dans l'Indien. C'est ici seulement qu'il y a véritable vriddhi, renforcement à la seconde puissance. Nous avons expliqué déjà que l'accent devient double quand on passe de la dérivation primaire à la dérivation secondaire, quand à un mot plein plus un mot vide on ajoute un second mot vide.

Exemples en Sanscrit : suffixe a après un autre suffixe : tâm-as-a, sombre, de/tew-o^ ; sau^bhag-a, honheur, de su^hag-^i,

heureux ; saurskraw-as \ haute renommée, de su-shrcaxHis , renommé.

Sufl^e iy après un autre suffixe, pàttrurkuts-i, pour pâurukuts-ai, descendant de Purukutsa.

Suffixe u : brôO-ar^, frère.

Suffixe ^a : pâurus-ê-ja^ arrivant parmi les hommes.

Sans doute, une confusion s'est faite souvent, le renforcement du deuxième degré se rencontre aussi dans la dérivation primaire, et l'analogie a effacé bien des différences, mais tel a été le point de départ.

Le principe est parfaitement formulé par M. Frédéric MùUer, page 512 de son Grundriss : Dte wkhtigsten der staumbUdungssuffixe sînd ; 1* — a Dasselbe erscheinf sowohl als primàresy vm auch als secundàres Suffix, Als primàre Suffix fordert es thetts die hurze, fhetls dk gesteigerte form der wurzei. a)primàr.,. h) secundàr. Alt Ind, fordert das Suffix B.gletch allen anderen Secundàrsuffixen die zweite Steigerung des ersten vocals des grundstammes .

L'accent double ne produit qu'un renforcement quantitatif, et non qualitatif. Comme il ne porte en réalité que sur l'a, il en résulte qu'il n'a qu'un seul effet, convertir à bref en à long.

On serait tenté d'établir la proportion e : o en Européen, comme a : a en Indien, l'a s'approchant fort de \o. Rien ne serait plus inexact. Les deux phénomènes n'ont rien de commun ni dans leurs causes, ni dans leurs effets. L'apophonie * : o est un effet de l'accent sur les syllabes non accentuées, mais proches de la syllabe accentuée ; cette apophonie, dans sa formule véritable et purement phonétique, n'est point e : o, mais l'inverse o : e, c'est-à-dire o<;^. L'apophonie Sanscrite a : â est le résultat de Yaccent double ; sa vraie formule est a<â, de sorte que s'il y avait une correspondance ce serait plutôt o qui correspondrait à a et ^ à â, ce qui serait contraire à l'analogie phonétique des sons, et prouve que la correspondance n'existe pas.

Le Sanscrit développe seul lapophonie a : â, et elle n'a aucun rapport avec l'apophonie Européenne. Cest ce que M. Frédéric Mùller exprime en ces termes page 458 de son Orundriss,

Es gibt eine doppelte vocalsteigerung : l^ die vocalsteigenmg

der ctsiatischen svrachen (Indisch und Irantsch). Dieselhe hesteht in dem Zusatze eines a zur wurzély 2" die vocalsteigerung der europatischen sprachen, Dieselbe hat zwet formen , die erste in dem zitsatze eines e, die zweite dagegen in dem zusatze eines a (litauisch, gotisch) oder o (griechischy lateinisch, heltisch, slavisch) zur wurzel besieht.

Dos Sanscrit hat durch abermaligen zusatze eines a zu dem bereits vorhandenen eine zweite steigerungs for m entwickelt. Dieselbe kommt in dem regel bei der secundâren wordtbiU dung in anwendung. Sie hàngt mit der vocalsteigerung der europdischen sprachen nicht zusammen.

Sous toute réserve en ce qui concerne l'idée de guna et de vriddhi que l'auteur semble émettre ici, nous nous appuyons sur la distinction parfaitement juste que fait l'illustre linguiste entre les deux apophonies.

Nous serions tenté d'aller plus loin et de dire que l'accent double a peut-être créé partout l'apophonie quantitative, tandis que l'apophonie qualitatitive est un accident propre au vocalisme européen et parfois employé à un usage tout différent.

Il nous reste à résumer notre système.

V II existe deux sortes de voyelles : V une voyelle radicale^ ordinairement longue, née d'une semi-voyelle voisine ou d'une aspiration solidaire, et indivisible avec cette semi- voyelle ou cette aspiration dont elle est développement syllabique, 2** une voyelle servile, ordinairement brève, se cantonnant le plus souvent dans la trilogie a, e, o, atteignant quelquefois pourtant les extrémités, i et w, et née du développement du bruit d'explosion, converti en e muet, qui suit chaque consonne.

2» Sous Tempire de la loi du moindre effort^ l'aspiration ou la semi-voyelle qui précède la voyelle radicale vient se confondre avec cette voyelle de la syllabe précédente, se trouve détruite, et deux syllabes se fondent en une qui alors comprend une consonne et deux voyelles, dont la première est un e muet. Mais sous Tempire de la même loi du moindre effort, Ve ne peut résister à la voyelle introduite et l'on a une consonne plus une voyelle radicale. C'est l'état de la plupart des langues qui ne possèdent pas d'apophonie.

3« Dans les langues civilisées où l'acoent exerce una grande

puissance, Yccccent empêche le muet de tomber, bien plus le relève de voyelle sourde en voyelle claire : tantôt e, tantôt a, tantôt 0, suivant des motifs que nous avons expliqués, en même temps il reconsolidifie la voyelle radicale en semi-voyelle, de sorte que la constitution syllabique devient P consonne, 2' voyelle servile graduée, 3"" semi-voyelle.

Quelquefois la semi-voyelle n existe pas, c'est quand originairement il n'y avait pas de syllabe suivante commençant par une semi- voyelle ou une aspiration.

4* L'effet différent de Taccent sur la syllabe même accentuée et celle qui la suit explique Vapophonie européenne : e-o. 5' L'effet différent de l'accent principal et de l'accent secondaire explique Yapophoniey tant européenne qa'indienne : a ou e-'à (i, à).

6" L'effet différent de l'accent simple et de l'accent double explique Vapophonie purement indienne : a-â,

7» L'effet de l'accent positif et celui de l'accent négatif expliquent Vapophonie générale : zéro — a oxjl e,

8*" L'apophonie européenne e-o, n'est graduée ainsi que d'après l'emploi grammatical qui a été fait de cette apophonie, la graduation purement phonétique véritable est : o-e.

9^ L'état réduit coïncide avec celui que les néo-grammairiens désignent comme tel, mais il n'y a point coïncidence entre notre état normal et le leur. Le nôtre consiste dans Ve muet, tandis que le leur consiste dans Vé clair. Pour nous, Vé clair est un renforcement.

Nous reconnaissons trois renforcements qualitatifs au-dessus del'e muet V à (t, à) sous Xaccent secondaire, 2° o, dans la syllabe qui suit l'accent principal. S"* é clair dans la syllabe sur laquelle porte Vaccent principal ; le second de ces renforcement étant limité à l'Européen, et un seul renforcement quantitatif : â, dans le Sanscrit, sous l'empire de Vaccent double,

10" La voyelle servile a seule des gradations et non la voyelle radicale, conformément à la théorie de M. dé Saussure, et contrairement à celle des autres néo-grammairiens.

Mais cependant la voyelle radicale a des affaiblissement que nous allons bientôt étudier.

Tel est notre système. Il repose sur l'antériorité des con-

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