‹ Essai de phonétique dynamique ou historique comparéeChapitre 24 sur 49 · DANS LES LANGUES DÉRIVÉES · texte numérisé non relu

DANS LES LANGUES DÉRIVÉES

Dans les langues dérivées l'accent renforce ou conserve les voyelles, mais l'effet s'opère autrement, et nous devons l'étudier séparément dans deux langues dont la phonétique est très compliquée, en anglais et en français (types des langues néogermaniques et des néo-latines).

Renforcement vocalique en français.

Si la syllabe est non accentuée, la voyelle latine se convertit en e muet ou tombe. Elle ne persiste que si elle précède immédiatement la tonique, mais c'est qu'alors elle est frappée d'un demi-accent ; on peut dire qu'elle est ainsi dans la position normale quant à la dérivation de langues à langues, ni renfor-

cée ni déprimée ; elle conserve le son du latin ; vestimenfum, vêtement, ornamentum, ornement. Ici Taccent, n'étant plus que secondaire, conserve seulement la voyelle radicale.

Si la syllabe est accentuée p?*incipalement^ sa voyelle ne conserve pas le son de la voyelle latine, ou plus exactement son propre son normal, à moins qu'elle rie soit suivie de deux consonnes, parce qu'alors en vertu de la loi d'équilibre de la syllabe et de compensation que nous avons établie dans la phonétique statique et aussi dans le chapitre spécial de Veffet dynamique de la syllabe sur l'accent, les deux consonnes resserrent la voyelle, l'empêchent de s'augmenter quantitativement ou qualitativement. Hors ce cas, la voyelle accentuée prend un renforcement qu'elle n'avait pas en Latin, et cela, soit qu'elle soit longue, soit qu elle soit brève, mais dans les deux cas l'accroissement qualitatif est autre. La force de l'accent a grandi en effet. L'a seul étant la plus forte des voyelles tend, en général, à garder sa tonalité ; Ve devient te si Ye était bref, oi si Ve était long ; ex. fier et avoine ; l'e long reste i, Vi bref devient oi : épi, poil ; Vo bref ou long devient eu : neuf; Vu long devient il ; Vu bref reste u ; Voe devient te ; ciel.

Pourquoi cette divergence ? Pourquoi la voyelle brève estelle traitée autrement que la voyelle longue ? Pourquoi aussi la voyelle latine ne conserve-t-elle pas sur la syllabe accentuée son intonation latine ?

L'explication de l'ensemble de ce processus est dans l'assourdissement des syllabes non accentuées qui autrefois étaient claires. Ces syllabes perdent de leur quantité ; il faut bien que cette quantité perdue se retrouve dans le mot. Sur quelle syllabe ? Naturellement sur une syllabe accentuée, les autres ne pouvant que s'affaiblir vocaliquement.

La loi de compensation dans le mot que nous avons expliquée s'e trouve ainsi un facteur, la force et la place de l'accent en est un autre, et les deux facteurs concourent.

Mais pourquoi l'effet diffère-t-il suivant que la voyelle est longue ou courte ? Pourquoi est-il plus fort si la voyelle est longue ? Par exemple, oi d'avoine est plus fort que te de fier. Parce que la voyelle étant déjà longue est susceptible de supporter dans son étendue plus de renforcement.

Les autres langues romanes admettent un principe différent,

ritalien par exemple ; ils renforcent qualitativement la voyelle brève accentuée quand la finale s'abrège, et laissent intacte la voyelle longue.

Nous avons expliqué plus haut la couleur vocalique imprimée à la brève accentuée. Quelle est l'explication de la couleur spéciale donnée à la longue ? Par exemple, pourquoi avenu devient-il avoine ? Pourquoi l'w long latin devient-il ù ? Tandis que c'est ïî bref latin qui devient oiy poil ? A chaque pas des anomalies.

Dans la plupart des langues, la longue reste invariable, même sous l'accent parce que la raison de rétablissement d'équilibre n'existe pas ; la longue peut soutenir le poids de l'accent même quand la finale est abrégée tandis que la brève ne pouvait le faire qu'en se renforçant. De même qu'en prosodie souvent Varsis allonge, de même souvent Vaccent doit allonger ou renforcer la brève qu'il frappe. Si la voyelle est longue cependant, il n'en est pas moins vrai que pour que le poids du. mot reste le même, il faut que compensation soit faite dans la première syllabe des éléments perdus par la seconde. C'est pour cela que le français augmente qualitativement la longue accentuée, et non pas seulement la brève. Seulement, cette augmentation qualitative doit être différente de celle donnée à la brève. Elle doit être plus considérable, là où elle a lieu ; elle doit plus s'éloigner du son primitif. C'est ainsi que Yoi d'avoine est plus fort que Vie de /îer, que VU de plume est plus éloigné du son primitif que Vu de loup, que Vo long devient souvent w, amour, tandis que Vo bref devient eu, œuf. Vi, au contraire, est anomalique puisqu'il donne étant bref un son oi plus lourd que le son i qu'il conserve lorsqu'il était originairement long. Mais cette anomalie est facilement explicable. Vi bref, en position, devient e d'après une règle que nous trouverons tout-à-l'heure ; il est probable que 1'/ bref non en position a dû suivre d'abord cette règle et devenir e, ensuite il aura suivi la même règle que Ve long et comme lui sera devenu oi.

Cette anomalie expliquée, on peut constater que le renforcement de la tonique brève se fait par diphthongaison avec une voyelle inférieure sur la croix vocalique ; e devient ie; a devient uo, puis eu; a quelquefois e par ae; u et i ne pouvant descendre montent et deviennent :ai=^ e-, bîbere, bevere ; de même u

devient au = o, parce qu'il ne peut descendre : gûlay gola ; le procédé est donc la diphthongaison avec une voyelle inférieure sur la croix vocalique si possible, dans le cas contraire avec une supérieure. Au contraire, parmi les langues néo-latines, le français est presque seul à renforcer la tonique longue, déjà d'elle-même assez forte, aussi \i long reste i, \a long reste a\ mais il renforce les autres en les diphthonguant avec un^ voyelle supérieure sur la croix vocalique, ainsi : ê devient o+i, Xo devient e-\'0 = eu\ \u long change de branche et devient u.

Il nous reste à expliquer ce qui se passe lorsque ces voyelles sont ÇiVipositiony soit en position latine, soit ^n position romane. Alors la voyelle latine reste intacte, même en français. Cependant la voyelle est considérée plutôt comme brève, car lorsqu'elle subit par exception un renforcement, c'est celui de la voyelle brèoe : ex. finiestra, ciento ; de même i en position est traité comme i bref et devient e. La voyelle en position est donc au fond une brève, bien plus une brève que la position rend tellement brève que Taccenl ne peut plus la renforcer très souvent.

Nous donnons d'après Diez le tableau de ces transformations.

Ital.

£sp. ]

Port. 1

Prov.

Franc. Valaque.

a,ae, e a, u

E long

oi, e e,ea

bref

ie

ie

e, ie

ie eayie

position

e, ie

e By ea

I long

bref

Cy oi e

position

By i

long

euy 0, oa, u

bref

tw

ue

o,ue.

uo eu, oa^ o, u

position

0, oa, u

U long

bref

0, ou u

position

0, ou u

De l'examen

de ce

tableau il résulte

ceci d'assez singulier.

c'est que si nous examinons

le renforcement non plus dans les

langues Européennes premières,

mais

dans les dérivées, lan-

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