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DE LA MORPHOLOGIE ET DE LA PSYCHIQUE (SYNTAXE) SUR LA PHONÉTIQUE

Nous avons étudié les actions et réactions des divers éléments phonétiques, soit en présence, soit hors présence, les uns sur les autres ; il nous reste, avant de passer à Taction du milieu, à observer celles qu'exercent sur la phonétique les autres parties de la linguistique. Ces autres parties sont la graphique, la morphologie et la psychique {syntaxe).

A. Action de la graphique sur les éléments phonétiques.

La graphique qui n'existe que quand la civilisation commence et ne se développe qu'avec elle, a pour résultat, lorsqu'elle est devenue alphabétique, de fixer les phonèmes et de les conserver, même quand l'évolution qui tend à les affaiblir et à les détruire devrait accomplir son œuvre.

Lorsque de figurative ou de symbolique elle est devenue seulement acrologique, elle tend, au contraire, à effacer la partie du mot qu'elle ne représente pas et à ne conserver que celle qu'elle figure.

Lorsqu'elle reste purement figurative, elle n'a pas d'influence sur le mot.

Etudions ses deux effets.

Lorsque la graphique s'est avancée de la figuration pure et simple à l'acrologie, elle devint acrologique de deux manières bien différentes dans l'Egyptien et dans le Chinois.

En Egyptien l'acrologie consiste, après avoir représenté graphiquement un objet par son image, à assimiler ensuite irimage au son de ce mot, puis à transporter l'image aux mots signifiant une idée différente, mais qui commencent par le même son. Si ce dernier mot se compose de plusieurs syllabes, il se trouve représenté par plusieurs images. De plus le mot qui a servi de type graphiquement peut être composé de plusieurs syllabes, dans ce cas le signe graphique qui l'exprime sera considéré comme ne s'appliquant phonétiquement qu'à la première syllabe ; d'où Vacrologie, Ici l'acrologie consiste à détacher la première syllabe du mot qui a servi de point de départ, à l'appliquer phonétiquement à l'image figurative, et à communiquer ensuite cette image fllgurative aux syllabes qui auront le même son que cette première syllabe.

En Chinois l'acrologie est au deuxième degré. Ce n est pas seulement la première syllabe du mot servant de point de départ, du mot type, qu'on détache ainsi pour donner à l'image une valeur phonétique ; on applique ensuite îimage à valeur phonétique acquise aux autres mots, non-seulement à ceux qui sonnent comme cette image, mais à ceux dont la première syllabe seule sonne comme cette image. Il y a une première acrologie au point de départ ; il y en a une seconde au point d*arrivée. «L'image ainsi employée est un caractère suggérant. Quelquefois on exprime le mot poly syllabique entier par la juxtaposition de deux symboles qui contribuent tous deux au son d'après la méthode fan-tsieh, c'est-à-dire par l'initiale de l'un et la finale de l'autre. (Voir de la Couperie, les langues de la Chine avant les Chinois, page 31).

Cette acrologie, la seconde surtout, ne reste pas sans influence sur la prononciation du mot ainsi représenté. Lorsquelle ne représenta qu'une syllabe de celui-ci, elle tendit à faire perdre les syllabes suivantes. Par exemple futsin signifie : père, en langue parlée ; dans l'écriture on le représente acrologiquement par une image représentant le son : fu. En conséquence la seconde syUabe : tsing tend à se perdre.

Cependant on remédia graphiquement à cette déperdition

causée par la graphique. Par exemple tsifu ou tshifu signifie maître. En exprimant seulement acrologiquemedt par une image prononcée tse^ tsi, la seconde syllabe allait se perdre, on l'empêche en exprimant aussi la seconde syllabe par une autre image prononcée fu.

Lorsque l'écriture fut devenue abécédaire, elle influa et influe encore sur la phonétique par l'orthographe dite étymologique. Des phonèmes perdus par le jeu régulier de l'évolution se trouvèrent conservés par l'écriture. Jusque là il n'y a que divergence entre la phonétique et la graphique. Voici où commence l'influence.

Lorsque la lecture devient très répandue, l'œil s'accoutume a trouver écrits ces phonèmes abolis dans la prononciation, et involontairement l'oreille se les figure, s'y habitue, et la parole finit par exprimer ce qui a été d'abord perçu par les yeux. C'est ainsi que les consonnes finales que la prononciation abolissait se sont trouvées souvent rétablies ; c'est ainsi encore que les liaisons sont devenues beaucoup plus fréquentes dans la prononciation actuelle.

Ainsi tantôt la graphique a détruit, tantôt elle a conservé ou rétabli des phonèmes.

B. Action de la rythmique.

La rythmique, dans les premiers âges des peuples, a eu une très grande influence qu'elle a presque entièrement perdue depuis sur la phonétique aussi bien que sur la morphologie. On peut dire que la prosodie et la métrique sont de la phonétique aflSjiée. C'est par elles qu'on résout encore aujourd'hui les questions de phonétique ancienne douteuses. Nous renvoyons, sur ce point, à notre prochaine étude sur la métrique.

De nos jours l'action de la rythmique est encore fi:appante. Elle a contribué chez nous à conserver la demi-prononciation de Ye muet désagréablement supprimé dans le parler populaire. Elle a conservé la diérèse de nombreuses voyelles que la conversation diphthongue à tort. Mais unissant son influence à celle de la graphique, elle a dans la rime pour l'œil essayé, à tort à son tour, de conserver l'effet de l'orthographe ancienne.

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