C. Action de la morphologie et de la psychique {syntaxe
La partie psychique a-t-elle agi sur la partie purement phonique du langage ?
Non d'abord. Tout ce qui est devenu fonctionnel a été d abord purement mécanique, axiome que nous ne saurions trop répéter, et sans lequel toute l'intelligence du langage serait faussée.
Oui ensuite et à certain moment, en ce sens que la psychique s'est servie des différents procédés phoniques, entièrement formés, se les est appropriés en faisant de chacun un emploi spécial.
Davantage enfin, en étendant le procédé phonique pour le feire servir à ses fins psychiques, au-delà de son domaine natunaturel, et ce, au moyen de l'analogie.
L'analogie qui lui a servi à cela n'est plus l'analogie phonétique, c'est l'analogie psychique. Lorsque le phénomène phonétique s'est trouvé par hasard à coïncider souvent avec un phénomène ou une catégorie morphologique ou psychique, la morphologie ou la psychique l'ont appliqué même lorsqu'il ne s'y trouvait pas naturellement coïncider.
L'analogie n'est pas le seul instrument au moyen duquel la psychique agit sur la phonétique ; elle agit encore par la polarisation,
La polarisation que nous avons déjà signalée en passant dans la phonétique statique est un procédé qui consiste lorsqu'un mot a pris plusieurs formes, au moyen du diacritisme, par exemple dans la métaphonie, à employer dans un sens différent chacun de ces doublets phonétiques.
Si l'analogie étend un procédé, la polarisation en restreint la signification.
Examinons successivement les divers phénomènes psychiques, et voyons l'influence que la psychologie en a tirée.
a) Phénomène de réduplication.
Nous avons vu combien fréquente la réduplication du phonème dans toutes les langues et même dans le parler enfantin et ce, dans un but de simple satisfaction phonétique.
EUe s'est trouvée coïncider souvent, lorsque psychiquément on avait à exprimer les répétitions d'une action, le nombre pluriel d'objets, ou l'insistance sur une idée. On fut frappé de la
coïncidence logique entre ce fait phonique de répéter un phonème et ce fait psychique de répéter un objet, pour signifier qu'il se trouvait plusieurs fois, ou une action pour dire qu'elle se renouvelle ou se continue.
De là la réduplication s'employa psychiquement pour exprimer :
V Le duel ou le pluriel (même graphiquement : voir l'Egyptien), 2° la répétition de l'action, 3** la perfection de l'action, 4* rintensité, 5** par contre, quelquefois le diminutif.
b) Phénomène de périphonie.
Nous avons vu que la périphonie s'est formée par exemple en allemand au pluriel par influence de la terminaison qui contenait un e ou un i sur la voyelle radicale ; or la désinence du pluriel contenait souvent cet e et agissait : mann, pluriel mànner,
La psychique étendit par analogie à la plupart des pluriels. Ainsi on n'aurait pas dû phonétiquement faire sentir au pluriel l'influence de Ye désinentiel lorsque cet e existait au singulier déjà et n'y avait produit aucun efiet.Fafer,au singulier, aurait dû rester vater au pluriel, ou bien le singulier, comme le pluriel, devenir, vàter. La psychique s'y opposa, ayant pris la périphonie comme signe caractéristique du pluriel.
3*> Phonème d^Apophonie.
Nous avons exposé plus haut en quoi consiste Tapophonie, les diverses explications qu'on en a données et son origine purement phonétique.
Mais ce phénomène après son plein développement a été saisi par la psychique qui la étendu au moyen de l'analogie hors de son domaine, et Ta fait servir à exprimer enfin ses catégories d'idées.
Examinons cette influence de la psychique sur l'apophonie, 1° dans les langues Aryennes, 2» dans les langues Anaryennes.
a) Dans les langues Aryennes.
Dans ces langues l'apophonie a servi surtout V à la dérivation, 2"^ à la formation des temps des verbes, 3® par la déclinaison thématique à la formation des cas. .
Apophonie servant à la dérivation.
Nous avons vu que la dérivation primaire monte la racine à l'état normal, que la dérivation secondaire la monte à l'état fléchi.
Souvent ce résultat ne se produit pas, il est vrai, mais c'est que le lien conservé par Taccent s est relâché, ou ne s*est pas assez serré, ou. que d'autres lois phonétiques se sont croisées.
Ici l'analogie et l'influence psychique semblent n'avoir pas agi ; car autrement ils eussent généralisé la règle.
Apophonie servant à la fleanon.
Au contraire, ici au moyen de l'analogie, Tapophonie thématique est venue à s'étendre au-delà de son domaine, et à se fixer à certains cas.
Apophonie servant à V expression des temps.
Ici le rôle de la psychique est bien plus considérable, et l'apophonie en est arrivée à devenir quelquefois le seul signe distinctif des temps.
En ce qui concerne d'abord les temps subjectifs» elle se fait sentir dans les temps composés des verbes qui reposent sur une dérivation, mieux sur une composition avec le verbe : être. C'est ainsi que le verbe : xipami, état réduit, fait au futur premier xépt-asmij état normal, en se composant avec le verbe être, et au futur second œêp-syami, au conditionnel aœepsyam avec la même composition ; de même au conditionnel axaipsam employant alors la vriddhi, degré fléchi.
De la difiërenciation par ce moyen entre le mot plein et les affixes on en est ainsi arrivé à établir la liaison par la composition avec l'auxiliaire, la racine verbale étant accentuée et gunée.
Mais on alla plus loin, quand il s'agit de la formation des temps absolus.
Nous avons indiqué ailleurs ce qu'il faut entendre par temps absolus ; ce sont ceux qui expriment le temps en prenant pour point de comparaison et de départ non le moment où l'on parle, moment tout subjectif, mais le plus ou moins complet accomplissement de l'action elle-même.
Les trois temps objectifs sont : le duratif, Taoriste dit second, le parfait dit second.
Hé bien ! entre autres moyens, ils ont été exprimés principalement au moyen dQ renforcements soit consonnantiques, soit vocaliques.
Voyons comment ces renforcements ont pu nattre d'abord pour le motif ordinaire, celui de liaison entre le mot plein et les mots vides, et passer ensuite à cet autre ordre d'idées.
L'aoriste 2^ est le point de départ ; la racine doit donc s'y trouver à son état le plus simple, sans aucun renforcement, et sans aucun affixe.
Le duratif, au contraire, pour exprimer la durée, la persistance de l'action, se joint des suflSxes de prolongement qui sont nombreux en Sanscrit . a, ya, nu, na, m, m, aya, forment autant de classes de verbes. Ce prolongement du radical peint assez bien le prolongement de l'action.
Mais alors la racine n'est plus seule, elle est suivie d'un véritable suflSxe de dérivation ; la conséquence en est que l'accent opère avec plus de force, non seulement il élève la voix sur la voyelle radicale, mais il gune cette voyelle, la renforce.
A plus forte raison le parfait qui exprime un degré de l'action plus intense, devra-t-il conserver cette gunation ainsi acquise, même quand il n'aurait pas ces suffixes de dérivation, et en effet, il ne les a pas. Il la conserve donc, mais cela ne suffit pas, et pour marquer un degré de plus dans le temps, le Sanscrit y joint le renforcement consonnantique ; ce renforcement c'est le redoublement.
Tel est le système du Sanscrit.
Il va sans dire que cet effet n'est pas toujours produit, car la différenciation ne s'est faite que peu à peu, imparfaitement, et avec des tâtonnements qui font que quelquefois le redoublement s'applique au présent, que souvent aussi au présent il n'y a pas de guna.
Le Grec va beaucoup plus loin ; le renforcement augmente pour l'expression des temps , on perd d'ailleurs de vue le point de départ, le suffixe d'allongement, cause première du guna, et le procédé devaient absolument morphologique.
Il suffit de citer trois exemples : eXiirov, XeiTroo, XeXoiTra ; eçvyov,
L'aoriste second présente la voyelle à l'état i, y, ra. Il ne
faut pas oublier que dans : ra, la voyelle a est irrationnelle, et que ra représente la voyelle sanscrite r ; le duratif renforce ces voyelles en les diphthonguant avec un e ; enfin le parfait, non content du renforcement consonnantique, du redoublement qu'il hérite du sanscrit, frappe les voyelles d'un second renforcement en diphthonguant /, -o etr avec o.
C'est donc en Grec que le système se présente plus parfait. Nous avons comparé ailleurs cette manière de marquer les temps avec Talphabet Morse : un point, un trait, un trait plus prolongé :
Pour l'aoriste ou momentané, racine pure ; pour le duratif premier renforcement; pour le parfait renforcement plus énergique.
Les langues Germaniques défigurent ce système tout en l'étendant. D'abord le momentané, l'aoriste deuxième, disparaît devant lenvahissement des temps subjectifs. Il ne reste donc plus à marquer que le duratif (le présent) et le parfait.
Mais de cela même qu'il n'y a plus d'aoriste, le duratif n'aura plus besoin de s'en différencier, et par conséquent souvent oubliera le premier degré de renforcement, ou encore le renforcement e s'affaiblira en i d'où une première perturbation.
Lorsque le momentané conservera sa marque, les voyelles radicales se renforceront au duratif par la diphthongaison avec e, comme en Grec, au parfait par celle avec a qui équivaut chez les Germains à \o grec ; d'où gothique : racine : stig^ duratif sfefgfa, parfait s^dz^r, ou bien quand le duratif a perdu sa différenciation par l'affaiblissement d'e en i racine : giba^ duratif : giba, parfait gab. Quant au redoublement du parfait, il est souvent omis et finit par disparaître ; on le trouve cependant fréquemment aussi : teka, parf. tai-tok.
Lorsque la racine a un a le parfait prend : o.
Le Haut-Allemand ancien suit les mêmes errements, seulement le redoublement disparaît.
De même le Vieux Scandinave ; racine : fara ; duratif : /er, parfait : for. Pas de redoublement non plus.
Mais ce qu'il faut remarquer, c'est que les langues germaniques perdant de vue de plus en plus le point de départ, et faisant de ce qui s'appelle exactement alors Xablauf un vaste système pour les temps, ayant d'ailleurs à leur disposition une mutation que la disparition de l'aoriste second a laissée sans emploi, en font un moyen absolument morphologique.
Va marque le parfait ; en partant de ce nouveau point de départ, elles marquent le parfait pluriel par une diflférenciation de cet a en ê, ou en â long, ou en o ou même en u sous l'influence d'une périphonie causée par la voyelle de la désinence puis ils appliquent cette différenciation au participe passé, à moins qu'ils ne différencient encore celui-ci par une nouvelle nuance, changeant Vu du parfait pluriel en o, ou en u par Teffet d'une périphonie nouvelle. De là Gothique : présent : baira pr. bera ; parf. sing. bar, plur. bêrum, part, passé baûrans ; ancien haut-allemand : présent : hilfu, parf. hcUf, pi. hiUfumês; part, passé : holfanèr ; et Islandais : inf. et racine gella ; présent : gëll, parf. gall^ plur. gullum ; part, passé gollinn.
De là le système de la conjugaison des verbes forts qui donne un cachet à la langue allemande moderne.
Le Lithuanien a suivi cette voie, en oubliant le point dé départ et marque sa conjugaison par des changements vocaliques de la même racine, trop nombreux pour être des renforcements, et qui sont simplement des changements ; on y parcourt toute la gamme des sons. Voir sur ce point notre étude sur la Catégorie des Temps.
En Albanais, Tapophonie employée à distinguer le présent du parfait est tout-à-fait remarquable : mbielh, je sème, parfait mbolha ; tmely, traire, parfait molya ; pielh, enfanter, parfait polha ; tier, filer, tora ; dyek, brûler, dyoga : ailleurs poelhas, mugir, palha ; goerças, inviter aux noces, griça ; ailleurs vriten, je suis tué ou-vrâ ; ngiheriy je suis tombé, ou-ngâ ; ailleurs enfin thres, appeler, thrita ; çes^ vendre, cita. La règle est que pour former leur parfait les verbes changent Vi ou Ye du présent en o, Yœ en a ou i, Yi en a, Yé en i.
Toute une famille de langues, celle des langues Slaves, a développé tellement le temps absolu qu'elle a fait de chacun d'eux une conjugaison entière comprenant tous les temps relatifs ; c'est ce qu'on nomme les aspects, phenonème morphologique curieux que nous avons décrit dans notre étude sur la catégorie des Temps, pages 40 et suivantes. Le Polonais compte les aspects V fréquentatif ou itératif, 2° instantané, 3** inchoatif, 4"* imparfait, 5"* parfait. Le Russe, les aspects 1** itératif, 2^ imparfait, 3° indéfini, 4® parfait d'unité, 5"* parfait de durée. Or l'expression de plusieurs de ces aspects repose sur une apophonie.
Pour former le parfait de l'imparfait tantôt on rejette une voyelle : chybiac, manquer, chyhic ; davac^ donner, dac^ tantôt on change \a radical en e, ou en o, d, ou en *, ou Tô, té en ; ohracac, ohrocic ; de plus la consonne k se change en cz^ et t en c.
b) Dans les langues Anaryennes,
Parmi ces langues celles de la famille Chamitique et de la famille Sémitique ont aussi employé Tapophonie à l'expression des temps, surtout du temps absolu ; d'autres langues l'emploient à l'expression du temps absolu se croisant partout avec le temps relatif et constituant les aspects du verbe.
En Tamascheq le duratif dérive de l'aoriste en changeant en a la voyelle de la dernière syllabe de la racine aoriste, élhem-eg, je suivis ; duratif, elkam-eg.
En Somali, dankali, galla et irob-saho, la modification est la même ; ïe, i, o, u de l'aoriste est a au duratif, mais cette modification tombe non sur la racine, mais sur le pronom personnel préfixé. Bien plus en Bilin et en Chamir, l'apophonie vocalique est accompagnée d'une apophonie consonnantique : Bilin : wâs, entendre. Présent, wâs-é-ukun^ prétérit loSS'tigun. En Irob-Saho : verbe : &a, entendre ; imparfait â'ba, j'entendais, tâ-ba, tu entendais ; parfait ô-èa, tô-ba ; subj. â'bo, td'bo. Dans d'autres verbes c'est sur la racine que porte la différenciation, et la ressemblance avec l'apophonie Indo-Européenne du parfait est plus grande : infinitif et imparfait : ama^ être mauvais, parf. uma ; agâda, ressembler, parf. igida ; dala^a, être gras, udlusa ; harafa, désirer, i-hrifa ; kahanUy aimer, ikhina ; sahata^ nuire, a-shota.
Les langues Sémitiques dérivent leur duratif de l'aoriste, en mettant une des voyelles a, u, i sur la deuxième consonne radicale, mais surtout u ; kataba, ya-kiubu ; marida^ ya^ mradu ; hasuna^ ya-hsunu. On ne choisit une de ces voyelles que par opposition à celle qui est à l'aoriste.
Les transitifs qui ont a à l'aoriste prennent, en général, u au duratif et ne conservent a que par exception, lorsque l'une des deux consonnes est gutturale. Les verbes intransitifs qui ont i à l'aoriste prennent a au duratif, et les intransitifs qui ont u ^ l'aoriste prennent au duratif u en arabe, a en hébreu. En
somme en arabe Va de Taoriste se change en u, lï en a, Vu reste u ; en hébreu seulement il devient a.
Y a-t-il bien dans ce phénonème du Chamitique et du Sémitique une véritable apophonie, c'est-à-dire un effet de l'accent ? N'y a-t-il pas là plutôt un effet de périphonie ? Nous ne Texaminons pas pour le moment. Nous constatons seulement qu'il y joue dans la formation des temps le même rôle que Tapophonie dans Tlndo-Européen.
L'Aware emploie Tapophonie pour exprimer les temps subjectifs : présent, prétérit, et futur ; verbe : me, aller ; présent unu ; prétérit, ana ; futur, ina ; rekhine, chevaucher, présent rekhuna, prétérit rekhana, futur rekkina,
L'Algonquin emploie le même système pour les modes impératif, subjonctif et participe ; a se change en iya et aya ; a en ê, e en iye, i en e, o en iyo et en we ; akhiLsin, il est malade, eyâkkusit, lui qui est malade ; œpiw^ il est là, epit^ étant là ; nvpin, cest l'été, niyepik, quand c'est Tété.
Le Kotte distingue le prétérit du présent par une apophonie : aise^ j'oublie, ûise.
Tel est l'emploi de l'apophonie apparente ou réelle dans les langues Anaryennes à l'expression des temps.
Mais ces langues appliquent aussi l'apophonie à d'autres usages.
Un des plus remarquables et des moins remarqués se trouve dans une langue ouralienne, l'Ostiake. Le voici :
L'apophonie se produit Pdans le verbe au passé derindicatif, au participe, quelquefois à l'impératif. 2* dans le substantif, lorsqu'il se joint aux suffixes possessifs. Voici dans quels termes Schiefner signale ce phénomène dans sa grammaire Ostiake, page 8 : « Die vocale des woristammes sincl in allen finnisch tatarischen sprachen keinen besonderen verànderungen unterworfen, was man auch dis einen charakteristischen zug der ganzen sprachclasse angefuhrt hat. Bine merkwiirdige ausnahme bildet in dieser hinsicht die beiden Surgut-diaiekte, in denen die stammvocale ebenso leichi veràndert werden kônnen wie in den germanischen sprachen. Dièse erscheinung ist um so mehr zu beachten, als hier nicht so sehr die kurzen vocale y die in andern verwandten sprachen bisweilen schwankendsind^ sonder n hauptsàchlich die langen stammvocole veràn^ dert werden.
Dans les cas ci-dessus P Va et Va profond se changent en w, pôm, gazon, pûmem, mon gazon ; ônk, la résine, ûnkam, ma résine ; ât. Tannée, ûdem^ mon année ; âmetten^ placer, parfait ûmdem ; nôbattqjen, couler, parfait ; nûptôjem, âgattam, cracher, ûgodem. Le participe prend la voyelle du parfait ; de même l'impératif, mais quelquefois celui-ci monte à un second degré de mutation, la racine contient un a profond, Yu du parfait se change en il, ou en ë, sombre \jànttem, coudre, prétérit jûndem. impér. jûnde.jïnde ; Srettem, partager, prêt. ûrdem, impér. iirde.
2** L'a et Xe se changent en i ; ât, la nuit ; îterriy ma nuit ; âmjo, le chien, împem, mon chien ; lêk, la trace, lîkam, ma trace. Quelquefois a ne change pas au parfait, et l'impératif prend î.
3° ose change en ii ; kôr, le four, kûrem, mon four.
Dans rirtisch, autre dialecte de TOstyak, la même apophonie a lieu, mais n'a plus le même emploi, elle sert à la dérivation : namas , Tintelligence, numem , se souvenir ; kât^ deux, kîmet, le deuxième.
Si nous observons la direction de cette apophonie, nous voyons qu'elle est inverse de celle indo-européenne. Tandis qu'en Indo-Européen u devient o, ici o devient u ; de même tandis que i devenait e, e devient i ; enfin, Tapophonie touche le branche a, o, û de la croix vocalique, mais pour la descendre, non pour la monter : ô devient û. Cette différence paraît singulière ; il n'y a pas renforcement, mais affaiblissement en passant du présent au prétérit. Il suffit, pour l'expliquer d'un mot, de recourir au grand moteur linguistiqice, à l'accent.
Ce qui fait le renforcement apophonique du parfait dans rindo-Européen^ c'est queTaccent porte sur la racine ; ce qui fait Taffaiblissement apophonique du prétérit en Ostyake, c'est que l'accent porte sur la dernière syllabe, par conséquent sur le suffixe, lorsqu'il en existe un. Delàpôm, le gazon, diminue son ô en w, lorsqull s'adjoint la désinence ^m ; pumem, mon gazon .
d) Phénomène d'harmonie vocalique.
Nous avons établi que ce phénomène est d'abord et longtemps purement phonétique , purement euphonique. Nous
avons ajouté que plus tard il devient fonctionnel, et subordonne le mot vide au mot plein. Nous n'exprimons ici de nouveau cette vérité que pour ordre.
e) Phénomène de compensation dans le mot ou de
diphthong oison.
Nous avons expliqué comment dans les langues néo-latines et dans les langues néo-germaniques lorsque la syllabe finale du mot s'abrège, cette partie du mot se compense par le renforcement par diphthongaison de la voyelle de la syllabe pénultième et nous avons cité : buono après honus^ delo après cœlum.
Il faut citer aussi parmi les verbes, en espagnol traer, qui devient traigo au présent ; negar, niego\querer^ quiero ; moriTy muero ; podir, puedo.
Ainsi la diphthongaison d'abord toute mécanique devient fonctionnelle et sert à distinguer le présent par un renforce^ ment.
Ce qui est remarquable, c'est que l'idée du renforcement s'étend du présent au parfait, et qu'un renforcement au second degré caractérise ce dernier temps. Les verbes en e qui ont te à leur présent ont î à leur parfait ; venir^ vienes, vîne ; qiLerer, quiero^ quiso ; ailleurs mx>rir, muero, murio.
Mécaniquement cela s'explique encore par l'accent.
Au parfait l'accent passe à la désinence, et par conséquent la voyelle radicale se met à l'état réduit ; à l'infinitif, la voyelle porte l'accent et est à l'état normal ; au présent cette voyelle doit se renforcer, par compensation la désinence s'abrège et passe au degré fléchi.
Mais il est très singulier que par le jeu de règles phonétiques très différentes, mais dont le résultat coïncide, on arrive presque toujours à marquer l'aoriste par un état réduit de la voyelle radicale, le duratif par un état normal, et le parfait par un état fléchi. Nous renvoyons du reste, pour une observation plus détaillée à notre étude sur la catégorie du Temps.
f ) Phénomène de la variation vocalique.
Le phénomène tout Sémitique de la variation vocalique qui
ressemble sur certains points à Tapophonie et sur certains autres à la périphonie, et pour laquelle nous proposons le nom de métaphonie, phénomène qui a sa racine en partie dans Tapophonie, en partie dans la périphonie dont elle n*est que Textension analogique, et qui en partie aussi est autonomne, est trop connu pour que nous ayons à le décrire. Tout le monde sait que dans les langues Sémitiques une seule racine peut prendre différents sens suivant qu'on garnit son squelette consonnantique de différentes voyelles.
Ce procédé dépasse du reste le Sémitisme et se retrouve dans quelques autres langues.
L'emploi de la métaphonie a lieu P dans l'expression du pluriel, 2^ dans celle des cas quoique rarement, 3*^ dans les formes des verbes, 4° surtout dans la lexiologie.
!• Expression du pluriel.
Dans les langues Indo-Européennes, en Gaélique : hard a pour pluriel : baird ; oglach, serviteur, oglaich; solus, lumière, soluis ; en Welsh, llygad, l'œil, llygaid ; llyffant, grenouille, llyffaint\ bran, corbeau, brain\ en breton, askoum, l'os. pi. eskern ; bran, le corbeau, brini; mean, pierre mein ; en Mannois : mac, fils, mec ; en Albanais : âme, vase, plur. ema ; doroa, main, plur. doùar ; thési, sac, thasœ.
Dans les langues Sémitiques : pàlaton, pi. pûalon ; apâlon^ pi. apûlon ; pâilon, pi. puihn.
Dans les langues Chamitiques. Iroh-Ssiko, agàb, péché, pi. agob ; dukân, tente, pi. dukun ; Berbère, amrar, vieillard, pi. imraren ; argâz, homme, pi. irgazen ; idh, nuit, pi. adhan.
Dans les langues Finnoises, mordwin, m^n, je pi. ndn , ton, toi, pi. tin ; Lapon, wx)n pi. mi\ wogul, am, je pi. many duel min.
En Jénisséi-Ostiake, ttp, chien, pi. tap ; ses fleuve, sas ; des, œil, pi. deas ; alship^ chien, pi. alshop ; èg, chèvre pi. ag.
En Jukagire, ttiot, je, pi. mii ; toit, toi, pi. tit.
En Dinka, rdl, ruine pi. rai ; rar, bois, pi. rôr ; nom^ tête, pi. nim.
2° Expression des cas.
Ici le phénomène s'applique rarement. On peut cependant
citer. !• en ce qui conserne les pronoms, le Nahuatl, l** pers, ni au prédicatif , wo, au possessif et n^ a l'objectif, 2*» en ce qui concerne le substantif, lè^Thusch et le Tschentschenze : bats, gazon, accusatif &i^ ; bolx^ le travail, accus, biùolx; barz, le loup, ace. bùorz ; qi, le péché, accus, qa.
3® Expression des formes et des voix des verbes.
Ce sont les langues Sémitiques qui ont fait surtout cet emploi. Il suffit de citer qatala^ il a tué, quéila, il a été tué, qStala, qattala, aqtala.
40 Emploi dans la lexiologie.
Ici le procédé devient le fondement même des langues Sémitique. On peut faire d'un substantif un verbe et réciproquement, d une action un nom d'agent ou d'instrument ou de lieu par une simple mutation vocalique.
On distingue les formes ; V *qatt, 2^ qitl, 3° qutl, 4^ qatalj y qitdl, 6° qatàl, 7° qatil, 8° qatûl, 9"" qàtil, 10° qâtal, lesquelles sont autant de formes de substantif seulement, tantôt s'employant indifféremment pour aboutir au même sens, mais tantôt aussi se cantonnant chacune dans un sens différent donné à chaque nom. C'est ce second cas qui nous occupe seul ici.
Nous nous bornons à ces exemples de fonctionnement ; les autres pbénomes phonétiques ont eu, eux aussi, un emploi de ce genre.
Ce point de départ fut mécanique, le procédé devint fonctionnel, lorsque 1 élément psychique s'en empara, et Tétendit au-delà de sa sphère par l'analogie.
Nous savons que ce point sera contesté et qu'on prétend souvent qu'en définitive tout est phonème et tout est forme, que ces éléments suffisent pour tout expliquer, et qu'aller audelà est faire de la linguistique subjective, croire à des causes finales, et à une âme hypothétique du langage, lequel n'est est réalité qu'un corps. L'élément psychique ne serait qu'un ombre.
Nous croyons que l'élément psychique n'est pas une vaine apparence, que la seule difficulté consiste à rechercher, à bien délimiter son domaine, et à ne pas l'exagérer ainsi que faisait l'ancienne école. Les fonctions cérébrales existent dans le langage, comme dans l'homme, quoique les fonctions de nutrition leur soient antérieures. L'élément psychique ne saurait créer
le langage, ni y exercer une action volontaire, mais son action involontaire et instinctive s'y fait sentir. Il étend les phénomènes phonétiques au moyen de l'analogie, et ces phénomènes deviennent alors morphologiques. Cest ce que nous avons voulu faire sentir par des exemples.
Maintenant nous avons terminé la partie de la phonétique dynamique qui contient les actions et réactions soit des diverses unités et éléments phonétiques les uns sur les autres, soit des autres parties de la linguistique sur ces unités ; il nous reste à examiner l'action qu'a exercé sur eux V le milieu avec sa triple influence du temps, du lieu et de la race, 2"* la volonté volontaire de l'homme.