DEUXIEME TITRE
L'accbnt.
II faut distinguer soigneusement I'accent du phoneme isote\ Taccent de la syilabe vis-&-vis d'une autre syilabe, ou accent syllabique, I'accent d'un mot, celui de la proposition et celui de IsLphrase, ce dernier lui*mSme tant6t obligatoire^ tantdt libre.
Dans un autre sens on distingue Taccent d'intensite dependant de la force qu*on donne k la prononciation et Taccent & elevation ou accent musical, c*est surtout ce dernier qui affecte le phoneme consid^r6 isol^ment.
Ces accents ont des emplois difflgrents ; I'accent d'^l^vation, quand il frappe le phoneme pris isol^ment, a la fonction de
differencier le sens lexiologique des mots ; Taccent d*iDtensit^ lorsqu il frappe une syllabe de prdftrence a telle autre, a un r61e surtout grammatical et morphologique ; Taccent oratoire enfin qui fait ressortir un mot dans une phrase a une fouction toute psychologique.
Ces accents sont solidaires, et dans revolution successifs ; on commence partout par I'accent d^^i^vation, puis cet accent devient peu k peu un accent dlntensit^. Cette conversion de I'accent est de nature k expliquer un certain nombre de ph^nom^nes linguistiques.
C est cette conversion de Taccent qui entratne la quantity ; tant que les deux accents restent distincts, la quantity, elle aussi, reste autonome, mais quand I'accent d*intensit6 a absorbs Taccent d'^l^vation ou vice-versa, par compensation et n*6tant plus d'ailleurs balance, il devient de plus en plus ^nergique, tellementque la quantity elle-mdme est attir^e dans sa spMre ; elle n*est pas d^truite mais approch^e.
Rien de plus int^ressant que la luUe de T accent et de la qwmtUe^ lutte dans laquelle Taccent repr^sente Tj^l^ment k tendance psychique, et la quantite Moment materiel.
En latin, Taccent d'intensit^, celui d^^l^vation, la quantity coexistent, et occupent chacun une place distincte ; I'accent diintenstte reste sur la, premiere syllabe tout d'abord, I'accent ^' elevation varie de la p^nultiSme a Tantip^nulti^me sous Tinfluence de la quantity ; la quantite enfin occupe toutes les places ; plus tard I'accent d'intensit^ est attird par I'accent d'6l6vation sur la place de celui-ci, puis I'y absorbe, enfin I'intensite et T^l^vation se changent en augmentation de quantity comme effet, tout en conservant le nom d'accent tonique.
A son tour quand I'accent ainsi confondu avec la quantity vient a s'affaiblir, ou k occuper toujours uniformement la mdme syllabe, comme en frangais, une part beaucoup plus large est faite k I'accent de la phrase, a Taccent oratoire ; cest ce qui rend la langue fran^aise plus oratoire que toutes les autres ; mais il en r^suite un appauvrissement au point de vue phon6tique proprement dit.
Mais n'anticipons pas ; ceci concerne surtout I'accent de syllabe k syllabe, ou du mot.
L'accent d'6l6vation du phondme isol^ apparait surtout dans la langue Chinoise et autres dites monosyllabiques.
L accent d'^le'vation comprend P Taccent de hauteur, 2* I'accent de direction, S*" Taccent a lafois de direction et de hauteur, ou accent double.
L'accent de hauteur comprend le bos, le moyen et XUeve, suirant le degr^ d'6l^vation par rapport au ton ordinaire:
L'accent de direction comprend le montant et le descendant.
L'accent double celui qui remonte aprSs avoir baiss^, ou qui baisse apr^s avoir mont^.
Nous devons ^tudier ces accents de plus pr6s dans les lapgues dites monosyllabiques.
Beaucoup de langues de FAfrique ont un ou deux accents chantants, mais cest dans celles de I'extrdme Orient que ces accents sont mieux constates. lis ont paru dans le Thib^tain, puis en ont disparu. II y a trois tons en Birman, dnq en Siamois et en Chinois Mandarin, six en Annamite et en Chinois dialecte de Hakka, et Ai^dans le Chinois, dialecte de Fo-kien.
Les trois accents du Birman sont le ton normal, le ton montant^ le ton descendant.
Les cinq du Siamois sont V le ton normal, 2*" le ton plus haut montant, une quarte au-dessus, 3"" le ton plus bas montant, une tierce au-dessus, 4"* le ton plus haut descendant, c'est-&-dire s'^Ievant un peu au-dessus du ton ordinaire pour retomber audessous de ce ton, 5*" le ton plus bas descendant, une quinte au dessous.
Les six de TAnnamite sont 1^ le ton normal, 2*» le ton descendant, 3** le ton bas, 4o le ton montant, 5«-6« le ton descendant, puis montant.
Le Chinois Mandarin en poss6de cinq, P le ton haut, 2* le ton bas, 3** le ton montant, 4' le ton descendant, 5" le ton brusquement interrompu, tronqu^, tronco,
Le dialecte de Hakka contient un ton de plus en subdivisant le 5*, le ton tronqu^, en ton haut et ton bas.
Le dialecte de Fo-kien, en a 8 en divisant les 4 intonations, ^gale, montante, descendante, tronqu^e, en haute et basse.
Voici les amorces de l'accent lexiologique dans les langues de I'Afrique :
L'Ibo possSde le ton haut, le ntqyen et le bas,
II en est de m6me de I'Yoruba, de I'Ewe et de TAkra.
Ces accents qui ne sont pas marques dans I'^criture de ces peuples, peuvent Y&tre dans notre transcription par un simple
num^rotage que nous proposons de placer sur chaque motsyllabe a» a, a, a etc., ou mieux encore de la mani^re suivante : le ton montant par I'accent / , le descendant par \ , le montant puis descendant par la r6union des deux A, le descendant puis montant par la r6union en sens inverse V ; I'accent de direction se trouverait ainsi exprim6 d'une mani^re saisissante k Toeil ; quant a Taccent de hauteur, il s'exprimerait par une ligne horizontale au-dessus de la pr6c6dente si ton haut, au dessous si ton has, sans expression si ton moyen, d'ou / signifierait ton ascendant du ton haut et J ton ascendant du ton bas. Quant au ton tronqu6, il s'exprimerait par une barre verticale | .
Mais chiflfres comme barres doivent 6tre mis aii-dessus et dessous des mots et non k c6t6.
La fonction de ces diflEerents tons, c'est de varier la signification des mots. Beaucoup de mots Chinois, par exemple, ont les significations les plus nombreuses et les plus diverses, d'ou r6sulte une grande confusion ; k chacun de ces sens on attache un accent different, I'obscurit^ disparait ; I'accent a une fonction lexiologique diacritique.
Mais cette fonction est-elle originelle, et I'existence de I'accent est-elle primitive ?
Non ; il est certain historiquement que les tons du Chinois se sont d6velopp6s les uns des autres ; le Chinois n'avait d'abord que deux tons, le ton 6gal dans les mots finissant par des voyelles ou des nasales, le ton tronqu6 dans les mots finissant par des consonnes ; le ton montant a apparu vers I'an 1000 apr^s J.-C. ; le descendant au milieu du troisi^me siecle, et le ton bas vers Tan 1300.
Originairement aucune de ces langues ne poss6dait des tons variant la signification des mots ; et c'est un besoin de diacritisme qui les a fait nattre. Le Chinois, ainsi que M. de Lacouperie Ta d6montr6, n'6tait point d'abord monosyllabique, il Test devenu par I'usure de ses polysyllabes ; cette usure fit que beaucoup de polysyllabes de sens tout-a-fait diffiSrents se confondirent dans un monosyllabe unique ; nous avons le m6me r6sultat en franrais : eatix, os, hauis, aux = 6s ,- sceaux, sois, seaux, sauts = so. En Chinois la d6gradation lexiologique ftit plus g6n6rale ; d'oi une grande confusion ; de plus des langues
et des dialectes cong6n6res avaient fusionn6s et Yhybrtdiie amena encore un plus grand nombre dihomopliones. C'est alors que le besoin de diacritisme cr6a les accents. Ce serait la premiere fois qu'une cr6ation morphologique ou lexiologique serait n6e directement d'un besoin psychique. Cette g^n6ration n'a pas eu lieu non plus ici a proprement parler. C'est ThybriditS qui amena des differences d'accentuation dans les mfimes mots, et ces differences une fois nSes furent utilis6es par le besoin psychique de diacritisme au moyen de la loi de compensation plion6tique dont nous parlerons.
L'accent musical existe en dehors de ces langues d'une mani^re sporadique, par exemple en Su6dois, en Croate.
L'accent lorsqu'il est montant, puis descendant, ou descendant puis remontant e^t double ; il est particuli^rement chantant.
L'accent musical ou d'6l6vation ne se borne point k frapper le phoneme isol6 ; il concourt avec l'accent d'intensit6 et la quantit6 a frapper la syllabe et k la r6unir aux autres syllabes ; nous le retrouverons done plus loin,
Enfin l'accent musical d'6l6vation a aussi pour fonction de r6unir les mots, et contribue k former l'accent oratoire, beaucoup plus que l'accent d'intensit6. .
L'accent d'6l6vation a un rapport direct avec les sentiments et les sensations ; il se fait sentir tout particuUdrement dans I'affirmation, la negation, I'interrogation et les exclamations.
Il forme en outre, avec le repos, la ponctuation parl6e.
TROISlfiME TITRE.
La QUANTiTjg ou LA dur£b du phonbmb.
Le phoneme soit vocalique, soit meme consonnantique, lorsqull est continu ou suflBsamment durable, est susceptible de dur^es diffSrentes ; pourtant on ne compte ordinairement que la quantiie des voyelles.
On ne compte aussi que deux degr6s, celui de la breve^ celui de la longue ; en realit6 il y en a trois ; la longue, la breve et la ires breve, celle-ci est representee, en frangais par Ye muet^ en russe par I'lVr doux et dur.
Toute voyelle est-elle breve ou longue originairement ? Quelle est Torigine de cette diff^renciation ? Quel en est Temploi ? Quelle difference y a-t-il entre la quantit6 du phoneme isol6 et la quantity de la syllabe enti^re ? Et d'abord quelle difference entre les trois degr6s de dur6e ?
La dur6e br^ve est celle qui est I'etalon, le m^tre des autres^ celle qu'on emploie lorsqu'il n'y a pas de signe contraire ; la longue se mesure sur la br6ve et vaut exactement le double ; la tr6s br^ve vaut inoiti6 ou un quart de br6ve ; Ve timet ne vaut qu'un quart, Ya de I'anglais had^ and, vaut environ moitie. La voyelle tr6s br^ve n'est jamais originaire ; elle nalt de I'effacement graduel de la br^ve sous Taction de Taccent tonique d'une autre syllabe.
Mais de la br^ve ou de la longue, laquelle est originaire ? Nous croyons que la voyelle radicale originaire est toujours longue, et nous prions le lecteur de se reporter sur ce point k ce que nous avons dit plus haut du vocalisme s^mitique ; les voyelles n6es des semi-voyelles et appuy6es sur celles-ci ou sur des aspirations formaient syllabes et 6taient longues. Au contraire, les voyelles serviles varient le sens et expriment des relations grammaticales, mais ne cbangent pas le sens radical du mot ; le/ashah, le damnah, le kesre^ !'«, 1'^ de Tindo-germanisme sont brefe a Torigine. lis constituent non seulement. a^ e ^i o brefs, mais aussi i et u brefs lorsque ces dernidres voyelles sont provenues par affaiblissement dV et d'o.
De la deux sortes de voyelles, les braves et les longues issues d'une origine diffferente.
Les longues dues a cette origine ont pu s'abr6ger dans la suite, mais rarement ; au contraire, les breves sont devenues longues, voici comment :
P deux voyelles d'abord s6par6es par une consonne peuvent etre devenues contigues par la chute de cette consonne ; aloi-s si ces voyelles sont identiques, elles se r^unissent dans une seule mais longue ; mdme quelquefois si elles ne sont pas identiques, elles se contractent en une longue ; «, par exemple, devient non pas e mais e.
2* une consonne, une aspiration, une voyelle suivant une autre voyelle disparaissent, alors la syllabe appauvrie r6pare sa perte en rendant longue la voyelle pr6c6dente qui 6tait br^ve,
c'est le ph^non^me de compensaHon dont nous traiterons plus loin.
3^ une voyelle est frapp6e d'accent, elle 6tait br^ve ; I'accent amplifie la voyelle de plusieurs mani^res diff^rent^s ; une de ces mani^res consiste k rendre longue la voyelle br^ve.
4'> un mot se compose de deux ou de plusieurs syllabes ; la seconde syllabe est longue, par suite de revolution linguistique cette syllabe devient br6ve ; le mot r6pare sa perte en allongeant la voyelle brdve de la premiere syllabe ; c'est un nouveau cas de conpensation, relative cette fois non a la syllabe, mais au mot entier, et que nous retrouverons.
5* Dans certaines langues seulement, une voyelle breve est suivie d'une seule consonne ; si par »uite d'accidents de revolution linguistique elle vient k 6tre suivie de deux consonnes, cette br^ve devient longue par position ; c'est ce qui a lieu en grec et en latin ; dans les langues germaniques, au contraire, le r6sultat inverse se produit, deux consonnes rendent br6ve la voyelle qui prdc^de ; nous expliquons cette contradiction apparente en traitant de la syllabe.
6* Enfin en m6trique, la br^ve devient souvent longue lorsqu'elle se trouve sous Yarsis,
A I'inverse, les voyelles longues, quelle que soit Torigine de cette quantite, peuvent devenir braves 1" par I'influence de deux consonnes suivantes dans certaines langues, 2* par I'eilet de I'accent plac6 sur une autre syllabe, 3** par la loi de la chute ou de Taffaiblissement des phonemes finaux. Sous ses influences, elles peuvent mdme devenir tr6s braves, et se convertir en
£q etablissant Torigine des deux classes de voyelles, les radicales et les serviles, nous avons en mdme temps indiqu4 leur emploi. Les langues originaires expriment les id^es ; les breves originaires, les nuances et les relations. Nous proposons de representor les premieres par A, E, I, 0, U et les autres par a, e, i, o, u. De ces dernieres il n'y a de tr^s usit^es que a, e^ 0, u et i n'etant que des affaibiissements ; e exprimera T^ de M. de Saussure et o V^ du mSme ; \a Sanscrit divise dans la branche Europeenne en e et o, mais servile^ sera represents par a ; au contraire, Xa radical se retrouvant sans changement dans toutes les langues sera represente par A. Une telle nota* tion evitera bien des malentendus.
Une des langues oii la longue imprime au mfime mot une signification tout a fait diff^rente le plus fr^quemment, c'est le Malais. La quantity y est on mode de diff^enciation totale de sens, presque aiissi puissant que la difference des tons dans les langues monosyllabiques.
Il ne faut pas confondre la quantit6 du phoneme avec la quantit6 de la syllabe, nous expliquerons celle-ci tout k Theure.
La quantit6, nous venons de le dire, est I'adversaire de I'accent, elle r6siste longtemps, mais presque partout I'accent triomphe, soit dans le langage ordinaire, soit dans le prosodique. La prosodie grecque et latine repose sur la quantit6 ; celle du n6o-grec et des langues n6o-romanes repose sur Faccent. Mais ce qu'il faut bien remarquer, c'est que quand I'accent a d6finitivement triomph6, il s'est d'abord presque toiyours convert! Iui-m6me d'accent d'6l6vation en accent d'intensit6, et que d'autre part la quantit6 se transporte a son tour ou est I'accent, et r6agit sur lui, de telle sorte qu'en fran^ais, par exemple, I'accent n'est en r6alit6 marqu6 ni par r6l6vation, ni par I'intensit6, mais par la dur6e qui y est jointe, et qui, en s'effajant quant au nom, en r6alit6 triomphe seule. Quand nous pronon- 50ns le mot fintr, nous demeurons beaucoup plus sur la syllabe nir que sur celle /S, et c'est Ik tout notre accent. C'est ainsi que notre vers alexandrin francais redevient un rers de quantity et ne diff&re plus du vers latin qu'en ce qu'il est irimdtre ou titramMre au lieu d'etre hexamdtre, et en ce que sous la thesis on pent mettre un nombre variable de syllabes.
Les articulations consonnantiques peuvent aussi 6tre Iongues ; cette longueur est sensible, quand on r6pete la m6me consonne deux fois de suite sans intervalle ; on pent la rendre alors plus sensible encore en diminuant I'intensit^ de prononciation entre les deux articulations identiques, par exemple dans assa, entre les deux s.