DE LA SYLLABE
Ici il faut distinguer comme pour le phoneme l°la consistance et la tonalite propre, 2" Yaccent, 3*^ la quantity de la syllabe.
A. CONSISTANCE ET TONALIxfi PROPRE DE LA STLLABE.
La syllabe est la premiere des unites naturelles.
C'est- une r6union de phonemes subordonn6s les uns aux autres de telle sorte qu'un seul de ces phonemes reste sonnant et que tous les autres soient et deviennent seulement consonnants ; c'est ce qui fait runit6 de la syllabe. Dans at, il y a deux syllabes, parce qu'il y a deux phonemes faisant chacun fonction de sonnantes, dans ai (prononcez ay), il y a une seule syllabe parce que a reste seul sonnant, et que % devenu la semi-voyelle y n'est plus que consonnant.
Un seul phoneme peut-il constituer une syllabe ? En d'autres termes une syllabe peut-elle se contenter d'une sonnante sans consonnantes ? Oui, en apparence et graphiquement. En r6alit6 presque jamais ; la voyelle, par exemple, est presque toujours accompagn6e soit de Vesprit doux qui est un bruit de plosion glottale, soit de Yesprit rude qui est un bruit fricatif, soit d'un bruit de souffle, et tous ces bruits sont consonnants.
Nous d6finissons done la syllabe : une unil4 phonitique qui comprend indivisiblement une sonnante et une ou plusieurs consonnantes subordonnies .
Quels sont les' phonemes qu'on ne pent employer que comme sonnants, c'est-^-dire comme dominant la syllabe et formant le centre d'attraction t Quels sont ceux qu'on ne pent employer que consonnants? Quels enfin ceux qui peuvent jouer alteraativement les deux r61es t Ce point essentiel a 6t6 mis en lumiere seulement par la science moderne.
Cependant il avait toujours 6t6 consid6r6 comme essentiel, et c'est en raison de ce point que s'6tait faite la distinction classique en toy elks et en consonnes, distinction qu'il faut maintenant rejcfter.
Dans la doctrine ancienne, les voyelles proprement dites, c est-^-dire orales ou orales-nasales pouvaient seules jouer le r61e de sonnantes, et ne jouaient jamais que celui-14 ; les articulations, au contraire, appel6es consonnes,ne pouvaient jouer que le r61e de consonnantes.
La science moderne distingue, au contraire, V \es sonnantes , 2** les consonnantes, 3" les consonnantes sonnantes qui remplissent alternativement les deux r61es. Dans cette demi^re classe
sont ranges : f^^n.n, ^g^ r, I qui deviendraient m, n, ng, r, /, et r6ciproquement, 4<» les semi-voyelles y, w qui ne sont que des sonnantes devenues consonnantes, et pour lesquels M. Brugmana a introduit pour ce motif tr^ logiquement la notation t, i^.
Plus exactement il faut distinguer V les phonemes syllabiques : a, e. 0, 2* les phonemes asyllabiques : Pt b, t, d^ k, g, 3'^ les phonemes altemalivement syUabiqties et asyllabiques, asyllabiques dans la notation m, n, ng, r, I, |, ^, syllabiques dans la notation ^, », ^, r, /, t\ u. Remarquons seulement qu'il est illogique que le petit signe o mis sous la voyelle d6signe tant6t le st/Uabisme, taxitbtYasyllabisme. II serait pr6fiferable de lui donner une signification uniforme. Nous proposerions done de noter dans la fonction asyllabique m, n, ng, r, i, *, u, et dans la fonction syllabique ^, «, i^g, r, ^, |, u. On supprime avec raison le w trop rapproch6 de v comme signe, et surtout Vj ou y. La semi- voyelle 6tant representee tantdt par I'un tantdt par Tautre de ces deux caract^res, cela amtoe une grande confusion. Cependant, au point de vue pratique, il est utile de maintenir la notation dV et d'u syllabiques sans addition d'aucun signe par i et u et de r6server le signe o pour I et u semi-voyelles, Vi et Yu voyelles et sonnantes 6tant plus frequents que i et u consonnants.
Il faut aj outer aux alternatifs ci-dessus Yaniisfvara que nous proposons de noter par un petit n au-dessus et k c6t6 : a^, et In lourd des langues du Congo qu'on pourrait noter n, pour indiquer la fermeture de la bouche. Nous avons d6j4 parl6, de la nasale iourde de la langue du Congo. C'est une nasale que M. Bentley d6crit ainsi page 519 de sa grammaire : « The third kind are the heavy nasals, which are pronounced by keeping the lips closed, and continuing the nasal sound longer than in ordinary speaking, n Elle joue un grand r61e dans cette langue. C'est une nasale sans explosion orale, mais ayant une plosion. C'est une nasale semi- voyelle. On pourrait Texprimer par n,
Les nasales m, n, et les phonemes r /, au point de vue syllabique, ne prennent que de deux fonctions enti^rement Tune ou entierement Tautre ; nous avons vu, cependant, qu*au point de vue de la production physiologique, ils comportent trois degr^s, qu'ils figurent parmi les voyelles, parmi les semi-voyelles et
parmi les articulations coneonnantiques. Pourquoi cette divergence ? A quoi correspond syllabiquement, la situation phon6tique de semi-voyelle ? Lorsqu'on prononce y, w, il y a 4 la fois un son et un bruit, le son venant de la prononciation de la voyelle i par la vibration de la glotte et la disposition sp^ciale de r^sonnance du canal buccal ou la langue approche de pres le palais pour mouler la voyelle, le bruit venant de ce qu on n*a pu mouler ainsi sans que le souffle appuie de maniSre k articuler ; k mesure que le r^tr^issement devient plus fort et qu^il passe plus de souffle, le bruit augmente de mani^re k ^galer le son^ ce qui donue la semi-voyelle, puis le son diminue, et on a la consonne sonore, puis il s*^teint et on a la consonne muette.
Syllabiquement ces gradations ne sont plus possibles ; le phoneme pent former seul une syllabe, ou ne peut pas la former, il n y a pas de milieu ; cependant le degr^ interm^diaire existe encore en ce sens que la voyelle devenant consonnantique, ou la consonne sonnante devenant voyelle, peut former encore la syllabe avec Tadjonction d'une voyelle tr^s faible, par exemple d*un e muet.
II y a done, en r^alit^, au point de une syllabique !• le degr^ de consonnante, 2^ le degr6 de sonnante avec une voyelle trds faible, 3^ le degr^ de sonnante. Mais cette division tripartite n'estpas pratique, le passage de consonnantismeau sonnantisme n'^tant pas imperceptible, comme celui du moulage de la voyelle k I'articulation de la consonne fricative.
Nous avons laiss^ de cdt^ dans notre classification des phonemes en syllabiques, asyllabiques et alternatifs, les suivants : «, jj, 5, J, X, 7. en un mot les fricatifs. Sont-ils toujours asyllabiques comme les plosifs ? Nous ne le croyons pas. D*abord le X* par sa sonore / approche de trds pr^s Ty » i • En r^alit^ c est le phoneme x qui est de syliabisme alternatif. Degr6 asyllabique X^ /, degr^ syllabique : t, degr^ d'asyllabisme devenant syllabique : y k mesure que Yy se d^tache du yi pour arriver k Yi. Quand on va au fond des choses, c*est done la s^rie x^ /> y^ ^ qui est de syliabisme alternant.
Passons aux autres continues : «, z. Pourquoi Tanalogie ne serait-eile pas suivie et n y aurait-il pas un passage de s par la sonore z k quelque voyelle ? sz devient syllabique en Chinois,
cela est incontest^. Quelle est la vojelle a laquelle on parvient ?
Ceci est un point important. Si on ne consulte que la th^orie pure ou plus exactement la logique de la th^orie en dehors de toute demonstration pratique, on pent conclure de ce que la s6rie des fricatives x*» /» y» ^ parvient k une voyelle i par rinterm^diaire d*une semi-voyelle, de ce que la s^rie des fricatives /*, V, w, u, ou plus exactement w, consonne tenue, u consonne sonore,t^ semi -voyelle et u voyelle parcourent un chemin parall^le, k ce qu'il doit en dtre de mdme de la Si^ie 6, i, % ?. ou 5, z, ?, ?.
Si Ton observe les faits de la linguistique historique, on en trouve deux qui nous mettent sur le chemin de la v6rite, P le sz Chinois, 2* le ;3: indo europ^en.
Avant de les examiner, posons le principe suivant.
La definition du syllabisme d'un phoneme est qu il puisse former k lui seul une syllabe, ou au moins devenir le centre, le point d'appui dans une syllabe ; cela seul est Tessentiel. II n est point n^cessaire que ce phondme de bruit qu*il est ou de bruit meU de son (la sonore) puisse devenir un son. En d*autre termes, une consonne pent se vocaliser au point de vue syllabique, sans en mdme temps se vocaliser au point de vue acoustique, c'est-&-dire de bruit devenir son .
dependant pratiquement, ces deux efforts sans dtre absolument lies, se rencontrent d*ordinaire ensemble, et on est beaucoup plus stir du syllabisme d*un phoneme, quand ce phoneme pent se resoudre en une voyelle. C*est ainsi que nous verrons un peu plus loin les phondmes n, m, ng, r, { se r^soudre non seulement dans les voyelles n, m, nf , r, {, ce qui soffirait, mais passant de la serie des voyelles nasales en celle des voyelles buccales se r^soudre definitivement en a, e ou t.
Observons maintenant d'abord le sz, dz, Chinois.
Notons, en commen^ant qu*& c6te du ^f , voyelle consonne, le Chinois, comme Tinde germanique possede le ^^ et le ^, avec ce double caractdre.
Quelle en la prononciation du ^f , f Chinois ?
Voici ce qu'en dit Lepsius dans son Standard Alphabet^ page 234 : « The vowel which we had formerly proposed to write ^ according to the pronunciation of M. Guzlaff, whom we
consulted about it seems to be derived in the Chinese system of sounds from the vowel u ; but it is pronounced entirely like the Slavonic hard i. The Russian missionaries represent it therefore by their i and we have to render it consequently by J. It occurs only in the words si and tsl.
Edkins, dans sa Grammaire de la langue Mandarine^ page 3, repr^sente ce son par t, et lui donne la valeur de Ye muet dans tassel et ample. ,
Dans son dvangile de Saint-Matthieu en dialecte Hakka, T. Lechler dit « m xmd^ sind die entsprechenden Consonanten mit inharirendem dumpfen aber silbebildenden vocal. »
Dans la preface de son ^vangiie de Saint-Jean en dialecte de Shang-Hai le Rev. James Summers dit : « There is a peculiar vowel sound written Isz^ dz°^. This is pronounced only in part. Rule : place the lips in the position required for producing the vowel u or oo, then pronounce the ts and dz without moving the lips, but do not pronunciate the vowel sound. »
Edkins dans sa grammaire de Shang-Hai' dit : a sz, a, peculiar Chinese sibilant, as se in castle, whistle^ the I being supposed omitted ; tsz a preculiar sound., as ts in fiats. »
Le Docteur J. Eitel dans son Cantonese dictionnaryy page XIII : sz will be obtained if in pronouncing the word dizzy the two letters di be changed to s. Tsz and sz are unknown to Europeans. »
Le Docteur Wells Williams dans son Syllabic dictionnary^ page XX : <isz\ tz\ a peculiar sibilant » (mdme solution que cette d'Eitei) et page XXIII, il donne 4 formes : « sz tsz", dz" zz' avec la remarque suivante : « The first two are common in Mandarin and Canton, but all are entirely unheard between Swatow and Fuh chan. The last two are heard mostly at Shangai and the regions of Kiangsu and Chehkiang. »
Enfin E. Colborne Baber, le consul et c6l6bre voyageur en Chine, qui a prSt6 une attention toute particuli^re i ce point, pretend qull suffit de prononcer sz et tsTi sans voyelle et en prolongeant tout simplement le souffle, et que n'importe quel symbole vocalique serait arbitraire.
II r^sulte de ces citations qu'incontestablement le s^ z devient voyelle, en ce sens 1^ que sa prononciation pent se prolonger de manidre k devenir syllabique, 2^ que sur la question de
savoir si le §, f peut se liqu^fier en une voyelle ou non, il y a divergence, mais que si cette liquefaction a lieu elie se fait en i russe, i sombre.
Passons au f indo-europ^en .
C*est Thurneysen qui a signals le premier la possibility de ce f , et tout de suite il cherche k le prouver non seulement au point de vue syllabique, mais au point de vue acoustique luimdme. Le f , conform^ment au crit6rium que nous avons indiqu^ tout k rheure, se convertirait en une voyelle de droit commun , g^n^ralement i , quelquefois ti, et cette compression possible du f en i, u serait pr^cis^ment la preuve de son existence, ce serait le r6actif au moyen duquel on peut le faire apparaitre.
Voici les exemples qu*il donne :
Le Sanscrit, edhi suppose un indo-europ4en esdhi ; devant les sonores 1'^ indo-europ6en passe au z ; la forme faible de la racine qui donne k la forme forte ezdhi sera done ^dhi par un z vocalique.
Le grec iOv<, correspondant au Sanscrit sddhus suppose un indo-europ^n ^dhtis; xpi»» Sanscrit, harsati, latin : friare, suppose, ghr^d; xpcftp, v. h, a., gersta suppose ghrfdha ; Tpl6«, latin trivij goth. thriskan^ suppose tr^go ; x^^*^^^ ^^* 'xf^^^ Sanscrit hdsram suppose gh^liys.
Le mdme f se retrouverait dans 9pi7ci>, frigere ; fxvSos zend mazdd ; juivpiot lat. millia.
On peut dMuire de ces exemples que f serait represents en grec par % (apr^s labiale ii) en latin par f, en d^autres termes deviendrait cette voyelle i, tout comme le x* 7* V* ^^^ P^ devenir aussi un t .
Rapprochons maintenant ce qui se produit en indo-europSen du phenom^ne analogue du Chinois. Nous y verrons que le 5f , f est une voyelle au point de vue syllabiqiie, et qu'il peut mdme au point de vue acoustique se comprimer et se rSsoudre en une voyelle de droit commun. Cette voyelle est en europSen un i avec tendance k devenir u, ie ; en Chinois, ce serait Yi sombre russe... En somme c*est une des deux voyelies intermediaires entre i et u, soit 1 u, soit V'i sombre
On aurait I'echelle suivante de vocalisation pour les fricatives-continues.
s, z, f , u oti i sombre
II faut aller plus loin : le x^ conduit de la mdme fa^on k Ya par Valeph ; on a :
XS y, a/€!pA, a.
Done toutes les continues se resolvent en toutes les voyelles, non seulement au point de vue sjllabique, mais aussi au point de Yue acoustique.
Le passage des continues aux voyelles orales se faisait ainsi, aussi bien au point de vue syllabique qu*au point de vue phon^tique, de toutes les continues aux voyelles orales.
En effet, ces continues, si on les rend de plus en plus continues, si on les prolonge, prennent de plus en plus une valeur syllabique, de mdme qu*au point de vue phon^tique si I'articulation s*affaiblissant passe a une simple disposition de moulage du souffle, elle devient aussi voyelle.
II rCy aurait plus de distinction radicale entre voyelle et consonne, entre syllabisme et asyllabisme. On passerait par transitions des consonnes continues ou fricatives aux voyelles orales.
On passerait de mdme, comme nous I'avons vu, de r voyelle k r semi-voyelle, k r consonne sonore, k r consonne muette ; de mdme pour I :
On passerait ainsi de toutes les consonnes vibrantes aux voyelles k r^sonnance vibrante.
Enfin, et ce qui est tout-^-fait remarquable, on passerait aussi bien au point de vue syllabique qu'au point de vue purement -phon^tique, de la plosive elle-mdme k la voyelle par Tintermddiaire de la ^lasale.
En effet t plosive devient d, devient n consonne, devient h semi-voyelle, devient n, voyelle et syllabique, avec r^sonnance spdciale.
p plosif devient &, b devient m consonne, puis fh semivoyelle, puis 7^, voyelle,
k plosif devient g, g devient ng consonne, puis hg semivoydle, puis ng^ voyelle.
Nous nous r^sumons dans les rdgles d*^volution suivantes :
p,<, A,oules plosives, deviennentsuccessivement&,c{, p, puis
^f ^> ^ff^ puis ^^ n, f}g, soit les voyelles 4r^sonnance nasale.
«?, coDsonne, Sy x'* ou les fricatives, deviennent successivement w sonore, z^ /; puis fb semi-voyelle, z semi-vojelle, y ; puis u, i russe, i , voyelles orales ; x* devient-il /, puis aleph^ puis a ; soit les voyelles k r^sonnance orale.
r, I consonnes deviennent les mdmes semi-voyelles e, % puis r» i' voyelles, soit les voyelles k r6sonnance vibrante.
Mais il faut aller plus loin encore.
Les voyelles de la sdrie nasale, et celles de la s^rie vibrante, m. n, ng, ^, ^ ne restent pas k ce point, elles finissent par se convertir en voyelles orales ordinaires.
Les voyelles nasales m, n, ng deviennent d'abord des voyelles naso-buccaleSy les sons : an, en, on, un du frangais, du polonais et du pal^oslave, puis d^g^n^rent, comme en russe, par exemple, en u, ou en a. En grec Tm de I'accusatif devient a ; en russe Yan^ on du slavon devient u.
II en est de mdme des voyelles buccales r, i, qui se resolvent en a;, ^ et surtout e muet.
Gette perturbation tr^s grande a 6t6 causae dans le vocalisme indo-europ6en par cette lente reduction des voyelles de s^rie nasale, ou de s^rie tremblante, en voyelles de la s^rie orale ordinaire.
D^autre cdt6, nous venons de voir que les plosives p, <, k, en se nasalisant en m, n, ng, devenaient ainsi voyelles. Mais cette transition n*est m6me pas indispensable, au point de vue syllabique.
A ce point de vue special, il suffit qu une consonne quelconque, mdme une momentan4e ou plosive, soit enferm^e entre deux autres consonnes ou pr^c^d^e ou suivie de voyelles dans la mdme syllabe, pour que la consonne m^diane devienne syUahiqtie, et joue dans cette mesure le rdle forc^ de voyelle. Les exemples en sont nombreux dans les langues slaves, surtout en Tch^que et en Serbe, ou les accumulations de consonnes sont fr^quentes. Mais la vocalisation n'a lieu alors seulement qu'au point de vue syllabique.
A ce point de vue, il n'existe done plus aucune barri^re entre les anciennes voyelles et les anciennes consonnes.
Tel est le syUabisme dans son essence.
Lorsqu*on a obtenu deux phonemes Tun en fonction syllabi-
que, Taulre en fonction asyllabique, il suffit de les joindre pour avoir une syllabe.
Mais peut-on les placer indifft^remment dans n*importe quel ordre ?
Oui, au moins en apparence, si le phondme asyllabique qui pr^6de la syllabe est ouverte ; si le phoneme syllabique pr6c^de, la syllabe est au contraire ferm^e.
Les lois de la syllabe ouverte et celles de la syllabe ferm^e sont dii!6rentes, comme nous le verrons dans la phon^tique dynamique. Disons tout de suite que la syllabe ferm6e a une tendance k rendre href son phoneme syllabique, et que la syllabe ouverte a, au contraire, une tendance k Yallonger.
D'autre c6t6,la syllabe, suivant quelle est ouverte ou ferm^e, agit sur la nature de son phoneme asyllabique ; s'il est plosif, la syllabe ouverte le rend explosif, la syllabe ferniie le rend occlusif. Nous Savons, en effet, que le phoneme plosif se compose de trois temps, celui de percussion ou dUmplosiony celui de repos, celui d'exploston^ mais aussi que quelquefois certains de ces temps sont supprim^s. Si le phoneme plosif s'appuie sur un phoneme syllabique qui lepricddCj il n'aplus besoin dimplosion ; si, au contraire, il s*appuie sur un phoneme syllabique qui le suit, il rCa plus besoin deocplosion,
Ce n'est qu'en apparence que Tun ou Tautre de ces ordres peut 6tre employ^ ; en r6alit6 la syllabe est toujours ouverte, et lorsque par les accidents de r6volution, elle est devenue ferm^e, elle tend toujours k redevenir ouverte par la chute des phonemes qui la terminent. Nous verrons plus loin dans I'dtude du mot comment chaque langue a traits d'une manidre particuli^re le commencement et la fin de chaque mot qu*elle a consid6r6, en le faisant ainsi, comme une syllabe ; ce serait nous r^p^ter inutilement de le dire maintenant quant k la syllabe seule. Mais nous signalons la tendance et le principe qui sont identiques dans les deux cas.
La syllabe dans les syllabaires, par exemple dans le syllabaire japonais, est une syllabe ouverte, et de mdme dans I'^criture sanscrite, dans I'arabe, la syllabe est ouverte, la consonne implique toujours une voyelle qui la suit, k moins qu'on n'indique le contraire, en Sanscrit en superposant deux lettres, en arabe en annulant la voyelle par un schewa muet.
D'une manidre plus g^n^rale, la plupart des langues se refusent obstiii^meat k fermer une sjllabe par deux cousonnes, et r^pugnent mSme k la fermer par une seule consonne ; cette consonne n'est souvent conserv^e qu'^tjmologiquement et par r^criture, et tombe dans la prononciation. C'est ce qu'on observe tr&s bien en frangais ou la mort, par exemple, se prononce la mor ; dans le langage absolument naturel et ^volutionniste, celui des paysans, on va plus loin : la mort se prononce la m6.
Cependant une consonne^ souvent mSme deux ou trois consonnes, peuvent s'introduire apr^s la voyelle syllabique et fermer la syllabe, mais c'est le rdsultat hyst^rog^ne de Yicrasement de plusieurs syllabes dont chacune s*e8t r^duite k un phoneme consonnantique ; c'est ainsi que su-nu-sa est devenu sohn » son en une seule syllabe ferm^e, remplagant la syllabe ouverte original re : su, Mais bientdt Tinstinct reprend le dessus, c*est ainsi que fi-li-us devient fils, puis se prononce fis, puis se reprononce fi.
Quelques langues, cependant, par exemple I'allemand moderne, admettent parfaitement les accumulations de consonuantes, n^es des debris de syllabes.
La formule de la syllabe est done th^oriquement, originairement et instinctivement, consonnante + sonnante, soit syllabe ouverte ; elle est aussi, quoique moins fr^quemment sonnante + consonnante, soit syllabe fermie ; elle est accidentellement consonnante 4" sonnante + consonnante.
La syllabe ouverte se compose d'une consonnante, elle peut cependant se composer de deux ou de trois : spri-ngen^ mais cela est tres rare ; si les deux consonnantes peuvent former une seule diphthongue consonnantique parfaite, cela est plus frequent, par exemple quand une des deux consonnes est liquide ou mdme fricative; dans les cas coutraires cela est rare. Quelques langues, celles de TOc^anie, le Chinois, r^pugnent absolument k faire se suivre deux consonnes, mdme au commencement de la syllabe.
Tel est I'ordre intdrieur de la syllabe. Quelle en esl la limite ? Quelles en sont les divisions ?
La syllabe est une unite hiirarchique ; elle renferme une sonnante, et ne peut en renfermer qu'une seule. Prenons un
mot poljsyllabique et pour savoir combien il a de syllabes comptons les sonnantes faisant fonction de sonnantes, nous auroDS autant de syllabes.
Mais la difficult^ reside en ce que les sonnantes peuvent faire fonction de consonnantes, et les consonnantes de sonnantes , le calcul ci-dessus ne su£Sra done plus. Quand deux sonnantes se rencontrent, presque toujours I'une fait fonction deconsonnante. Laquelle ? Celle qui a le son extreme, en d'autres termes : celle qui peut le mieux se semi-vocaliser. En consequence dans ai^ c'est a qui sera sonnante, et i consonnante ; de mdme dans ia qui devient ya. Si trois sonnantes par nature se joignent par exemple iai, aia, on suivra la mdme r^gle ; toi ne fait qu'une sjllabe parce que a, phoneme plus fort, est au milieu, et sera entour^ de deux consonnantes : yay ; aia formera deux syllabes pour que i phoneme plus faible est au milieu et devient semivoyelle : a-ya ou «y-a.
II ne restera done plus jamais deux sonnantes en fonction comme telles et contigues ; pour diviser les syllabes on accorderad chaque sonnante, centrale et point d'attraction, la consonnante qui la pr^cdde et celle qui la suit ; ou lui accordera en plus les autres consonnantes que la mSme r^gle n^aura pu faire attribuer k une autre syllabe ; c est en vertu de ces principes qu'on syllabisera damp fen, ainsi ddm-p-fen,
Mais k laquelle des deux syllabes attribuer le p qui est au milieu ?
Par le savoir il faut employer encore et pour les consonnantes le principe que nous venons d'appliquer aux sonnantes. Parmi les sonnantes, la plus sonnante, celle qui forme le noyau de la syllabe, c*est celle qui sera la plus 6\oign6e des consonnantes, celle qui pourra le plus difficilement se semivocaliser ; k I'inverse, parmi les consonnantes, celle qui formera Textr^mite de la syllabe sera celle qui sera la plus eloign^e des sonnantes, qui pourra le plus difficilement se semivocaliser, et avec le moins de dur^e. La plosive simple terminera done la syllabe plus naturellement que la nasale ou la fricative ; on devra done syllaber : damp-fen, si tant est que le p ne s*dteigne pas dans la prononciation ici k cause de sa parent6 avec I'm.
C'est ce que les phon^tistes appellent la syllabe de son:schaH-
fuUesylbe, par opposition k celle que nous d^crivions tout k I'heure comme fraction de syllabe et qui est Vexpirations sylhe.
Le cas est plus embrassant s'il se trouve entre les deux syllabes une seule consonne comme dans les mots : hating^ losing, en fran^ais orage^ en allemand lesen ; k laquelle des deux syllabes appartient la consonne interm6diaire ? L'^tymologie ne doit pas foumir la solution, cette solution doit 6tre toute phon^tique. Si la lettre est redoublde et si ce redoublement se fait sentir dans la prononciation comme dans T^criture, la 1*"^ consonne entre dans la 1*^ syllabe, la 2** dans le 2® ; mais quid si la consonne est simple ? Dans la plupart des langues, surtout apr^s une voyelle longue, la consonne appartient k la seconde syllabe : ha-hey see-ley ha-ting; dans le cas contraire, elle semble appartenir aux deux, de sorte qu'il y aurait une seule syllabe au point de vt^ toniquey deux seulement au point de vue de Veaspiraiion, II nous semble qu*en vertu de la r6gle de predominance de la syllabe ouverte sur la syllabe ferm^e, la consonne doit appartenir toujours a la 2® syllabe.
La syllabe n*a pas seulement ses limites, mais aussi ses divisions et ses annexes.
La voy^Ue a est une des syllabes les plus simples, et pent cependant se fractionner ; il suffit de tenir longtemps l!a, en diminuant le souffle au milieu par un descrescendo suivi de crescendo ; il en resulte un d^doublement de syllabe, une fraction de syllabe expiratoirCy due aux variations de la force d'expiration, ou si Ton prdf^re, une syllabe nouvelle non plus de son, mais d'expiration ; expirationssylbe ou drucksylbe. Dans a par exemple = aa, le souffle en diminuant puis en augmentant pent faire deux syllabes.
Les annexes de la syllabe sont les syllabes accessoires ; dans kptty par exemple, la seule sonnante est a et par consequent il n'y a qu'une syllabe enti^re ; mais on ne pent passer du k au j3, sans intercaler la voyelle indistincte. Ye muety le k seul formera done une fraction, environ un quart de syllabe ; cela est si vrai que nous le verrons quelquefois se ddvelopper en syllabe enti^re kepa ou kapa. C'est le phenom^ne anaptyctiqne.
Enfin la syllabe est susceptible de naissance. Qne syllabe, par reduplication peut en enfanter une autre, phenomene fr^-
quent en grammaire, mais nous croyons plutdt que la reduplication syllabique est un d6bris de la reduplication du mot entier, et k ce tilre nous ne nous en occuperons qu un peu plus tard . La syllabe peut aussi envoyer un de ses phonemes vocaliques dans une autre syllabe au moyen de Tinfection vocalique et de I'^penthese ; le detail appartient a la phon^tique dynamique.
Nous venons de d6crire la veritable cellule linguistique primitive, la syllabe, dans sa consistance, ses parties essentielles, sa tonalite ; il nous reste a d^crire son ^accent propre et sa quantity propre.
B) Db l*accbnt syllabique.
Nous avons, en parlant des phonemes, d^crit Taccent d*ei6vation lequel a pour r^sultat d'6lever ou d*abaisser tel ou tel phoneme vocalique dans une syllabe, non pas plus ou moins que tel autre phoneme vocalique de la mSme syllabe, puisque chaque syllabe n'en comporte qu*un, mais ou plus ou moins que la hauteur normale prise poi/r point de comparaison. C*est Taccent qui concerne le phoneme sonnant isole, ou formant syllabe.
La syllabe a-t-elle k son tour un accent qui lui soit special ? Oui, la syllabe prise k son tour isol^ment peut dtre prononc^e d'une mani^re plus forte dans une de ses parties, dans un de ses phonemes que dans les autres. Cest ce qui constitue Taccent de la syllabe prise isol^ment.
Lorsque r^l^vation ou I'intensitd^ d'une syllabe est plus ou moins forte que celle d*une autre syllabe, il s*agit alors de tout autre chose, c*est Taccent non de la syllabe, mais du mot que nous examinerons plus loin.
L accent de la syllabe consiste k distinguer parmi les phonemes qui constituent les syllabes, celui syllabique, formant le centre d'attraction, et autour duquel tons les autres deviennent asyllabiques. Supposons la syllabe skiaipt ; c'est Va qui porte I'accent syllabique, les deux i devenant asyllabiques, atones au point de vue de la syllabe, se convertissent en deux y.
C) DB Ul QUANTirfi STLLABIQUB.
La quantity propre k la syllabe Isolde se d^tache trds bien et est tout k fait distincte de la quantity du pliondme, quelquefois mdme est oppos6e k celle-ci.
La syllabe Umgue s'appelle syllabe hurde ; la syllabe brive s'appelle syllabe I4gdre. II y a aussi la syllabe moyenne.
Est syllabe l^gdre celle qui se compose d*une simple voyelle ; est moyenne celle qui se compose d*une consonne suivie d'une voyelle ou d'une voyelle suivie d*une consonne ; est tr^ lourde celle qui se compose d*une voyelle et de deux consonnes, quelle que soit la place de celles-ci.
Un des efiets de la syllabe trds lourde c'est d'attirer k elle Taccent, et ensuite d^affaiblir les voyelles des autres syllabes du mot ; mais les efiets appartiennent k la phon^tique dynamique.
C*est un effet de la syllabe lourde sur les autres syllabes, mais cette syUabe lourde n*a-t-elle pas effet sur les divers phonemes qui la composent ? Allonge-t-elle en particulier ces phonemes ? Les racourcit-elle, au contraire ?
Cet effet, s*il existe, appartiendrait k la phon^tique dynamique. N^anmoins nous Texaminerons ici pour ne pas diviser un sujet qu'il importe de presenter d'ensemble.
Mais d*abord U faut d^finir tr^s exactement la syllabe lourde.
La constitution normale de la syllabe est une consonne plus une voyelle br^ve : < -}- a, ifc + i etc., c'est la syllabe telle que Texpriment les syllabaires.
La syllabe pent, il est vrai, se composer d*une voyelle seule, mais nous avons vu qu*alors en r^alite cette voyelle est pr^^d^e d*une consonne glottale, d*un esprit.
De cet ^tat normal la syllabe peut passer jusqu*^ un dtat trds l^ger qui peut aboutir k la d^truire en eiiminant soit sa consonne ou Tesprit qui en tient lieu, soit sa voyelle. Dans le dernier de ces cas il y a destruction, Tel^ment survivant de la syllabe va grossir une autre syllabe.
Mais, ce qui est plus int^ressant, la syllabe de son 6tat normal peut passer k I'^tat lourd, en se grossissant de nouveaux phonemes qui viennent la fermer et qui, la plupart du temps, lui sont fournies par des syllabes voisines en voie de decomposition. La syllabe devient ; consonne + voyelle -^^ consonne ou
consonnes, ou bien : consonne + voyelle + voyeUe, et si les deux voyelles sonl semblables : consonne + voyelle longue.
II faut remarquer que la syllabe lourde devient/erm^e aussi bien quand elie se termine par une consonne que quand elle se termine par deux voyelles.
Ceci pos^, nous assimilons la syllabe normale ou l^g^re k la syllabe ouverte avec voyelle brdve, et la syllabe lourde k la syllabe ferm^e d'une voyelle ou d une consonne.
11 ne nous reste done plus qu*^ poser les his de la syllabe ouverte et celles de la syllabe fermee.
La loi dominante est celle-ci : la syllabe tend k conserver autant que possible la mSme durie^ quel que soit le nombre de phonimes qui vient s'y adjoindre ; elle ne peut pas, il est vrai, ^viter entidrement de devenir pesante, mais elle ne le devient que le moins possible et tend k conserver son degr^ moyen.
Nous verrons plus loin que le mot a une tendance k T^tat mo- Dosyllabique vers lequel on le voit revenir ; de mdme la syllabe a une tendance k la durde n^cessaire k la prononciation d*une consonne + une voyelle, k laquelle elle essaie aussi de revenir toujours.
Cette tendance est V4lasticit4 de la syllabe.
Voyons ce qui se produit lorsque la syllabe de I4g&re devient lourde^ en d'autres termes , lorsque d'ouverie elle devient /erm^e.
En vertu de son ^lasticit^ qui la porte k revenir sur ellemSme, la syllabe tendra k comprimer chacun de ses Elements de mani^re k ce qu*ils ne tiennent pas tous ensemble beaucoup plus de place que les premiers n'en tenaient auparavant. Or V4lement le plus compressible dune syllabe, cest la voyelle. Ce sera done la voyelle qui sera surtout atteinte par la contraction, la systole de la syllabe iUisiique. Quelquefois la contraction atteint la consonne elle-mdme. Ce sent ces deux effets que nous devons successivement ^tudier.
a) effet de la systole syllabique sur la voyelle.
Cet effet se produit d'une mani^re remarquable ; P dans les langues germaniques, 2» dans les langues romanes.
Dans les langues germaniques la voyelle de la syllabe ouverte est longue ; celle de la syllabe fermee est br6ve ; elle est plus brdve encore si la fermeture a lieu par deux consonnes.
De Ik cette difference de quantity de Va de tta^^ben et de celui de hat'ten. Dans ce dernier mot, ce n'est pas la double consonne qui abr^ge a, car le second t appartient k une autre syllabe, et Va est tout aussi bref dans hat ; le second t a seulement pour effet d'empdcher le premier t d*apparlenir k la premiere syllabe et contribue ainsi indirectement seulement k Tabr^viation. De mdme dans nose et nas-se.
Get effist est plus marqu^ encore en anglais oili chaque voyelle poss^de un son different suivant qu'elle est br^ve ou courte. Toute syllabe ouverte donne k sa voyelle le son de la voyelle longue ; toute syllabe ferm^e lui donne le son de la voyelle brdve : hat et ha-te; so-re et sony.
De mdme dans les langues n^o-latines. En italien so -no et son-no ; en frangais pd-te et pat-te.
On pourrait soutenir aussi que la longueur nor male d*une syllabe est d'une consonne + une voyelle longue^ dans ce cas la voyelle longue pouvant s'analyser en deux voyelles brdves, on pourrait dire que la consonne vient prendre la place d*une de ces voyelles ; la syllabe ne subirait alors aucun allongement pa = paxi = pak ; nous croyons plut6t qu'il faut partir comme point normal de la syllabe avec voyelle breve.
I/arriv6e de deux consonnes resserre encore la voyelle syllabique : dans hatte Va est plus bref que dans hat. Il est vrai que le second t appartient k une autre syllabe, et mdme aujourd'hui ne se prononce plus ; mais il s'est d*abord prononcS et comme il est identique au premier t, que I'explosion du premier sert au second, il y a entre eux un lien intime qui fait concourir le second k la premiere syllabe.
Get effet n'est pas raisonn6 ; Vabrdgement est obtenu d'une mani6re toute micahique. La consonne finale ^tant occlusive, vient frapper la voyelle syllabique, la rejeter en arri^re, la comprimer, c'est qui fait que celle-ci se trouve abregee.
Cela est si vrai, et Teffet a si bien une cause m^canique, qu'en m6me temps que la voyolle est ahrigie par le choc, elle se trouve eler)6e et frapp^e d*un accent plus haut ; c est ce qui a lieu, dans hatte compare a hat^ et dans hat compart k habe. La compression a fait reculer la voyelle, elle la fait en m6me temps jaillir.
b) Effet de la systole syllabique sur la consonne.
Ce n'est plus la voyelle syllabique, c'est la consonne syllabique initiale qui cette fois-ci est atteinte. Ce ph^nom^ne est special k la langue finnoise. Ddcrivons-le.
Void quelle est dans cette langue la loi de Yadoucissement des consonnes, ou loi des syllabes femi4es.
L'adoucissement n'a lieu que quand la syllabe a pour voyelle une voyelle br6ve, soit seule, soit diphthongu6e avec un t. Alors si la syllabe d'ouverte devient fermee par I'adjonction d'une consonne, la consonne initiale de la syllabe se convertit P de double en simple, 2^ de tdnue simple en sonore.
En particulier, kk, tt, pp deviennent k^ /, p^ kukha^ fleur ; g6n. kukan; rtkkaha, riche, rikas ; otia^ acheter, otan^ je Tachete; seppdj forgeron ; g6n. sepdn ; rippic, prendre, ripun^
Le k s'adoucit en g apres un n, en j apr^s I et r quand il est suivi d*un i ou d*un e ; de mdme apres un A, quand il est suivi d*un e; dans tous les autres cas il est supprim^ : henke^ &me, g6n. hengen ; sylke, cracher, syljen, je crache ; rokkene, oser, part, rohjennut ; tako, forger, ta'on ; jalka, pied, g6n. jalan ; hdrkd, boeuf, g^n. hdrdn ; sulka , plume, sulan ;
Quand le k disparait entre deux u, il est remplace par un v ; suku, nation ; suvussa, dans la nation. De mdme Iko, Iku^ peuvent devenir to, lu suivant la r6gle, ou Ivo, Ivu: kulku, marche, ktUun ou kulvun.
Le t s'adoucit en d apr6s une voyelle ou un A ; aprds I, r, n, il disparait, et les formes //, rt, nt, sont remplacees par U, rr, nn ; vete, Teau, gdn. veden ; kdte, main, kdden; tahto, vouloir, tahdon ; silta, pont, sillan ; kanta, porter, kannan.
Le p s'adoucit en v apres une voyelle ou apres / ou r ; quand il est pr^c6d6 d'un m, il est remplacd par un autre m ; lupa^ chambre, tuvassa, dans la chambre ; leipd, pain, leiwdn.
La loi se formule ainsi : la consonne explosive forte se change en une explosive faible ou en une spiranle, ou elle disparatt enti^rement, ou elle Hossimile k la consonne prdcedente, toutes les fois que la syllabe d'ouverte devient fermee.
Mais il faut pour cela 1° que la voyelle radicale ne soit pas longue, 2" que la consonne initiale de la syllabe A ou < ne s appuie pas sur un s pr^c^dent, ou k sur un t.
Le motif de cette loi est bien simple. D*abord son r^sultat est an ^qailibre de la syllabe, le maintien de sa longueur primitive, de sa pesanteur d*auparavant. EUe introduit une nouvelle consonne k la fin, mais elle en expulse une au commencement, il n'y a alors ni gain ni perte, ou elle affaiblit la consonne initiate, alors balance faite, Taugmentation devient tr^s petite. Tel est le risultat ; mais la catise premUre est autre ; elle est toute mScanique.
La consonne introduite k la fin de la syllabe a comprim^, resserr^ coUe-ci, la compression n'a pas eu de r^sultat sur la voyelle, br^ve et dans ces langiies bien moins impressionnables que les langues europ^ennes au vocalisme si d^licat. Mais la compression, le choc, a atteint la consonne initiale. Fa dbranl^e, lui a fait perdre une partie de sa force en la convertissant de t^nue en sonore, et Ta quelquefois d^truite ; la compensation s*est faite ainsi atUomatiquement. Cela est si vrai que si cette consonne s appuie sur un s pr^c^dent, le groupe de consonnes r^siste, et aucun changement n*a lieu ; nous verrons ailleurs que ce groupement s*oppose aussi k la latUverchiebung.
Tels sont les efiets de la pesanteur syllabique tant6t sur la voyelle, tant6t sur la consonne de la syllabe.
II nous faut parler maintenant de ses effets apparents, des efibts qui lui sont faussement attribu^s. Nous avons le regret de nous trouver ici en disaccord sur un point avec un des mattres de la science, M. Havet.
c) Quantity du mot faussement attribui h la voyeUe.
II s'agit des voyelles tongues par position.
Comment se fait-il qu'en Grec et en Latin une voyelle br6ve devienne longue lorsqu*elle est suivie de deux consonnes ? Remarquons tout d abord qu il ne s*agit point ici de la syllabe ferm6e, puisqu'une seule consonne, laquelle rend la syllabe fermde, ne rend point longue la voyelle. Remarquons aussi que la cause ne peut ^tre syllabique puisque des deux voyelles Tune se trouve dans une autre syllabe, et quelquefois, en Grec par exemple, les consonnes peuvent se trouver toutes les deux dans une autre syllabe, et mdme dans un autre mot. Enfin
ki
deux consonnes subs^quentes peuvent laisser la voyelle br^ve ou commune si la seconde de ces consonnes est une tremblante.
Un premier point se ddgage d'abord tres nettement. Ce n'est point en r^alit^ la voyelle qui de br^ve devieut longue, et Texpression : voyelle longice par position est tout-a-fait inexacte. En effet I'e, o devenus longs par position auraient dH s'Scrire >?, « ; il n'en est rien ; on continue k se servir d'e et do, seulement la syllabe qui les contient est alors compt^e double.
La voyelle n'^iant pas allong^e, il semble bien que c*est la syllabe entiSre qui lest. Comment ? Suivant Benfey, d'une maniere exacte ; la . voyelle est allong^e, la consonne aussij toute la syllabe s'alionge ; on a seulement le tort de compter Tallongement sur un seul ^l^ment, la voyelle. Mais on ne conceit gu^re I'allongement d'une consonne surtout quand cette consonne est une momentande ; on ne comprend pas non plus cet allongement au moment ou elle regoit le choc d'une autre consonne. Suivant Baudry, Tallohgement qui ne se produit pas chez les Germains aurait pour cause chez les Remains et chez les Grecs une difficult^ de prononciation, difficult^ qui, en cas d'accumulation de consonnes, apr^s la premiere consonne n6cessitait I'insertion d'uue voyelle, ou au moins d'un e rmiet anaptyctique, d*autant plus que, lorsque la seconde consonne est une liquide, la difficult^ de prononciation ^tant moindre, la voyelle est commune et non plus longue. Les Germains et les N^o-latins auraient vaincu cette difficult^, dSs lors I'effet est d^truit, bien plus se produit un effet contraire, le subsequent agit sur Tant^c^dent, le son de la seconde consonne de I'accumulation devient Tobjet final de la syllabe qui pr^cMe et la voix s'y pr^cipite. Tout k I'heure nous examinerons cette explication de la difference entre le principe gr^co-latin et le principe roman-germanique. Quant k ce qui concerne Texplication du gr^co-latin pris isolement, Baudry 6tait bien pres de la v6rit6 que M. Havet, sauf une modification que nous nous permetirons de faire, a exactement formulae.
La dur^e des consonnes, dit M. Havet, est n^gligeable ; ce qui le prouve, c'est que si les deux consonnes appartiennent au commencement du mot suivant, elles n'allongent pas en latin la finale du mot pr6cddent, ni leur propre syllabe. Un petit, silence que la prononciation peut placer entre deux consonnes
cons^cutives lorsqu elle ne les rattache pas par la prononciation, est ce qui s'ajoute k la dur6e de la voyelle brdve pour former avec elle une dur^e totale de deux unites. Par exemple en comparant td nee rus, et tdne crus, on volt que dans chacun des groupes les voyelles ont la mdme dur^e, cependant en po6sie le premier donnera trois syllabes longues et le second une syllabe br^ve entre deux syllabes longues, parce que dans td nee rus la prononciation s6pare id de nee^ puis nee de rus^ tandis que dans tdne crus^ la prononciation ne s^pare pas c de r dans crus. De m6me dans exXeTrre, e est bref, tandis que dans ex-XeiTru, e est long par position, parce que les deux consonnes sont, dans deux- syllabe3 difidrentes, ce qui n^cessite une pause entre les deux? M. Havet en conclut que, dans la position, ce n*est pas la voyelle qui est longue, mais la syllabe, et que celle-ci est longue non par position, mais par uttrihution : Oedei.
C'est I'exacte v6rit^ quant au processus, sauf une modification. II faut noter ce fait que quand la seconde consonne est une liquide, en g^ndral la voyelle au lieu de devenir longue devient commune ou reste br6ve. Pourquoi ? Parce que dans ce cas aucun intervalle ne se place entre la consonne prec^dente et la liquide ? Pourquoi n'y a-t-il pas d'intervalle ? Parce que I'explosion de la premiere consonne est remplac^e par la liquide elle-mdme. Supposons atr, le t n*aura pas Vexplosion ordinaire, la vibration de IV la remplacera. Hors ce cas, la consonne a son bruit d*explosion et c'est ce bruit qui prend place entre Tune et Tautre consonne.
Observons aussi un autre fait ; si les deux consonnes sont dans une autre syllabe, elles sont sans action. C'est qu'alors la prononciation se Mte eh commengant le mot suivant d'arriver sur la partie syllabique de ce mot, et pour ce glisse sur la premiere consonne, de manidre k effacer en grande partie le bruit explosif qui la s^pare de la seconde. Si, au contraire, une des consonnes est situ^e dans un mot et Tune dans I'autre, le bruit explosif se fait entre les deux, et s'augmente d'autant plus que la prononciation tend toujours & s6parer deux mots Tun de I'autre.
A c6t6 du silence signals par M. Havet, il y a done le bruit d'explosion, et c'est ce bruit qui se prolonge k la fin des mots
et ^carte le plus nettement les deux consonnes Tune de Tautre. Voil& selon nous ce qu* il fallait ajouter.
Qu'est-ce que ce bruit dCeayplosion et le temps n^cessaire pour le d^velopper ? C'est en r^alitd une veritable syllabe distincte. Dans ces mots : nee patet, la prononciation syllabise en r^lit6 ainsi : ne^e-pa-tet, e exprimant le bruit d'expiration qui devient si vite le son d*^ muet.
^ar ce bruit d'expiration, ou par cet e muet est-il exact de dire que la syllabe nee soit prolongeet Non, en r^alit^, elle est dedouhUe, Si le mot suivant edt commence par une voyelle, le bruit d'expiration de c se fut perdu dans la voyelle suiyante, et il n'y aurait pas lieu d'en tenir compte ; mais ici il est mis en relief, la syllabe unique nee en forme deux V ne, 2* cf . *
La syllabe n'^tant pas aUong^e, mais d^doubl^e, qu'est-ce qui est allonge en r6alit6? C*est le mot qui va compter une syllabe de plus.
Or le vers se compte en r^alit^ par syllabes. La voyelle longue vaut deux syllabes : a ^= a -{- a \ pa == pa '\' a\ Ae mdme la syllabe qui finit par une consonne dont le bruit explosif n'est pas ^teint par une voyelle suivante forme deux syllabes ; dans nee patet, nSe =ne = ce. Seulement pour uniformiser au lieu de compter tantdt sur le mot, tant6t sur la voyelle, on a compte toujours sur la voyelle.
Ce n'est done ni la voyelle qui est allong^e ni la syllabe ellemSme, c'est le mot qui va compter une syllabe de plus.
Aussi c*est sous la rubrique de la qiuxniiti du mot que nous classerons ce ph^nomSne.
II nous reste k expliquer I'apparente contradiction qui existe entre la r^gle greco-latine et la r^gle rvmano-germaine.
Remarquons d'abord que ces regies ne sont pas en contradiction directe, parce qu'elles ne supposent pas les mdmes cas d*application.
P En Germanique, il n'y a pas besoin de detuc consonnes, une seule suffit.
En Grec et en Latin, il faut deux consonnes.
2^ En Germanique, la consonne ou les consonnes doivent dtre dans la mSme syllabe que la voyelle affects.
En Grec et surtout en Latin, il faut qu'une des deux consonnes au moins soit hors de la syllabe.
3^ Le r^sultat en Germanique est Tapplication d'une hi des syllahes fermies^ et de la pression d'une consonne.
Le r^sultat contraire en 6r6co-Latin est Tapplication du r^sultat de Xicartement entre deux consonnes.
II n'est done pas ^tonnant que des regies si diverses dans leur point de depart et dans leur point d'application ne se rencontrent pas.
II est inexact de dire, comme on Ta fait, que la loi est la mdme au fond, mais que tautdt on a envisage la voyelle et tantdt la syllabe ; la divergence est plus profonde et n'est pas une simple apparence.
Dans le sjstdme Germanique et Roman, la syllabe reste presque invariable, c'est la voyelle qui est abr^g^e, la cau^e est syUabique et Yeffet est phonitique.
Dans le syst^me Grec et le Latin, la syllabe reste presque invariable, mais une partie d*elle-mdme s'est d^tach^e et est all^e former une syllabe nouvelle ; la voyelle n'a pas ^t^ touch6e, mais le mot contient une syllabe de plus, c'est le mot qui est QUong4,
La voyelle dans un des syst^mes a 6t6 touch^e, a ^t^ abr^ g^e, tr^s r^ellement ; dans Tautre des systdmes, elle n'a pas ^t^ touchy en r^alit^, elle a 6\A allonge seulement en apparence.
TROISlfiME DIVISION.