Hl^RARCHISATlON DES SYLLA.BES COMPOSANT LE MOT
Le mot, k ce point de vue, n*est pas identique a la racine ; c'est un conglom^rat qui tantdt contient une racine, tantdt plusieurs. C'est ici que la distinction entre la racine, le thime^ et le mot doit dtre nettement ^tablie.
La racine est le mot k V6tat purement statique, exprimant une id^e sans relation avec aucune autre et sans modifications. Le theme est la reunion d'une racine de signification et d'une racine de determination intimementr^unies, la premiere formant toujoars mot plein, la seconde formant mot plein dans la composition ^ mot vide dans la derivation ; mais il n*est pas encore en rapport avec d*autres id^es ind^pendantes de la sienne ; le mot se compose de ces deux ^I^ments, ou de Tun d*eux, et d'un troisi^me, un mot vide toujours et exprimant la relation. II est bien entendu que la racine elle-mdme, le noyau du mot, pent Stre d'une, de deux, ou de trois sjUabes.
H6 bien I non seulement au point de vue psychique et morphologique, mais aussi au point de vue phon^tique, le mot ^tablit une hi^rarchisation entre ces trois ^I^ments ; de plus il en etablit une entre les trois syllabes ou les deux syllabes de sa racine.
Le plus puissant moyen de hi^rarchisation entre tons ces ^l^ments est Taccent que nous examinerons tout-^-l'lieure, mais ce n'est pas le seul.
La partie th^matique doit se subordonner k la partie radicale, et la partie grammaticale aux deux autres, tel est le principe ; le mot vide se subordonne au mot plein.
Mais lorsqu'il s*agit du proc^d6 de la composition, on se trouve en face de deux mots pleins ; aucun n'est sp^cifiquement infi^rieur, chacun doit c^der quelque chose de ses phonemes et mdme de ses syllabes.
La hi^rarchisation se fait ainsi. Entre deux racines composantes dont Tune determine Tautre, chaque racine perd un peu. Tune de son initiale, Tautre de sa finale, quelquefois mSme des syllabes entidres. Tel est le syst^me encapsulant des langues polysynthdtiques. Cependant c'est la racine d^terminante qui doit perdre davantage.
II en est de mdme entre plusieurs mots vides les uns par rapport aux autres. Cependant les mots vides de flexion doivent plus perdre que les mots vides de derivation.
Entre le mot plein et le mot vide une hi^rarchisation s'^tablit aux d6pens du mot vide ; celui-ci subit Tinfluence soit de la syllabe du mot plein au moyen de laccent, et tend k assourdir et k laisser tomber sa voyelle, soit de la voyelle contenue
dans la syllabe pr^c^ente du mot plein, et alors cest le cas de rharmonie vocalique.
Une reaction a lieu souvent du mot vide sur le mot plein et constitue la p^riphonie.
Nous n ^tudions pas ici tous ces ph^nom^nes, parce que nous les retrouverons dans la pbon6tique dynamique.
Enfin entre les diverses syllabes de la racine elle-mdme, une hi^rarchisation particulidre s*6tablit au profit de la premidre syllabe, par une harmonie vocalique particuli^re que nous trouvons en Jakute et dans plusieurs langues de TAustralie.
Mais nous le r^p^tons, c'est Faccent qui est Tinslrument de hi^rarchisation le plus puissant.
B) Accent du mot.
L'accent est v^ritablement T&me d'une langue ; sans la connaissance exacte de Taccent il est impossible de comprendre une langue parl^e, quelque connaissance qu*on ait de cette langue ^crite. L'accent du mot est ou tonique ou rythmique. Le premier est commun k la prose et k la po^sie, le second est special ^ la po^sie.
Nous d^finirons leurs differences en parlant de Tacccnt rythmique.
a) Accent tonique.
L'accent du mot hi^rarchise les diff^rents ^l^ments qui le composent ; au point de vue morphologique cette v^rit^ est bien connue, mais elle n'est pas moins vraie au point de vue purement phon^tique.
En effet, de mdme que la syllabe a besoin d*un point d'appui, de Moment syllabique, de la voyelle qui entraine tout le reste, de mdme le mot a besoin d'une syllabe centrale servant de pivot k toutes les autres, sans quoi Tunit^ du mot n existerait pas, et Ton n*aurait qu'une syllabe plus une syllabe.
Cette mise en relief d'une syllabe du mot se fait soit en la pronon^ant avec plus d'intensit^, soit en ^levant la voix sur elle, soit enfin en la pronongant plus longuement, ce qui est un empidtement de Taccent sur la quantity.
Nous avons d4j& distingud Vaccent diniensitS et celui d*^(evathn, nous avons vu que le second, Taccent chantant, est le
seul qui affecte le phoneme isol^ ; les deux, au contraire, se r^unissent ou alternent quand il s'agit du mot, et s'y joint encore Taccent de quantity, celui allongeant.
Il y a une succession historique entre ces trots accents toniques.
Le premier accent tonique est presque partout un accent d elevation ; il paralt tel en Latin et en Grec ; cependant cet accent n*est pas alors seul, et dans le mdme mot se trouve souvent a une autre place un accent d*intensit6, de mdme qu*4 d'autres places la quantity. C'est ainsi qu en Latin, tandis que la quantity se trouve partout, Taccent d'6l6vation se trouvait cantonn^ dans la p^nulti^me et rant^p^nulli^me, et I'accent d'intensit^ reposait sur la premiere syllabe, la plus ^loignde. Cette syllabe 6tait la premiere (Havet, M^trique grecque et latine, p. 144). Cette premiere syllabe n'^tait pas prononc^ de la mdme maniSre que les autres, Teffort principal de la voix portait sur elle, et son phoneme ne s*altdrait pas. Si par Tadjonction d'un pr6fixe cette syllabe de premiere devenait seconde, elle s'alt6rait au contraire ; facio, efflcio ; axpayavra, agrigenturn.
On peut citer encore les exemples suivants ; peperci aprds peparci de parco ; cecidi pour cicaidi de ccedo ; conscendo apres cdnscando\ exerceo, absideOy conficio, includo apr^s inclaudo ; inxmicus ; contubemalis aprds contabe?*nalts .
D*apr^s Brugmann, cet accent initial dlntensit^ aurail ^t^ k Vorigine un accent secondaire qui serait venu k supplanter ensuite Taccent originaire Indo-Europden commun. Puis cet accent secondaire initial devenu accent principal, puis unique, aurait laiss^ ensuite se developper un accent secondaire uouveau, lequel se serait cantonnd dans les trois der nitres syllabes du mot, serait devenu a son tour accent secondaire et se serait efface.
Peu k peu Taccent dlntensite se rapproche de Taccent d'61^vation, se met k la mSme place, puisle supplante. C'est cequi est arrivd dans les langues romanes et dans les langues germaniques.
Alors il n'y a plus que deux ^l^ments en presence, Taccent et la quantity. Ces deux k leur tour tendent a se rapprocher et a se confondre ; la quantity, lorsqu*elle n'est pas k la m4me place que Taccent, devient peu k peu insensible ; quand elle est
k la mdme place, Taccent tend k se r^soudre en simple quantity, puis I'accent tend k la mSme resolution dans tous les cas, c'est ce qui a lieu en fran^ais.
II ne faut pas qu'il y ait m^prise sur ce point. Dans la m^trique des langues n^o-latines et n^o-grecque, par exemple, Taccent s'est substitu^ k la quantity, mais il faut ajouter tout de suite que Taccent ne s'y r^v^le plus gudres que par un efiet de quantity.
Telle est la premidre division de Taccent en accent d'^Z^ation ou musical^ en accent dintensite ou expiraioirej et en accent de quantite.
Les accents se divisent aussi en :
1^ accent k un sommet, accent d deux sommetSy ou tronque.
2* accent principal et accent secondaire.
3® accent simple et accent double.
L'accent ordinaire ou k un seul sommet diff^re de Taccent k plusieurs sommets ou circonflexe en ce que dans ce dernier la syllabe ou plutdt la voyelle qui le porte est en partie plus accentu^e, en partie moins accentu^e, la voix monte, puis descend, puis remonte un peu sur le m^me phoneme. Cette distinction se traduit dans la langue grecque par Taccent dit circonflexe qui pour ce motif ne peut frapper qu'une longue ou une diphthongue lesquelles pr^cisdment s*analysent en deux voyelles sur la premiere desquelles porte le premier sommet, tandis que le second porte sur la seconde. En r^alit^ Taccent, sauf un cas que nous aliens examiner tout-^-rheure et tout exceptionnel, a toujours ses deux sommets dont Tun est plus eiev^ ou plus intense que I'autre. Quand la voyelle est longue ou forme diphthongue, le second sommet repose, comme nous venons de T^crire, sur le second element de la longue ou de la diphthongue ; dans le second cas le second sommet porte sur la consonne qui suit.
L'accent poss^de mdme un troisi^me sommet, et cela a une grande importance, ou si Ton pr^f&re cette expression, il descend, mais en pente douce, sur la voyelle de la syllabe suivante, et ne se retrouve au ton normal que sur la troisidme syllabe. C'est ce qui donne k la voyelle de la syllabe qui suit Taccent tonique, un ton plus 6lev6 de la voix et une tonality plus pleine que celle des syllabes atones.
Laissons de c6t^ ce troisiSme sommet ou plut6t cette pente de TacceDt redescendant qui se fait sur la syllabe suivante, et consid^rons seulement comment Taccent affecte la syllabe sur laquelle il porte.
Nous avoQS distingue Taigu et le circonflexe. Ces deux accents portent d'autres noms pour la langue Lithuanienne ; les linguistes allemands les appellent le premier gestossen, le second geschliffen (brusque ou tratnant). Dans ce dernier, il y a deux sommets, le second serait le plus ^lev^. En traduction musicale, dit Brugmann, le premier est simplement tombant, le second simplement montant, ou une combinaison d'un ton montant suivi d*un ton ^gal.
Dans Taccent aigu ou ordinaire, le second sommet existe. mais se dissimule, il tombe sur la consonne, sur T^l^ment asyllabique, par ex. dans man (thur).
Dans le dernier accent, Taccent geschnittefij le second sommet est rdellement supprim^ ; il Test par la compression de la consonne qui suit ; par ex. dans I'allemand hat^ hcUte, compart a haben ; la voix tombe brusquement. On pent observer un pareil ph6nomene dans les langues samoyMes. C'est ce que nous appelons Taccent tronqu6.
L*accent secondaire diff(§re de Taccent primaire en ce que 1* il est moins ^lev^, 2* n'est qu'i un seul sommet, 3*^ n'opdre pas un effet de d6charge sur la syllabe suivante. A"" n*a qu*un cmploi auxiliaire et euphonique, celui d'empScher I'accumulation des syllabes atones, 5* ne modifie que Idgdrement la tonality de la Yoyelle affect^e. Lorsque Taccent secondaire existe, non plus I'accent, mais le mot est k deux ou plusieurs sommets. Quelquefois Taccent secondaire est un ancien accent principal descendu k ce r61e. II y a une lutte pour la vie entre les deux accents, et souvent le plus faible triomphe de plus fort lorsque celui-ci s*est affaibli. Autrefois I'accent indo-europ^en principal dtait probablement recul^ autant que possible ; la quantity le rapprocha de la fin des mots, et Tancien accent principal resta, mais secondaire.
Enfin les accents se divisent en accent simple et accent double. Cette division n'a pas €i6 mise encore en lumiere, mais elle est essentielle. Qu*est-ce que Taccent double ?
II ne se distingue du simple que par Temploi qu'on en fait, et par Tinfluence qu*il exerce sur la voyelle accentu6e.
L'accent tonique op6re la hi^rarchisation des diverses syllabiques qui composent ie mot, il a pour eifet par consequent d'augmenter la tonality de la syllabe qu'il aifecte, et de diminuer celle des autres sjUabes. Cette hi^rarchisation, n^cessaire pour former Funit^ du mot quand ce mot est une racine, Test beaucoup plus encore quand ce mot est un th^me, c'est-^-dire quand il est compost d'une partie mot plein et d*une partie mot vide. L'accent tonique tend k vider partiellement de son le mot ddja vide de sens^ par centre k augmenter la tonalitd de la partie pleine.
Plus le nombro des mots vides joints au mot plein €era grand, plus le lien qui les unit k celui-ci devra 6lre fort pour les unifier en les hidrarchisant, et plus ce lien qui est Taccent sera fort, plus la tonalite de la partie pleine devra dtre renforc6e.
L'accent est done plus ^nergique dans la derivation secondaire que dans la primaire, et quoiqu'on ne le distingue pas alors davantage graphiquement, il y a deux degr^s d*accent principal, lesquels deviennent distincts par Tintensite de Teffet produit sur la voyelle frapp^e ; Tun monte cette voyelle au degrd normal, Tautre (cas de I'ancienne vriddhi) augmente quantitativement la voyelle en Sanscrit. II est vrai que ce n'est que dans cette langue qu'on pent reconnaitre Taccent double. II ne faut pas oublier que le second renforcement purement quantitatif du Sanscrit ne correspond nullement au second renforcement qualitatif des langues europdennes, ni par son ellet, ni par sa fonction.
Telles sont les diverses sortes d'accents.
Quelques mots sur la terminologie.
Les phonetistes allemands appellent Taccent principal expiratoire ou d'intensitd hauptton ; le mSme, musical ou 6*616vation hochton; I'accent secondaire d'intensite nehenton, et d*eievation mittelton ; enfin Tabsence d'accent suivant la mdme distinction tonlosigkeit ou iie/lon. Nous proposons la traduction suivante : accent fort, accent eleve ; accent faiblCy accent moyen ; non-accent, accent has ; dans un autre ordre, accent simple et accent double; enfin accent jjrincipai et accent secondaire ; et accent tronqui, accent aigu, accent circonflexe.
Mais V accent has ou le non-accent doivent se d^doubler, c'est
ce que nous verrons plus loin en d6crivant les effets de Taccent. Ce d^doublement est important.
La syllabe non accentu^e ni de Taccent principal ni de Taccent secondaire pent en effet soit pr^c^der soit suivre la syllabe accentude. Presque toujours les mots sont accentuds soit principalement soit secondairement de deux syllabes Tune ; tout au plus peut-il se trouver deux syllabes non accentu^es dans le mdme mot apres une syllabe accentu6e, sans qu*il naisse un accent secondaire.
La situation de la syllabe qui suit imm^diatement la syllabe accentu6e est toute sp^ciale.Nous avons vu que I'accent a nonseulement deux sommets, mais que le second est supprim^ par la pression de la consonne suivante ; si la voyelle est longue, Taccent s'accomplit librement et comme la voyelle longue se d6corapose en deux breves, il en r^sulte que le premier sommet est sur la premiere voyelle, et le second moins 6lev6 sur la seconde. Pourquoi ces deux sommets ? Farce que de mdme que le son a souvent qualitativement son 6cho (ce qui est pr^cis^ment une des causes du ph^nom^ne connu sous le nom d*harmonie vocalique), de mdme il Ta aussi accentuellement. Ce qui revient k dire que Taccent tend a se rep^ter, quoique d une mani^re moins intense, sur la syllabe suivante non-accentu^e par elle-mfime. La syllabe qui suit la syllabe accentuee joue done le r61e d'^cho de celle-ci. Il n y a pas Ik d'accent secondaire distinct, mais seulement le prolongement de Taccent primaire, son 6cho.
Get 6cho est d'autant plus n^cessaire qu il n'est pas facile k la voix de retomber brusquement sans descente du sommet le plus haut au point le plus bas.
Au contraire, la syllabe qui pr^cdde la syllabe accentuee est particulierement basse, parce que la voix se h&te d'arriver a r^ldment syllabique de la syllabe accentuee qui lui sert de point d'appui, et que les sons de la syllabe non accentuee pr6c6dente deviennent pour elle de simples gleitlaute.
Nous verrons les consequences importantes que la phon^tique dynamique tirera de cette distinction pour le choix entre le degr^ des voyelles.
Si dans le francais Teffet de laccent ne se continue pas sur la syllabe qui suit celle accentuee, cela tiont k ce que I'accent
de cette langue se complique de quantity, que la voyelle accentu^e se compose d'une voyelle longue s'analysant en deux voyelles dont Tune regoit la charge et Tautre la dScharge de I'accent, de sorte que cette ddcharge n*a plus lieu sur ia syllabe suivante.
Nous dtudierons plus loin dans la phon^tique dynamique les efiets d'action et de reaction de I'accent sur la quantity, de la quantity sur Taccent, des deux sur le phoneme, ou de celuici sur eux.
Nous n'avons plus k rechercher ici que la place de Taccent. Mais cette ^tude comparative est encore prdmaturde, et les r6sultats obtenus par la science sont trop peu nombreux.
Nous ne pouvons ^mettre que quelques conjectures que voici.
II faut ^tudier s^pardment la place de Taccent P dans les racines, 2" dans les mots entiers composes de la partie radicale, de la th^matique et de la fiexionnelle.
Dans les racines le lieu qui se prSte le mieux k cette ^tude est celui des langues s^mitiques, ou les racines apparaissent souvent nues. N'oublions pas que les racines y sont trilit^res.
En vieil Arabe Taccent repose sur I'ant^-p^nulti^me, mais quand la p^nultieme est longue naturellement ou par position, I'accent descend sur elle. C'est comme on le voit, la r^gle du latin. Cependant sous I'empire de diverses circonstances, Taccent descendit ensuite souvent sur la pdnultidme.
L'H^breu met Taccent sur la derni^re syllabe, rarement sur la p^nulti^me ; quelquefois Taccent descend jusque sur le suffixe. L'Aram^en suit d'abord la rdgle de I'h^breu, puis recule Taccent sur la p^nulti^me.
L'Arabe nouveau suit les regies de Tancien; seulement quand les desinences sont perdues Taccent qui affectait la syllabe pr^c^dente remonte d'une syllabe, au lieu de qawiyyu, fort, qdwi.
L'^tat le plus ancien est certainement celui du vieil Arabe. II en r6sulte qu'originairement I'accent dans les langues s^mitiques remontait dans la racine le plus loin possible, mais que Tattraction de la quantity le faisait redescendre d'un degr6 vers la fin ; le m6mo facteur la fait redescendre peu a peu en hdbreu de deux degrds.
Cette r^gle s'explique rationnellement. Cest naturellement le commencement du mot qu'on attaque avec le plus de force
et ou Ton ^ISve la voix, puis la voix baisse et Fintensit^ diminue graduellement. Le crescendo de la voix est moiQs naturel que le decrescendo. Cependant deux causes font ^hec a ce principe ; quand les mots out plus de trois syllabes, on ne pout comprendre dans une mdme s^rie atone un trop grand nombre de syllabes, le mot n'aurait plus de contrepoids k Tautre extr4mitd, d'dquilibre ; ii faut que Taccent redescende vers le milieu du mot. D*autre cdtd, si une sjUabe est longue, la quantity vient contrebalancer Taccent, relive la syllabe atone, attire Taccent vers elie, de la la r&gle de la p6nultiSme longue en vieil arabe comme en latin.
Dans le^mot entier avec ses trois parties, la radicale, la th^matique et la flexionnelle, d'autres ^l^ments entrent en ligne de compte, et tout d'abord Moment psjchique.
Un fait trSs remarquable de Tallemand moderne, c'est qu'il accentue la racine toujours, le mot plein, et jamais la partie du mot composde de mots vides, tandis qu*il semble qu*en grec et en latin on accentue de preference les prefixes et les suffixes, les elements determinants et mettant en relation.
Cette divergence disparait en partie si Ton observe que dans les mots allemands composes, c*est le mot plein determinant qui est accentue et non le mot plein determine. Done le determinant Temporte, comme daus le grec et le latin ; de mSme dans les mots composes d*une preposition, c'est la preposition prefixee qui est accentuee tant qu elle n'a pas perdu son sens propre. Si une partie des prefixes et tons les suffixes et flexions sont non accentues, cest qu*ils se sent fondus dans la partie determmee du mot et n*ont plus d*existence propre. C'est done en allemand, comme en grecet en latin, le determinant qui est accentue, tant qu'il est reconnaissable.
Mais en grec et en latin comme en allemand Fautonomie du mot vide et le souvenir mfime de cette autonomic se perd, le mot est considere comme un tout indivisible, et on le traite au point de vue de I'accent, comme si toutes ses parties formaient une seule et mfime racine, et d'apres les memes principes.
Tant que le determinant a 6t6 reconnaissable et plein , c'est le dernier determinant qui porte I'accent, car c'est lui qui est le plus reconnaissable et qui d'ailleurs determine tous les autres.
Lorsque le souvenir du determinant s'est perdu, I'accent du
mot consid6r6 comme une seule racine doit tendre k se placer sur la syllabe le plus initiale, par le principe de d6croissance d'effort, sauf Taction contraire de deux facteurs que nous allons 6tudier tout a I'heure.
Telle est Tfivolution psychique de I'accent dans les langues Indo-Europ6ennes.
Observons quelques families tout-4-fait diflferentes. En Nama c'est la syllabe radicale qui est toujours accentu6e par opposition aux suffixes ; par cons6quent la syllabe la plus recul6e. Dans les mots composes, c'est le mot composant jug6 le plus important.
Dans les langues Bantou, c'est la p6nulti^me, mais il faut remarquer que presque toutes les racines sont de deux syllabes. II y a en outre un accent secondaire situ6 sur la syllabe la plus recul6e ; cet accent est devenu en plusieurs langues, par exemple en Kikamba, I'accent principal.
En Bari les prefixes attirent Taccent sur eux ; autrement chaque syllabe est prononc6e avec insistance.
Dans les langues Polyn6siennes, I'accent repose toigours sur la p6nultieme, rarement sur la finale ou rant6-p6nulti^me. Il en est de m6me des Malaises ; s'il survient un sufflxe, I'accent descend vers la fin de mani^re k se trouver toujours sur Tavantderni^re syllabe du mot. La mfime r^gle domine dans les Ian* gues M6lan6siennes.
En J6niss6i Ostiake, I'accent recule sur la premiere syllabe du mot. En cas de composition, il est sur la premiere syllabe du second mot. En Kotte, au contraire, I'accent repose sur la derni^re syllabe, si toutes les syllabes sont courtes ; mais si la finale est courte et une des autres syllabes longue, alors I'accent passe sur cette syllabe ; si en mfime temps la finale est longue, le ton reste sur elle. Dans les mots de trois syllabes I'accent repose sur la p6nulti6me.
En Basque I'accent porte sur la derniere syllabe, mais il y a des accents secondaires sur une des autres, et cet accent devient souvent le principal fet supplante I'autre. Les substantifs ddriv6s au moyen de suffixes peuvent accentuer ce suffixe ou rester accentu6s sur la derniere syllabe du radical. Le signe du pluriel ne change pas de place I'accent ; I'article au contraire, attire au singulier I'accent sur lui. Le participe pr6sent s'accentue sur la p6nulti^me.
En Nuba Taccent est cantonn6 dans les trois derni^res syllabes. Si la demidre syllabe contient une voyelle longue, elle attire Taccent ; si en mdme temps la p6nulti6me est longue par position elle le lui retire. Dans les mots de trois syllabes ou plus, si las deux derni^res sont courtes, c'est rant6-p6nultieme qui est accentu6e.
Dansia langue Kolh la plupartdes mots sont dedeux syllabes, Taccent repose sur la p6nulti^me, mais si Tune des syllabes, la premiere, vient de r6duplication ou d'affixe, alors I'accent porte sur la dernidre. Les mots de trois syllabes ne suivent pas de r6gle uniforme.
Dans les langues Dravidienncs, Taccent repose sur la racine, et comme la derivation se fait par suffixes, par la m6me sur la premiere syllabe du mot. Dans le cas de composition, c'est la premiere syllabe du second mot qui emporte I'accent, et le premier mot a un accent secondaire.
Parmi les langues Ouraliennes, en Hongrois la regie est simple, c'est toujours la premiere syllabe qui est acccentu6e. Bien plus dans chaque phrase c'est le premier mot qui est prononc6 le plus 6nergiquement. En Lapon, c'est aussi la premiere syllabe, seulement dans les mots de quatre on de six syllabes, il nait un accent secondaire, et alors on accentue dans le premier cas la premiere et la 3° syllabe, dans la seconde la r* et la 4*. Par exception la derni^re pent Stre accentu6e.
Les langues Altaiques, le Turk, le Mongol, le Tongouse accentuent la derni^re syllabe ; mais si la p6nultieme est longue, cette quantit6 eflface Taction de I'accent.
Paimi les langues d6riv6es le frangais accentue to uj ours la derni^re syllabe, mais c'est le r6sultat d'effets secondaires, le frangais conservant exactement I'accentuation latine.
Les langues Indo-Europ6ennes, autres que les germaniques et les gr^co-latines, ont une accentuation tout k fait irr6guli6re, et qui varie beaucoup dans chaque famille de langues ; par exemple chaque langue Slave a son accentuation distincte. C'est que les causes les plus diverses agissent sur cette partie extr^mement d6licate de la phon6tique.
Quant au Sanscrit on n'a pas encore d6termin6 ses regies d'accentuation, L'accent y est tant6t sur le determinant, tant6t sur le determine, tant6t sur telle, tant6t sur telle autre syllabe.
Dans les composes possessife c'est le d6terminant qui Tattire. II peut d'ailleurs reculer au delk de la troisi^me syllabe.
Aprds la revue incomplete que nous venons de faire des langues diverses examinons ce que vaut le principe psychique du d6terminant qu'on a cru voir dans les langues gr6co-latines et germaniques, et voyons si une vue plus large ne d6place pas cet horizon. En linguistique il ne faut pas admettre un principe psychique causant directement un ph6nom6ne morphologique et phon6tique, car r6l6ment psychique n'a jamais devanc6 r6l6ment naturel ; tout ce qui est dynamique, ou plus exactement, tout ce qui est fonctionnel a d'abord 6t6 purement m6canique. Cependant ici Ton pourrait soutenir le contraire parce que I'accentuation a une place particuli^re en linguistique ; k la diff6rence de la quantit6, chose purement mat6rielle, il est r&me du langage et il n'y aurait rien de surprenant k une accentuation d'aprds des regies purement psychiques. L'accent oratoire ne Test-il pas, et Taccent tonique pourrait bien dtre une derivation de Taccent oratoire.
Cependant Tobservation d6montre qu il n'en a pas 6t6 ainsi.
Ce que les langues considerent pour frapper une syllabe d'accent est non pas si elle appartient k une racine ou k un mot vide pr6fix6 ou suffix^, ou en cas de deux racines si cette racine est d6terminante d'une autre ou d6termin6e par elle, mais bien quel est le rang materiel que cette syllabe tient dans le mot.
En d'autres termes il traite le mot comme si c'6tait une racine.
Dans les langues qui mettent Taccent sur la premiere syllabe du mot, cette syllabe se trouve appartenir en cas de deux racines k celle du mot determinant, en cas de racine suivie de suffixes a la racine, en cas de racine pr^c^dee de prefixes au prefixe, a moins que le' sentiment de son existence autonome ne disparaisse et que Taccent place trop haut n'entraine un trop grand nombre de syllabes atones apres lui, ou ne soit suivi trop immediatement d^on accent secondaire. Cest ainsi qu*en aUemand modeme, par exemple, la r^gle qui accentue la pre^ miere syllabe agit comme s'il y avait une regie qui ordonnerait d*accentuer le determinant entre deux racines, le mot pleia en cas de mots vides et de mots pleins sondes ensemble.
Mais quelle est la syllabe que les langues accentuent de preference i Est-ce toujours la meme ?
II faut consid6rer k ce point de vue 1* I'accent pris en luimdme, 2f* les deviations que des causes ext^rieures lui font subir,
L'accent pris en lui mdme se place d'aprSs Irois syst^mes.
Dans certaines classes et ce sont les plus nombreuses, Taccent se recule le plus possible. Le Hongrois est un module de ce genre, il recule k la premiere sjllabe, quel que soit le nombre de ces sjllabes. L*accent secondaire est un moyen de pouvoir suivre r6guli^rement cette r^le ; sans lui les mots trop longs accentuds sur la premiere syllabe manqueraient d'^quilibre. Dans toutes les langues, les formes archaiques, le vocatif, Timp^ratif reculent I'accent le plus loin possible.
Dans d'autres langues, les Altaiques, par exemple, c'est la dernidre , au contraire, qui est accentu^e ; c'est e^actement rinverse, mais ces langues sont beaucoup moins nombreuses.
Dans d'autres enfin, on a eu en vue surtout I'^quilibre du mot, et 11 est certain que pour Tobtei^ir, ce n'est ni la dernidre ni la premiere syllabe qu il faut accentuer. On s'arrSte a la p^nulti&me, comme dans les langues Bantou, les langues Polyn^siennes et Malaises.
Les unes suivent done un decrescendo, les autres un crescendo^ les autres un crescendo suivi de decrescendo ; c'est le premier syst^me celui qui reporte Taccent k la premiere syllabe qui est le plus naturel et qui a peut-dtre seul d'abord doming.
Lorsque c est la premidre syllabe qui est accentu^, psychiquement il en r^sulte que c est la racine dominante en cas de composition, le mot plein en cas de derivation, qui se trouvent accentu^s. Lorsqu'au contraire la derniere syllabe est accentu^e, I'accentuation porte sur un mot vide. Mais c'est un effet indirect et non voulu.
Mais Taccent ne se place pas toujours ainsi k son gr^, il est souvent derange de sa place par des facteurs ext^rieurs.
Ces facteurs sont : V I'infiuence de la qtmniiti, 2* I'influence de Vaccent secofidaire, 3" la necessity de Y4quilihre du mot, 4* Venergie psychique dune id^e ; c'est ici que Telement psychique intervient v^ritablement.
La quantity est le facteur le plus puissant, elle lutte avec Faccent, et tend k le ramener vers elle et sur elle, elle y r^ussit presque toujours, et cela non seulement en abaissant Tac-
cent situ^ sur la premiere syllabe, mais aussi en rehaussant celui situ6 sur la dernidre. La rSgle latine qui fait descendre Taccent de rant^-p^nultidme sur la pdnultidme lorsque cette derniSre est longue se retrouve dans les langues les plus ^loign^es. Nous voyons, d'autre cdt^, dans les langues Altaiques la p^nultidme longue faire remonter Taccent de Tultidme.
L'influence de Taccent secondaire est souvent de faire passer Taccent principal qu*il attire sur lui-mdme du commencement du mot k la fin ou de la fin au commencement. C*est ce que nous avons observe en Basque. C est peut-dtre par ce moyen que Taccent originairement sur la premiere syllabe a pu descendre sur la dernidre syllabe dans les langues Altsuques.
Dans les langues qui n'ont pas d^velopp^ d'accent secondaire, le besoin d^^quilibre a fait admettre cette r^gle qui limite la place de Taccent aux trois dernidres syllabes du mot.
Enfin Moment psychique agit en ce sens que le mot saillant sur lequel Tattention s*^veille e( qui est un des composants d un mot plus vaste se prononce plus ^nergiquement. C*est ainsi que Tallemand moderne a fini par asseoir solidement son accent sur la racine k Texclusion de tons les mots vides, quelle que soit leur place, et que les prefixes eux-mdmes, quoique tenant la premiere place, ont perdu leur accent, k mesure qu'ils sont deveuus mots vides.
Telle est, croyons-nous, la vraie th^orie de Taccentuation tonique.
b) L accent rythmiqne.
L'accent rythmique une fois ^tabli suit toutes les regies de I'accent tonique, mais il diffi^re de celui-ci par son origine et par son but.
L'accent rythmique n'est autre que Yarsis ; c'est la syllabe qui regoit le tenips fort qui forme Vaccent rythmique , tandis que la syllabe qui forme le temps faible est k la thesis^ cest-kdire non accentu^e dCaccent rythmique.
C est dans une 6tude sp6ciale sur la mitrique que nous ferons rhistoire de Taccent rythmique.
Quelle est sa place ?
La mdme que celle du temps fort; quant au temps fort il se place au lieu voulu par la mdtrique dans la composition de
chaque espece de vers et alterne avec le temps faible. L'accent rythmique peut porter exceptionnellement sur une syllabe non frapp6e ^accent tonigue dans les langues qui basent leur m^trique sur Taccent, mais alors il a pour r6sultat de comiuuniquer k la syllabe en arsis un demi-accent tonique.
Dans les langues ou la melrique se base sur la quantity et non sur Faccent, Yaccent rhytkmique qui se place sur le temps fort au point de vue de la quantite, c'est-a-dire sur la voyelle longue n*a plus rien de commun avec I'accent tonique, il se traduit en quantity ; quelquefois il tombe sur une voyelle breve qui se trouve a Tarsis, mais alors il allonge cette voyelle.
C) La quantity du mot.
De mSme que le mot a son accent distinct de celui du phoneme et de celui de la syllabe, de mSme il possdde sa quantity propre, distincte de celle du phoneme et de la syllabe.
La quantity du mot consiste dans la quantity de syllabes qu'il contient ; un polysyllabe est plus lourd qu un monosyllabe. Cependant il ne faut pas nombrer seulement les syllabes, il faut les peser, et par consequent un mot de plus de syllabes peut dtre ^gal k un mot d*un nombre de syllabes moindre.
Nous avons vu comment ou appr^cie les syllabes. Celle qui contient une voyelle longue vaut deux fois plus que celle qui contient une voyelle br^ve, parce qu'elle est d'autant plus longue. Au contraire, la syllabe qui contient une consonne, une voyelle et une consonne n'est pas plus longue que celle qui contient une consonne et une voyelle, parce que le temps de la consonne finale est pris sur le temps de la voyelle, tandis que la voyelle qui perd une partie de son temps devient br^ve ou plus br6ve. II en est de m6me si la syllabe ouverte devient ferm6e par deux consonnes qui ne sortent pas de la syllabe et qui peuvent se suivre sans mouvement d'explosion : U\ tl, etc.
Mais si la syllabe devient ferm^e par deux consonnes dont Tune appartient k elle-mSme et dont Tautre commence une autre syllabe, ou bien si les deux consonnes finales appartenant a la mSme syllabe sont separdes Tune de Tautre par un mouvement explosif n^cessaire, il en r^suite une syllabe trds courte de plus dans le corps du mot. On peut dire alors soit que
la syllabe est augment^e par une syllabe courte annexde et par consequent vaut plus qu'une syllabe, en vaut deux courtes si elle 6tait courte, soit que le mot est lui-mdme augments, ce qui est plus exact, et compte une syllabe de plus. Cest le cas des longues par position. II est si vrai que la longueur par position n*est pas la longueur ordinaire et n'affecte pas la voyelle qu'en grec la voyelle, quoique comptant double dans la prosodie, conserve son signe graphique de bridvet6. Par exempie e et suivis de deux consonnes ne s*ecrivent pas pour cela Y) et €i>, done la voyelle n*a pas ^t^ allong^e, c'est la syllabe qui compte double, et par consequent le mot qui possdde une syllabe tr^s courte de plus.
Quelle est la voyelle de cette syllabe f C'est le bruit indistinct d*explosion, bruit qui, pour peu qu*on insiste,devient le son indistinct de Ve muet par le concours de Taction des cordes vocales.
Un r^sultat pent paraltre singulier, c'est que cette position qui allonge la syllabe en la doublant n'agisse pas aussi bien lorsque la voyelle est longue dej& que lorsqu'elle est brdve, et cela semble tin moment ebranler la theorie de Tallongement par position. Logiquement si ahp ferment deux syllabes, akp = aahp devraient avoir la valoir de trois. Cela serait exact si Ton n'avait pris Thabitude de compter I'allongement syllabique sur la voyelle ; or celle-ci est brSve ou longue seulement et ne comporte pas deux degr^s de longueur.
La longueur du mot, sa quantity, a surtout de llmportance en prosodie. II en a aussi en prose, au point de vue oratoire, pour rharmonie des periodes.
Telle est la phou6tique statique du mot pris k part en dehors de la proposition, envisage dans ses trois elements, 1* la tonalite propre, ou composition phonetique, 2"* I'accent, 3** la quantite. C*est par I'accent et la quantite que le mot relie et hierarchise ses elements composants, ses syllabes.
II nous reste k etudier le principe de I'integrite du mot. Le
mot, il est vrai, pent s'etendre, il pent redoubler une de ses
syllabes, il peui, au contraire, eteindre et perdre une de celles-
ci, mais entre chacune des syllabes qui le composent s'eta-
blit un equilibre. Ce que Tune d'elles perd I'autre doit neces-
sairement le gagner, de sorte que le mot, tel que le nombre de
ses syllabes Ta fait, ne peut rien perdre ni en tonality, ni en quantity, ni qualitativement, ni quanlitativement. G'est la compensation.
C'est le trait qui complete V\xnit6 du mot et sa constituti<Ki intime.
D. iNT^GRITfi DU MOT, BT PRINCIPB BB COMPENSATION.
Supposons un mot compost de deux syllabes, la premiere br^ve, la seconde longud. Par suite d'un accident phon^tique la derniere de longue devient brSve ; la premiere devra imm^ diatement se renforcer.
Supposons que dans une syllabe un des phondmes vienne k disparattre, le phondme qui reste, s*il ^tait court, devra s*allonger.
Supposons qu*une syllabe ferm^ de^itae une sylkkba ouverte, tres souvent la voyelle qui reste prendra un accent special qui remplacera la consonne disparue, accent tantdt uniforme, tantdt variable, suivant la nature de la consonne qui a disparu.
Ainsi une intonation nouvelle, un allongement, un accent dans une syllabe, auront ^t^ la consequence et la reparation de la perte d'un element soit dans la m^me syllabe, soit dans une autre. On peut done dire que dans le mot, unite naturelle, comme dans la nature chimique, rienne se perd, tout se transforme.
Etudionsseparement les trois phenomdnes ci-dessusindiqu^s.
a) Phenomdne de compensation qiuilitative.
Ce ph6nom6ne se produit d'un c6t6 dans les langues n6olatines, d'autre c6t6 dans les langues germaniques.
Langues n^o-latines.
Dans ces langues le phenomene a 6t6 appel6 la diphthong gaison.
Dans les langues romanes les finales qui etant ou longues, ou susceptibles de s'allonger fr6quemment par position, 6taient termin6es par une consonne, sont presque toujours devenues brdves par perte de cette consonne ; hrevem devient hrite ; decern^ deci; levim, leve ; sedet, sede, en italien. U en rteulte
uae perte de quantity dans la derni^re syllabe, et en inSme temps une perte d'6quilibre dans le mot, si la syllabe pr6c6dente accentu6e ne contient qu'une br^ve ; si elle contient une longue, la perte totale du mot n'en existe pas moins, mais il est facile de la r6parer en insistant un peu plus sur la longue accentu^e, et en tout cas I'^quilibre n'est plus perdu, puisqu'on peut facilement s'appuyer sur une longue accentu6e.
Toutes les fois que la p6nulti6me accentu6e sera br^ve, et que I'ulti^me aura perdu sa quantit6, cette perte de quantit6 d'une syllabe sera r6par6e sur Tautre, non point quantitativement en rendant longue cette dernidre, mais qtialitativement en la renforgant. Brevem devient brieve ; decern^ died ; levim^ lieve ; sedet, siede. De meme si la voyelle est un o ; bonum devient buono ; boves devient buoi ; cordem^ cuore ; domum^ duomo. De m6me si la voyelle est un i ; /idem devient fede ; minits, meno ; nigrum, nero; pilum, pelo.De m6me si la voyelle est un u:crucem devient croce ; humerum^omerd ; lutum, loto^ Si la voyelle est a, ell^ reste plus invariable, mais cependant en frangais a une tendance k devenir ai ; clavem^ clef ; navem^ nef, atom, aile.
C5es changements pour lesquels nous avons pris pour exemple ntalien s'accomplissent aussi en espagnol, en frangais et dans les autres langues romanes ; seulement en espagnol on emploie ue au lieu de uo pour diphthonguer ; en valaque e devient ed au lieu de ie ; o devient oa au lieu de uo. En frangais o devient eu.
Nous avons dit que ce ph6nom6ne se produit quand la p6nulti6me est br^ve, non lorsqu'elle est longue. Qu'arrive-t-il dans le cas mixte, lorsqu'elle n'est longue que par position ? Dans ce cas I'espagnol et le valaque seuls diphthonguent ; centum devient ciento ; ferrum^ hierro ; terram, tierra ; collum^ cuello ; et en valaque : costa, coaste ; coxa^ coapse; mollis, moale.
Une restriction singuliere existe ; la compensation n'a pas lieu quand la syllabe accentu6e est s6par6e de celle qui a subi une perte k compenser par une syllabe interm6diaire, en d'autres termes lorsque la syllabe br^ve accentu6e est proparoxyton, alors le plus souvent aucune modification vocalique n'a lieu, c'est que la compensation sur une syllabe non accentu6e n'aurait presque aucun effet, et que d'autre c6t6, pour qu'elle
ait lieu sur raccentu6e devenue plus 6loign6e, il faut un eflfet (le syllabe a syllabe que reloignement affaiblit.
Nous avons nomm6 diphthongaison ce ph6nom6ne, ce qui est exact lorsque Ye devient te, Yo devient uo, ue, et m6me lorsque Ya devient ae, e, mais ce qui semble ne plus I'fitre lorsque Yi devient e, et lorsque I'w devient o. Cependant la diphthongaison existe encore bien dans ces demiers cas, car Ye est pour ai, et Yo est pour au. Nous avons avons done la s6rie complete : Ya devient ai = e\ I'w, au = o ; IV, at = e; ainsi chaque voyelle se diphthongue avec la voyelle la plus proche en descendant sur une des branches de la croix vocalique si la voyelle k renforcer se trouve sur un point intermMiaire de cette croix, en remontant si la voyelle k diphthonguer se trouve sur une des extr6mit6s.
Mais pourquoi diphthonguer la voyelle au lieu de I'allonger ? Pourquoi la perte quantitative d'une syllabe se r6pare-t-elle non par un accroissement ^galement quantitatif de lautre, mais par un accroissement qualitatif ? .
Ce point est difficile. On peut soutenir cependant que malgr6 Tapparence, la reparation est quantitative, mais est devenue ensuite qualitative, sans quoi elle serait rest^e insensible. II ne faut pas perdre de vue que dans les langues romanes la quantit6 est devenue peu sensible, que Taccent I'a absorb6e, et qu'elle est devenue incapable de soutenir une m6trique. Lorsque pour renforcer le phoneme e, on a dit ee, puis* d, de mdme pour le phoneme o, oo puis d, I'instinct linguistique a senti qu'on ne produisait ainsi presque aucun effi^t. Alors, au lieu de de fondre ee en d, oo en d, on a conserv6 les deux 6l6ments et on les a diphthongu6s oo en too ; ee en ye, de mSme uu en aw =0 ; ii en ay = e.
Langues germaniques.
Le ph6nom6ne appel6 en langues romanes diphthongaison^ s'appelle ici hrechung, ce qui entraine une confusion regrettable de termes, d'autant plus que la hrechung a un domaine plus 6tendu que la partie de ce domaine que nous rencontrons ici.
Ce ph6nom6ne a lieu dans le mdme cas, c'est-4-dire lorsque la voyelle courte accentu6e se trouve devant une syllabe dont la voyelle s'est assourdie et convertie en e muet. Alors cette voyelle courte accentu6e tant6t s'allonge quantitativement, tant6t se renforce qualitativement ; ici il n'y a plus de d^phthongaison, ai^ moins apparente.
L'a devient A ; Ye, d\ To, d ; ce qui est remarquable, c'est que cet allongement quantitatif s'accompagne d*une mutation qualitative, par exemple 1'^ prend le son d'un e fermS, I'd le son d'un o rapproch6 de I'w comme dans le mot frangais : fauve. De \k la distinction des lange vocale et des tonlange vocale ; dans ces derni^res qui nous occupent en ce moment, I'allongement modifiant qualitativement, tandis que ce r6sultat n'arrive pas dans la longue ordinaire.
Lorsqu'il s'agit de Yi et de I'm, on ne pent plus trouver le ton plus grave qui se rencontre en descendant la croix vocalique, puisque Yi et Yu sont k rextr6mit6 de cette croix. Le renforcement quantitatif se fait, au contraire, en remontant cette croix; I't devient e^ et Yu devient o ; on pent dire aussi qu'il y a eu diphthongaison de Yi et de Yu avec Ya.
On voit que le proc6d6 est le mfime dans les deux families, qu il est amen6 par la m6me cause, et que leffel est toujours un renforcement, que ce renforcement est quantitatif, et indirectement et par centre coup qualitatif.
De plus, eA ce qui concerne les phonemes u et t, il y a coincidence parfaite, dans les deux families, ils se convertissent en et en e. La divergence commence, en ce qui concerne les phonemes o eie; dans un groupe, ils se diphthonguent en uo et iCy dans Tautre, ils s'allongent en d et en d, avec une diflGSrence de timbre qui les approche de Yu et de I't. Mais cette divergence n'est qu'une difference de proc6d6 ; dans les deux cas les phonemes o et e descendent vers Yu et I't, soit en se diphthonguant avec eux, soit en devenant interm6diaires.
Nous verrons plus loin que si un tel ph6nomtoe pent se classer dans la phon6tique statique sous la rubrique du mot, comme 6tablissant son 6quilibre, nous devons le retrouver dans la dynamique sous la rubrique de Taction d'une syllabe sur I'autre, action aussi tant6t quantitative, tantdt qualitative.
b) PMnomdne de compensation quanlitative dans la mSme
syllabe.
Cette compensation est partout trds fr6quente,elle a 6t6 not6e surtout dans les langues indo-europ6ennes ; elle a pour but de conserver au mot autant que possible les mfimes 6l6ments, et k d6faut, des 6l6ments 6quivalents ; lablation du phoneme y creuse un vide que le phondme voisin vocalique vient aussitdt remplir. Oft peut en citer imm6diatement des exemples en frangais : rester devient arrSter p. arrester ; pasteur^ patre p. pastre ; pdte est pour paste. Ce qui est plus remarquable encore, c'est qu'oralement le pluriel des noms ne s'y marque que de cette mani^re. A moins de liaison, la prononciation ne fait pas sentir 1^ du pluriel, mais on allonge la voyelle finale : beau, beaux^ laid^ laids.
En Sanscrit ce ph6nomene est frequent, durmanas^ mal intentionn6, fait au nominatif durmands, pour durmanas-s ; k I'accusation pluriel des noms masculins en a, la flexion iiu est pour aus ; pi tar ^ p^re, fait au nom. sing, pitit p. pitars. Quelquefois cependant la compensation devient qtwJitative au lieu d'etre seulement quantitative, par exemple Ya qui pr6cMe la consonne supprim6e devient ai ou au.
En grec, la compensation est quantitative dans les exemples suivants : Trar>jp p. Trarepc, ^epwv p. tpepovr; ; elle est qualitative dans eijxt p. so-pii, reus p. roy(i.
En latin, elle est quantitative^ aries p. ariets^ exAmefi p. exdgmen d'ager^, ala, de axla ; quanlitative Asins fl^i, venu de feici p. fefici.
En arm6nien, us, 6paule, vis-a-vis du gothique ams;eris, trois, vis-^-vis du gothique thrius.
En vieil irlandais, set, le chemin, vis-i-vis du cymrique hynt ; cendl, race, au lieu de cenetl.
En germanique /Jix^» prendre, de fangxo.
En vieux-haut allemand mela, salaire, contre le gothique mizdo ; rislandaisp'oi, oie, au lieu de gans ; Tanglo-saxon /?/*, cinq, au lieu de fimf.
En lithuanien zdsis, Toie, vis-4-vis de I'allemand gans\sSsers, sBur, au lieu de sestra.
En slave gasti, les h6tes, au lieu de gastins.
c) Phdnomdne de compensation accentuelle de syllahe
d syllahe.
Un des plus curieux ph^nomdnes de compensation et des moins connus est celui qui a 6t6 d6couvert par M. Terrien de Lacouperie, et qui donnerait Texplication des tons chinois etde ceux des autres langues dites monosyllabiques.
Toutes ces langues, ainsi qu'il le d6montre historiquement, ont6t6 ^Toriginedisyllabiques etmdme trisjliabiques, etl'usure seule a emport6 les autres syllabes et n'en a respects qu'une ; encore cette syllabe restante n'est-elle plus qu'une syllabe ouverte. II en r6sulte que,comme en frangais et en anglais, beaucoup de mots qui avaient une signification diff6rente, et aussi des syllabes differentes, sauf une, sont devenus homophones, de sorte que Tintelligence de la langue est tr6s difficile dans sa partie lexicographique.
C'est alors que sont n6s les tons, qui n'existaient pas encore, et qui sont venus diff^rencier k nouveau ce qui s'6tait confondu. Si les langues so raisonnaient, il n'y aurait a un tel proc6d6 rien de surprenant ; les mots venant k se confondre par homophonie, on serait convenu de les distinguer vocaliquement, en donnant k chacun d'eux un ton different. Mais de pareilles conventions sont impossibles ; les langues sont instinctives et nullement volontaires. II a fallu un processus naturel, inconscient et purement phon6tique, qui amen&t le remplacement des syllabes perdues par des differences de tons dans la syllabe restante. Ce processus le voici, c'est I'accomplissement d'un ph4nom&ne de compensation.
Mais ici la compensation se fait non plus quantitativement, ni qualitativement, mais accentuellement.
Lorsque les syllabes qui maintenaient le mot polysyllabique viennent k disparaitre, elles ne le font pas sans laisser leur trace, ou plus exactement sans avoir impressionn6 la syllabe restante. Cette impression se traduira apr6s cette disparition par une diversit6 de tons. Cette diversit6 sera compensatoire de la perte des autres syllabes.
Mais ce qui est tres remarquable, c'est que, tandis que les autres compensations que nous venons de d6crire s'accomplissent parunmoyen uniforme,par exempleun allongement quan-
titatif toujours le mSme, quelle que soit la consonne disparue, ici la compensation serait diverse suivant que c'est telle ou telle syllabe repr6sent6e par son 6l6ment consonnantique qui a disparu. Par exemple si c'est une syllabe en A qui a disparu, la voyelle de la syllabe restante prendra tel ton ; si c'est une syllabe en t qui a disparu, la voyelle de la syllabe restante prendra tel autre ton.
Le phoneme de compensation serait I'explication k la fois du monosyllabisme et des intonations chinoises.
quatriEme division.
LA PROPOSITION (aU POINT DE VUE PH0N6tIQUE).
La proposition a 6t6 consid6r^e surtout jusqu'ici au point de vue morphologique et psychique ; cependant elle a un c6t6 purement phon6tique,et il faut distinguer comme pour le mot, 1*^ sa tonality, 2* son accent, 3** sa quantity.
A. ToNALITfi ET COMPOSITION PHONBTIQUE DE LA PROPOSITION.
La proposition est une unit6 naturelle phon6tique, tout aussi bien que le mot et la syllabe, nous allons en trouver des preuves nombreuses. Disons mdme que pour le sauvage la proposition Eclipse le mot, que ce dernier n'est pour lui qu'une abstraction et qu'il 6nonce la proposition enti^re tout d'un jet et la consid6re comme un grand mot unique.
La proposition se compose de plusieurs mots, comme le mot se compose de plusieurs syllabes, mais tandis que le mot r6unit toutes ses syllabes, la proposition suivant le degr6 et le lieu de I'Svolution s6pare ses mots les uns des autres, ou au contraire les r6unit en conglom6rat, de sorte qu'il y a au point de vue phon6tique deux propositions bien distinctes,la proposition-conglom6rat qui tend k se confondre avec le mot et la proposition k mots d6tacli6s. Cette derniere r6unit les mots d6tach6s par une certaine soudure qui con^iste dans un sandhi plus ou moins complet et qui tend k enchainer phon6tiquement ensemble tous les mots, ou bien les laisse compl^tement isol6s. D'oti 1" proposition holophrastique, 2** proposition k sandhi, 3^ proposition a mots Isolds.
a) Proposition holophrastique.
Nous avons dans plusieurs autres 6tudes trait6 de Tholophrase, et 6tabli qu'elle est k plusieurs degr6s en divers sens.
Elle est complete ou incomplete en ce qu elle comprend dans un seul mot tous les termes de la proposition, ou seulement quelques-uns d'eux, par exemple le sujet et le regime direct seulement ou aussi le r6gime indirect. Le Nahuatl est le type de Tholophrase complete.
Elle peut ne s'appliquer qu'aux pronoms, les substantifs restant isol6s, ou comprendre dans le conglom6rat les substantifs eux-mfimes.
Enfin et surtout elle peut 6tre ou ne pas 6tre emboltante.
L'emboltement consiste dans Funion de plusieurs termes de la proposition, k supprimer partie d'un mot, partie de Tautre, pour pouvoir les serrer ensemble et les faire se p6n6trer mutuellement. L esquimau offre des exemples trds remarquables d'emboltement.
Nous n*insistons pas sur la description de ce proc6d6, parce que nous Tavons tr^s souvent faite ailleurs. '
Disons seulement que c'est le proc6d6 de constitution de proposition le plus ancien.
6) Proposition A mots isoles.
A Topposite de cette proposition sjnth6tique dont le plus haut degr6 est Tholophrase se trouve la proposition purement analytique dont tous les mots sont isol6s, et qui de plus ne relie ces mots plion6tiquement les uns aux autres par aucune accommodation de la finale de Tun et de Tinitiale de lautre.
Dans cette classe se rangent toutes les langues analytiques auxquelles les regies de la liaison ou du sandhi sont demeur6es inconnues, non seulement celles isolantes sous d'autres rapports, comme le chinois, mais aussi toutes celles qui ne se soucient pas qu'un mot fasse hiatus ou non avec le mot suivant par exemple les langues polyn6siennes.
e) Proposition & mots mis en suite pkonMique.
D'autres langues, au contraire, tiennent le milieu ; tout en isolant leurs mots, elles ne les laissent pas absolument ind6pen-
dants Tan de Tautre ; la proposition les coordonne phon^tiquement. ^
Bile le fait de trois mani^res, soit en modifiant le phondme initial et le phoneme final de deux mots qui se suivent, soit par un pli6nom^ne qui ressemble a remboitement,ensupprimant I'un ou Tautre de ces phonemes, ou une syllabe enti^re, soit enfin en r6veillant k la finale d'un mot un phoneme muet pour le prot6ger contre Vhiatus. Le premier de ces proc6d6s constitue le sandhi.
Premier procid4. Accommodation de la finale et de Cinitiale^
ou sandhi.
En Sanscrit Tunitfi de la proposition existe tellement que graphiquement tous les mots qui la composent s'6crivent sans s6paration entre eux, ce qui est un vestige de r6tat primitif holophrastique des langues. M. Fr6d6ric Miiller pense, au contraire, que ces lois rigoureuses du sandhi en Sanscrit sont artificielles et tiennent a ce que le Sanscrit est une langue sacr6e, artificielle elle-m^me.Il en donne pour preave que les mots soumis aux regies du sandhi sont d6jd non dans leur forme primitive, mais dans celle que les lois de la finale absolue leur a donn6e. Malgr6 cette grande autorit^ et la valeur de cette preuve, nous inclinons k penser qu*au moins si T^tat du sandhi est hyst6rog6ne, il a 6t6, au moins, su^g6r6 par un 6tat trte ancien et conforme de la langue.
Les regies du sandhi affectent les voyelles et les consonnes.
En ce qui concenie les voyelles.
1** Les voyelles semblables se transforment en une seule longue : wart iha astiy Teau est ici, devient vdrthdsti.
2* Va devant d'autres voyelles se contracte. a + i devient c, a + tt devient o \ a-]-^ devient ar \ a + e devient di-.a-^-ai devient ai\ a + 6 devient aw ; a -]- du devient du. LY, I'u, Yr devant des voyelles autres ou des diphthongues se changent en les semi-voyelles correspondantes j, w, r ; I'e, Yd devant Yd restent invariables, mais font s'6lider Yd suivant, devant les autres voyelles se d6composent en aj, aw, puis effacent le j, et le «?, de sorte qu'il y a hiatus ; enfin les diphthongues di, du se semi-vocalisent en a/, dw, puis Yy et le w disparaissent de sorte qu'il y a aussi hiatus.
Examples : tawa itshtshd, ton d6sir = taioetshtshd ; sd uwdtsha, elledit =so wdtsha \jathdr9ih, comme un patriarche = jathayairsih ; ititiktwd, ayant ainsi parl6 = tiktwd ; madhu iha miel ici = madhwiha;wana dste =wane dste, apr^s vanay dsle ; vans asti\ 11 est dans le bois = vane 'sti ; so api^ lui aussi = so 'pi ; tasmd addt, il lui donne = tasmdj adat.
Quelle est Texplication de ces deux regies ? La premiere est simple. Deux phonemes semblables se confondent en une longue.
La seconde semble compliqu6e, mais peut se ramener k deux principes. L'un consiste en ce que dans les cas de rencontre on emp^che I'hiatus d'abord en semi-vocalisant la premiere voyelle si celle-ci est passible . de semi-vocalisation (la semivocalisation de la seconde voyelle vocalisable ne remplirait pas le mdme but, parce qu'elle cr6erait une difficult6 de prononciation, si, comme celaest le plus frequent, elle 6tait suivie d'une consonne). Cette semi-vocalisation exige souvent comme operation pr6alable la decomposition de la premiere voyelle en ses 6l6ments, d'e en at, d'o en au. Un second degr6 d'6volution plus difficile a expliquer vient ensuite souvent d6truire la semivoyelle qui avait servi de liaison et r6tablit un hiatus, ou le supprime ^ nouveau,apr6s I'avoir 6tabli,par la suppression de la voyelle initiale du second mot. C'est peut-dtre une tendance a la dissimilation et a la separation des mots qui se fait jour.
Le second principe consiste en ce que, lorsque la semi-vocalisation de la premiere voyelle n'est pas possible, chacune se conserve, mais pr6alablement on decompose la seconde et si elle renferme comme element un phoneme semblable a la voyelle finale du premier mot, on contracte pr6alablement ces deux phonemes, c'est ainsi que tawa osadhih^ ton remede = tawa ausadhih, puis tawa usadhih. Puis un second degr6 d'^volution fait se contracter les deux voyelles qui ont pereiste, si elles sont d'6gale force, c'est-A-dire si la premiere, toujours Va alors,n est point longue. Cette contraction fait faire a chaque voyelle la moiti6 du chemin qui les s6pare sur la croix vocalique ; a + t devient e ; a + w devient 0.
Reste k savoir pourquoi \e et 1 devant Ya bref initial ne se d6composent pas, persistent tels qu'ils sont, et font s'6lider Ya suivant. C'est un 6chec au pr^nier principe, Cest le r6sultat
d*un troisi^me principe qui vient k latter avec le premier et qui consiste en ce qu'en cas de rencontre de deux voyelles c*est la plus forte qui Temporte, et qui dans sa concurrence vitale ^lide Tautre.
S'il fallait 6tablir revolution et la distinction de c^ trois principes r6gissant la rencontre dans deux motsde deux voyelles dissemblables, nous dirions qu'en cas de rencontre de deux voyelles on cherche d'abord k les conserver toutes les deux en semi-vocalisant la premiere, si cela est possible, et que dans ce but mfime on decompose la premiere voyelle, s'il le faut, pour y trouver la semi-voyelle n6cessaire ; quo si cela est impossible on contracte les deux voyelles en une seule, de sorte qu'en r6alit6 on conserve la moiti6 de chacune, que lorsque ces moyens sont impossibles, ou paraissent peu euphoniques, on 6lide la seconde voyelle si elle est courte, tandis que la seconde est longue.
En ce qui concerne les consonnes, deux principes dominent, dont le premier est universellement, le second souvent appliqu6.
Premier principe. — C'est la consonne initiale suivante qui decide si la finale pr6c6dente doit Stre sourde^ sonore ou tiasale, et I'assimile sur ce point.
Deuxiime principe. — C'est la consonne initiale suivante qui decide si la finale pr^cMente doit Stre pakUale, cir4bralc^ nibrante, ou dentale, et Tassimile g^Q^raiement sur ce point.
Voyons Tapplication des deux principes.
En vertu du premier, I'initiale sourde veut avant elle une finale sourde, la sonore veut une sonore, la nasale veut une nasale ; les voyelles sont consid^r^es comme des sonores, ainsi qu'elles le sont, en effet, physiologiquement.
W&k asti, le discours est, devient ainsi : wagasti ; t€U ndsti^ cela n'est pas, devient tan-nasti.
En vertu du second principe, les finales f , n, A, m sont affect6es par la consonne initiale suivante ainsi :
t s'assimile aux palatales, aux c6r6brales et au phoneme I ; tcU'likhitam, cela 6crit, devient tat-likhHam ; tat-djayaii ; il gagne cela, devient tadj-djayati.
n s'assimile aux palatales, c^r^brales ou dentales sourdes en devenant sifflante ou plus exactement fricative du mdme ordre.
mais en conservant des traces de son ancien 6tat dans T^znt^^loara. Ainsi hhavdn-tsha et le seigneur, devient : bhavash-tsha. Devant les palatales et les c6r6brales sonores et devant Vsh^ Yn devient non plus la sifflante , mais la nasale de Tordre correspondant k ces initiales ; tdn-dindiman^ ces tambours, devient tan-dindimdn. Devant le phondme I, Yn s'assimile k lui, en se conservant k demi par Yanvswara : tan-laMkum^ pour obtenir cela, devient tdl-labdhum.
m devient un anusu)ara a la pause et devant j, w, r, /, et sh, s, s ; devant les plosives et leurs aspir^es il devient anuswara ou bien une nasale de la classe de ces initiales.
h V reste h devant les gutturales et les labiales sourdes, 2^ s'assimile devant les sifflantes, 3"* devant les palatales, c6r6brales et dentales sourdes se change en sifflante de Torgane de rinitiale, 4"^ devant toutes les sonores, y compris les voyelles, se change en z^ puis en r, 5* devant r tombe, mais par compensation la voyelle pr6c6dente s'allonge.
La syllabe ah^ ok suit des r^les particuli^res devant les initiales sonores. On distingue si A a eu pour engine un s ou un r. S'il a eu pour origine un r, il redevient r ; s'il a pour origine un s^ alors ah devient o et ah devient a, apr^ avoir pass6 par ar.
Apr^ Faction, la reaction.
h initial apr^s une plosive devient une aspir^e sonore de cette consonne, puis entraine lui-mSme ensuite cette consonne dans les sonores. Tat-hi devient tat-dhi, puis tad-dhi.
sh initial apres s'dtre assimil6 le t final se change en tsh ; c'est ainsi que tat-shruwa, ayant entendu cela, devient iatshshwjoa^ puis tatsh-tshruwa .
Les principes qui expliquent cette reaction du phoneme final sur le phoneme initial sent particuliers, en ce qui conceme Yh initial; il retoume k son 6tat primitif, car il derive d'une aspir6e sonore, et le sandhi produit sur lui YeSet d'un r6actif . Quant k la r^le du sh^ elle vient de la difficult^ de prononcer deux phonemes voisins tr^ peu diff6renci6s : sh apr^ tsh.
Nous n'avons done k retenir et k expliquer que les principes qui president k Taction, ainsi que leurs applications.
L'action s'exerce, ainsi que nous le verrons pour I'int^rieur du mot dans la phon6tique dynamique, non de Tant^cMent sur le subsequent, mais du subsequent sur Fantecedent ; la bouche
se pr6pare d'avance k prononcer le phoneme plus 6loign6. Pourquoi ? Nous tenterons plus loin de I'expliquer.
Cette action assimile d abord quant aumode de prononciation, puis, mais moins puissamment,quant au lieu de prononciation.
La premidre assimilation est tout k fait r^guli^re, elle tient a la difficult6 qu'il y a ^ prononcer une non sonore k c6t6 d'une sonore et une nasale k c6t6 d'une orale.
La seconde est irr6guli6re, elle n'aflfecte, en g6n6ral, que les dentales, parce que cet ordre de phonemes renferme les phonemes les plus nombreux, qui se touchent, et dont les lieux ne sont pas trop doign^s les uns des autres ; aller plus loin, jusqu'aux labiales et gutturales, serait d^figurer les phonemes en les transportant dans des lieux trop 6loign6s. De plus, 11 est assez difficile de prononcer de suite diff^remment deux dentales rapproch6es par leurs organes de productiQn,d'ou Tassimilation s'imposait. VI et In n'6tant k certains points de vue que des dentales sui generis rentrent dans la r^le.
Quant k Teffet de cette assimilation, elle est naturelle et enti^re quand elle atteint le phoneme t ; quand elle atteint Yn on comprend que Vn devienne nasale de Tordre de Tinitiale suivante, ou s'assimile. Mais comment devient-il quelquefois une sifflante ? II ne le devient pas r6ellement ; mais se convertit en anuswara et c'est le phoneme initial qui vient envahir son domaine, en le r6duisant k un son vocalique.
Quant aux transformations d'm et d'h finaux, elles demandent d'autres explications.
La transformation d'une consonne nasale de la classe de Tinitiale suivante repose sur les principes ci-dessus, mais sa conversion en anuswara devant les semi-voyelles et les sifflantes provient de ce qu'il n'y a pas de nasales de ces ordres, et de la nature semi-vocalique de I'm qui le fait devenir facilement voyelle ou se fondre avec la voyelle pr6c6dente, quand une consonne suit.
L'assimilation d'A devant les sifflantes, sa conversion en sifflante du mdme ordre devant les palatales, les c6r6brales et les dentales, son affaiblissement en z devant les voyelles et les sonores, tout cela tient k une meme cause, la tendance de Yh qui est un bruit de souffle k se convertir en fricative et en fricative de la classe de I'initiale suivante d'aprds un autre principe,
parce qa^aatrmnCDt ce souffle trop inconsistant ^'^vanouirait, etqaec^te conversion n'est pour lui qu'une prise de consistance ; le souffle plus intense devient fricatif. Quant k I'affaiblissement en z^ devant les sonores, 11 derive du premier des principes cidessus 6mis, et qui exige devant une sonore une autre sonore. La chute d'A devant r s'explique par la difficult6 de prononcer distinctement et successivement ces deux phonemes.
Deuxieme procide. — Supp?*ession dun des phonies ou (Tune
syllabe.
L'6lision qui est si fr6quente au milieu des mots est rare dans les regies de mot k mot du sandhi Sanscrit.
Mais elle est fr^quente en d'autres langues. Le latin 61ide non seulement la voyelle finale du mot, mais souvent la consonne nasale» am, im, au moins dans la prosodie. Les Elisions sent fr^quentes en grec oft les riigies du saaadiii ne rdgnent pas. En g6n6ral, c'est la voyelle finale qui est frapp6e et disparait.
Le frangais pratique aussi g6n6ralement r6lision ; c'est ainsi que Tarticle, les pronoms personnels dans la conjugaison, sont 6lid6s, mais surtout quand la finale est un e muet ; nous verrons quels autres moyens le fran^ais emploie concurremment.
D'autres langues vont plus loin et 6lident des syllabes finales enti^res. C'est ainsi que le malgache fait disparaitre les finales ka, tra et na, et cela mdme devant les consonnes pour lier plus fortement les mots ; mais alors la consonne initiale suivante est modifi6e, v se change en J, z en j\ h en ft, /en p, r en dr, I en d, s en ts.
D'autres langues, au contraire, 6lident la voyelle initiale du mot suivant ; c'est ce qui arrive irequemment en arabe, lorsque ce mot commence par Tartide al.
Troisidme procide. — Riapparition dun phondnte muet
ou disparu.
U faut diviser ce proc^d^ en precede apparent et proc^d^
virtuel.
Proced4 apparent.
Nous avons d^ja vu que I'hiatus de deux voyelles. Tune
finale, Tautre initiale, agit comme un r^actif. Tant6t on decompose une des voyelles en ses elements : e en at, o en aU^ tant6t Vh ddriv6 de r redevient r.
Mais dans certaines langues, le syst^e est plus gdn^ral, par exemple en fran^ais.
Dans cette langue on ne prononce point en g^ndral, la consonne finale au repos, ni quand le mot suivant commence par une consonne ; au contraire, on fait sentir cette consonne, surtout r^ et le t, quand le mot suivant commence par une voyelle ; c est ce qu*on appelle la liaison qui a pour effet d'empdcher I'hiatus ; 1'^ est muet dans le temps vient; 11 se prononce dans le temps est venu ; le t ne se prononce pas dans il vient, il se prononce dans vient-il.
Les liaisons sont devenues en fran^ais de plus en plus frdquentes dans la prononciation sous Tinfluence de la langue ^crite ; elle se sont ddvelopp^es peu k peu, comme le sandhi Sanscrit.
> EUes forment Tobjection la plus s^rieuse, quoique non invincible, a la r^forme orthographique.
Proc4d4 virtuel.
Quelquefois ce proc^d^ est profond^ment cach^ , et on a cru k Texistence d*un proc^d^ tout autre des phonemes de liaison.
En grec, pour empdcher Thiatus, on insure un n euphonique ; en fran^ais c'est, au contraire un t euphonique.
Cette insertion n'est qu'une apparence. En fran^ais, par exemple, on dit : vient-il, en faisant sonner le t. Quand on dit aime-t'il.il serait facile de ddtruire Thiatus, en dlidantl*^ muet, et de dire aime-il, comme on dit : sHl, au lieu de si il. Au contraire on dit aime-t-il avec un t de liaison. Pourquoi? En vertu de Tanalogie. Les mots ayant un t sonore avant il : fait 41, vaut'il sont tr^s nombreux ; I'oreille s*est habitude dans cette situation grammaticale k entendre un t, elle en demande un partout ou cette situation se pr^sente.
Il en a 6t6 de mdme de Vn euphonique grec et de tons les phonemes reputes de liaison.
Telle est la liaison des mots entre eux et tels sont les divers precedes de cette liaison : sandhi, lettres euphoniques, r^pparition d'une lettre muette.
Ces proc^d^s ont eu un r^sultat indirect que nous devons classer et ^tudier ici en passant ; ils ont cv66 les doublets syntactiques.
Des doublets syntactiques.
Tout le monde salt en quoi ces doublets consistent.
En frangais on dit : un homme beau, mais un bel homme ; Thiatus fait r^apparattre 17 qui s'^tait liqu^fi^ en u, et Tadjectif se trouve ainsi avoir deux formes suivant les cas : bel et beau.
II est possible que ces deux formes ainsi cr^^es viennent a subsister au dela du cas pour lequel eiles ont 6i6 faites. On a alors le doublet syntactique proprement dit.
Quelquefois seul il explique des d^clinaisons trds irr^uli^res qui empruntent le th^me dans certains de leurs cas k un des doublets, dans certains autres cas k un autre doublet, quelquefois mdme on superpose les deux formes ; c'est ainsi qu*en presence des doublets japar et^'ofan, on ale nominatif Jec-ur, mais le g^nitif ^'ee-m-or-w, qui r^unit les deux.
Les doublets syntactiques sont un des elements les plus puissants de formation du langage ; ils multiplient les formes de chaque mot, mais ils sont la cause aussi de nombreuses irr^gularit^s.
lis sont le produit de T^laboration phon^tique de la proposition.
Telle est la composition phon^tique de la proposition, studious maintenant son accent et sa quantity propres.
B. Accent de la proposition.
L'accent de la proposition est celui qui fait prSdominer quelques-uns de ses mots sur les autres, d*ou sa prononciation est plus rapide, Tunite de la proposition assurSe, et ses diff(Srents mots phonStiquement hiSrarchis^s.
C*est ici que se place la thSorie des mots pleinement autonomes d'une part, des mots enclitiques et proclitiques d'autre part.
Certains mots, de signification accessoire et de composition lexiologique tr6s courte, perdent leur accent, reposent sur un autre mot autour duquel ils gravitent, jusqu^a ce qu'attirSs
dans sa sphere ils finissent par dtre absorb^s par lui : ce sont les proclitiques et les encUtiques.
L'^quilibre de la phrase doit consister dans un m6lange de ces mots non-accentuds et des mots accentu^s. Les non-accentu^s, les enclitiques, sont fr^uents en frangais ; leur melange avec les accentu^s fait Tharmonie, par exemple, de ce vers malgr^ son monosyllabisme unifarme : le jour nest pas plus pur que le fond de mon camr, lequel au point de vue phon^tique s*arrange ainsi : lejour n'estpaspluspurque le fond demon coeur.
A cdt^ de cet accent tonique de la proposition, tout objectif, se trouve Vaccent oratoire, tout subjectif. II consiste k faire ressortir au grd de celui qui parle, et pour mieux exprimer la pens^ dans la proposition, tel ou tel mot, ce qui s exprime graphiquement par I'emploi de Titalique.
Nous retrouverons Taccent oratoire dans la phrase.