QUATRIEME SECTION
Permutalion entre direcles et laUrales.
Cette permutation tr^s importante en comprend phtsieurs bien distinctes.
l"* entre ies palatales et les dentales plosives d*un c6t^, et
d'autre c6td leur latdrale commune t, d ;
. 2° entre les gutturales et les dentales fricatives d*un cdt6 et
d*autre c6t^ leur lat^rale commune I, i.
3* entre la vibrante r et sa lat6rale /.
Les deux premieres constituent le chuintement.
La consonne chuintSe forme toujours d^^n^rescence ou affaiblissement. Le chuintement derive historiquement de Faction d'une voyelle postpos6e : i.
a) enfre Us palataJes et deniaUs plosives et le }j ct.
Un fait tr^s remarquable c'est que le J, ^ n a pas une origine uniforme. Dans certaines langues, c*est le produit du chuintement oulat^ralisationdes palatales ; dans d'autres des dentales. Plus exactement peut-Stre ces phonemes ne sont les descendants ni de Tun ni de Tautre, mais le r^sultat de solidification de IV qui suit ^galement la dentale et la palatale, tandis que ces derniers phonemes tombeht. Etant le derivd de lY, le t, d est, en r^alit^ une palatale.
Dans les langues Indo-Germaniques le I, «^ derive nonde t'\-t\ rf 4" ^ ™^^s de k^ + I, g^ + I. II existe deux k Indo- Europ6ens le k^, k^^ = q^ k = k\ k^, et le k^ = k^. Le premier souvent se labialise, et tantfit alors se conserve, tant6t aboutit k w, /*, 6, p. Le second aboutit en Sanscrit tout de suite aux palatales }, d» H se conserve en Grec^ Latin, Germanique et Celtique, mais ^ devient en Armdnien J, s, en Iranien s, 6, et jf^, en Arm^nien ts, en Iranien z. Enfin en Slave partout k, g sont devenus ^ ct. On voit que du }, k on est souvent descendu au 1, J, c'est-a-dire de la plosive k la fricative.
Dans les langues Malaises, au contraire, les chuintantes ne viennent pas des gutturales, mais des dentales seulement. Le
Javanais et le Battak d^ le Mankassar, Alfoure, Malgache et Tagala r et / issus de d se chaDgent en Malais en \, \ ; puis ces derniers phonemes d^g^nSrent en Battak en ^ : Battak (ukm^ passer; mal, adjon ; malais andjin, chien, tagala aso.
Dans les langues Romanes d^Q^v^es, le mdme ph^nom^ne se produit. En Italien c devant un i devient ^, et ^, ^.
En zend le / primitif lorsqu'il ne s*aspire pas en se chuinte en ]r-
Dans les langues Ouraliennes, le }, h provient non des dentales, mais des gutturales ; le k finnois devient l en Vote, en Magyare et en Mordwin ; Killing briller donne ishiUag, ^toile ; Puis le t d6g6n6re en J, puis en s on z ; c'est un nouvel affaiblissement.
Un groupe tr6s remarquable se rencontre dans les langues Slaves, c*est le ]^ c ou la reunion de la lat^rale ou chuintante fricative et de la m6me plosive ; c'est le chuintement par excellence.
Le chuintement qui est le r^sultat de Taction de la voyelle subs6quente i ne se borne pas aux gutturales et aux dentaleSj il attaque mdme les labiales ; c*est le Portugais qui pr^sente un specimen trds curieux de ce cas ; le^ latin pluvia devient en Italien pioggia ; d^s lors IV apparu commence k agir, et on voitapparaitre en Portugais jD^MjjOcWf^.jolwW/ puis par chute du p, st^va, chuva, la pluie. Ceci prouve une fois de plus que la chuintante est la consolidation de la voyelle i, semi-voyelle^. Les langues Slaves ont dSvelopp^ un moyen particulier de mouiller les labiales sans introduire IV qui cause leur chute* elles intercalent un /; lioblio, j*aime, pour liobio.
La plosive latdralis^e^ ou u d, ne reste pas k ce point, elle se convertit bientdt en fricative Iat6ralis6e J, 1, puis en fricative simple Sf z^ quelquefois abr^geant ce long circuit, de u d% die devient directement, se ddcomposant en deux ddments, /J, cTz^ puis ts^ dz, et enfin quelquefois s^ z, arrivant ainsi au mdme rdsultat. Le premier stade apparatt en Grec sous la forme du ^ lequel correspond au cL des autres langues. C'est le ph^nom6ne du zeiacisme. Nous aurons k Mudier aussi ailleurs, car ce K n*est pas seulement la d^g^n^rescence du ^, mais aussi la solidification de IV voyelle, jv semi-voyelle.
Comment se fait-il que le u h ait une tendance k se r^soudre
en la correspondance fricative J, ^ ? C'est qu'il y a moindre effort, affaiblissement toutes les fois qu*0Q passe de la plosive k la Mcative» ce qui est conforme k revolution. Le passage ult^rieur de i, l^ ks, z sembie moins explicable, puisque la lat^rale est une d^g^n^rescence du phon6me direct, c'est que d'ordinaire c*est Ys qui se change en i, mais 11 faut observer que le plus souvent on a plutdt pass^ de } en ts, puis en s, et que is est une decomposition de U, ce qui rend les 6l6ments s6par6s plus attaquables. Nous verrons le 5 s'6vaporer en A, puis disparattre.
b) Enire les pakUales et denkUes fricatives et leur laterale 9^ 1. Ce passage est aussi tr^s frequent. II a lieu quelquefois sous
rinfluence d'un autre phoneme voisin. C'est ainsi qu'en allemand moderne 1'^ suivi d'une consonne se prononce 5 ; Itadt^ Iterben, au lieu de stadt^ sterben.
Mais le plus souvent cette influence n'est pas n^cessaire. La permutation de ^ en i^ se nomme Yepaississetnent.
Vs Sanscrit se chuinte et devient I en zend ; tanus, le corps, zend tanul ; grec (ftpoiq, zend baroii ; apongv devient aussi arlan.
C'est presque toujours le r6union de phonemes ^ + i\ s-^y qui devient i, nous en avons un frappant exemple en anglais dans les desinences en ston, tion, qui se prononcent shn.
Enfin le chuintement i tient lieu du chuintement t dans les langues qui ne contiennent pas ce dernier ; ainsi canere est devenu chanter ; carmen^ charme.
c) Entre la tibrante r et sa laterale I.
On a discute la question de savoir quel est le phoneme primitii r ou /. Il est certain que quelques langues ne poss^dent que Tun ou I'autre, que quelquefois c'est IV. N6anmoins IV est primordial, et IV son phoneme lateral en est un affaiblissement.
Un rapport si intime existe d'aiUeurs entre les deux phonemes que plusieurs langues poss^dent un phoneme intermediaire : rl P le Chinois, dans le mot eurl, deux, 2® le Samoyede, 3» le Tamoul.
Souvent IV et 17 s'echangent dans leur langue, et Ton choisit dans un mot Tun d'eux par simple besoin de dissimilation ; c'est ce qui arrive en fran^ais dans les mots cribU apr^s cribrum^ rossignol apr^s luscimola.
D'autres groupes d^ langues font un choix ; parmi les Polynfeiennes, / se trouve en Samoa, Tonga, Fakahafo, Tahiti, IV dans les autres langues pour le mfime mot.
Dans le domaine Indo-Europ6en IV appartient au Sanscrit et semble primitif. U est souvent repr6sent6 par / dans les autres langues : pura est devenu no'kv ; dirghas. iokiyp^ ; sarva^ olo; ; prij f iXecD ; gravasja^ gloria ; sara^ sal ; Xecpiov, lilium.
Dans les langues Malaisiennes, I'^change de IV et de IV est incessant ; le Tagala pr6f(^re presque partout IV.
A IV G6orgien correspond IV en Mingr6lien et en Laze : thaphh\ le miel = thophuri.