‹ Essai de physiologie générale ... précédées d'une introduction et d'une lettre addressée à M. le Dr. Claude BernardChapitre 3 sur 4 · III · texte numérisé non relu

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périlleuse entreprise, Vingt«cihq années bientôt se sont écoulées depuis : la science et le savant ont marché ; volontairement renfermée dans le cercle de ses travaux, la physiologie expérimentale s*est de plus en plus affirmée ; mais dé son côté Tauteur de cet Essai n'est pas resté inactif; il n'a cessé de butiner dans le champ dédaigné par le chef de la physiologie expérimentale ; et, c*est pour vous expliquer et justifier sMl se peut à vos yeux sa per-* sistance, qu*il vous adresse cette lettre.

Je commence par reconnaître tous les mérites de la physiologie expérimentale en général et les vôtres en particulier. Votre titre de physiologiste éminent est aussi légitime que Toriginalité de vos travaux est incontestable. A Dieu ne plaise que j'aie la prétention d'entrer en lice avec vous : mon ambition est beaucoup plus modeste; elle se borne à faire voir que» toute valeur de rhomme réservée, Tobservateur qui cherche à découvrir les secrets de la physiologie au lit du malade est non« seulement susceptible d'apercevoir la plus grande partie des choses qu'aperçoit rexpérimentateur, maïs qu'il est parfois assez heureux pour compléter les enseignements de ce dernier, s'il n'a pas quelquefois la chance plus heureuse encore de les redresser. «

Mais j'ai besoin, avant d'aller plus loin , de prévenir une équivoque qui pourrait jeter de l'obscurité sur ce débat.

Lorsque Magendie cherchait à donner, dans la section

de médecine et à^ chirurgie, une grande prépondérance aux physiologistes sur les praticiens, il les considérait les uns et les autres d'une façon absolue, si ce n'est en opposition les uns aux autres.

Pour votre célèbre prédécesseur, le physiologiste était celui qui ne cherche les secrets de la vie que dans les entrailles des animaux : en dehors de l'expérimentation, des vivisections, il n'y avait point de physiologie. Par contre, qui disait médecin ou chirurgien, disait l'homme qui tâtele pouls, prescrit des médicaments, coupe une jambe ou guérit une fracture. Â supposer qu'il accordât auxL plus privilégiés la faculté de voir, d'observer, de méditer en traitant les malades, il ne supposait pas qu'ils pussent découvrir autre chose que les causes des maladies et les moyens de les guérir. Il poussait si loin cet antagonisme, que je l'ai entendu déclarer lui-même, au sein de rAcadémie — à propos d'un malade chez lequel la destruction graduelle du cervelet n'avait pas entraîné la perte de l'équilibre et de la coordination des mouvements — que ces sortes d'observations, contraires aux lois de la physiologie expérimentale, devaient être passées sous silence, qu'elles n'étaient bonnes qu'à jeter le trouble et la confusion dans la science. C'est alors que j'ai osé protester; c'est alors que je me suis permis de lui dire devant l'Académie que le champ de la pratique n'offrait pas seulement à l'observateur des problèmes afférents à notre art; mais que les phénomènes

produite par ia tiialadie étaient tl«s phénomènes dé physiologie, de physiologie pathologique, de physiologie comparée, dé physiologie d'un autre ordre, si l'on teut^ mais d'un ordre non moins élevé que les phénûmèues provoqués par 16 scalpel de rèxpérim^ntateuf. Il y avait donc à placer, entre les physiologistes do laboratoire et les praticiens de Magendte, toute une classe d'observa^ tetirs qui regardent la fonctionnalité malade comme un mode de la fonctionnalité générale, et qui, au moyeti de 4acomparaison des deux termes, cherchent à ititrôduire là physiologie dans la pathologie et la pathologie dans la physiologie ; d'où il résulté que ces deux bi'anches ^lïvisagées dans leurs affinités naturelles ne constituent, à proprement parler, qu'une seule et même physiologie : la Patsi(h.ogi£ généIiale. C'est à la démonstration de cette thèse qu'a été consacré Tessai dont j'ai l'honneur de \ous adresser cette troisième édition*

Je n'ai que peu de choses h ajouter aux liaisons théoriques ou inductites que j'ai données dans mes trois mémoires, et surtout dans la préface qui leur sert d'introduction ; je n'ai rien non plus à y changer : ce que j'écrivais il y a vingt-'cinq ans, je l'écrirais encore aujourd'huik

Mais ce que j'ai de plus aujourd'hui, qu'il y a vingtcinq ans, c'est la mise en pratique de mes idées ; c'est la preuve expérimentale de la possibilité de faire servir très-utilement les faits de la pathologie médicale et chi-

rui^icale k réluddatiou des . 4]«a6(ioDs de.{ibysîolûgie {Mire« Oi*^ je vous en demande bien fiardon^ mon cher et bim savant collège, pendant que vous élucidiez, expérimenialement ies grands problèmes de rinnervatioa, pendant que par vos découvsertes en physiologie expérimentale vous ouvriez dç nouvelles voies à la physiologie pathologique, Je oontinnais de mon mieux à faine servir ma clientèle et mon bistouri de champ «t d'instrument à l'observation physiologique. Je ne veux pas me prévaloir de rimmensfi avantage que rhomnua présente à cet endroit sur les bètes : ^ me home à vous demander droit de cité dons la physiologie pour celui qui étudie le mécanisme de la fonctionnalité pervertin pendant que vous étudiez avec tant de distinction la fonctionnalité normale. P§nnettea^nioi donc de faire passer sous vos yeux le tableau rapide des résultats que î*ai obtenus depuis vingt-^cinq ans dans le champ de la physiologie pathologique que je me perinettrai d'appeler Tun des départements de la physiologie gâiérale.

Je débuterai par les mmvemmta de la coUmne verte'broie (i).

Avant mes recherches^ on considérait généralement les mouvements du rachis chez Thomme, comme des

(1) Toutes les recherches physiologiques rappelées dans celte lettre 8«it résumées avec les détails nécessaires dans TBirosé des titkes de l'auteur à l'appui de sa candidature à FAcadémie.

mouvements de totalité, résultant d*une participation uniforme de chaque vertèbre à ces mouvements. Cependant ayant été frappé de la diversité si grande de formes dans les déviations pathologiques de l'épine, en opposition avec la régularité si constante des déviations simulées, je cherchai à quoi pouvait tenir, à quel mécanisme je pouvais rapporter cette caractéristique si variée des unes et si uniforme des autres; et j'ai eu le bonheur de découvrir, dans trois points du rachis, à la base du cou, à la base de la région dorsale, et à la base du tronc, trois articulations spéciales constituant trois centres de mouvements d'inclinaison latérale. Cette constatation, consacrée par trois rapports faits à FAcademie de médecine par un des premiers anatomistes du temps, M. le professeur Cruveilher (1), m'a permis d'aller plus loin. Ces dispositions articulaires spéciales, surtout l'articulation si caractérisée de la onzième avec la douzième vertèbre dorsale, m'ont conduit à rechercher d'une part si, chez les animaux doués d'une grande richesse de mouvements latéraux, je ne rencontrerais pas des dispositions articulaires analogues, et d'autre part, si les muscles adaptés à ces mouvements spéciaux chez l'homme n'offriraient pas des dispositions inaperçues jusqu'alors.

(i) Mémoire sur les déviations simulées de la colonne vertébrale, In-8% 1842, p. 16 et suiv.

Or, j'ai trouvé et j'ai eu Phonneur de faire voir au vénérable et regretté Duméril, que les ophidiens présentent d'une manière générale, et dans toutes les articulations vertébrales, la disposition que le racfais humain présente plus spécialement entre la onzième et la douzième vertèbre dorsale. En ce qui concerne les rapports des muscles de Tépine, j'ai fait voir, et cela a particulière^ ment intéressé M. Serres, que le système musculaire de Tépine, si inextricable lorsqu'on l'examine au point de vue purement objectif, devient on ne peut plus facile à comprendre lorsqu'on le considère dans ses rapports avec les mouvements de la colonne; il y a le système ascendant et le système descendant, allant à la rén* contre l'un de l'autre et se croisant en chemin pour former ces losanges qui ont si fort intrigué les anatomistes.

Dans le même ordre de faits, j'avais remarquéque, dans certaines plaies des articulations du genou , l'air entrait plus aisément pendant les mouvements de flexion et qu'î( en sortait pendant l'extension. Ce fait constaté, en plaçant le genou fléchi d'un cadavre sous Teau, m'a conduit à établir, d'après de nombreuses expériences, que toutes les cavités articulaires, quedis-je, toutes les cavités closes du corps humain, dans lesquelles se meuvent des orga* nés, sont soumises à des ampliations périodiques, d'où résulte une raréfaction de leur milieu, et la participation de la pression atmosphérique au mécanisme des sér

crétio^os séreuses (1). De cet ordre de faits auxf suivants, il n'y avait qu'un pas.

Lorsque deux surfaces osseuses, par suites dun déplaceuîenfcdes parties^ arriveot à se trouver en contact, et sie naeuveat habituellement Tune sur Tautrev il sa forme entra elles una capsule articulaire^ et, dans cette cavité, close, une membrane- sécrétante, l'en ù cité de nombreux exemples ; ced est le premier pas dans une voie bien plus, curieuse.

Lorsqa'à la suite des luxations congénitales, ou anciennes^ la tête du fémur continue à. se mouvoir sur la face externe de.Fos iliaque, oa assiste à tous les degrés du développement d'urne cavité articulaire nouitelle, développement lié au degré de F usure d^ la capsula orbi^ culaire „ et en rapport avec cette usupe« La tête du fémur se trouvant en contact avec la surface correspou* dante de Fos iliaque,, à travers la capsule perforée^ se façonna eu ce point une cavité articulaire nouvelle; à lar quelle U ne manque absolument rien« La commission de ràcadémie pour le grand prix de dxirurgie,. qui a constaté et vériSé le fait, n^a pas hésité & y reconnaître le cai^actère. d'une loi parfaitemeat établie (2).

GAiir$«E BKs KKiiiuiraMs s^REOSi»; lu.à rAcadémie. dos sclcncos. la 7 septembre 1840 (Comptes renqus, t. XII, p. 211).

(2) Rappout' sur ler coneour» potir le graixl pri» de' cftifargie', 1837 (Comptes rendus, p. 23>7).

Pe& deux observaliotiâ de physiologie qui précèdéiil, à savoir l'existence d'un vide relatif au sein de^ cavitéi» articulaires^ et l^afortDation des cavités articulaires mmvelles entre les pairties osseuses mises ^ccidenteUement en contact, j -en ai induit : i"" que tous tes orgaoes qui se meuvent dana un espace confiné réalisent, pendant l6s mouvements, dont ils sont le si^e^ des espaces, Q» il y 9 périodiquement tendance au vide : les cavités thoraciques» abdominales, cérébrale, rachidienne,.etc,; 2r que celte raréfaction de leur milieu est vue conditidii de I4 sécrétion du liquida qui les lubréfie, Ces^^ indiUdionâ, vous le savez, ont été toutes prouvées directement par dès. expériences variées, dont: les principales sont coftsirgnées dans le mémoira spécial que j^ai lu. à l'ÀicadémÂe.

Mais ces faits m'ont conduit à. une conclusion, bien plu$ générale : c'est que ce qui se passe pour la formar tû^n des cavités, aartictulaires^ noAivellea, et ce qulse^perr petite par k mouvement au. sein des cavités CoriQéesi, donna la clef des fomiati4^i%$ organiqites primitives; ee qiw ma conduit 1 cette for^nule : £« fmctm fait t^oT" gaim. Cejiis qui voudront voir de plus près et la doctrio^ et le^ faife qui rappuieut, en. trouveront le développelâent dans le trav^ osém^dont cette lettre n est que le comméntaira.

ImX cela, monsieur et trèsrsavant confrère^ est, si je ne me trompe^ delà physiologie, et de la physiologie partie dia Tobservation pathologique, et vérifiée par Texpérimen-

talion physiologique. Mais contiQuous, si vous le permettez, la série des faits physiologiques nouveaux que la pathologie ou la thérapeutique chirurgicale m'ont révélés en ce qui concerne la mécanique animale.

La théorie de l'accommodation de Tœil reposait, en dernier lieu, sur la célèbre hypothèse de Thomas Young, lequel attribuait, comme vous le savez, à des changements de courbure du cristallin, la faculté que possède Tœil de voir nettement les objets à toutes les distances du champ de la vision. Cette opinion^ que partageait l'illustre Arago, est tombée devant Fopération d'un myope n* 2 auquel j'ai coupé, à la connaissance de Téminent sécrétai reperpétuely les quatre muscles droits de ToelLLe sujet qui ne pouvait, avant l'opération, distinguer les gros objets qu'à un mètre de distance, a pu, quatre jours après l'opération, les voir distinctement à 80 mètres (1). Du reste, M. Ârago a pu, avant l'opération, constater que l'œil s'enfonçait dans .l'orbite ou faisait saillie, suivant que le sujet regardait de près ou de loin les objets.

Mais voici qui n'est peut^tre pas moins intéressant. Ayant opéré du strabisme, il y a vingt-six ans, la bellesœur du grand prédicateur L...., cette dame aperçut tout à coup après la section des muscles droits internes^ son mari la tête en bas ; elle fut fort effrayée de cette perversion de la vision ; mais dès que les muscles furent

■ . Ill»^— ■ ■ I 1^—*^————^ I II I II II I I ■■»■.«■ Ili^— — <i— — I II ■■— — — «<i— — MM

(1) Comptes rendus de rAcadémie des sciences» t. XU, p. 510, 1841.

ressoudés^rânomalie visuelle cessa. Ayant communiqué le fait à M. Biot, nous cherchâmes longtemps, lui et moi, une disposition de lunettes qui nous fit voir alternativement les objets droits ou renversés : nous n'y sommes point parvenus ; mais il est resté dans mon opinion, et l'illustre physicien ne fut pas loin de partager cette idée, que si, dans l'expérience de Descartes, on voit au fond de l'œil mort les objets renversés, ils ne se présentent tels que parce que l'œil n'est plus modifié par les puissances musculaires et les milieux réfringents qui les font voir droits pendant la vie.

L'observation qui précède m'a conduit à une autre beaucoup plus générale. Je commence par les faits.

À la suite de mes nombreuses opérations de strabisme et de myopie, j'ai fréquemment constaté l'existence de la diplopie. Non-seulement les deux images étaient parfaitement distinctes, mais les malades les apercevaient à des distances et dans des plans différents. A mesure que

' les muscles divisés se soudaient , avec les .précautions voulues d'écarlement des bouts, la diplopie diminuait; les deux images se rapprochaient et finissaient par se confondre, le plus: souvent en se superposant. Je vis dans ces particularités révélées par l'observation du chi* rurgien, trois faits physiologiques propres à éclairer des questions controversées de physiologie ou d'optique, et à

, mettre sur la voie d'un ordre de mouvements mal définis si ce n*est complètement inaperçus jusqu'alors.

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Et d'^abord Texistacbee dé deux images distiûctes va-^ riant de situatioiv avec les différents degrés de longueur et de contraction des muscles de 1* œil prouve sans réplique que chaque ceil reçoit une image , que ce n'est pas, comme d'aucuns Pont enseigné, par Téfitet de Thabitude qu'on n'en voit qu'une, mais bien parce que> par suite d'une convergence symétrique des deux yeux vers l'objet regardé, les rayons lumineux partis des mêmes points frappent des points identiques de la rétine. L'existence de ces deux images dans des platis différents et qui arrivent à se superposer, établissent donc que, sous l'influence de contractions musculaires différentes ^ il peut y avoir des distances focales différentes pour chaque œil. Mais ces deux révélations d'optique chirurgicale m'ont conduit à des conséquences d'un ordre plus général encoire, que je vous demanderai la permission de résumer.

Jusqu'à Tépoque où j'ai indiqué ces faits pour la première fois, il y à trente an^, on ne reconnaissait dans le mécanisme de la vision que des mouvements volontaires. L'œil, orggfne de la vie cérébrale^ instrumrat de l'intelligence, était censé n'avmr que des muscles etdes mouvements de la vie animale. Or, en voyant les deux yeux s'accommoder d'eux-mêmes à toutes les distances, et k des distances différentes par suite de brièvetés mascu>laires différentes , en les voyant rétablir d'eux-mêmes après l'opération les longueurs nécessaires pour faire

cesser la diplopie, j'ea ai conclu que Tœil avait à son jservice deux qrdr^^s de mouvements , des mouvements volontaires pour le diriger, et des mouvements automatiques ou instinctifs pour lui faire voir les objets d'une manière distincte à toutes les distances du champ de la vision. Ces contractions de prévoyance instinctive ne sont certainement pas le fait de la volonté : ceUe-ci , lorsqu'elle est censée agir seule, imprime la direction^ marque le degré, mesure la distance, doime aux muscle^ qu'elle fait se contracter une impulsion d'ensembte en rapport exact et direct avec son but réfléchi. Dans les mouvements d'accomodation, au contraire, c'est un système d'actions complexes, mais toutes harmonisées vers un but inconscient et involontaire, et dont le degré ,^ la précision et l'ensemble sont comme calculés par une puissance que nous ue pouvons ni modifier, ni diminuer, ni graduer. Les mouvements d^accommodation derœil, sont l'exemple le plus parfait de cette harmonie collective çt

inconsciente d,e la mécanique animale. La pi^uve de leur edstence spéciale et indépendante de la volonté, c'est qu'ils persistent à un certain degré, et pendant un certain temps,, chez les mourants après la cessation de l'iatelligence réfléchie^et même chez les suppliciés après la disparition de toute voUtion possible*

C'eut à vous, monsieur et trè^savant collègue, à mettre cet ordre de faits, mal compris jusqu'ici, d'accord avec les notions d'innervation que vous avez si fort agrandies.

Vous jugerez sans doute, comme moi, qu'on est resté bien au-dessous de la tâche lorsqu'on a cherché à rapporter cet ensemble de contractions symétriques à ce que Ton appelle ordinairement des mouvements réflexes. C'est, du reste, une question à reprendre entre nous si vous le jugez convenable : je ne veux pour le moment que montrer que ce nouvel ordre de faits et d'idées, que j'ai signalé pour la première fois il y a bientôt trente ans, viennent en droite ligne de la physiologie chirurgicale, pour donner la main à la physiologie proprement 4ite.

Enfin, toujours dans le niême ordre de recherches physiologiques, me permettrez-vous de rappeler ici un fait, très-controversé sans doute, mais pour moi d'une certitude matérielle : je veux parler du fait de la contraetilité des tendons. Dans plusieurs cas de soudure de la rotule sur les condyles du fémur, j'ai vu, très-bien vu, quand le malade faisait effort pour soulever la jambe à demi-flécMe, lé tendon pré-rotulien se contracter : une foule d'expériences directes, des considérations d'anato* mie pathologique et comparée, et enfin, la plus vulgaire expérience que chacun peut répéter sur lui-même, ont mis le fait de la contractilité tendineuse hors de doute pour quiconque sait voir, et surtout veut voir. Or, ce fait, si fertile en conséquences anatomiques, physiologiques et pathologiques, m'a été révélé par une observation chirurgicale. Pour suppléer à l'insuffisance de

eetté indication, j'iodiquerai aux personnes que cela intéressera le mémoire développé sur ce sujet que j'ai lu devant l'Académie des sciences en 1856 (1).

En terminant cette énuméralion déjà longue, permettez-moi de vous prier de relire les pages que j'ai placées en tète de l'ouvrage auquel l'Académie a bien voulu dé* cerner le grand prix de chirurgie en 1837, pages où j'ai fait le tableau physiologique de la difformité. Ces pages, écrites dans toute l'ardeur d'une conviction juvénile^ il y a plus de trente ans, n'ont pas cessé d'être l'expression de la vérité la plus exacte, la plus positive. La commission, composée alors des hommes les plus éminenls dans les sciences physiques et médicales, n'a pas craint de placer sous son patronage si élevé ces paroles que je vous recommande :

« L'histoire des fonctions chez les sujets atteints des difformités du système osseux constitue une physiologie humaine comparée^ d'autant plus précieuse qu'elle se compose elle-même d'une collection d'états anormaux différents, dans lesquels la fonctionnalité est soumise à des conditions incessamment variées et fournit à l'observateur autant de résultats qu'il y a de combinaisons de ces conditions.» Et la commission d'ajouter : « Cette formule générale exprime bien les faits nombreux que l'auteur a rencontrés dans l'histoire anatomique et

(1) Comptes rendus, année 1856, tome XLII, page 416.

physiologique de la respiration, de là digestion^ de la miirition, de la locomotion, de Y innervation et de la génération j chez les sujets atteints des principales difformités du système osseux.» Enfin, pour ne laisser à personne le droit de discuter le caractère de ces recherchés, le rapport ajoute : a La physiologie des individus atteints de difformités est la partie la plus neuve et la plus originale, si ce n*est la plus importante de Touvrage de M. Jules Guérin») (1).

Vous m'excuserez, monsieur et très-savant collègue, de reproduire ici des jugements si explicitement favorables. Mais j'ai à cœur de vous fournir des arguments en faveur de votre prédilection pour la physiologie et pour les physiologistes, et d'étaler sous vos yeux successivement tous les compartiments de la physiologie générale, en attendant que je vous en soumette la formule définitive; Mais avant d'arriver à cette conclusion, il me reste à vous entretenir de trois ordres de recherches dont le caractère physiologique sera plus décisif encore : je veux parler de mes expériences sur f alimentation prématurée, sur f organisation immédiate des plaies sous-cutanées ^ et sur la reproduction artificielle et spécifique des tissus divisés et cicatrisés à F abri du contact de l'air. .

Mes expériences sur f alimentation prématurée sont

(1) Rapport sur le concours pour le grand prix de chirurgie, 1837, p. 239 et 240.

tropcanaués pour que je m'y arrête longtemps; instituées il y a près de trente aas, et reproduites il y a une année à peine,, à roccasîon de la discussion qui a eu lieu à rAcadémie d« médecine sur ta mortalité des nourrissons, elles oût «u pour résultat de prouver qu'en nourrissant préinaluréiiient de jeunes aniinaâx avec des aliments sains, mais d'une eonsistaoce, d^âne richesse alibiie, en désharfiàociie avec leurs Ibnctious digeslives, on voit le système osseux se déformer, et donner lieu à toutes les diiformités connues chez les enfants, sous le nom de ratchitime . Qaoi de plus directement physiologique que ces expériences sur ie rapport de Talimentation avec l'évolution des organes digestifs d'une part, et sur le rapport du mode de digestion qui résulte de l'alimentation prématurée avec les formes et le développement du squelette? €e n'est pas à vous que j'a|^reridrai le véritable caractère, la véritable signi&ication dé ce nouvel ordre de faitis qui renti^e de plein droit dans la grande question du rapport des agents physiques avec les lois de Torganisation vivante. Mais, ce sur quoi je mé permettrai d'insister, c'est sur l'origine de cette observation et de ces expériences. J'avais vu ungrand nomlure d'enfants racbitiques; chez la plupart d*entre eux le développement de la maladie avait coïncidé avec un sevrage prématuré. Cétait, pour le plus grand nombre, des enfants de la classe ouvrière que les parrats avaient commencé à nourrir trop tôt avec les ialiments de toute la famille. L'observation

réitérée du même fait m'en a révélé le mécanisme, et Texpérimentation physiologique me l'a confirmé. Ici encore c*est la pathologie qui a ouvert les yeux à la physiologie , et la physiologie a certifié le bien vu de la pathologie. Me permettrez-vous d'ajouter que cette théorie physiolc^que du rachitisme a eu pour résultat d'opérer une révc^ution complète dans Thygiène des nouveau-nés, et dans le traitement des enfants rachi" tiques.

Vous avez dit excellemment dans un de vos plus remarquables écrits : a Un fait n'est rien par lui-même, il ne vaut que par l'idée qui s'y rattache ; quand on qualifie un fait nouveau de découverte , ce n'est pas le fait luimême qui constitue la découverte, mais bien l'idée nou« velle qui en dérive. » Je pourrais prendre pour épigraphe de la Méthode sous -cutanée ces pai*oles aussi justes que profondes. Or l'idée qui est née dans mon esprit, à la vue d'une plaie tendineuse faite en ménageant la peau et guérie éventuellement sans suppuration, a été qu'il y avait là un acte physiologique d'un caractère inaperçu jusqu'alors^ non pas exceptionnel comme on le croyait , mais qui se reproduirait invariablement lorsqu'on placerait l'organisme dans les conditions où il s'était produit exceptionnellement la première fois, c'està-dire lorsque la plaie serait faite et maintenue à l'abri du contact de Pair, Cet acte, c'est la réparation physiologique d'emblée, c'est la mise en œuvre immédiate des

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lois qui produisent) entretiennent et réparent les tissus vivants. Dé ce que ce résultat à eu beaucoup de retentissèment, en raison des avantages pratiques auxquels il a conduit, iln'en conserve pas moins son caractère physiologique; d*autant plus qu'après être née à l'aspect d'une section tendineuse/ Tidée qui y était contenue à été établie d'après des expériences physiologiques nombreuses et variées, débordant de beaucoup le cercle des opérations chirurgicales qui me Pavaient suggérée. La isimple section d'un tendon pouvait bien, en raison de -la nature du tissu et de la petitesse de la plaie, faire croire que le défaut de réaction inflammatoire tenait à cette double circonstance ; mais, lorsque, conduit par la découverte de la vraie cause du résultat, j'ai divisé sous la peau des masses musculaires considérables, des artères et des nerfs ; lorsque, au lieu d'une plaie de quelques millimètres, j'ai fait sous la peau des plaies de 10, de 15 et mêinè de 20 centimètres, il n'a plus été possible de méconnaître le véritable caractère de la cicatrisation immédiate. Inutile de rappeler ici les nombreuses applications que j'ai faites de cette nouvelle notion physiologique à presque toutes les opérations de la chirurgie pratiquées sur les tissus et les cavités, sur le tissu musculaire, fibreux, ligamenteux, celluleux, vasculaire, nerveux et osseux, sur les cavités thoraciques, sur les ' articulations, sur toutes les collections de liquides, etc., c'est, l'Académie l'a ainsi considéré en m'accordant un

de ses prix pour la généraiisation de ia méthode eaus^ mtcMée^ « une de ces vérités scientifiques tiui, » suivant Yotre énergique expression , < ont leur racine dans les « détails de rinyestigàtion expérimentale (1). »

Mais la physioio^e m*a conduit beaucoup pluis Joiài  mesure que les applications chirurgicales se: multipliaient, je pouvais suivre, dans ses moindres détails et dans ses derniers dévdoppements, le travail organique qui. s'effectuait . au -sein des plaies sous-^cutanéés. Des animaux anciennement opérés, des hommes eux-mêmes qu'une mort imprévue avait livrés au scalpel de Tanatomiste après avoir bénéficié du bistouri du chirurgien, m'ont permis d'examiner^ à toutes ses périodes, le travail de i^éparation et de reproduction qui s'accomplit au sein des tissus divisés sous la peau. Et alors une vérité physiologique d'un autre ordre s'est révélée à mon observa- , tion. J'ai vu d'abord des sujets chez lesquels on avait coupé maladroitement des nerfs pris pour des tendons, et j'ai constaté, chez ces sujets, d'abord paralysés de la jambe par suite de la section du nerf poplité, le retour du mouvement après quinze ou dix-huit mois d'infirmité. La fonction, momentanément suspendue, était rétablie. J'ai conclu du rétablissement de la fonction, au rétablisse* ment de l'organe. Je ne m'en suis pas tenu à cette induction : j'ai fait des expériences sur les animaux ; j'ai vu

mm

(1) Bernard, Introdoctio» a la «édcgine expimHEMTALE, 1865, page 38.

se reproduire graduellement, dans le lissu tiouv^au ^^îli se forme entre les lèvres de la plaie sous-cutan6e, loifô les caractères anatomiques du tissu qui en avEit foiirtii les éléments ; j*ai tu se reproduire ainsi des perlions die tendons, de muscles, de ligaments de nerfs, d*os« ^t jusqu^à des soudures d*artères. Aucun tissu ne fit défaut à la doctrine. Cette doctrine, née de Tobsenratioii chirurgicale, confirmée par rexpérimentation physiologique, est devenue la base d'une nouvelle théorie de la cicatrisation des plaies» J'ai comparé ce travail à celui qui préside chez certains animaux inférieurs à la reproduction de membres entiers, et il ne m'a plus paru permis dès lors de le considérer comtne un produit de Y inflammation adhésive de Hunter, mais de Ywganiêo^ tion immédiate, c'est-à'^dire delà ibise extemporatiément en action du travail de production et d'entretien de nos organes. Toute celte doctrine a été exposée dans un mémoire que j'ai lu devant l'Académie des sciences, lès 29 janvier et 6 raai's 1855; et j'ai eu le bonheur de la voir confirmée depuis par l'observation histologique d'un de vos collègues, et par les expériences sur les animaux, d'un jeune physiologiste dont vous prisez à juste titre les travaux.

Enfin, comme exemple de fait physiologique fourni par l'observation thérapeutique, je citerai Vétat réfrac^ taire de la peau à V action pustulante de la pommade stibiée dans certaines affections réputées naguère înflam-

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nmtoires, comme les coxalgies. Dans ces mialadies, des onctions stibiées (moitié tartre stibié), répétées parfois pendant des semaines, ne sont suivies d'aucune éruption pustuleuse, si ce n*est au pourtour de la partie malade. Cependant, sous l'influence de cette médication, les douleurs les plus vives cessent et la maladie guérit. Ce fait, que j^ai rapproché de la tolérance observée dans les pneumonies, et que j'ai vu se reproduire des centaines de fois, m'a conduit à considérer les maladies de ce genre comme des paralysies organiques. Ces paralysies, si la maladie suit son cours, se complètent plus tard par un certain degré d'insensibilité cutanée, par un certain degré de paralysie des muscles, par un abaissement de la température et une perversion de la nutrition. La doctrine de la paralysie organique, substituée à Tinflammation, a une parenté directe avec vos idées et vos expériences sur le grand sympathique et sur les nerfs vaso-moteurs. Je compte vous soumettre en temps opportun les développements qui éclaireront le mécanisme de ces relations. Pour le moment, je me borne à vous signaler le fait comme un exemple d'observation physiologique suggérée par la thérapeutique.

J'ai dit, en commençant, que l'observation pathologique est quelquefois assez heureuse pour compléter les vérités et même redresser les erreurs émises par la physiologie expérimentale. Je me bornerai à vous en citer un exemple, un seul exemple : car je ne voudrais

pas, en insistant sur ce point, laisser croire un instant à qui que ce soit que je i^oulusse diminuer les mérites de Texpérimentation physiologique, au profit de la physiologie médicale ou chirui^icale. Or le seul fait que je veuille citer est le suivant.

Votre illustre collègue, M-Flourens, avait produit, non sans quelque éclat, ses expériences et sa doctrine sur l'action ostéogénique du périoste. Lors de la première exhibition de ses idées, il professa explicitement que non-seulement le périoste avait la propriété exclusive de sécréter le tissu osseux, mais que la membrane médullaire, ou périoste interne, était chargée de résorber les anciennes couches pour faire place aux nouvelles. Cette théorie, et les expériences sur lesquelles Téminent physiologiste l'appuyait, ont causé un grand émoi. Cependant j'avais vu les choses se passer tout autrement dans une maladie qui permet d'assister chez Thomme à la destruction de Tancien os, et à la reproduction lente et graduée d'un nouvel os: je veux parler du rachitisme. Je fis part de mes remarques à M. Flourens, et l'invitai à venir joir ma collection d'os rachitiques. Là, il a pu constater que, pendant les premières périodes de la maladie, les lamelles osseuses de la diaphyse cessent de se nourrir, et qu'entre le périoste et l'os^ comme eutre la membrane médullaire et la face interne du canal qu'elle tapisse, il se fait un épanchement de matière plastique, d'abord gélatiniforme, et qui devient graduellement

èpoti^use, graïuileusie et osseuseiOa.apetçoit même quelcpies traces du mêane travail eaira tes coiiiche$ co^* eeniriques de Toa qui se dédoublent pendant ]a première période dé la maladie; finalement, lorsque celle'-ci a eu un certain degré de développement, on peut voir les» lar melles de Tancien os s'amoindrir et disparaître au sein àvk tissu osseux de nouvelle formation. Celui-ci est done lïé, commer le professait Haller et beaucoup d'auires après lui, de toutes les parties de Fos, du périoste» de la membrane médullaire et de Tos lui-môme, c^est-ii-dire du réseau vasculâire qui plonge dans tous les inters^ tices de la trame osseuse. M. Flourens n objpcta rien à ces fisiits; mais si je ne me trompe, il £lt dis|)araltre, des édir tiens subséquentes de sa théorie, ce prétendu, antagonisme du périoste et de la membrane médullaire , ou comme il disait, du périoste externe et du périoste ioteme. Cep^idant, pour ne laisser aucun prétexte d'insuffisance à mes observations, et aussi en vue d'une autre solution physiologique, j'instituai des expériences, sur les animaux: je leur enlevai des couronnes de trépan, et autour de ces diernières^ j'enlevai une certeiae étendue de périoste. Ces expériences étant également instituées en vue d'étudier le travail de réparation osseuse dans I les pMea couvertes^, je rauob^fistt sur H pls^ie la peasi et le péricrane pour e& faire une sorte de plaie sous-cutanée. J'ai vu, à ma grande satisfaction le tissus osseux sourdre du pourtour de la plaie du crâne, et comble^ , par de

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nouvelles jetées osseuses, la lacune foriûée par la coa^ ronne de tr^n. Cette expérience physiologique, confit^ mative de Tobservation pathologique, en ce qui concerne Torigine du tissu osseux, a eu encore un autre résultat; elle est venue compléter toutes celles qui m'avaient per^ mis d'établir que les tissus divisés sous la peau et maintenus àl'abri du contact de Pair s'organisent et se repro* duiseut avec leurs caractères spécifiques^ en opposition avec ce qui se voit dans les plaies exposées, dont le mode de cicatrisation uniforme a pour effet de produire le tissu cicatriciel, c est*à-dire un tissu amorphe qui n'a ni les caractères histologiques, ni les. propriétés physiologiques de& tissus qui en fournissent les élém^^ts.

le crois inutile d'insister d'avantc^e auprès de vous, monsieur et très^-éminent collègue, pour rétablir le ca^ ractère et Tautorîté physiologiques du médecin et du cbirui^ien, lorsque F un et l'autre savent voir ce qu'ils ont sous les yeux, mais avec les yeux et l'esprit de la science.

Je terminerai cette lettre déjà longue en reliant, si ivous le permettes, en un tout continu, les éléments que jeviens.de discutûndevant vous.

Vous avez écrit quelque part: <(lâ physiologie, la pa-* « thologie et la thérapeutique se sont.développées comme << dfis sciences distinctes les unes des autres, ce qui est « une fausse voie ; aujourd'hui seulement, on peut enci trevoir la conception d'une médecine scientifique expé-

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a ri mentale par la fusion de ces trois points de vue en « un seul. » — Vous avez dit encore: «Les maladies ne « sont au fond que des phénomènes physiologiques dans « des conditions nouvelles qu'il s'agit de déterminer. » Enfin, c'est encore vous qui avez écrit : « La science « vraie n'existe que lorsque l'homme est arrivé à prévoir « exactement les phénomènes de la nature et à la mal- « triser. » — Ces trois propositions, que je suis heureux de retrouver dans vos écrits, ont été dès longtemps la formule de ma carrière scientifique ; et je ne puis mieux le démontrer qu'en y ajoutant quelques commentaires propres à faire voir que, si nous n'avons pas toujours pris les mêmes chemins pour arriver au même but, ces chemins, comme les rayons d'un même cercle, sont partis d'une même circonférence pour arriver en ligne directe à un centre commun.

Dans tous les faits physiologiques que j'ai rapportés, j'ai pris soin de vous signaler l'ongine ou le point de départ de mon idée. Ce point de départ a été tantôt le fait pathologique {le rachitisme)^ tantôt l'accident chirurgical {la plaie pénétrante des articulatians)^ tantôt le procédé opératoire {la ténotamie saus^utànée) ^ tantôt le fait thérapeutique {la méthode stibùntermigue). Dans ces divers cas, l'observation a saisi le praticien en exercice.

Le médecin, le chirurgien, l'opérateur et le thérapeute, découvrant à la lumière du grand principe que vous avez si bien formulé, la signification du fait pby-

siologique qu'il avait, sous les yeux, il le soumettait ensuite, quand cela était possible, à lexpérimentation du laboratoire ; il changeait par elle, en certitude, sa présomption inductive, et cette certitude se confirmait ellemême par la reproduction facultative du résultat prévu. Telle a été la méthode physiologique du praticien. En quoi . diffère-t-elle de la, méthode expérimentale proprement dite, de celle que vous avez rendue, si féconde ?

Vous partez de Texpérimentation pour voir pu pour vérifier.

Dans le premier cas, vous n'avez pas encore d'idée avant d'expérimenter ; vous la cherchez dans l'expérience : mais lorsque vous avez vu, lorsque vous avez découvert dans le fait provoqué la cause de ce fait, lorsque l'expérience vous Ta suggérée, vous expérimentez de nouveau en vue de la vérifier, et vous continuez jusqu'à ce que vous arriviez à la certitude qui prévoit et reproduit à volonté Tefifet dont votre première expérience vous a révélé la cause.

Dans le second cas, c'est-à-dire quand vous expérimentez pour vérifier^ c'est pour vérifier une idée, un rapport, une cause, que vous avez déjà saisis quelque part, soit par induction, soit autrement. C'est là, si je ne me trompe, ce que fait le praticien physiologiste, et ce que j'ai toujours fait. La seule, l'unique différence, c'est que dans un cas, l'expérioientateur a pris son idée sur Tani-

mal soumis à son expérience exploratrice, tandis que le médecin Ta eue en traitant un malade; et, dan$ Tautre cas, ils ont soumis tous les deux à l'expérience une idée inducti\e qu'ils avaient Tun et Tautre ayant d'expérimenter. Je ne discute pas ici la taleur comparative des points de départ; je ne fais que les rappeler, et je re* connais très-explicitement qu'ils diffèrent sous quelques rapports. Ainsi Texpérimentateur change à volonté une ou plusieurs des conditions delà phénoménalité normale, pour obtenir un phénomène nouveiaiu, et le médecin reçoit de la nature ce phénomène nouveau qu'elle produit spon-* tanément sous ses yeux, en dehors des conditions de la vie normale. Les deux faits sont, en outre» d'aune complexité différente, et l'expérimentateur , par son initiative, arrive parfois à en séparer les éléments; mais cette complexité qu'il simplifie pour expérimenter, il ia retrouve dans les applications qu'il fait du phénomène artificiel à l'élucidation du phénomène naturel. Ne peut-il pas arriver encore que l'expérimentateur, dans la prétendue reproduction du phénomène naturel dédoublé, n'en rc-r produise que l'apparence? Les difficultés et les obscurités du problème restent donc à peu près les mêmes de chaque côté; et la valeur des conclusions auxquelles conduisent les deux méthodes sont donc subordonnées, non plus à leur prééminence Tune sur l'autre, mais à la valeur de l'esprit qui les emploie.

En fin de compte, c'est donc à la reproduction facul-

tative du fait, parla mi^e en action de sa cause, de quelque source que la révélation de celle-ci provienne, qu'il faut aboutit*, et c'est cette reproduction comme vous Pavez dit, qui fait la certitude scientifique. Mais à cela il y a une condition préalable : c'est que, toute réserve faite en faveur du meilleur observatoire pour mieux découvrir, il faut avoir Tinstrument qui fait le mieux voir, et Tin-strument qui fait le mieux tirer parti de ce qu'on a vu. L'expérimentateur aura beau tuer des animaux, et le praticien observer des malades, ils n'aboutiront ni l'un ni Tautreà quoi que ce soit, s'ils n'ont pas reçu du ciel Finfluence secrète. Cette influence, dont la nature vous a si bien gratifié^ vous en avez mis modestement une partie à Tavoir de la méthode : de ce que bon nombre de vos idées vous sont venues en observant des animaux en expérience, vous avez supposé que vous ne les auriez point eues en observant des malades. Et vous.avez conclu que les vivisections en disent plus à l'observateur que les maladies. De là, cette préférence accordée par vous à la niéthode qui vous a si bien servi. Je le conçois, et vous avez cela de commun avec tous ceux qui lisent dans la nature. Ils sont assez disposés à croire que c'est à leur méthode qu'ils doivent ce qu'ils sont ; tandis que ce sont eux, la plupart du temps, qui font leur méthode ce qu'elle est. Cela est si vrai, que presque tous les grands esprits ont créé une méthode, et je ne sache pas qu'aucune méthode ait créé un grand esprit. Me per-

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l'avez dit? « La généralisation seule peut constituer la science (1). » Ot la généralisation physiologique, si je ne me trompe, consiste à suivre le fait particulier dans toutes les conditions où il se nianifeste et dans tontes les conséquences qu'il renferme. Tous les observatoires physiologiques sont bons, à la condition que Pesprit sache y voir ce qu'on peut y voirj et rattache aux lois générales do la vie ce qu'il a découvert dans une de ses manifestations particulières. C'est ce que j'ai cherché à faire, par exemple, dans l'élude de la fonctionnalité chez les individus atteints de difformités. Bien que je pusse me prévaloir du jugement si favorable qu'a porté sur cette partie de mes recherches la commission de l'Académie, qu'il me soit permis de rappeler ici quelques faits particuliers que j'ai rencontrés depuis, et qui montreront la richesse du point de vue oîi je me suis placé.

La physiologie s'était peu préoccupée jusqu'ici des variations de formes et de consistance que présentent les organes du corps humain, à part le volume et la dimension, dans la succession des âges, depuis l'enfance jus*qu'à la vieillesse. Les os, les muscles, le cœur, les poumons, le foie, les organes digestifs, le cerveau, etc. , etc., présentent des formes et une texture qui varient avec chaque période de la vie. Ces diJQférences, pour passer

fl) iNTRODOCTlOlf A LA KÉOECIXE EXPlbRIXE^'TALE, p. 158.

tous les jours sous nos yeux, n'en sont pas moins înté-^ ressantes que celles qui se manifestent dans le sein de la mère aux différentes périodes de la \ie fœtale. Les unes et les autres font partie de révolution générale de Têtre, et elles méritent une égale attention de la part du physiologiste philosophe. Je n'ai pas Pintention d'improviser ici une physiologie des âges, je me contenterai de vous citer quelques particularités recueillies dans l'étude de l'homme difforme qui m'ont mis sur la voie de certains changements produits par l'action du temps et Texercice continu des fonctions.

Chez les sujets atteints de torticolis ancien, par exemple, j'ai constaté que l'apophyse mastoïde à laquelle ^'attache le muscle sterno-mastoldien rétracté, acquiert, sous l'influence des tractions exagérées du muscle, un développement énorme qui lui donne jusqu'à quatre et cinq fois le volume de celle du côté opposé. J ai examiné comparativement chez l'enfant et l'adulte, chez l'adulte et le vieillard, toutes les apophyses donnant attache aux muscles^ et toutes, invariablement, ont un développement proportionné à Tâge et à l'exercice musculaire du 4sujet.

Chez les individus atteints de déviations anciennes de l'épine, les apophyses épineuses des vertèbres dorsales ^ont effilées, aplaties, attirées dans le sens de la traction des muscles; il en est de même des côtes dont les angles s'accusent de plus en plus sous \% même influence. Or

chez Tenfant, les mêmes apophyses épineuses sont courtes et droites^ les côtes sont régulièrement circulaires, sans angles perceptibles, tandis que les unes et les autres varient de direction et de forme avec les progrès de Vàge. Les apophyses épineuses, sollicitées parles muscles pelvivertébraux, regardent en bas; et l'angle des côtes, sous l'influence des mêmes muscles, s'accuse de plus en plus, dé façon que les côtes de l'adulte diffèrent notablement des côtes de l'enfant, et celles du vieillard plus encore de celles de l'adulte.

J'avais remarqué dans les muscles de tous les sujets atteints de difformités par rétraction musculaire un développement exagéré de la portion fîbro-tendineuse, au détriment de la portion charnue, développement qui va, dans certains cas, -^ comme dans le torticolis ancien, le sterno-mastoïdien, et dans certaines flexions permanentes de la main, le grand palmaire, — jusqu'à convertir le muscle tout entier en un tendon. Cette observation m'a conduit à constater des différences du même genre, quoique moins accusées, chez l'enfant et le vieillard : aux deux extrêmes de la vie les proportions de la fibre musculaire et de la fibre aponévrotique et tendineuse sont renversées. Cela se voit dans le diaphragme et les muscles des membres, au mollet principalement.

Dans tous ces faits, le développement de la partie fibreuse dû muscle est en raison des tractions dont il est ha^bituellement le siège. Portés à leur signification la plus

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générale et la plus élevée, tous ces faits ne sont que des révélations des lois et moyens qui président aux dévelop-i pements, modifications et transformations des organes, soiis rinfluence des âges, c'est-à-dire n'est-ce 'pas sous rinfluence de la fonctionnalité continue. Enfin toutes ces manifestations de la puissance organo-génésique de la fonction ne témoignent-elles pas en faveur de la doctrine que j'ai exprimée naguère par ces mots : la fonction fait Vorgane\ comme j*ai pu dire à un autre point de vue: la fonction' défait f organe^ c'est-à-dire qu'elle imprime. à l'organe la modification impulsive qu'elle reçoit ellemême des agents et conditions qui la dominent. Les déformations du thoi^ax, chez les rachitiqùes, les dépressions partielles des mêmes organes chez les phthisiques, qui tiennent les unes et les autres à l'action de la pression atmosphérique extérieure non balancée par la pression atmosphérique intérieure, par suite d'une insuffisance de dilatation des portions correspondantes des poumons, n'ont pas une autre signification. De ces faits particuliers, accidentels, qu'on s'élève à la notion de l'action générale de leur cause, et l'on aura la clef des formes extérieures des aniniaux dans leurs rapports avec la pression atmosphérique, et les autres agents extérieurs.

En reproduisant ici quelques-uns de ces faits fournis par la physiologie des difformités, qui est, suivant l'expression de la commission, une physiologie comparée^ j'ai voulu faire voir à ceux qui, à l'exemple de Magèndie,

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récuseraient encore cette physiologie, et refuseraient le titré de physiologiste à ceux qui la cultivent, qu'on peut découvrir dés vérités ailleurs que dans les entrailles des animaux', et que ces vérités sont souvent d^un ordre tel, qu'il ne serait pas donné à la physiologie expérimentale d'y atteindre. Ce n'est pas à vous que j'apprendrai que les vivisecteurs ne sauraient avoir la prétention de constater les changements <|ui s'opèrent sous l'influence dés âges, ou sous Tinfluence des maladies comme le radiitisme et la phthisie. C'est qu'avec tous les moyens qu*ils ont de varier les données et les conditions de l'expérience, il ne leur est pas plus permis de lire dans le temps qu'il ne leur est donné de voir dans l'espace. Or le temps et l'espace sont précisément les deux principales conditions sous l'influence desquelles se produisent, s'étendent et se diversifient tous les phénomènes de la vie organique, comme elles produisent, étendent et diversifient tous les phénomènes de la nature.

ADieu ne plaise, monsieur et très-éminent confrère, que dans les développements qui précèdent, j 'aie eu la moindre prétention de diminuer, en quoi que ce soit, la valeur des procédés scientifiques qui vous ont conduit à tant et à de si brillants résultats. J'ai seulement voulu montrer h ceux qui auraient gardé quelque souvenir de l'ostracisme prononcé naguère par Magendie, qu'il y a une physiologie générale^ que les départements de la phy* siologie générale sont nombreux, que la physiologie ex-

périmentate y occupe un rang élevé ; mais qu'à côté d'elle peuvent vivre, se développer et grandir la physiologie des âges, la physiologie des difformités, la physiologie pathologique, la physiologie chirurgicale, comme autant de physiologies comparées, c'est-à-dire comme autant de moyens d'étendre le champ de l'observation physiologique» défaire voir, dans une situation de l'organisme, ce qu'on n'aperçoit que peu ou imparfaitement dans une autre. C'est ce que vous me permettrez encore une fois d'appeler la physiologie générale, en conservant à tous ceux qui la cultivent, d'une façon ou d'une autre, sur le malade ou sur l'homme sain, sur les animaux inférieurs comme sur les ^imaux supérieurs, avec le scalpel ou avec le bistouri, avec le microscope ou le creuset, le titre de physiologiste. C'est la seule conclusion par laquelle je yeuille terminer cette lettre.

Agréez, je vous prie, monsieur et très-savant confrère, l'assurance de ma haute considération et de ma confraternité dévouée,

Jules Guérin.

Ce Mémoire n'est que la simple formule de trois or* dres de recherches, toutes liées entre elles par des rapports essentiels, et toutes instituées dans un même but, quoique distinctes par leur ol^et principal et leurs résultats immédiats. Les développemens que je compte leur donner et que je leur ai déjà donnés justifieront ce rapprochement et cette séparation. Cependant, je crois devoir dès aujourd'hui publier cet extrait, autant pour en fixer la date, que pour prendre avec moi-même rengagement de poursuivre la démonstration et le développement des idées qui y sont énoncées.

Le premier objet que je me suis proposé est suflBsamment indiqué par le titre même de cette publication. Démontrer r unité des sciences médicales proprement dites au point de vue de la recherche physiologique ; faire ressortir Futilité et la nécessité de combiner, dans T étude des phénomènes dei'organisme vivant, Tanatomiê, la physiologie, la patho-

logie et la thérapeutique, était déjà une tâche aussi importante que difficile. Si je m'en tenais à ce simple énoncé,on pourrait n'y voir que la reproduction de ce qui s'est fait depuis longtemps. Mais il n'en est pas ainsi. Certains observateurs ont pu mettre quelquefois à profit la pathologie et l'expérience thérapeutique dans la vue d'éclairer certaines questions de physiologie; mais ils ne l'ont fait qu'incidemment, empiriquement, sans se rendre aucun compte des véritables rapports de ces sciences avec la physiologie proprement dite, et surtout ils n'ont pas compris que cette interrogation accidentelle, exceptionnelle de l'anatomie pathologique, de la pathologie et de la thérapeutique, devait être convertie en règle constante, d'une nécessité indispensable. Pour le démontrer, je ferai voir dans l'ouvrage développé, dont ceci n'est qu'un extrait, qu'en fait, les recherches physiologiques les plus réputées de nos jours se sont bornées aux seules lumières fournies par l'observation physiologique et l'expérimentation sur les animaux. Je ferai voir ensuite que cette méthode étroite a presque toujours conduit, ou bien à des résultats erronés qui eussent pu être évités immédiatement avec le concours de la méthode générale exposée dans ce travail, ou bien à des résultats spéciaux, incomplets, qui eussent pu être complétés et généralisés sous les inspirations de cette méthode. Ainsi envisagée, la réunion de l'observation anatomique et physiologique à l'observation pathologique et thérapeutique peut* et

doit donc être considérée comme une chose nouvelle et utile. Insister sur cette vérité, ce n'est pas obéir à un vain sentiment de satisfaction personnelle; c'est dissiper une méprise dont la persistance pourrait avoir pour effet de retarder le? avantages que cet ordre d'idées est susceptible de réaliser.

Ces avantages ne se bornent pas à ceux qui viennent d'être rappelés. Sans vouloir anticiper sur ce qui sera mieux placé ailleurs, j'indiquerai immédiatement un ordre de faits fournis par l'étude physiologique de la pathologie, qui n'avait jamais été, que je sache, même soupçonné, et qui, à lui seul, serait bien capable de donner une importance nouvelle à l'étude des phénomènes morbides, envisagée au point de vue qui nous occupe.

La pathologie, ai-je dit, vue par son côté physiologiique, est la science des phénomènes de l'organisme, exagérés, diminués ou modifiés par des causes anormales, mais non changés dans leur essence par ces causes ; ce sont toujours les effets des forces de la vie, ce sont toujours les produits des lois de l'organisme, avec cette différence que, forces et lois restant les mêmes au fond, fonctionnent dans des conditions autres que celles oii elles fonctionnent à l'état dit normal. La pathologie, à ce point de vue, n'est donc qu'une extension de la physiologie. C'est un nouvel ordre de faits, dans lequel des causes intercurrentes sont venues modifier les conditions les plus

habitueUes de la fonctionnalité. Cet énoncé seul sufiirait à montrer toute la fécondité de Tobservation patholo* gique. Mais allons plus avant.

Dans Tordre physiologique, les causes restant les mêmes, produisent toujours les mftmes effets* C'est la répétition immuable de ce qui est. Cette répétition témoigne de Tordre admirable avec lequel tous les faits de la nature sont réglés ; mais elle a Tinconvénient de faire croire que les choses, se passant toujours de même, doivent nécessairement se passer toujours ainsi. La constance et la perpétuité du résultat font croire aisément à son invariabilité. Or, ce préjugé est, à mon sens, le plus stérile, le plus décourageant dont la science humaine puisse être opprimée. Non seulement il la fait se priver d'un puissant moyen de contrôle dans les déterminations qu'elle essaie des phénomènes dits normaux, mais il la condamne à rester spectatrice inerte et parquée dans un cercle étroit, alors qu'elle pourrait devenir créatrice, alors qu'elle pourrait féconder les secrets de la nature en se les appropriant. En effet, sortez-la du cercle des phénomènes dits physiologiques, c'est-à-dire de ceux qui se reproduisent invariablement les mêmes, et transportezla dans le champ sans limites des faits pathologiques : vous la placerez devant un horizon immense de possibilités nouvelles, de combinaisons sans fin, en partie déjà réali-* sées. Le premier résultat sera de lui montrer que la nature n'est pas invariablement enchaînée à ce qu'elle fait

le plus souvent; le second que, en changeant les conditions de ses opérations habituelles, on changerait toute réconomie et la régularité de ses résultats. Répétons-le donc une dernière fois, les faits du domaine de la physiologie pathologique sont aussi physiologiques que ceux de la physiologie proprement dite. Les maladies sont des fonctions modifiées. Cette manière d'envisager les phénomènes morbides a donc l'avantage de faire voir que les lois de la vie, quoique restant les mêmes au fond, peuvent varier à Tinfini dans leur expression, avec la variation des conditions dans lesquelles elles fonctionnent ; elles ne sont dmc pas aussi nécessairement immuables qu*on Tavait cru et prétendu. Enfin, la conséquence de tout ceci n'est-elle pas surtout que Thomme, connaissant le rapport qu'il y a entre le changement des conditions de l'opération et le produit de cette dernière, pourra concevofa* et même réaliser, en généralisant et perpétuant la cause des faits exceptionnels, un oi^anisme nouveau, presque une nature nouvelle. Et qu'on le remarque bien, cet organisme et cette nature ne seraient pas moins réguliers que ceux qui existent actuellement; car la régularité de ces derniers, n'étant teUe qu'à la condition de la permanence des causes qui les produisent, passerait à ceux dont les conditions d'existence actuellement particulières et accidentelles se généraliseraient et se perpétueraient. Il y a dans cette formule générale, tout hypothétique et téméraire qu'elle puisse paraître, quelque

chose d^applicable à la fois au passé, au présent et à Tavenir. Pour le passé, elle pourrait être la clé de combinaisons et d'existences perdues; pour le présent, elle mettrait sur la voie des différences qui existent dans les combinaisons si nombreuses et si variées du fond commun de l'animalité ; pour Favenir, elle serait le point de départ d'une science expérimentale toute nouvelle, dans laquelle Thomme , quittant le rôle d'observateur pour celui de créateur, multiplierait à Finfini les variétés de la nature, en perpétuant et généralisant les produits accidentels qu'elle aurait livrés une seule fois à son observation. Sortons de ces généralités par un exemple.

Tout le monde sait que les crétins sont d'une stature et d'une intelligence inférieures à la stature et à l'intelligence normales. Il est à présumer que cette modification profonde de l'organisme et des facultés mentales de ces individus tient à certaines conditions particulières de leur régime, du pays qu'ils habitent, des alimens et boissons qu'ils prennent, etc. Qu'on suppose la cause essentielle de ce résultat connue, ne pourrait-on pas concevoir immédiatement par la pensée qu'en généralisant sur toute l'humanité l'action de cette cause, actuellement bornée à quelques individus, on changerait immédiatement la stature et le degré d'intelligence de l'espèce humaine. On aurait d'autres homimes. Or, pour moi, le crétinisme est le résultat d'une ossification prématurée et trop abondante, comme le rachitisme, considéré dans sesphé-

nomènes squelettologiques , est le résultat d^une ossification retardée et insuffisante. L'un et l'autre sont le produit de conditions particulières du régime alimentaire et hygiénique. Sans vouloir m'arrêter à donner ici les preuves de fait qui m'ont conduit à cette manière de voir, je dirai seulement que chez les crétins les parois du crâne, en s'ossifiant trop tôt et d'une manière trop consistante, empêchent le développement du cerveau, de la même manière qu'en vertu d'une disposition inverse, les crânes des sujets rachitiques, en s'ossifiant trop tard, favorisent le développement du cerveau et des facultés. Eh bieni qu'on suppose un instant le genre humain soumis par moitié aux conditions qui spécialisent l'ossifica* tion des crétins et des rachitiques : une moitié des hommes sera dépourvue de la plus grande partie des attributs de l'intelligence, et l'autre moitié en sera pourvue à un plus haut degré. Ce n'est point là une vaine supposition ; c'est tout simplement le produit d'un fait exceptionnel généralisé dans sa cause et généralisé dans ses effets.

Ce que la pathologie constate dans le crétinisme et le rachitisme, elle le constate dans le plus grand nombre des maladies. Il est rare qu'une maladie ne mette pas en évidence, par un de ses produits anormaux, l'action exceptionnelle d'une cause qui, amenée et maintenue à un surcroît d'activité constante, réaliserait des effets aussi constans.

A supposer que cet enfantement d'effets nouveaux

subordonnés à un changement d'activité dans les causes pût paraître, en raison de sa nouveauté et de son but éloigné, une pure spéculation, une vue imaginaire, la même étude des faits exceptionnels serait d'une utilité plus immédiate pour la connaissance des lois qui président au développement des faits normaux. En effet, lorsqu'une condition morbide déterminée a pour résultat d'anéantir certain produit d'une fonction, elle conduit nécessairement à la connaissance même de la cause de ce produit. Or, ce résultat ne peut être fourni directement par l'observation physiologique, puisque cause et effet sont toujours en présence, et la persistance de leur rapport normal n'établit qu'un fait de pure coïncidence ; tandis que la variation, l'augmentation, la diminution et la soustraction d'un effîet, avec la variation, l'augmentation, la diminution et la soustraction de sa cause mettent immédiatement sur la voie du rapport essentiel qui les lie, du rapport de la cause à l'effet. Je sais bien que quelques-uns de ces avantages de l'observation pathologique peuvent être revendiqués, à bon droit, par l'expérimentation physiologique, parce que, ainsi que je l'ai dit, la maladie, à ce point de vue, n'est elle-même qu'une expérience. Mais il ne me sera pas difficile de montrer que les expériences morbides ou maladies, tout en réalisant la plupart des avantages des expériences physiologiques, en possèdent beaucoup d'autres qu'il n'est pas donné à ces dernières d'atteindre. Le dévelop-

pement de cette idée m'entraînerait trop loin ; nous la reprendrons dans le travail détaillé qui fera suite à cet extrait

Nous pouvons donc considérer robsenration pathologique non seulement comme un moyen de contrôle indispensable de la physiol(^ proprement dite, mais surtout comme une source de faits physiologiques exceptionnels propres à mettre sur la voie des causes qui restent cachées sous Tuniformité de la vie normale, et propres à ouvrir à la science et à Fart un horizon immense de possibilités, non moins utile aux déterminations de la première, qu*à Tinitiative toute créatrice du second.

Si les développemens qui précèdent n'avaient pas suffisamment fait ressortir la signification du premier ordre d'idées exposées dans ce travail, les vues que j'ai à rappeler par ces mots : La fonction fait l'organe, compléteraient cette indication.

Qui dit physiologie normale, dit exécution fonction* neUe uniforme, parallèle à un état organique uniforme. La fonction considérée à ce point de vue, c'est la permanence d'un rapport toujours le même entre l'instrument et son usage. C'est la respiration s'exécutant toujours au même rhythme avec des poumons toujours au même état de force et de développement. La régularité constante de ce rapport n'était guère propre à mettre sur la voie de son essence et de la hiérarchie de ses deux

termes. Est-ce Toi^ane qui fait la fonction, ou la fonction qui fait Forgane? Nul ne s'en était enquis. Que dis-je ! borné à la seule considération du fait arrivé à son entier et régulier développement, Tesprit avait plutôt supposé Terreur que la vérité. N'allant pas au-delà du fait immédiat, pour lui la fonction ne pouvait être que postérieure à Toi^ne, comme Teffet à la cause ; il lui fallait une cause, et cette cause il la trouvait dans Forgane; il ne voyait rien de plus : Foi^ne faisait donc la fonction* C'eût été une monstruosité logique que de supposer le contraire. Cependant le fait est tout différent, et on nous permettra de nous appuyer sur nos convictions comme sur Fautorité d'une chose jugée et démontrée, parce que, en réalité, elle sera telle pour quiconque aura passé par les voies où nous avons passé. Or, ces voies n'étaient pas frayées dans le domaine de la physiologie normale ; nous nous les sommes ouvertes à travers le terrain tout nouveau et non encore défriché de la physiologie pathologique. Elle seule pouvait nous conduire à ce résultat, et elle nous y a conduit

Ce n'est pas le lieu d'insister sur la fécondité de ce point de vue. Nous y reviendrons plus tard avec les développemens désirables, si toutefois Fexpérience et la conviction de tous ne rendent pas bientôt cette tâche superflue. Cependant nous n'avons fait jusqu'ici qu'exprimer fort laconiquement ce que nous avons entendu par notre formule, et nous ne l'avons citée que comme

un exemple remarquable des services qu'il est permis d'attendre de la physiologie pathologique. Il n^est donc peut-être pas inutile que nous nous attachions à préciser plus nettement que nous ne Pavons fait ce que nous avons entendu par : la fonction fait l'organe.

Disons ce que cette formule n*est pas : il en ressortira mieux ce qu'elle est.

Ce n'est pas, comme on pourrait le prétendre en se tenant à la surface des choses, le vitalisme ou la doctrine des causes finales. Ces doctrines placent, il est vrai, le but et la raison de Torgane avant son développement, et supposent toiyours l'instrument en vue de la fonction. Nous n'examinons pas plus que nous ne contestons la légitimité de cette prétention; ce que nous contestons, c'est la similitude des points de vue, sous le prétexte qu'ils s'expriment à peu près par les mêmes termes. Mais il suffit de regarder de plus près pour s'assurer que d'un côté il n'y a qu'une pure spéculation, aussi vieille que stérile, de l'autre un fait matériel aussi nouveau que fertile en conséquences.

Avec le vitalisme ou la cause finale, tout est prévu, tout est dans le plan éternel de la nature, etl'on n'a point à se préoccuper des causes immédiates de la réalisation. Cette réalisation est nécessaire ; elle est calculée, préétablie, et ce n'est qu'à partir du moment oii elle est accomplie que la science commence. Tout l'ordre des causes prochaines et mécaniques de la formation des organes

est considéré comme nul et non avenu. Ici donc la fonction ne fait Foi^ne qu'en vue de sa finalité, et sans se préoccuper de ses moyens immédiats d'exécution. A mon point de vue, au contraire, au point de vue tout mécanique de l'activité de la fonction, c'est elle aussi qui, par sa mise en action, ou plutôt par la mise en action de sa force initiale, réalise petit à petit et au fur et à mesure de son développement le développement de son instrument. Mais la force qui la provoque, l'innervation, si l'on veut, pour la représenter dans son élément le plus élevé, ne fait qu'imprimer une première modification à la matière organique: celle-ci, en vertu de l'activité fonctionnelle qui l'anime incessamment, et sous l'empire des conditions oii elle se trouve et des influences qui l'environnent, contracte une disposition corrélative de plus en plus spéciale, la disposition oi^anique, laquelle se continue, se développe et se complète par la reproduction incessante de l'impulsion primitive , et par l'exer* cice toujours croissant de l'oi^ane lui-même. A ce point de vue, la fonction est le mouvement incessant de la matière, dirigé d'une certaine façon avec le concours de certaines circonstances, au milieu de certaines conditions ; et l'oi^ane, la matière elle-même, recevant de l'impulsion nerveuse et des conditions et drconstances qui l'environnent les formes déterminées qui doivent la spécialiser et la faire appartenir à tel ou tel système. On trouvera dans notre Miémoire assez d'exemples pour

rendre 6ette indication abstraite parfaitement intelligible: Contrairement à l'idée du yitalisme et de la doctrine des causes finales, qui se confondent id conune toujours, la fonction fait l'argtmeyentdone^&re: l'opération fonctionneUeimmédiate à Faide de laquelle l'organe commence se façonne , s'accomplit , et dans laquelle cette âibrication trouve la raison et le moyen mécanique immédiat de . son exécution.

Il est un autt« ordre d'idées moins anciennes et moins répandues dans la science, avec lesquelles on trouvera et on a déjà trouvé (1) que ma formule a quelques rapports. Je veux parler du système de zooplastie, dont

. Lamarck et M, Geoffroy Saint-Hilaire sont les plus illustres représentant. Personne plus que moi ne rend justice aux vues élevées de ces deux grands zoologistes, et je saisis avec bonheur cette occasion de protester de mon entière sympathie pour leurs idées, et de ma respectueuse et sincère admiration pour leurs fravaux.

. Je ne fais même aucune difficulté de leur rapporter l'on- ' gine.de mes \nes. ^ais cette déclaration me met d'autant plus à l'aise pour débattre et fixer ce qui appartient res-

; pectivement aux deux théories, et montrer la différence à c^té de la ressemblance.

Lamarck etGeoffroy Saint-Hilaire ont étudié l'influence

(1) Nous faisons allusion à un article fort remarquable de la Revub synthétique, dans lequel le talent du rédacteur n'est, égalé que par son extrême bienveillance.

des circonstances extérieures, de Texercicé, et de Tliabî-^ tude, sur les formes de rahimalité> Leur but a été de trouver la raison des diversités dans Tunité de la série. Mais ni l'un ni l'autre n'ont étudié à ce point de vue les différences des systèmes organiques dans le înéme-orga- , '

nisme. Or, ma formule,^ quoique applicable ùavus sa gé-:

néralité aux déterminations de mes prédécesseûrsi, com- .;

prend surtout les évolutions oi^aniques considérées dans' .

p ■ il

leur diversité par raj^port à l'individu. l*e systèBoie ée. ., Lamarck et Geoffroy Saint-Hiiaire est dpn^, à/ ce f^t^e^ .

mier point de vue^ un système d'étiologie zoologique, le .

mien un système d'étiologie organique ou anafbmique^. .

L'une et l'autre doctrioejs peuvent se servir et s'éçlçirer .

des même' faits, mais de^ ces " faits vus^ sous dés aspects - .

différens. On remarquéca, d'aîHeur^, que <{eux de là. pre^ ^

mière sont surtout empruntés à la zoologie, cèi}x de la-.^ . •

seconde à l'anatomie ^atiiolOgique et à. la pathologie. '

Envisagée de plus près,; la dôetrîne de mes illustrer

devanciers n'est qu'jjne étiolpgie éloignée, c'est-à-fUre

qu'elle ne comprend que les causes éloignées des faits

qu'elle cherche à déterminer. EQe se tient bien plus dans .

la coïncidenpe delà cause et dèJ'efltet» qu'elle ne clierche à déterminer le mécanisme de l^ur liasion. Ils constatent > que l'activité fonctibnâelle accroît, dimimie, niodifije telle ou telle partie de Torganisme, mais ni l'un ûi l'aiitre^ n'a donné la.raison ni le caractère anatôiliique de cette \ : modification, parce, que ni l'tm ni ràutrejp'a ¥U que cette

activité diversiiée met en jeu des conditions mécaniques différentes, d'ob la différence du résultat Chez eux, l'absence de détermination du moyen immédiat est donc d'accord avec Tabsence de détermination différentielle du produit Ils s'en tiennent pour la cause et Teffet à

la considération extérieure, zoologique. Je place, au con-

tjraiirev l'étude de rinflîience fonctionnelle tout près de son résultat, tout près de l'organe, et cette étude me révèle rexistenéède Tordre de moyei^ immédiats à l'aide desquels la fonction réalise l'oi^ane, telle structure d'or* gane; comme aussi cette réalisation , étudiée dans ses rapports avec ses moyens d'exécution directs, me conduit à la constatàtioA des différences intimes, anatomiques de chaque organe. En un mot, et je le répète, Lamarck et Geoffroy oi9it*étudié4'oi1gine des* diversités de forme ou zoologiqùes de l'unité animale « et j'ai étudié l'origine des diversités abâtomlques de l'unité ' organique ; d'un côté, étude spécifique deâ animaux, de l'autre étude spédfique des oi^aaesi; eux à l'aide de la constatation des causes éloignées, moi par l'introduction des causes prochaines :

' \ les unes et les autres agissant cependant de concert, et les 'secondes procédant des premières.

* Mais une dernière différence capitale existe entre leur théorie et la mienne.

Préoccupés de l'importance réelle des agens extërieurs,

Lamarck et Geoffroy ont attribué à ces àgens une influence

. exclusive. Pour eux, la ih'odalité de la forme est toujours

le résultat et Tunique résultat de la modalité de la cîr-^ constance. < La nécessité, dit Lamarck, a forcé certains » animaux de s'exercer à des courses rapides, et de l'ha- » bitude qu'ils en ont prise, leur corps est devenu plus » svelte et leurs jambes beaucoup plus fines. On en voit » des exemples dans les antilopes, les gazelles, etc. D'autres

» dangers dans nos climats exposant continuellement les » cerfs, les chevreuils, les daims à périr par les chasseiï » que l'homme fait à ces animaux, les ont réduits àla même » nécessité, les ont contraints à des habitudes semblables, » et ont dotmé lieu aux mêmes produits à leur égard (1) . » Ce passage, que j'ai choisi à dessein parmi les moins se-

rieux de l'ouvrage, pour montrer les inconséquences d'une doctrine vraie, mais insuffisante, m'épai^nera de grands développemens. Au lieu de m'en tenir comme Lamarck àla seule considération des agens extérieurs et de la fonctionnalité réalisée, j'ai admis dans ma détermination un terme*de plus, un terme préalable, et le plus important, le plus indispensable à la solution du problème. Je veux parler de l'impulsion initiale donnée à la matière organique par l'incitation nerveuse, et donnée à nouveau et avec un caractère particulier pour chaque espèce (2) . J'admets, comme Lamarck, que l'agilité spéciale des ga-

(1) PHII.I1S0PBIB zootociQtJB, 1809, tomc 1, page 255.

(2) Cette distinction est importante à Taire ; car Lamarck admet à l'origine de' l'animalité, et une fois pour toutes une certaine force initiale, dont les produits se sont ensuite transmis par voie d'hérédité.

zelles, des antilopes est bien propre à entretenir la finesse de leurs membres et le svelte de leur taille ; qu'elle est même indispensable à la persistance de cette disposition ; de la même manière que la contraction musculaire est indispensable à Tentretien de la texture spéciale du muscle ; mais il eût fallu, pour que la formule étiologique de Lamarck fût adéquate à ses effets, qu'il eût admis qij^lque chose de ^préalable, Tactivité primitive, spontanée, instinctive* qui fait que la gabelle est la gazelle, qu'elle s'est d'abord développée avec les conditions et le besoin de ragiUté, comme j'admets que le muscle a reçu d'abord de l'influence nerveux la première impulsion de sa destination spécifique, et non pas celle d'un autre tissu. Rien ne montre mieux la différence de nos deux points de vue

que le fait cité par Lamarck de l'absence des dents chez les animaux qui se nourrissent sans exécuter aucune mas^ ticatian^ tels que les oiseaux, les baleines, etc. (PmLOs. zooLOG. , tome 1", page 2/iO.) Mais pourquoi ces animaux ne mastiquent-il point? «Parce que les circonstances les ont mis dans VAabiiude d'avaler sans mastiquer. » {Id. ib.) Gela ne revient-il pas à dire qu'ils ne mastiquent pas, parce qu'ils n'ont jamais mastiqué, à moins qu'on ne suppose qu'ils mastiquaient d'abord, et qu'ils en ont p^du

l'habitude ensuite? Ces deux alternatives ne sont pas plus heureuses l'une que l'autre. Pour nous, indépendamment de la relation mécanique que nous chercherions à établir entre l'évolution dentaire et le phénomène de la masti-

cation comme moym de favoriser cette évolution, nous chercfaerions à rattacher ces deux termes à un troisième, indispensable, qui les. domine. Nous dirions donc que chez ces animaux certaines dispositions instinctives, pro^ près à leur espèce, et inhérentes aux premiers rudimens essentiels de leur ôtre^ ne provoquent pas certain^ ber soins ; que ces besoins manquant n*éveillent pas là fonqtionnalité corrélative, et celle-^ci' dépourvue dç'sa stimii-: lation ne produit pas Forgâne. Impulsion instinctive ou besoin, fonction, organe, telsi sont donc les trois termes de notre formule. étk)t6gique. Faisons remarquer, en outre, que nous n^adoptenons^pas âécess^irement la circonstance de la mastication, telle qu'elle est dônhée par Lamarck ; car, sans nous expliquer davantage à son égard , nous dirons qu'à nbi^ yeux, elle ne joue qu'un rôle très

secondaire dans l'étiologie mécanique de TévolutionMentaire ; nous ne Fàvons admise que comme suppol^ittoB et dans la vuie de montrer que, séparée de l'élément ^ui la précède et là met en jeu, elle reste sans action et sans valeur. Cet exemple seul montre donc qu'un terme ini^ portant manque à l'étiologie de Lamarck- et de GBoffrey*

Essayons de nous résumer ^n quelques mo.ts;

l"" Lamarck et Geoffroy ont eu en vue la zooplastie ; moi, Foi^anoplastie;

2"" Ils se sont arrêtés devant les causés éloignéeif ,Bt j'ai introduit la considération des causes prochaines;

â" Ils ont surtout interrogé les faits zoologiques; j'ai

eu principalement recours aux faits anatomo-pathologiqaes;

4'' Ils ont méconnu et négligé le terme principal de rétiologie zooplastique, rimpûlsion initiale et spéciale ; j'ai reconnu et introduit ce terjne.

But, faits et idées diffèrent donc de part et d'autre dans leur spécialité, quoique se ressemblant et visant aux mêmes ^ésultats dans leur généralité.

Après avoir ainài caractérisé nos idées en les séparant dç celles qui paraissaient avoir le plus d'analogie avec elles, nous allons en indiquer quelques applications; ce sera un Qioyen nouveau de faire ressortir ce qu'elles offrent de particulier.

D'apYès les rapports essentiels que nous avons dit exister entre la physiologie et la pathologie, il est aisé de cornprendre que toute vérité nouvelle propre à l'une est ap* plicable à Fautre. Si, dans l'ordre physiologique, la fonction fait l'organe, il en doit être de même dans l'ordre pathologique. En effet, la maladie c'est la fonction modifiée, pervertie, ' détournée, de son but normal, mais continuant à être animée, impulsionnée par la force radicale qui anime et impulsionne la fonction normale. Il n'y a de différence entre l'une et l'autre que dans les causes secondaires, que dans les conditions intercurrentes qui viennent changer leur produit définitif. La maladie continue donc le rapport de subordination de l'organe à la fonction : la maladie continue donc à faire l'organe.

mais comme fonction anormale, et par conséquent avec un produit anormal, c'est-à-dire en rapport avec Facti-r vite spéciale qui lui est départie. Dès lors, la fonction morbide, ou maladie, n'est plus le résultat de la modification ou altération organique, mais l'origine même, la

condition génératrice de cette modification. Il n'est pas possible de se dissimuler ce que cette doctrine a de grave et de contraire aux idées reçues. C'est le renversement des deux termes delà théorie actuelle ; c'est la cause mise à la place de l'effet, et réciproquement l'effet mis à la place de la cause. Qu'importe cependant, si l'idée est vraie? Or, elle ne nous paraît pas plus contestable dans l'ordre pathojogique que dans l'ordre physiologique. La maladie, comme la fonction, fait l'organe, mais l'oi^ane modifié en raison de la modification fonctionnelle. Nous nous dispensons d'apporter des exemples à^^l'appui de cette proposition ; notre but ici n'est pas de la développer, de la prouver, mais simplement de l'indiquier, de la faire comprendre comme extension ou conséquence de la doctrinç physiologique dont elle dépend. Quand le temps sera venu, nous fournirons non seulement toutes les preuves à l'appui, mais nous entrerons dans le détail du mécanisme général et spécial suivant lequel la maladie ou fonction pathologique réalise la lésion organique ou l'organe pathologique ; jusqu'ici nous nous abstenons de toute discussion à cet égard : nous nous bornons à signaler la continuation du rapport

de la fonctioa avec l'organe, à tous les momens, dans tous les modes , avec toutes les variatloas de la fone* tionnalité , et par conséquent à Tétat pathologique comme à Tétat physiologique.

Cependant, ce serait peut-être nuire au développement de ces vues que de les laisser en désaccord apparent avec des faits bien établis. Il est avéré que, dans un certain sens, au point de vue physiologique, Toi^ane fait la fonction aussi J)ien que la fonction fait Forgane, et il en est de même au point de vae pathologique. Qu'en résulte* Ml? Que de âeu^ propositions contradictoires, si Tune ' est vraie, Tautre est nécessairement fausse. Hais ces deux propositions ne sont contradictoires qu'en apparence et dans les tenues. Elles expriment deux ordres de faits diSërens, mais non opposés; elles peuvent donc être vraies toutes les deux à la fois, et c'est ce qui a lieu. Quelques explications suflb*ont pour dissiper toute incertitude à cet égard.

Quand nous disons : la fonction fait l'organe, nous entendons que les conditions mécaniques mises en jeu par rexéciilion fonctionnelle ont pour ^et de réattser la forme et la (imposition spécifiques de tel ou tel oi^ane. L'organe, c'est la matière organique primitive, amorphe, mise en mouvement et incessamment influencée par la' force initiale, impulsive de la fonction, et incessanunent impressionnée, modifiée et pondérée par les conditions ambiantes. Il y a donc une corrélation intime, nécessaire,

de tous les instaBs, entre les unes (forces-et conditions), considérées comme causes^ et ràatre(roi^ne), considéré comme effist Ydlà un premier fiBût, selon, nous, incontestable : c'est-à-dire la subordination de Toi^ane à la fonction et la relation intime des élémens de Forgane avec les

élémens de la fonétion. GépendaQtsi, dépourru des don-*

nées qui conduisent à la notion exacte de ce rapport , on n'avait devant les yeux que Texécntion (pnctionQeljie et * ,. l'organe réalisé, il ne serait peut-êl^e pks possible de <Ûre lequel de la fonction oju de Torgane domine Tautre ; on verrait bien la cortélation exacte qui. existe entrô leursélémens respectifs; et cette corrélation, en tant qtt*exj>rimant mi simple ra|qx>rt bistorique ou emtdrîque^ exiSte^ . rait toujours et serait également vraie, qu'on ^è plaçât au point de vue de la primauté de Torgane sur la fonètion, ou de la fonction sur Forgane. Dès lors, et en sefondant uniquement sur ce rapport , on pourrait dire' : tel organe^ telle f miction, ou même : l'organe fait la fonction, parce ' qu'on n'aurait d'autre idée que d'esprimer un rapport, le même , soit qu*on l'envisage de la fonction à Fo^ane , ou de Forgane à la fonction ; mstfs on ne voudrait et on ne . pourrait pas dire par là que Foi^àne a précédé la fonction, qu'il Fa déterminée, réglée, et, en un mot, qu'il en . a été et en est la cause efficace. Mais si , allant au-delà de ce parallélisme exact entre les élémens matériels de * Fun et les manifestatioAs phénoménales de Fantre, on prétendait renverser les termes [ oh î alors on tomb^ait

dans use erreur complète , que nous n'avons pas

de réfuter, puisque cette réfutation est la conséquence

implicite de la proposition inverse réputée vrsde.

Cette difficulté n'est pas la seule. On peut encore considérer Torgane comme rinstnuùj^t de la fonction : les muscles sont lesinstrûinens des mouvemras du squelette. Cette vérité n'est pas contestable , mais aussi n'est-elle énauÈune façon opposée à celle que nous voulons.établir ; elle est autre, voilà tout; une simple remarque le prouvera.

La fonctioki du muscle n'est pas de mouvoir les parties auxquelles il s'insère, mais bien de se contracter. La contraction, voilà sa, véritable fonction, sa fonction^ spéciale, celle qui n^appartient qu'à lui. Le mouvement qu'il provoque est le résultat de sa fonction ; iteta est l'instrument; c'est même, si l'on veut, par une extension im- • • •

propre du langage, sa ibnction éloignée; mais afors nmis dirons toujours que sa fonction prochaine c'est la contraction; car, si on n^admettsiK pas cette dûrtinction, ne dirait-on pas avec autant de fondement que la fonction du muscle est de faire dreutër Iç sang, puisqu'en vertu de ses contractions il aide au cours de ce ftuide. Ce n'est donc que par un abus dei^ mots , et en confondant deux choses fort différentes, qu'on arriveraità donner un sens réel à la proposition : l'ot^jfane fait la fontticn. Au reste, les croyances que nous combattons n'ont jamais eu d'autre fondement. C'est faute d*avoir mis les^organes en présence

de leurs yéritables fonctions, de leurs fonctions immédiates, qu'on n'a pas vu plus tôt la méprise.

Il ne faut donc pas plus confondre le rapport de concordance phénoménale entre Fétat oi^anique et l'état fonctionnel , avec le fait de la suboMination éliologique de Foi^ne à la fonction, qu'il ne faut confondre la fonction immédiate d'un organe avec sa fonction éloignée. Un organe n'aqu'une fonction immédiate, comme il n'a qu'une cause prochaine; et il a plusieurs fonctions éloignées, comme il a plusieurs causes éloignées.

La conséquence de ce qui précède, en ce qui concerne la pathologie, est donc que non seulement le rapport actuellement établi entre la lésion organique et la maladie doit être renversé, mais que l'étude des évolutions pathologiques doit chercher, comme celle des évolutions physiologiques, la véritable cause efficace des phénomènes morbides et des altérations oi^niques corrélatives, dans l'impulsion nerveuse initiale ou autre analogue, qui règle les mouvemens les plus élevés de l'organisme. En indi^ quant l'action nerveuse, nous ne prétendons pas avoir résolu la difficulté ou la renfermer exclusivement dans cet ordre d'influences ; nous avons seulement en vue de la déplacer du point où on l'avait arbitrairement placée ; notre prétention, si l'on veut, se bornera même pour le moment à la remettre en question.

Il est presque superflu de faire ressortir de cette nouvelle manière d'envisager la pathologie les conséquencesi

qui en résultent pour le diagnostic et le traitement des maladies.

La pathol(^e n'étant plus que la fonctionnalité modifiée , et la modification dans la fonction étant toujours corrélative à la modification imminente ou réalisée dans Forgane, la détermination de la maladie àFendroit de son mode fonc* tionnel et organique ne reposera donc plus sur une symptomatol(^e banale ou empirique, comme celle de t' inflammation ^ ou de tout autre état morbide aussi vague, mais sur le rapport physiologique général et particulier de la modification fonctionnelle avec la modification organique, et sur le caractère de prééminence et de primordialité de Tun par rapport à Tautre. J'appellerai volontiers ce genre de diagnostic le diagnostic immédiat ou étiologiqm^ parce qu'il aura pour objet la détermination de l'action immédiate de la véritable cause, de la cause prochaine, de celle, en un mot, que met directement en jeu la fonctionnalité pervertie, et pervertie par les causes morbides éloignées. Or, jusqu'ici c'est à la détermi* nation de ces dernières, presque toujours prises dans le champ des hypothèses , que se sont attachés la science et l'art du diagnostic médical.

Enfin, de même que physiolc^quement nous avons

admis la prééminence de l'organe sur la fonction, mais sur la fonction éloignée , nous admettons aussi la prééminence de l'organe pathotogique sur sa fonctionnalité éloignée. De là, un autre ordre de phénomènes morbides

ou symptômes qui pourront composer te domaine du diagnostic éloigné, par opposition avec le diagnostic im^ médiat, attribué aux troubles de la fonction prochaine. Ainsi, dans un cas de contraction pathologique des ipusdes, les phéni^ènes^ qui caractérisent cette dernière et se rapportent exclusivement à elle , ceux du spasme par exemple^ seront du ressort du diagnostic immédiat; ceux qui, au contraire, consistent dans les directiens et les mouvemens anormaux des parties subordonnées aux muscles s^Bectés, se rapporteront au !diagnostic médiat ou éloigné. ÏD'où , dans Tétude de la symptomatologie , trois ordres de phénomènes ou symptdmes : l** ceux fournis par la modification de la' puissance impulsive ou phénomènes nerveux primitifs; 2° ceux fournis par la fonctionnante pathologique immédiate et par Forgane pathologique; ^'''enfin, ceux fournis par la fonctionnalité pathologique éloignée ou effets de Toi^ne pathologique. On verra plus loin que ces trois ordres ou symptômes sont eux-mêmes soumis à une dernière influence résultant du retour de reffet de la fonctionnalité pervertie à sa puissance impulsive. Mais. n'anticipons pas.

Un dernier problème reste à résoucfre : savoir, si Tînfluence organogénique de la fraction se borne à Tôif afte proprement dit, et s'absorbe dans ce travail, ou bien si. son action se continue au-delà et a des conséquences plus éloignées. Cette question n'est pas moins in^portante que

cell^ examinées précédemmettt. Sans nous préoccuper

des moyens de démonstration» ni de la gravité de la so^^

. Jution à laquelle nous pourrions être conduit^ nous di-

^ rons . immédiatement qu'en effet la foncticmnalité ne

, 9'épu|sê pas dans les résultats immédiats de la formation

îprganique. £n vetttt de la succession et de renebainement

. de ses effets, ceift-cï étant considérés comme la conti*

njaation de sa personnification, elle finit par revenir im-

" "^ulsionner elle-même la force iniliate qui l'a mise en

, mouvement, elle rapporte à son principe d'action ce

; qu elle eh a reçu , de manière à devenir à son tour cause

'. ..de sa cause, d* effet qu'eflea ^té d'iibord de cette cause.

'i Jt^xprime à d^çseip ce résultat dans ses termes les plus

^\. â^ius;^Ën d(i frapper plu9 vivement r'attention, et d'as-

*sui:er ainsi à la vérité le bénéfice . de l'ofqposition qu'elle

pourra. provoquer. . ; ^ . .*

. * C'est, en réalité, quelque chose d'étrange, que cette

* à)(emative où nous plaçons la fonetîon par rapport à son

instrument çt par rai^rt'à sa puissance impulsive. La

. causé et l'efet, ejivisagés atetraitement, sont considéi:és

d'Qrdinaurè eii* ligne droite, de manière à ce que l'un soit

' . et Tci^tç définitivement, perdu pour l'autre. Dans notre

' ' bypçthèsé, au coptraire, l'impulsion de la causç aurait

Ueû .Suivant une courbe ^ferq^ée,^ qui la ferait revenir

jcomm^ la circonférence' d un cercjie à son point de dé-

part. D'japrès cela, l'impulsipu initiale de la fonction s'ac-

(B|^16*ait donc ^Ue-m^me saris cesse de rimpulsion qu'elle

aurait commuJQiquée; et, commejeraiditpluii haut, TeSét reviendrait à la cause, la perpétuerait, l'accroîtrait. Cest là réellement ce qui se passe sous Tinfluènce résolutive de la fonctionnalité, ainsi que nous allons chercher à le faire voir.

Tout s'enchaîne dans Téconomie de Thomme et des animaux supérieurs. On peut l>ien sdnder un organe, une fonction par la pensée ; mais, en réalité, tous les organes, toutes les fonctions se tiennent et sont solidaires: * Cette propriété leur vient des deux grands systèmes qui leur ».. comm»» à U^. «qui eo«,er«»«.tà cepota. ^e vue tout le corps animal en un seul organe' et unie seule fonction : l'organisme et la vie. 11 suit de ce fait . incontestable et incontesté qu'en quelque point du cercle physiologique qu'on prenne et fractionne la fonctionna- ' lîté, on est toujours certain d'avoir ces trois termes : impulsion nerveuse, fonctionnalité organique ou spéciale, et résultat général de la fonction qui rapporte à l'innervation le bénéfice de son impulsion initiale. Sans tomber dans l'hypothèse, on peut dire que cette liaison %ntre l'élément essentiel qui provoque la fonction et ]jp résultat de la fonctionnalité qui lui revient est due en grande* partie au système drcnlatoire. C'est lui, en effet, qui reçoit directement ou indirectement le dernier mot, le substratum, de toutes les fonctions particulières, et c'est lui qui revient sans cesse alimenter, réparer, développer le système nerveux, .sources de toutes ' les impulsions *

foûctionoelles. On remarquera qu'en accordant à ce foyer des forces spontanées de l'organisme toute l'importance qui lui appartient, nous ne voulons pas borner à cet élément l'origine des réparations et des accroissemens de l'impulsion fonctionnelle. Nous croyons, au contraire, que cette impulsion s'accroît plus directement de sa propre et immédiate exécution, comme un courant qui viendrait se renforcer lui-même, ainsi que nous le montrerons plus tard. Dans cette appréciation, nous ne faisons pas non plus abstraction du concours des agens extérieurs ; nous ne sommes pas de ceux qui proclament l'indépendance et la spécifité du système organique au milieu du système général; nous croyons, au contraire, de la manière la plus formelle, à la liaison intime et à la dépendance mutuelle et absolue de ces deux systèmes. Mais, pour le moment, nous ne voulons envisager que la relation réciproque entre l'impulsion^ nerveuse initiale et le produit définitif de toute fonction spéciale. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, notre intention n'est pas de démontrer ici ces vues, mais simplement de les indiquer. Nous n'avons donc pas besoin de nous y arrêter davantage. Un exemple sujQSra pour achever de nous faire comprendre , tant à l'égard de ce dernier point qu'à l'égard de ceux précédemment examinés.

La respiration, en vue des questions qui nous occupent, offre à considérer 1"* l'impulsion nerveuse initiale ; 2"* la formation des oi^anes respiratoires par l'exécution

fonctionnelle ; 3"" le résultat général de la fonction sur son principe initial.

L'impulsion nerveuse ne doit pas nous arrêter : elle est consentie par tous, au moins dans sa généralité. Ce n'est pas le moment d'examiner si cette influence est bornée à la contraction musculaire inspiratrice et expiratrice, ou bien si elle s'étend au poumon lui-même, qu'elle dilate dans des directions déterminées, et en vettu d*un certain orgasme actif. Cet ordre de faits, que nous aurions quelques motifs d'admettre ne serait pas indiflTérent pour expliquer le mécanisme de la formation du poumon, sous l'influence de la fonction. Quoi qu'il en smt, nous nous bornerons à formuler les circoifêtances les plus extérieures et les plus incontestables de cette évolution, remettant à un autre moment de pénétrer plus avant dans la question. Or, voici ce qui nous parait le plus fondé à cet égard. Qu'on remarque bien que nous prenons les choses au point où elles sont à ta naissance. Sans avoir à nous préoccuper comment elles sont arrivées à ce point de développement, nous restons persuadé toutefois que le mécanisme constaté à cette époque de la vie n'est, et ne peut être qu'une suite, qu'une continuation de ce qui s'est passé pendant la vie intra-utérine.

En même temps que les muscles inspirateurs tendent à soulever et à dilater le thorax, le poumon ouvre ses voies intérieures à l'astmosphère, tant en vertu du vide passif qui résulte de la dilatation du thorax, qu'en vertu

peut-être d'une dilatation active de ses canaux intérieurs. L'air, en se précipitant dans ces canaux et en pesant sans cesse sur le fond des anfractuosités qu'il se creuse, tend à les façonner, à les régulariser sous F influence de la répétition de son passage par les mêmes points et de la répétition de son contact avec les mêmes surfaces. Les cellules résultent donc de Técartement des lamelles cellulaires, et leurs parois, du tassement de ces mêmes lamelles appliquées les unes contre les autres. Ces données seules suflSraient déjà pour expliquer la formation de l'élément celluleux du poumon. Son élémeitt vasculaire se réalise par un mécanisme analogue.

En même temps que l'intérieur du poumon se façonne ainsi au contact de l'air, et en vertu même de ce contact, il se circonscrit à l'extérieur en vertu d'un mécanisme non moins facile à apprécier. Dans le principe, la masse celluleuse pulmonaire adhère et se confond avec la paroi tboracique. La cavité dite pleurale qui la sépare plus tard de cette paroi résulte à son tour de l'agrandissement et de la réunion des espaces celluleux placés dans l'intervalle, sous l'influence du frottement continuel des parties et de leurs contact et séparation alternatifs. Nous avons montré ailleurs comment le frottement, le contact et la séparation altei^natifs de deux surfaces fermées à l'air donnent lieu à la formation de cavitéâ closes accidentelles ; la cavité pleurale se forme absolument de la même manière, sous l'influence des

mouvemens respiratoires ; dès lors, le poumon est circoirscrit.

En même temps que ces phénomènes se passent du côté du poumon, les muscles de la cavité thoracique et les vaisseaux intra-thorack[ues et pulmonaires suivent la même impulsion : les muscles en acquérant de plus en plus la texture charnue et aponévrotique en rapport avec leur contraction et les tractions dont ils sont le siège ; la cavité thoracique en se dilatant progressivement sous rinfluènce de Fexpansion pulmonaire et s' appropriant à tous les progrès et degrés de cette expansion ; les côtes en prenant la forme qui résulte des efforts opposés d'inspiration et d'expiration qu'elles supportent ; les vaisseaux en se multipliant et en augmentant de calibre par T^ort toujours croissant des liquides, sous rinfluènce du vide résultant de Tampliation toujours croissante du thorax. Jusque-là donc on a la raison de la formation des canaux ou anfractuosités pulmonaires; raison de la circonscription extérieure du poumon et de la formation des cavités pleurales ; raison du développement des muscles inspirateurs; raison de Tampliation toujours croissante et réciproque du pou« mon, de la cavité thoracique et des vaisseaux y contenus. Toutes ces circonstances de la formation de l'appareil respiratoire sont donc bien l'expression des élémens corrélatifs de la fonction. Mais que sont en dernière analyse et dans leur ensemble tous ces progrès de l'appareil pul-

monaire liés ail développement toujours croissant de la respiration? Une hématose de plus en plus complète? Mais c'est quelque chose de mieux : c'est plus d'amplitude dans le thorax, plus d'énei^e dans les muscles^ plus de volume dans les poumons , plus de capacité dans les vaisseaux , plus de sang hématose ; et puis, comme résultat définitif, plus de substance destinée à réparer, alimenter, développer et stimuler le principe qui anime et meut incessamment tout ce système^ et à réparer, alimenter, développer et stimuler ce système lui-même. Ajoutons que ce que le premier reçoit en énergie, il le rend aussitôt à la fonction, et celle-ci à l'organe; en sorte que, innervation, exécution fonctionnelle et formation organique sont toujours dans des rapports de liaison et de réciprocité d'action qui justifient cwnplètement ce que nous avons dit des mêmes faits considérés dans leur plus grande généralité.

On comprend que nous n'avons voulu donner par ce qui précède qu'un simple spécimen très abrégé de ce qui se passe dans l'application naturelle de notre formule. Ce n'est ni une démonstration rigoureuse, ni une analyse complète ; c'est un exemple présenté dans seslélémens les plus vulgaires , pour montrer le chemin que nous voulons prendre, mais non le but que nous avons atteint.

Nous laisserions notre tâche incomplète si nous n'indiquions la conséquence pour la pathologie de cette dernière vue physiologique. L'influence tenninale de la fonc-

tionoalité {diysiologique se retrouve dans la fonctionnalité pathologique. Ce que le produit définitif de la fonction ramène au principe de son activité initiale, la maladie le rapporte par le même circuit à son élément impulsif. Celui-ci, comme Félément impulsif de la fonction physiologique, rend immédiatement à la fonctionnalité morbide ce qu'il en a reçu ; d'où accroissement corrélatif et parallèle de Torgane pathologique. Le premier de ces deux résultats se traduit par Taccroissement du trouble général de réconomie, qui accompagne d'ordinaire toute affection morbide caractérisée ; le second par l'altération toujours proiss^nte de l'organe patholc^que ; de là un quatrième tenue à ajouter à la formule du diagnostic des maladies. C'est donc la répétition exacte et complète de ce que nous avons dit exister pour 1^ fonctionnalité physiologique.

Ces développemens suffiront, je pense, pour donner une idée du nombre et de l'étendue des problèmes physiologiques et pathologiques, qui se rattachent de près ou de loin à la doctrine : la fonction fait V organe. Considérée isolément, cette formule peut donc donner lieu à des recherchés pTopres à en faire une œuvre scientifique spéciale. Présentée à la suite de nos observations sur la constitution physiologique de la pathologie, nous avons voulu la montrer conune un produit particulier et immédiat de cette constitution, parce qu'en effet c'est surtout aux faits anatomo-pathologiques que nous devons d'y avoir

été conduit , et que nous devons de pouvoir la réaliser. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les recherches qui terminent notre travail, relatives au développement de la portion fibreuse des muscles. Cest une légitime « application, je pense, des quatre termes de notre formule physiologique, et une preuve de la fécondité de cette formule. Cette troiâème partie n*a pu être elle-même qu'ébauchée. Elle sera reprise avec les développemens qu'elle comporte ; elle deviendra, nous l'espérons, une des trois principales applications que nous comptons faire de notre doctrine d'oi^anoplastie à la formation du tissu cellulaire, du système musculaire et des organes respiratoires^ comme spécimen des recherches auxquelles cette doctrine ouvre la vole.

Paris, le 25 mans iS&d^

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