DE NOTRE CONSTITUTION SOCIALE
Il nous reste à nous demander, pour reprendre les expressions mêmes de Fustel de Coulanges, au dernier chapitre de son travail sur la Gaule romaine, quel est l'état social de la France au lendemain de la guerre et le caractère de la société française.
La France constate aujourd'hui, non sans fierté, que ses Institutions politiques pour des raisons d'évolution naturelle, ont traversé victorieusement l'épreuve d'une guerre sans pareille. Il serait funeste, à tous égards, que ce sentiment fit tort au mérite que nous devons attribuer à notre constitution sociale.
Tout gouvernement est relatif à la société, et c'est bien en vain qu'on tenterait de super-
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poser à une société faible et instable une constitution politique, si parfaite qu'il plaise de l'imaginer. Cette constitution s'écroulerait vite faute de support.
Or, quelques semaines après la cessation des hostilités, le désordre social parût à son comble en Europe. Les suites du violent ébranlement imprimé à l'Occident tout entier par la guerre se manifestèrent plus graves et plus profondes qu'on ne l'eut supposé. Les peuples parurent en proie à une sorte de vertige. Et le spectre du communisme surgit dans sa hideur terrifiante. Un moment le drapeau rouge flotta sur Buda-Pesth et l'on put se demander s'il n'allait pas voler, de capitale en capitale, jusqu'aux rivages de l'Atlantique. Les successeurs immédiats des dynasties détrônées n allaient-ils pas être des dictateurs issus des éléments inférieurs de la Société ? L'hégémonie européenne n'allait-elle point passer aux mains du peuple le plus arriéré de la communauté occidentale, c'est-à-dire la Russie, et la prophétie de Saint-Hélène recevoir la plus inattendue des vérifications dans une Europe à la fois socialiste et cosaque ?
De telles craintes n avaient rien de chimérique.
Le bolchevisme moscovite, véritable réincarnation de l'islamisme, animé d'une sombre fureur d'expansion et de prosélytisme, agis-
sant simultanément par ia contagion mentale et par la force des armes sur des populations épuisées, dissociées et démoralisées, parût en posture de ramener à la barbarie toute la romanité et toute la chrétienté. D'autant plus que l'Empire allemand, où l'évangile marxiste avait pris naissance, pouvait céder à la tentation de chercher dans le bolchevisme la revanche du désespoir,
La vieille Angleterre elle-même, tout immunisée qu'elle se crût contre les pestes intellectuelles continentales, ne pût se défendre des atteintes du bolchevisme. L'Italie, la dernière-née des grandes nations européennes, chancelait et vacillait, à la veille même de réaliser les magnifiques succès de la politique irrédente. Aux portes de la France, notre fidèle sœur d'infortune et d'héroïsme, la Belgique, se défendait mal de la contagion démagogique.
La France bolcheviserait-elle ?
Une fois de plus, dans ces jours sombres et incertains, elle apparut dans la plénitude de son magistère. Peuple chef, peuple directeur, le sort de l'Europe demeura un moment suspendu à sa décision.
A s en tenir aux apparences, les uns pouvaient légitimement espérer et les autres redouter que la France se laissât entraîner dans le mouvement.
Tant de souffrances et tant de pertes, tant de déceptions attachées à une mauvaise paix étaient bien propres à faire succéder aux passagères ivresses de la victoire la prostration du découragement, à mettre notre pays en état de moindre résistance et de parfaite réceptivité au fléau communiste.
Dans les centres urbains et industriels, les passions populaires, favorisées et accrues par les difficultés de l'existence fermentaient d'une façon angoissante.
Dans cette ambiance de déséquilibre, au sein de cet accès général de mystagogie révolutionnaire, la France, en dépit de quelques crises rapides, est restée maîtresse d'elle-même. Appuyée sur son ordre social, elle a donné à tous l'exemple du sang-froid et du bon sens.
Elle n a pas bolchevisé.
C'est depuis cette époque qu'il est devenu de mode dans le langage de la démagogie internationale de représenter la France comme le centre et le foyer de la réaction dans le Monde.
Etrange et ironique renversement de situation qui jetterait dans des abîmes de stupeur les hommes d'Etat et les diplomates de 1815 s'il leur était donné de revenir pour assister à ce spectacle.
Que cent ans après les Traités de Vienne, la Russie puisse passer dans de certains mi-
lieux, pour le groupe humain à qui il ait été accordé de découvrir, la première, le mot de l'énigme sociale et de guider les autres peuples dans les voies de la civilisation et du progrès, que la France passe pour incarner le génie de l'immobilité, voire de la rétrogradation, voilà qui en dit long sur les ravages qu'à de certaines heures l'esprit d'erreur et d'insanité est susceptible d'exercer.
Il y a cent ans, la Sainte Alliance, nouée par la Russie, établissait comme une sorte de cordon sanitaire autour de cette France, éternelle et impénitente fomentatnce d'entreprises révolutionnaires, qui avait bouté le feu au Vieux Monde et qui, pendant vingt-cinq ans, s'était complue à attiser l'incendie.
Aujourd hui si l'on devait en croire quelques illuminés, il appartiendrait à la troisième Internationale, conduite par la Russie,"^ de mettre en quarantaine la nation dont les facultés œcuméniques ont imprimé de tout temps à l'humanité les secousses les plus décisives. L'institutrice du monde serait tom.bée à 1 état d élève, et ceux qu'elle a éduqués et émancipés, le plus souvent à son propre détriment, seraient fondés à la décrasser de son incompréhension et de sa routine.
L évolution artificielle, préconisée et formulée par d'imprudents théoriciens, n'a lamais peut-être adressé à la marche naturelle des
choses, de plus insolents défis ni pris, avec plus d'audace, le contre-pied des faits et des événements dans leur enchaînement logique.
L'école communiste a été victime d'une immense illusion d'optique. Si la France malgré les difficultés de sa position, donne au milieu d'une Europe agitée et détraquée, le spectacle d'une constitution sociale insensible aux tentatives de subversion, c'est précisément qu'il lui a été donné de résoudre, en avance sur le reste du monde, une partie des problèmes dont les autres nations cherchent depuis la guerre, l'orageuse solution.
L'Europe centrale et les nations slaves en sont encore à un stade évolutif que la France a dépassé depuis longtemps. Et il est à peine exagéré d'écrire qu'au début des hostilités la sainte et profonde Russie avait à peine rejoint le point exact de civilisation progressive, où le paysan français était parvenu dès le règne de Henri IV. La facilité avec laquelle le communisme s'empare d'un pays donné indique que celui-ci est plus près du point de départ que du terme d'arrivée vers lequel l'évolution naturelle se hâte, avec plus ou moins de lenteur.
L'école expérimentale manquerait à son titre S! elle opposait, pour toute réponse à 1 Internationale communiste; un outrageux parti-pns d'optimisme. L'erreur des commu-
nistes n'étant pas sans cause doit donc être adnnise au bénéfice de l'excuse.
La question sociale, telle qu elle se pose devant l'Occident à l'issue de la grande guerre se scinde en deux questions qu il importe de distinguer et de discriminer pour y apporter quelque clarté.
Le Vieux Continent est tenu de résoudre une question agraire, la plus ancienne, parce qu'elle consiste, en somme, dans la décomposition de la propriété féodale et sa transformation en un régime de propriété individuelle ; une question industrielle, beaucoup plus récente dont l'avènement est dû aux grandes découvertes scientifiques, à leur exploitation, au développement consécutif du commerce et des moyens de communication.
La question industrielle s'est posée presque au même moment, dans tous les pays d'Europe qui se sont trouvés ainsi aux prises avec le problème d'incorporer à la Société un prolétariat déraciné du sol, arraché aux travaux de la terre, campé autour des usines et des grands ateliers, dans des agglomérations malsaines et dans les villes tentaculaires et qui, ayant plus ou moins perdu ses traditions patriotiques et religieuses, a offert une prise énorme aux prédications anarchiques d'un prolétariat plus dangereux encore, surgi vers la même époque ; le prolétariat intellectuel. '
La France assurément ne pourrait se flatter, sans présomption excessive, d'avoir devancé les nations concurrentes dans cette tâche complexe et redoutable de se réassimiler le prolétariat industriel. Il lui est seulement permis d'estimer qu'elle ne retarde pas sur le reste de l'Europe et qu'un avantage signalé lui vient de ne s'être pas jetée, à corps perdu, comme l'Angleterre et l'Allemagne, dans un industrialisme éperdu et forcené. La France, dans cet ordre d'idées, a, elle aussi, ses misères et ses difficultés. Sa corporation d'Ancien Régime a succombé, moins aux coups de l'individualisme révolutionnaire, qu'aux effets de sa propre dégénérescence qui l'avait amenée à n'être plus qu'un groupe patronal, étroit et fermé. Cette corporation n'a pu renaître encore de ses cendres. Il y a une longue solution de continuité dans une évolution naturelle qui cherche péniblement sa voie, à travers les obscurités et les obstacles. En France, comme ailleurs, le monde ouvrier, agrégé en confédérations syndicalistes, sans cesse travaillé et excité par les politiciens socialistes, demeure malgré de généreux et persévérants efforts d union et de liaison dressé en bataille contre son employeur traité en ennemi. De quoi 1 Internationale, obstinée à ne considérer qu'une face des choses, a pris texte pour confondre la France dans la foule des nations fraîches venues.
L Internationale communiste n a pas conçu l'importance capitale de la question agraire. Elle n'a pas vu et compris que dans les jours actuels la supériorité de la France, sous le rapport de la solidité et de la stabilité, lui vient d'avoir achevé de résoudre, au moment où la paix nous était rendue, sa question agraire.
L'édifice social français repose sur le fondement solide d'une démocratie terrienne, sur une infrastructure rurale qui fait participer la superstructure industrielle, malgré la précarité de celle-ci, à la robustesse de la base.
Si donc en conséquence de la guerre, d'autres nations se sont montrées si perméables et si accessibles au bolchevisme, c'est que la question agraire et la question ouvrière se sont posées en même temps.
L'Etat a été privé de tous ses étais et points d'appui. Le régime féodal, caractérisé par d'immenses latifundia, régnait encore dans l'Europe centrale et orientale. Les populations rurales étaient encore mal dégagées de la condition servile, en Russie, en Hongrie, dans les Balkans, sauf la Bulgarie peut-être.
Il n'avait même pas, quelque degré de supériorité surfaite qu'on ait attribué à l'agriculture allemande, disparu de la Prusse où la possession nobiliaire s'appliquait en Poméranie et dans le Brandebourg, à soixante pour
cent du sol cultivable, sur lequel le paysan restait toujours, en quelque façon, attaché à la glèbe.
Il serait inutile d'insister sur le grossier communisme agraire qui, en dépit des réformes précédentes, sévissait encore en Russie, mais il est bon de rappeler, ce qui est assez ignoré, que dans l'Europe centrale et balkanique, les domaines de vingt mille hectares n étaient pas rares où le paysan couvait en silence, depuis de longues années, cette tenace aspiration vers la propriété individuelle, qu il a si parfaitement assouvie en France. Parlerons-nous de l'Italie où l'on a pu dire que l'extrême modicité des besoins alimentaires avait seule permis jusqu ICI aux autochtones de subsister avec un mode d'appropriation et d'exploitation de la terre aussi imparfait.
Pour qui jette sur l'état de choses européennes, tel que la guerre l'a engendré, un regard, dont nulle théorie artificielle ne voile la clarté, il est évident que nous assistons surtout à une immense révolution agraire dont la primauté est certaine. Il faut pour le méconnaître' et le nier l'arrogance et l'entêtement du préjugé. Tout en contenant leur prolétariat industriel en révolte, les autres nations ont à franchir le périlleux passage de la formation communautaire à la formation particulanste. C'est par là, du reste, que s'explique la chute des vieilles dynasties sous lesquelles s'est dérobé
le substratum terrien. Le communisme prolétarien fait plus de bruit. Il occupe le premier rang de la scène politique. Il s'est saisi avec facilité des capitales et des forces gouvernementales centralisées qui y avaient leur siège mais sous le masque des apparences, s'accomplit une révolution moins bruyante et plus profonde qui aura le dernier mot. Cent ans après le paysan français, le paysan européen réalise son rêve séculaire de posséder le sol. Il ne va pas au communisme. Il s'en dégage, il lui échappe d'un vigoureux effort. Il marche à la propriété individuelle. Par quelle aberration, prétend-on mer et suspendre les forces accumulées de l'évolution naturelle. ?
En France, la guerre a précipité le processus du phénomène et lui a fait franchir ion stade suprême. L équilibre se fait tous les jours entre la grande, la moyenne et la petite culture. S'il y a excès, il est de morcellement et non de concentration, au grand désespoir des théoriciens communistes, impuissants à conjurer une répartition qui s'accomplit, irrésistible comme une force de !a nature. 95 % des exploitations rurales françaises ont une étendue de moins de 40 hectares. Les petits cultivateurs, si l'on fait abstraction des forêts et des espaces incultivables, exploitent 21 millions d'hectares contre 12 millions restés aux mains de la grande culture.
La France comptait, avant la guerre, deux millions rie petits exploitants propriétaires du sol qui les faisait vivre. Loin de compromettre et de détruire cette belle ordonnance, la guerre, par un de ces retours imprévisibles, qui déconcertent les économistes, Fa fortifiée et complétée. Il est arrivé que le paysan français a su mettre à profit l'inflation fiduciaire et la détérioration du change combinées avec les hauts prix sur les produits du sol, pour se libérer en francs-papier, d'hypothèques contractées autrefois en francs-or et pour acheter, en monnaie dépréciée reçue par le vendeur pour sa valeur nominale, les terres jetées à bas prix sur le marché par la succession, prématurément ouverte, de leurs occupants, morts pour la France. Les suites funestes de la guerre ont ainsi tourné à la consolidation et à la diffusion de la propriété terrienne, et, malgré la prédiction de Jaurès, formulée au cours du grand débat agraire de 1897, le pavsan français a rejeté le fardeau de l'hypothèque au heu d'en être accablé.
Décimés par la guerre, les ruraux de France ont serré les rangs, redoublé d'économie et de travail et, d'un énergique effort, décuplé encore par leur passion ancestrale de lapropriété, lis ont consommé en quelques mois une révolution qui en temps normal, eut exigé de longues années encore. Ils ont pris sur le reste
de l'Europe une avance formidable et mis le dernier sceau au grand transfert de propriétés dont le début se place au milieu du XVIII^' siècle. Il sera sans doute difficile de les convaincre qu'en opposant à 1 invasion du communisme germano-moscovite une résistance inexpugnable, ils entravent la marche à 1 étoile.
Si ardu que puisse être pour la France le problème financier pendant la période de transaction où elle aura à liquider sa dette de guerre, restaurer ses provinces dévastées et mettre en valeur ses immenses richesses métropolitaines et coloniales, n'est-on pas pleinement autorisé à inférer de ce qui précède que 1 évolution naturelle , à condition qu'on la seconde et favorise intelligemment, achemine la France vers la solution de la question ouvrière et de la question sociale. Débarrassée de la question agraire, il lui sera permis de consacrer tous ses soins à la question industrielle et de porter, avant les autres nations, à un degré satisfaisant de perfection, une constitution sociale dont la guerre a révélé la valeur de résistance et de stabilité.
La plus grande faute que la France pourrait commettre et le plus grand péril qu'elle pourrait courir consisteraient à subir une fois de plus l'imprégnation de doctrines sociales exotiques, importées de pays arriérés, nées de besoins qui ne sont pas les nôtres. La lutte
des classes qui est le fondement du marxisme a été érigée en dogme par un docteur allemand qui avait surtout observé la société anglaise d'il y a quatre vingts ans. A quoi nous servirait la victoire militaire si elle ne nous libérait de la tyrannie de ces formules allemandes dont la défaite nous avait imposé l'ascendant ? Quelle erreur serait la nôtre si nous persistions à contrarier notre évolution naturelle en lui opposant le barrage d une conception sociologique périmée. Le secret de la prospérité pour la France est de se laisser porter docilement dans les années qui vont suivre, sur les pentes faciles et déclives que lui assignent ses traditions.
Il y a un socialisme français, créé par des Français pour des Français, sur des données et des expériences exclusivement françaises. Ce socialisme-là nie et contredit le socialisme germano-moscovite, produit d'une évolution divergente de la nôtre et retardant sur la nôtre.
Le génie français répugne à admettre que la solution de la question ouvrière puisse se trouver au bout d'une lutte ruineuse et inexpiable, poursuivie, sans trêve ni merci, entre les initiateurs et les directeurs d'une entreprise et ceux qui y participent. Pareil moyen, aussi barbare et aussi grossier, serait-il le fait des Français qui, de tout temps, ont excellé dans la conciliation des contraires et se sont dis-
tlngiiés par leur dextérité à découvrir le joint des difficultés ? Pour répondre par l'affir)niative, 11 nous faudrait perdre notre plus belle qualité nationale qui est l'esprit de finesse.
L'évolution naturelle qui a résolu la question agraire peut et doit résoudre la question ouvrière.
La France saura retrouver le secret perdu de la corporation qui unit, harmonise, moyenne, combine la force-capital et la force-travail.
Il y a un trait d'union à établir entre le patronat et le prolétariat, se subordonnant tous deux à l'intérêt supérieur de la profession. 11 s'agit de réaliser la communauté d'intérêts dont la politique expérimentale nous montre l'existence entre le patron et l'ouvrier. Vers quelle fin tendent les aspirations de notre époque sinon vers un groupement fondant l'union du patron et de 1 ouvrier sur la réciprocité des devoirs et des services et créant un patrimoine corporatif, possédé et géré de compte à demi, gage et garantie d'une solidarité profonde et durable. (1).
Il y. a un pont à jeter sur l'hiatus béant qui sépare aujourd'hui l'employeur de l'employé,
(l)Pour le développement de cette idée se référer au chapitre que nous lui avons consacré dans '< l Impérialisme Français \ 1 vol. chez Bercer 'Levraali .
le capital du travail, la puissance qui crée et dirige de la force qui seconde et exécute.
Il y a un antagonisme à résoudre en accord.
Ainsi le problème se trouve-t-il posé. Il ressortit de l'évolution naturelle car personne ne peut se flatter de fournir par un simple effort de pensée et d'imagination la solution réservée à la spontanéité des catégories sociales en présence.
Ce qu'on a le droit d'affirmer, c'est que la guerre a démontré la constitution sociale de la France et ses possibilités d'avenir. C'est même jusqu'à nouvel ordre le plus sûr bénéfice de notre victoire. Il est d'une très grande conséquence que le pays s ancre dans cette conviction car il ne s agit plus alors de faire ou de refaire l'ordre social sur table rase, mais d'y combler une lacune et d'utiliser des amorces préexistantes. En cela la France s'atteste plus heureuse et plus favorisée que la plupart des nations européennes.
Le communisme n'est qu'une solution d impuissance et de désespoir, le retour à des formes primitives d'appropriation et de production, le pis-aller des pays où la société s est désagrégée et dissoute.
Or, l'évolution naturelle des classes rurales européennes, dont le paysan français a réalisé le prototype incomparable, les conduit irrésisblement vers la conquête de la propriété
individuelle. Si les classes industrielles s'obstinent à la poursuite de leur rêve communiste, elles se heurteront tôt ou tard, dans un conflit terrible dont l'issue n'est pas douteuse, à la population des campagnes. C'est selon toute vraisemblance le triste et prochain avenir réservé aux nations de l'Europe centrale. La terre vaincra parce que pour cette lutte elle dispose du temps et de Vultima ratio : la production des subsistances. En mettant les choses au pire, 1 homme des champs européen, en marche vers la propriété individuelle, a la certitude de réduire par la faim le communiste, malgré les incontestables puissances d'action et de coaction dévolues à celui-ci.
L avenir est aux nations qui sauront s'épargner cette redoutable éventualité d une guerre sociale entre les terriens et le prolétariat industriel. L'expérience de ces deux dernières années montre que la France est, de toutes les nations européennes, la moins sujette à un risque dont on ne saurait toutefois mer, à quelque degré que ce soit, l'existence.
Cette interprétation que nous donnons des grandes commotions sociales qui ont succédé à la guerre, dans l'Occident tout entier, est très riche de sens et de réalité.
C est dans les milieux ruraux que se conservent et se maintiennent avec plus ou moins
de pureté, les coutumes dans leur résistance aux témérités des métaphysiciens, l'esprit d ordre et de continuité, la docilité aux impulsions de l'évolution naturelle. Si dans les premiers lendemains de la Paix, la France s'est préservée des convulsions révolutionnaires, ne le doit-elle pas à ses agriculteurs demeurés fermes comme le roc dans la tempête.
Amsi aurons-nous vu s'achever et se consolider en fait d'expérience acquise, les observations recueillies dans l'examen détaillé des institutions françaises. Tout ce qui émerge de cohérent, de solide et vivant, d'entre les parties mortes, desséchées et caduques de. nos innombrables lois et constitutions, procède de la Terre.
Que pourrait-on en inférer sinon que dans l'ordre politique et social, toute évolution artificielle, acharnée à nier un fait aussi constant et aussi évident, marche au conflit et à l'échec.
La lutte que les communistes envisagent et recherchent ne serait pas si, par malheur, ils parvenaient à la provoquer, entre possédants et prolétaires, comme ils en ont l'illusion, mais entre la démocratie terrienne et la démagogie industrielle et urbaine. La politique expérimentale n a jamais eu à opposer à la politique subjective de constat plus irréfragable et plus décisif que celui-là.
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