‹ Essai de politique expérimentaleChapitre 9 sur 21 · ORIGINE ET EORMATION DE L ECOLE DIRIGEANTE · texte numérisé non relu

ORIGINE ET EORMATION DE L ECOLE DIRIGEANTE

Les événements de 1914-20 considérés en eux-mêmes et dans leurs antécédents établissent donc à la charge de notre Ecole Dirigeante une présomption d erreur d'origine exotique.

Quel sens exact faut-il attribuer à cette locution Ecole Dirigeante que nous avons introduite dans le vocabulaire politique.

« Tout gouvernement, quel qu'il soit est, a-t-on dit, réductible à une oligarchie >\

Nous voyons dans une école dirigeante beaucoup plus qu'une oligarchie régnante mise en possession du pouvoir par le hasard et s'y maintenant par la force ou par la corruption.

Une école dirigeante n est pas seulement le groupe prédominant en qui réside la plénitude de l'autorité politique. Elle exerce en outre le pouvoir spirituel et fait prévaloir

souverainement ses idées et ses sentiments dans le «ouvernement et dans !a nation. L.e plus clair de sa force et de son prestige îiiî vent de cet ascendant intellectuel et moral qui s impose même ù ses adversaires et qui frappe d'impuissance les tentatives deî: oppositions incapables de la détrôner. Elle gouverne les intelligences, elle administre les sensibilités. C'est ce qui la rend invulnérable aux attaques et inexpugnable aux assauts tant que ceux qui aspirent à la remplacer et à la déposséder en sont réduits à mvoquer ses propres doctrines et ne font ainsi que la consolider quand, de f>onne foi, ils la croient ébranler.

De quels éléments se compose notre Ecole Dirigeante ? Elle provient non d'une aristocratie, non d'une bourgeoisie, non d'un prolétariat aux frontières nettement délimitées, mais d'une classe instable et mouvante qui s'est considérablement développée, depuis la Monarchie de Juillet, la classe dite des professions libérales, qui se recrute par voie de diplômes et de concours : avocats, médecins, professeurs, journalistes, fonctionnaires démissionnaires et retraités, etc

C'est cette classe qui fournissait dans les années d avant-guerre, à peu de chose près, et sauf exceptions confirmatives de la règle, tout le personnel politique à l'exclusion de

l'anslocratie de race et des professions usuelles et productrices. C'est elle qui constitue les nouvelles couches dont Gambetta, dans la première décade suivant la guerre ce 1870-71, <' sentait et pressentait l'avènenient.

On entend assez bien que 1 aristocratie, a bourgeoisie industrielle et commerçante, le prolétariat ouvrier ne sont pas privés de tous représentants dans les assemblées parlementaires ou locales, mais ce fait n'invalide en rien la portée et la justesse de notre constatation. Ces trois catégories sociales ne sont admises et tolérées dans les sphères politiques qu'à la condition de s'y résigner à une situation subalterne.

Si le danger pour un peuple de confier ses destînées à une Ecole Dirigeante unique avait pu passer inaperçu en France, il fr.ut du m-cms reconnaître que l'exemple de l'Allem.agne pendant la guerre devait nous révéler l'utilité ces Ecoles dnigeantes de remiplaplacrnicnt. Aux nouvelles qui, pendant près de cinq ans, nous parvinrent d Allemagne, au fur et à mesure que les vicissitudes de la guerre réagissaient, plus ou moins violemment sur la politiqiie intérieure de ce pays, l'on discernait nettement que de temps à autre il était question de déplacer l'axe de i'Em.pîre, de chercher un point d'appui tantôt plus à droite, tantôt plus à gauche. Cela n'était pas comme chez nous vaine logomachie

et ne s appliquait pas à des coteries parlementaires et à des équipes de ministrables.

Ce langage, en Allenriagnc, concernait soit eflectivenient, soit en projet, (^es changements véritables et profonds. Le parti militaire, les agrariens, le centre catholique, la sozialdémokratse, etc.... autant d'apj^ellations qui correspondent à une réalité vivante et qui ne constituent pas une vaine étiquette. Autant d Ecoles D'ngcantes, pourvues d'un personne! politique, de ressources iniportantes, et qui, étayées h des forces organiques, sont prêtes à assumer les responsabilités du pouvoir et à fa're une politique qui leur appartienne en propre. 11 n'y a rien là qui ressemble à la concurrence des partis, des factions et des coteries de notre régime parlementaire.

Ce serait comrriettrc l'erreur la plus grossière que de confondre une Ecole Dirigeante avec cette chose vague et inconsistante : un groupe politique. Cette abondance d'Iicoles Dirigeantes de rechange loin d'être une cause de faiblesse pour l'Allemagne, lui devient puissant avantage, b.lle Iuj permet, selon les iluci.uations, heureiises ou malh.eurcuscs de Il lutte, de faire avancer sur l'échiquier intérieur et extérieur des figures et des pions toujours appropriés à la circonstance du jour et lorsqu une équipe, une doctrine, un programme ont épuisé leur vertu, de lui en subs-

titucr une autre capable d agir et de manœuvrer sur l'instant même. Bien entendu le même principe : Deutschland iiber ailes, domine les doctrines des diverses Ecoles dirigeantes allemandes, les socialistes comme les autres. Ce n'est pas là de 1 instabilité, mais une grande variété dans l'unité. Il scm.ble même que cette variété conditionne les fins générales poursuivies.

Quand la défaite est venue, il s'est produit, en Allemagne, non une révolution comme nous l'avons cru un peu naïvement en France,, mais une mutation d'école dirigeante. Cette Ecole Dirigeante a mianœuvré pour conjurer les conséquences suprêmes du désastre, avec une habileté que l'on commence seulement à soupçonner chez nous. Et c'est précisément le risque d'une nouvelle mutation, survenant à point nommé, chez nos voisins, pour se mettre au service d'une politique de résistance ouverte et de revanche déclarée qui assombrit si fort les perspectives françaises.

Quel contraste entre cette variété de ressources en personnel politique et notre pauvreté en équipes de remplacement ?

Existe-t-il une nation où plus qu'en France 1 Ecole Dirigeante soit incontestée et respectée, rria'.gré ses fautes et ses insuffisances ? '

D ordinaire l'état de guerre, quand les succès militaires et diplomatiques n'ont pas,,

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dans l'abord, répondu à l'attente générale, fournit aux Ecoles Dirigeantes adverses, tenues éloignées des affaires, une occasion exceptionnelle de se pousser en avant, de proposer leurs méth.odes et leurs conceptions pour rétablir la situation compromise par les autres. Rien de pareil n'est arrivé en France, Si tragiques et si critiques qu'aient pu être les circonstances à de certaines heures, depuis six ans, aucune tentative sérieuse de déposséder l'Ecole Dirigeante ne s'est produite. La nation toute entière s'est serrée autour d'elle comme autour de l'image de la Patrie en danger. On a pu faire à l'école dirigeante des représentations et des remontrances, mais nul ne s'est ingéré de la supplanter. On peut même avancer, sans la moindre exagération de langage, qu elle a été plus gênée par ses discussions intestines que par l'action des opposants qui, surmontant leurs rancunes et leurs répugnances, quelquefois légitimes, lui ont apporté le concours le plus dévoué et le plus désintéressé et n ont ambitionné que l'honneur de servir dans le rans. Tant d'abnégation, tant d'effacement, cette absence si com.plète de tout effort vers le remplacement et la mutation font bien voir que, de date très ancienne, l'Ecole Dirigeante Française, surprise en possession d'Etat par la guerre, avait enraciné sa domination d une façon exclusive. Jamais Ecole Dirigeante n a

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été suivie et obéie avec autant de docilité.

Les critiques quand ii s en est produit, n ont à aucune époque amené m divergence ni scission. Si des essais de séparation politique se sont fa't jour, ils se sont manifestés à l'mténeur de l'Ecole Dingea'îte et n'ont abouti qu'à des changements de personnes et non de doctrines. Ses adversaires n'cnt lamais dressé politique contre politique, doctrine contre doctrine, programme contre programime, conception contre conception, soit dans l'ordre intérieur et extérieur, soit dans l'ordre financier et économique. C'est un vaste procès-verbal de carence que nous sommes amenés à dresser contre les Ecoles Dirigeantes qui auraient dû s'affirmer et se lever, dans une nation si vieille, si grande, si prospère et si diverse, à un tournant si grave et si critique de l'histoire. Cette carence constitue l'un des faits le mneux mis en relief et en clarté par l'événement de 1914 et ses suites.

A quelle époque remonte-t-elle ?

Ce n'est pas une date qu'on puisse établir avec autant de précision que dans l'ordre m.atériel. Il y a eu usure et dégradation lente. Quant aux environs de 1880, le triomphe de 1 Ecole Dirigeante actuelle a reçu la pleine consécration électorale, il y a encore, dans les assemblées et dans les m.ilieux politiques, mal-

gré sa faiblesse numérique, une opposition, non de harcèlement, de chicane et de critique, mais une opposition, digne de ce nom, c'està-dire une Ecole Dirigeante ayant et professant, sur toutes choses, des idées et des vues, et capable de les réunir en corps.

Qu il s'agisse des relations extérieures, des institutions militaires et navales, de finances, d instruction publique, l'opposition envoie encore à la tribune des orateurs émments qui affirment une politique dans le sens organique du mot, fondée sur des principes, pourvue d une méthode et destinée à évoluer selon des directives très nettes. Cette période a été brève. On peut considérer qu'elle a pris fin une dizaine d années après l'instauration définitive de l'Ecole dirigeante portée au pouvoir par la Révolution du 4 septembre 1 870 c'està-dire aux environs de 1890.

Les périodes dites du boulangisme et du nationalisme ne sauraient faire tort à notre constatation. Sans doute le boulangisme pendant deux années de 1887 à 1889, le nationalisme pendant les premiers mois de ce siècle, ont-ils constitué une réaction très violente contre l'Ecole Dirigeante. On s'est trouvé par deux fois pour évincer celle-ci en présence d'efforts très vigoureux. Mais ces mouvements tumultuaires et spasmodiques ne sauraient à aucun titre, passer pour la poussée d'une

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nouvelle Ecole Dirigeante s'évcrtuant à se frayer un chemin vers le pouvoir. Cette agitation tnbunitienne ne ressemblait en rien à une tentative politique consciente de ses fins et de ses moyens.

Elle puisait son origine dans une exaspération honorable et réelle du sentiment patriotique, offensé par les façons d'être et de faire de l'Ecole Dirigeante. Le boulangisme était une protestation contre 1 abandon de la revanche, et le nationalisme une protestation contre la dégénérescence des institutions militaires.

Ils associaient des homimes très différents de doctrines et de tendances, qui ne s'étaient entendus, accordés, concertés sur rien de ce qui eut été la politique du lendemain et qui se trouvaient impuissants à exploiter leurs succès électoraux comme à fonder quelques chose. Le boulangisme et le nationalism»e ont pu à de certains moments, inquiéter l'Ecole Dirigeante : ils ne 1 ont jamais sérieusement menacée. Les promoteurs et les fauteurs de ces deux mouvements ont été traités en factieux par l'Ecole Dirigeante et ont fini par accepter leur sort.

Entre temps d'ailleurs, sous le nom de politique de ralliement la vieille opposition conservatrice, celle-là même qui était majorité à [Assemblée Nationale de 1871, avait

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consommé, de quelque nom qu'on voudra l'appeler, sa renonciation, sa résignation, son abdication. D'autres plus sévères ont dit : sa capitulation. De cet événement, qui comptera bientôt trente ans de date, on peut aujourvd'hui parler comme d'une expérience dont les résultats se peuvent enregistrer avec la plus sereine objectivité. Le ralliement, dans la pensée de ses auteurs, consistait uniquement à dissocier des revendications dynastiques la défense des principes et des intérêts conservateurs et à instituer, pour plus de com.modité et de simplification, un véritable loyalisme constitutionnel. Cette adhésion à la forme républicaine du gouvernement n'entrai naît, certes, de la part des hommes éminents et honorables qui s en étaient avisés, aucune transaction, aucun abandon dont ils eussent sujet de rougir. Mais les choses étaient ainsi disposées dans notre pays que la forme emportât, ou, ce qui revient au même, semblât dans l'esprit des masses, emporter le fond. Fera-t-on jamais dans notre pays que le mot République devienne comme il est souhaitable, un vocable neutre et indifférent, un cadre omnibus pour toutes les doctrines et pour toutes les politiques ? En France il s'identifie, jusqu'à ce jour du moins, dans l'opinion profonde de la nation, avec l enscir.ble des traditions et des principes révo-

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lutlonnaires dont il doit, selon ce que l'opportunité en décidera, épuiser un jour toutes les conséquences. Il était fatal qu'en dépit des réserves catégoriques dont les ralliés ' entouraient leur adhésion à la constitution républicaine, le pays y aperçut un hommage rendu, sous l'irrésistible pression des événements, par les adversaires nés des principes révolutionnaires, à l'immanence et à la transcendance de ceux-ci. Et cette interprétation contre laquelle rien n'a pu prévaloir n a pas peu contribué à parachever l'effacement de l'Ecole Dirigeante de rechange, qui résidait tout au moins en puissance dans 1 ancien parti conservateur d'ongine rurale surtout. Cet effacement depuis le début du XX ^ siècle jusqu'aux approches de la grande guerre, avait tourné petit à petit à l'aimihilation. On trouverait difficilement à feuilleter m.inulieusement les annales de cette période, une circonstance oii 1 opposition ait tait, pour si peu que ce soit, acte d'école dirigeante. Elle s'est cantonnée dans la défense des intérêts religieux et de la liberté d'enseignem.ent plus particulièrement nienacée par une recrudescence de jacobinisme. On doit rendre toute justice à l'éloquence, au talent, à la conviction, à l'énergie même qu'elle a déployés et dépensés dans cette défense. Il est permis seulement d'estimer que cette défense eut été beaucoup

plus efficace et opérante, si elle avait été le fait d'une véritable école dirigeante embrassant l'ensemble du gouvernement et de la politique, sachant qu'en ces matières tout se tient et s'enchaîne avec une inexorable solidarité, que la politique religieuse, la pohtique sociale, la politique extérieure, la politique financière,

etc sont sous 1 étroite dépendance les unes

des autres. Mais, dans tous ces compartiments autres que le religieux aucune résistance ne s'est lait jour durant la période envisagée. Plus 1 école dirigeante s inclinait vers le socialisme et plus elle semblait rencontrer de souplesse et de malléabilité chez l'opposition. On a vu les mesures les plus contestables et les plus grosses de conséquences passer à 1 unanimité, sans avoir suscité autre chose que de vaines objections de clause et de style. A la veille de la guerre, la politique française présentait cet aspect général, facilement discernable sous le simulacre des luttes politiques et électorales, plus factices et plus bruyantes que sérieuses, d'une unanimité com.plcte dans la subordination politique à l'école dirigeante, sauf différences de degré, délicatement nuancées depuis le libéral tiède jusqu'au socialiste exalté et intégral. -

Il est juste toutefois de constater qu à cette époque subsistait une école économique fran-

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çaise professant avec compctence des doctrines très différentes de celles que l'école dirigeante politique introduisait dans des lois sociales et fiscales au grand détriment des Finances de notre pays.

Il serait difficile de parler avec exactitude et convenance de la politique extérieure de la France et du problème de la paix sans avoir au préalable, écartant le voile des phraséologies, procédé à ces indispensables constats.

L'Ecole Dirigeante Française, insuffisamment contre-pesée et contre-butée par une école dirigeante concurrente, investie d'une sorte de légitimité et de pérennité, raremicnt, et beaucoup moins qu'elle ne feignait de le croire pour les besoins de sa justification, mise en péril de dépossession, a fait, en toute liberté, pendant trente ans, sans contrôle, la politique intérieure et extérieure qu'il lui a plu. une politique conséquente avec ses doctrines et ses prirxipes.

A la décharge de l'école dirigeante, mais peut-être jugera-t-on que c'est un bien faible argument en sa faveur, on peut dire que ses adeptes s'emparant du pouvoir le 4 septembre 1870 sans avoir jamais exercé de fonctions publiques n'ont pas eu l'occasion ni le temps d acquérir l'expérience des affaires sans laquelle, avouons-le, il est bien difficile de pratiquer une politique expérimentale. La

fréquence des crises ministérielles par la suite fut certainement un obstacle à la modification des méthodes d'hommes d Etat trop souvent improvisés, installés dans des situations qu'ils abordaient avec un programme purement théorique et idéologique.

Ce qui s'est passé après la guerre achève d'illustrer notre démonstration. Un traité de paix aussi manifestement msutfisant aurait pu susciter, contre l'école dirigeante coupable d'une telle abdication l'une de ces houles de colère et d'indignation qui submergent et emportent tout.

Il n'en a rien été. Aucune tentative de dépossessinn et de remplacement ne s'est produite et ne pouvait se produire pour les raisons que nous venons de déduire. L'école dirigeante n'a rien laissé dans l'aventure de sa considération et de son prestige. Elle a reçu les mêmes hommages et les mêmes soumissions que la

veille.

Les caractéristiques de l'école dirigeante ont été signalées et décrites bien souvent, mais avec cette particularité qu'elles sont portées au compte du Français total, tant il est vrai qu'il y a identification presque absolue aux yeux de l'observateur entre la France et son école dirigeante.

Nous en trouvons une preuve très frappante dans une étude posthume d Emile

Faguet sur Thiers, récemment mise au jour. Cette étude est 1 une des plus complètes et des plus pénétrantes que la personnalité de Thiers ait suscitées.

De son exploration à travers la vie et les actes de Thiers, Faguet a rapporté cette conviction que les principes idéologiques exercent une redoutable autorité sur les esprits français.

<' Si une de ces idées passe aux yeux des * Français pour un principe de 89, ils sont •' tout disposés à lui sacrifier la France avec «la conviction de faire un acte qui les honore.

'^ Les Français depuis un siècle sont fiers

" surtout d être des penseurs et ils immolent

■ leurs intérêts les plus chers à la moindre

'- formule qui a l'air d'une pensée. Thiers

<' jugeait qu'il fallait combattre énergique-

'< ment une idée dangereuse qui affectait

' d être un principe de droit et où le mot de

« « liberté » particulièrement fascinateur était

'• inclus. Quand les Français font des traités

" de commierce, il est, croyait-il, parfaitement

" à craindre qu ils les fassent toujours dans

« l'intérêt de leurs voisins. Le Français est

'* étourdi, et il se pique de délicatesse. Il ne

« voit pas son intérêt avec une suffisante luci-

« dite et il n'ose pas le voir avec âpreté. Il a

<' gardé quelque chose de chevaleresque

< n faut apprendre aux Français à être égoïste, égoïste non à leur nnanière, dans la folle infatuation de se croire le peuple chef et dans la folle ambition de ranger le monde à leurs lois, mais égoïstes dans la défense patiente de leurs intérêts de tous les jours. Il faut leur apprendre surtout à être Français. " Soyons Français >' ! est un des mots célèbres de f Thiers. Les François ne savent pas l'être, ( constamment, à tous les moments de leur existence comme les Anglais sont anglais. Ils songent à l'humanité. Us font des lois pour elle ! " Sous le pseudonyme de Français, notre école dirigeante se trouve ainsi portraiturée, d'un crayon alerte et fidèle. Pas un trait essentiel ne manque à l'esquisse. N est-ce pas ainsi qu'elle a dû apparaître à la Conférence de la Paix notre école dirigeante, incarnée dans ses personnages représentatifs, désinvolte et étourdie, plus préoccupée de la planète que de la France, m.agnifique et chevaleresque dans ses libéralités à autrui, tenant à inélégance suprême de présenter la note à payer, prompte à obliger des restes de sa fortune tous les peuples de la terre, donnant dans tous les pièges pourvu que la liberté et l'humanité servissent d'appât et s'en revenant, les mains vides, mais fière et .satisfaite d'avoir, une fois de plus rendu un témoignage désintéressé à

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Fidéal et au sentiment, presque dédaigneuse pour les nations positives et matérielles qui s'abaissaient jusqu'à monnayer le sang de leurs enfants.

Thiers voulait que dans un Traité de commerce on ne se plaçât que sur le terrain des faits et des intérêts, en un temps ou le gouvernement était tenté de souscrii'e à un accord désavantageux, dans l'espoir d'une alliance hypothétique. Sa clairvoyance dénonçait, on le voit, l'époque de 1919 où nos plénipotentiaires sacrifieraient les revendications de la France à l'ombre d'une alliance éternelle avec l'Angleterre et les Etats-Unis.

Humanitarisme, culte des mots abstraits et mal définis, inconséquente vanité, chevalerie absurde, conception radicalement fausse de l'intérêt national, incompréhension des réalités ; si tels sont les éléments principaux dont se compose la psychologie de notre école dirigeante, si telle est l'essence de son erreur, où donc l'a-t-elle puisée ?

LA SOURCE DE l'eRREUR

Comme il est d usage courant pour un peuple qui s'est trompé de chercher un bouc émissaire, les Français imputent communément les erreurs de docLnne de leur école dirigeante à la philosophie du XVI 11^ siècle dont la propagande a préparé la Révolution de 1 789 et toutes les révolutions mondiales qui lont suivie.

On a souvent établi ainsi une confusion de responsabilité entre 1 Encyclopédie et Jean- Jacques Rousseau. Et cependant 1 Encyclopédie n'est-elle pas une école pragmatique formée à la tradition Française, procédant de l'évolution naturelle des idées et des institutions de notre pays tandis que l'homme de Genève nous présente une doctrine étrangère

conçue par un cerveau métaphysique et réalisant une détestable évolution artificielle.

Il a paru commode à des esprits superficiels d'englober dans la même réprobation tous les protagonistes de réformes qui ont donné un éclat immortel à l'école philosophique Française duXVIII'' siècle.

En réalité des idées très différentes, les unes nationales, produits de notre sol, de notre race, de notre intellectualité, les autres d'origine exotique ont concouru à la formation politique des hommes de la Révolution.

Des représentants très autorisés du philosophisme purement Français tels que 7 urgot et Malesherbes ont été appelés aux affaires par Louis XVI pour réaliser les réformes salutaires préconisées par 1 Encyclopédie.

Ils ont échoué dans leur tâche. La doctrine qui a triomphé de la leur, celle de Jeanjacques Rousseau a inoculé à la France des toxines dont notre école dirigeante n a pas encore élim.iné le poison.

En 1762 un livre avait surgi, livre étrange qui a inspiré à nos pères plus de confiance et de vénération que la Bible n'en avait jamais obtenu des Chrétiens et le Coran de ses sectateurs. Ce livre, c'est le Contrat Social. Nous ne le lisons plus. Il n'est aujourd'hui feuilleté que par les érudits et les professeurs. Ceux qui s'y aventurent en reçoivent une impression

d'obscurité et d'ennui et le referment presque aussitôt. Paradoxale répulsion, car la substance même de ce petit volume s est, pour ainsi dire, incorporée à notre matière cérébrale. Il nous a infectés à ce point qu'il nous est devenu comme une seconde nature.

Il est vraiment fâcheux que nous ayons cessé de lire, d'analyser, de critiquer le Contrat Social et de confronter ses conclusions avec les faits. De ce que les hommes du XX ^ siècle laissent dormir dans la poussière des bibliothèques ce bréviaire de leurs arrièregrands-pères, on serait peut-être tenté d inférer que morte est son influence. C'est exactement le contraire qui est vrai. Nous ne lisons plus le Contrat Social mais nous le vivons et le pratiquons. Quand la période de vogue et de lecture est passée pour un tel livre qui, à un monient donné, s'est trouvé dans toutes les mains, a excité toutes les intelligences et toutes les imaginations, c'est que la doctrine qu'il contenait s'est faite action, c'est que le verbe, issu de lui, si 1 on ose risquer cette expression, s'est fait chair, c est que son principe est tombé dans le domaine des réflexes inconscients. Le jour où les Français se reprendront à lire le Contrat Social, ils seront bien près de s'en purger. L'ère du déclin, de la réfutation et de l'hérésie aura commencé pour le moderne évangile.

Ceux-là seuls qui se sont plongés très avant dans Tétude du XVIII ^ siècle et de la période pré-révolutionnaire, qui ont interrogé les mémoires, les archives, les libelles de l'époque, qui ont scruté avec minutie les sentiments dans leur manifestation et les faits dans leur enchaînement, qui ont éclairé leurs recherches d'ordre politique et social par l'irrécusable témoignage des arts jusques et y compris l'architecture, ont pu se rendre compte de l'influence en profondeur exercée par le Contrat Social, ce livre étonnant. Tout en pénétrant dans les chaum.ières, il se faufilait dans les presbytères, les prétoires et les châteaux. Il régnait jusqu'à Versailles, au centre même de 1 institution monarchique ; la fam.ille royale ne se défendait pas de ses prises et le roi en était affaibli dans la conscience de sa m.ission et de son principe.

Nous avons pemc à comprendre ce phénomène du passé, mais faute de le comprendre, nous nous condamnons à ne pas comprendre grand chose au présent.

Contre l'homme de Genève, personne ne fût sans défense. Il venait aux Français avec toutes les séductions et les prestiges d un merveilleux talent. Rousseau renouvelait à la fois la langue et la sensibilité française comme flétries et desséchées. Il allait au cerveau par le chemm du cœur. Celui-là n avait pas

l'accent espagnol ou italien. Comment se serait-on défié de lui ? Et le poison du sophisme étranger s'insmuait d'autant plus sûrement dans l'âme Française qu'il avait pour véhicule le plus enchanteur et le plus délectable des verbes qui l'eussent abusée de leur charme.

Car il ne faut pas oublier que si le Contrat Social apparaît sec et aride, les autres ouvrages de Rousseau, si prenants et si attachants, lui servaient de véhicule et confortaient puissamment, par la nonchalante morbidesse du moraliste et l'harmonieuse fluidité du styliste, l'autorité du politique et du sociologue.

Un corps de doctrines anti-françaises et exotiques élégamment habillé à la française, tel est le rousseauisme, tel est en grande partie le secret de sa stupéfiante fortune. Or, c'est de Rousseau que notre Ecole Dirigeante est la fille spirituelle. C'est à cette immense source d'erreurs qu'elle continue de s alim.enter.

Elle-même dans un esprit de synthèse simpliste d'ailleurs assez conforme à la psychologie du parti radical établit volontiers une confusion entre l'Encyclopédie et le Rousseauisme. La théorie d'un bloc philosophique amalgaiîiant toutes les écoles rivales du XVÏIK' siècle ne peut manquer d être populaire chez les adeptes du bloc révolu-

tionnaire. Mais nous n'acceptons pas cette confusion.

Très grosse de conséquences en effet est la discrimination à établir entre les encyclopédistes promoteurs de la Révolution Française et les rousseauistes, car il en résulte pour notre Ecole Dirigeante, la preuve que, contrairement à sa croyance, elle n'est pas dans la ligne de la tradition française, ni même dans la ligne de la révolution, en ce que celle-ci a de spécifiquement national.

S il y a eu, du fait du Contrat Social, déviation, bifurcation dans la miarche des événements révolutionnaires, si l'on reconnaît, aux environs de 1789, l'existence de deux courants, nettement divergents, l'un sorti du ronds même du pays . l'autre venu de l'étranger par un mystérieux canal d'adduction, notre Ecole Dirigeante devient à l'instant même m.oins assurée de sa position, hlle qui manifeste une foi si imperturbable dans sa légitimité, la voilà tenue de se justifier, bi, en procédant du rousseauisme, elle s'est jetée hors des voies françaises, quel motif pour elle et surtout pour les français de reviser ses titres et ses enseignements !

La preuve de ce dualisme nous la deniandederons aux encyclopédistes eux-mêmes. C'est à eux qu'il appartient de nous dire si vraiment, suivant la théorie que M. Clemenceau a

résumée dans un mot célèbre, la Révolution, ses préparateurs et ses acteurs forment un bloc Indissoluble. Une simple vérification de textes suffit à faire justice du préjugé dont M. Clemenceau avait été, il y a plus d'un quart de siècle, l'illustre interprète.

Parmi les philosophes du XVIII ^ siècle, J.-J. Rousseau fait figure à part. Il est détesté d'eux. Voltaire l'a criblé de ses sarcasmes. « C'est un fou ! », écnvait-il à d'Alembert, et celui-ci faisait écho : « C'est un malade de beaucoup d'esprit quand il a la fièvre ! ». Serait-il besoin de citations plus concluantes pour combattre victorieusement le préjugé qui se refuse à distinger dans le flot révolutionnaire de 1 789, le courant rousseauiste du courant philosophique proprement dit.

Epris des sciences exactes, se réclamant de l'expérience bacomenne, étrangers à tout mysticisme, les hommes de l'Encyclopédie étaient les moins propres qui fussent à se prendre aux prestiges et aux mirages d'une politique fondée sur la poésie et l'imagination. Quelle affinité se seraient découverte ces réalistes impénitents avec le rêveur genevois ?

Dans leur robuste bon sens, ils le tenaient pour un cerveau dérangé. Bien qu ils eussent renié la religion traditionnelle, qu'ils eussent cessé de croire à la monarchie du droit divin, ils ne s'en trouvaient pas m.oins dans la pleine

filiation française. Ils étaient un produit naturel de la race et du terroir. Tant que la présidence révolutionnaire a été exercée par leurs héritiers directs, ils n'ont eu, au témoignage des auteurs royalistes, d autre politique que celle de la monarchie très chrétienne. L'école encyclopédique s est montrée supérieure aux illusions démagogiques.

L'encyclopédie, théorique et active, se résume en deux types représentatifs qu'il est passé en force de coutume d'appeler seuls en témoignage : Diderot et Danton.

Or, comme chef du parti des philosophes, Diderot avait mesuré les dangers de la raison pure appliquée à la politique : « La méditation <' est si douce, écnvait-il, et l'expérience est « sî fatigante que ]e ne suis point étonné que « celui qui pense soit si rarement celui qui « expérimente . Il fait paraître dans tous ses écrits une véritable horreur de 1 esprit de systèmes qui établit ses conjectures sur des faits dénués de vérification.

Que SI nous passons à Danton, tenu pour le continuateur direct de Diderot dans l'ordre pratique, on s'accorde à lui reconnaître les qualités essentielles de l'homme d'Etat et à le placer parmi ceux qui ont eu la conception empirique de la haute mécanique politique sociale. Un écrivain royaliste, de Carné, a déclaré que Louis XIV aurait signé les

décrets élaborés par Danton. L'éloge est significatif. Il prouve que la grande tradition qui avait servi à constituer la France aurait pu, dans la carence de 1 Ancien Régime, être reprise par ses successeurs.

Le rousceauisme exotique s'oppose donc au philosophisnie proprement dit. Pour les encyclopédistes, Rousseau n a jamais été qu'un malade de peu de conséquence. C est lui pourtant et sa doctrine qui 1 ont em,porté après une lutte que les historiens et les sociologues sont fort excusables de n'avoir pas aperçue, tant elle lût brève et décisive. C'est avec une rapidité vertigineuse que le courant rousseauiste, sans cesse accru et grossi, emporte tous les autres : ils viennent s'y jeter et s'y confondre comme autant d affluents dans un torrent qui se fraie une voie nouvelle et se creuse un lit artificiel vers des horizons imprévus. Sans la déviation rousseauiste, notre évolution contemporaine demeure mexplicable.

L oDposition et la brisure se laissent d'ailleurs m.ieux apercevoir encore dans le domaine des faits que dans celui des idées.

La Coalition, au début 'des guerres révolutionnaires, en voulait-elle à la Révolution plutôL qu'à la Fr'ance ? Les révolutionnaires défendaient-îls contre Brunswick l'unité nationale ou leur doctrine ? Nous avons sur

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ce point un témoin peu suspect ; Joseph de Maistre.

Il affirme et l'histone reconnaît avec lui que le premier mouvement de la Révolution a été de poursuivre la réalisation de la grande pensée capétienne, de parachever la France et de lui conférer sa puissance et ses limites naturelles. De 1789 à 1793, on ne relève aucune solution de continuité dans la politique française.

Mais bientôt, gonflé par l'inspiration rousseauiste, rimpérialisnnc idéologique n'a pas tardé à se manifester. Et, ça été la guerre de propagande. La tradition nationale s'est évanouie, remplacée par le rêve de la république universelle. Dans les derniers sanctuaires où elle eût conservé des fidèles, c'està-dire dans les Bureaux dont les commis servaient la France, sous les espèces de la Monarchie constitutionnelle et de la République, après l'avoir servie sous les espèces de la Monarchie de droit divin, la vieille politique française ne tardait pas à rendre le dernier soupir.

On a dit de Bonaparte qu'il était Robespierre à cheval. Ecrivons Rousseau à la place de Robespierre et nous sommes en pleine vérité.

C'est Rousseau à cheval qui, jusqu en 1815, parcourra l'Europe en la révolutionnant, imnosant son évangile par la rcrce

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des armes, renversant les trônes et les institutions. Sur la « cavale indomptable et rebelle ' dont parle le poète, et qui a fini par s'abattre de fatigue et d épuisement, après sa formidable chevauchée, 1 on discerne très bien, quand on se met dans la réalité historique, l'homme de Genève transmué en im.pérator, droit en selle, donnant de 1 éperon et tirant sur la bride.

Ce n'est point là sans doute découverte dent nous ayons heu de nous applaudir.

Toutes ces choses ont été dites avant nous.

La nouveauté et l'origmalité aujourd hui consistent surtout à faire observer que, contrairement à l'illusion dominante, cette appréciation de l'idée rousseauiste et de ses suites n'a pu encore devenir, après plus d un siècle écoulé, principe de réaction contre elle.

Qu'est-ce que, d'un seul mot, le rousseauisme en politique ?

C'est le rêve substitué au bon sens, 1 a pnonsme à l'expérimentation, la déduction à i'mduction, la métaphysique à la physique, la sentimentalité à la réalité.

C'est le : Périssent les colonies plutôt qu un principe !

C'est le parti-pris obstiné et têtu, dût la France en mourir, de s'en tenir à une doctrine erronée mise au-dessus de tout.

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Mesure-t-on ce qu il y a de vertu destructive dans le concept de contrat, librement consenti et librement révocable, appliqué au gouvernement et à la société.

C'est la négation absolue des données fournies par l'hérédité, le sol et l'évolution.

Le concept de contrat exclut formellement la notion de continuité.

La volonté, que disons-nous, le caprice de l'homme suffit à déterminer, en un tournemains, l'état politique et social. Aucune contre force ne limite cet arbitraire souverain. Il ne tient qu à nous, sans autre règle que notre fantaisie changeante, de bouleverser de fond en comble, l'œuvre patiemment forgée par le labeur des générations précédentes. Le monde n est pas régi par des lois qu'il importe surtout de découvrir. Les lois, c'est nous qui les faisons et qui les défaisons, au gré de nos caprices et de nos illusions !

L'hom.me est né bon, c'est la société qui le déprave. D'où la foi dans la perfectibilité de l'homme se développant, à l'inhni, par la simple opération du " progrès des lumières ». D'où encore la mystique et indérectible espérance dans une sorte de millenium dém.ocratico-socialiste, vers lequel un destin, aveugle et inéluctable, que rien ne saurait entraver et suspendre, achem.me toutes les nations.

Nous voulons bien que, grâce au bon sens natif de la race, ce credo métaphysique se tempère dans !a pratique de fortes atténuations et réserves, qu'il est souvent contrarié, parfois annulé par l'évolution naturelle qu'il se glorifie de dédaigner et de négliger.

11 n'en forme pas moins encore, à 1 heure actuelle, même après 1 immense leçon de choses apportée par la guerre, le fonds de la religion politique, officiellement professée et pratiquée. On n'éprouverait pas de peine à démontrer en reprenant par le menu toutes les manifestations oratoires que nous prodigue notre Ecole Dirigeante depuis 1919, que cette religion n'a perdu aucun dévot.

C'est dans les œuvres des rhéteurs révolutionnaires, les plus étrangers à 1 esprit scientifique, que nos personnages consulaires actuels, dans leurs manifestations oratoires d apparat, vont chercher des lustifications et des vérifications, en prêtant à leurs ancêtres une faculté prophétique plus ou moins prouvée par d'habiles sollicitations de textes.

Tant qu'elle ne sera pas effectivement abandonnée et reniée, cette religion engendrera, avec plus ou moins de vigueur, les mêmes et inévitables conséquences, dans 1 ordre mténeur et extérieur.

A l'intérieur, l'Ecole Dirigeante, toujours investie de sa Dréootence, enfoncée dans la

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conviction de posséder la vérité absolue, s'attribuera le droit et même le devoir d'opprimer les minorités, de faire obstacle à l'évolution naturelle et aux résurgences de la tradition, de prendre pour critérium du vrai et du juste les passions démagogiques du moment, de soustraire les générations montantes à tout enseignem.ent quelle n'a pas revêtu de son estampille, d'opposer une fin de non recevoir aux conclusions de la politique expérimentale.

Tant qu'elle restera persuadée qu elle seule détient le dernier mot du progrès, qu'elle a raison contre les faits et que les faits se losseront un jour de la démentir, l'Ecole Dirigeante s'en tiendra toujours à la logique de ses façons de penser.

On ne discerne pas moins bien qu'en matière de politique extérieure, un pareil état d'esprit sera, demain ccmmie hier, de nature à engendrer tantôt la négligence et l'abstention, tantôt l'activiié incohérente et brouillonne.

Est-il besoin, à l'imitation servile de l'ancienne diplomatie, de prendre tant de peine à faire la moyenne des intérêts et à chercher des équilibres, quand les résultats remportés autrefois, d'une façon si pénible et si précaire, se doivent obtenir désormais, et à brève

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échéance, par la simple et fatale contagion des idées pacifistes et démocratiques !

Tous les grands mouvements, à hase de mysticisme, ont passé par deux phases.

La phase impérialiste d'expansion et de prooagande armée. Les Français l'ont vécue

de i793à 1814.

La phase d inaction, ou de moindre action à 1 extérieur, caractérisée par l'attente béate el confiante du miracle escompté.

C est Rousseau descendu de cheval. L'impérialisme, alors, se fait platonique. Il écarte toute idée d offensive brutale et violente. C'est la phase que nous avons traversée, depuis cinquante ans, dans la mesure du mioms que nous le permettait une situation européenne grosse de périls et de menaces.

Convaincue que la justice immanente conspirait en sa faveur, que la revanche du droit viendrait toute seule par l'opération d'on ne sait quelle puissance mystérieuse, notre école dirigeante se condamnait, en vertu de son évangile et de sa religion, malgré son activité diplomatique de façade, à l'expectative. Elle ne pouvait avoir qu'un souci, qu un désir : être délivrée des préoccupations extérieures pour se consacrer entièrement à ses réalisations jacobines et socialistes. Le soldat, dès qu'il avait cessé d'être l'agent de son exppn'îon au dehors, ne pouvait pns ne

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pas être tenu par elle en défiance et en suspicion, relégué au dernier rang de l'Etat. C'est en 1907, époque culminante du grand revival rousseauiste, que la plume blanche des généraux a passé au chapeau des préfets et que le décret de Messidor, réglant les préséances > a été remanié, de façon à reléguer dans les cérémonies officielles les chefs de l'armée derrière les plus modestes fonctionnaires de l'ordre civil.

C'est ainsi que se manifeste le rapport étroit, de cause à effet, qui relie le Contrat Social aux tendances plus ou moins conscientes de notre Ecole Dirigeante. La source des erreurs, des fautes et des méprises est là. A notre époque, le Contrat social peut bien apparaître comme un souvenir historique, suranné et archaïque. C'est une vue superficielle des choses car il n'a rien perdu de son activité et de sa virulence. îl inspire, m.eut et anmie nos dirigeants dans tout ce qu ils font et entreprennent.

11 mtroduit dans la politique Française, même à ses meilleures heures, un germe d'insuccès qui ne tarde pas à se développer.

On ne saurait d'ailleurs méconnaître le caractère d'universalité que la doctrine de l'Ecole Dirigeante emprunte à l'erreur rousseauiste ni la part d'altruisme généreux qui y est incluse. Sa noblesse, son élévation, son

idéalisme ne sont pas contestés. Toutefois en présence de résultats douloureux le moment paraît venu pour les Français d'examiner si cet idéalisme ne les a pas conduits par une pente ia!;ale vers un impérialisme d'idéologie et une politique extérieure par trop désintéressée où notre pays n'a trouvé que de glorieux mécomiptes. Avait-on raison d entramer notre pays dans une politique plus humanitaire que vraiment nationale ? Est-il désirable pour nous de jouer les armes à la mam un rôle de champions du Droit et de la Justice pour des causes contraires à nos propres intérêts '? Telle est la question qui se pose. Tel est le procès auquel nous avons assigné l'Ecole Dirigeante pour qu'à la barre du Tribunal suprême de l'opinion il soit jugé SI demain comme hier les Français seront exposés à sacrifier l'avenir de leur race dans des conflits sanglants ou dans des expériences économiques et financières dont le bilan actuel laisse à notre compte un déficit formidable de vies humâmes et de ruines matérielles.

On a pu dire que par la grâce de ces doctrines sublimes la France depuis la Révolution vit et combat pour un idéal universel. Son école dirigeante n'a-t-elle pas dépassé la mesure qu un grand peuple doit conserver entre ses plus nobles aspirations de civilisation

universelle et le souci de sa propre conservation sociale.

Si nous avons mis assez de clarté dans cet exposé, on remarquera avec nous sous l'Ancien Régime, malgré ses infirmités et ses infériorités, une sorte de bon sens pratique, réaliste et pragmatique qui ne l'abandonnait jamais dans sa mission de constituer la France et l'Europe, et qui lui faisait une armature de résistance aux idée? étrangères.

Ce legs de bon sens national, les encyclopédistes théoriques et les praticiens formés par eux ne 1 avaient pas répudié, mais, brusquement, l'évangile genevois fait irruption, la politique française s'en va à contre-sens de son cours naturel.

L'Ancien Régime, il est vrai, avait ses légistes dont nous allons étudier la conjonction avec les rousseauistes. Funeste solidarité sans laquelle le triomphe et la permanence de l'erreur resteraient inexplica'bles.

C'est de cette association en effet que sont nées la prédominance de l'étatisme sur la coutume et du principe des nationalités sur l'ordre européen, où s'épanouit dans î'efflorescence d'une double résultante, la philosophie genevoise, toujours encensée dans son principe par une malheureuse nation qui n a pas encore su lui attribuer ses douloureuses déceptions.

ÏV

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