CHAPITRE PREMIER
Historique
Les premières commissions médicales qui, depuis la création des Hôpitaux spéciaux pour enfants, avaient été chargées d'étudier les moyens d’enrayer les cas de contagion intérieure, alors si nombreux, n'avaient pu obtenir de l'Administration aucune des réformes que réclamaient à ce sujet tous les médecins d'enfants. Nous trouvons en effet dans le rapport de la Commission de 1835 (1) : « A aucun âge, les maladies contagieuses ne « sont aussi fréquentes que dans l'enfance et cependant « 1l n'existe à l'Hôpital des Enfants Malades aucun « moyen d'isolement pour ces maladies. »
Mais les médecins de cette époque ne purent que signaler le mal sans pouvoir y apporter de remède, et pendant de longues années encore, la contagion fut grande dans les Hôpitaux d'Enfants, ce qui faisait dire à Archambault (2) en 1880 : « À l'Hôpital des Enfants « Malades on ne meurt pas de la maladie qui vous y « amène, mais de celle qu'on y contracte. »
(4) Sraurer. Histoire de l'Hospitalisation des Enfants Malades à Paru. Th. de Paris, 1907.
(2) Bulletins de la Société médicale des Hépilaux, 1880.
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Ce n'est qu’en 1889 que la Société médicale des
Hôpitaux, reprenant cette importante queslion, parvint,
la suite d’une longue discussion, à faire aboutir la
plupart des réformes demandées. Elle s’occupa tout
abord des Consultations externes. En effet, comme
le disait Ollivier (1) : « Un des grands dangers de dissé-
minalion des maladies contagieuses, et de la diphtérie en particulier, consiste dans le séjour prolongé des petits malades atteints de ces affections dans la salle de consultation, au milieu d'enfants qui en sont indemnes:; ces derniers sont contagionnés et retournent chez eux dans des quartiers souvent éloignés où ils vont créer un foyer nouveau de contagion. »
Mais Ollivier ne se bornait pas à indiquer le mal, 1l
proposait aussi le remède. « Il serait indispensable,
disait-il, d’avoir, dans les Hôpitaux d'enfants, un mterne qui, au fur el à mesure de l’arrivée des malades atteints de maladies contagieuses, les répartirait sur les salles d'isolement, suivant la nature de leur affecion. Les cas douteux de diphtérie, les angines avec blanc, seraient placées dans des chambres spéciales d'isolement préventif, de façon à ce qu'ils ne puissent communiquer à d’autres la diphtérie dans le cas où ils en seraient alleints, el aussi de façon à ce qu'ils ne puissent eux-mêmes la contracter s'ils n'avaient qu'une angine pultacée ou herpétique. Ge service de sélection pour maladies contagieuses serait fait avant l’arrivée du médecin consultant et préviendrait bien des contagions. »
(4) Bullelins el Mémoires de la Société médicale des Hôpilaux, 1889,
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Ce vœu d'Ollivier fut adopté par tous les membres de la Société médicale des Hôpitaux et transmis à l'Admimistration qui le réalisa. L
Depuis cette époque, dans lous les Hôpitaux d'enfants, chaque Consultation possède un interne ou un externe chargé de la sélection que réclamait Ollivier.
En même temps, la création de boxes d'isolement attenant aux salles de la consultation externe fut réclamée par M. Comby {1} qui, dès cette époque, insista sur les mesures prophylactiques à prendre dans les Dispensaires d'enfants, dépendant de Ia Bienfaisance privée.
En 1889, il n'en existait guère plus d'une demidouzaine, mais depuis quelques années on s’est beaucoup intéressé aux questions relatives à la protection de l'enfance. De tous côtés, des âmes généreuses répondant à l’appel de ceux qui semaient la bonne parole, l’on vit se fonder tant à Paris qu'en province, des Dispensaires, des Consultations de nourrissons, des Gouttes de lait, qui, chaque jour, vont se mulüpliant, si bien qu'à Paris seulement, leur nombre atteint aujourd'hui presque la centaine.
Cependant, M. Comby mis à part, 1l ne semble pas que la prophylaxie des maladies contagieuses ait beaucoup préoccupé les médecins qui ont fondé les premiers Dispensaires el on ne trouve nulle part dans le livre du D' Foville {2}, mention des mesures prises contre ces
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maladies dans les Dispensaires qu'ils a visités.
(1) Bulletins et Mémoires de la Société médicale des Hôpitaux, 1889. (2) Fovire. Les nouvelles institutions de bienfaisance, Paris, 1888.
Le fait, en lui-même, n’a rien qui puisse nous étonner si l’on veut bien réfléchir que toutes les affections conta-
gieuses de l'enfance ont une période d’incubation plus ou
moins longue et que, par exemple, les parents n'auront jamais l’idée d'établir une relation de cause à effet entre Ja rougeole d'un enfant et son passage à la consultation douze où quinze jours auparavant.
D'autre part les fièvres éruptives, à la période d'état, sont soignées ou à domicile, ou à l'hôpital, jamais au dispensaire où l'enfant n'est ramené (quand il y est ramené) qu'après sa convalescence. Avec l'habitude qu'ont généralement les parents de cacher soigneusement au médecin une maladie traitée par un autre médecin, il y a de grandes chances pour que, dans presque tous les Dispensaires, on ignore constamment ce qui s'est passé, et que, de bonne foi, certains médecins de ces (ÆEuvres privées affirment n'avoir jamais observé d'épidémies parmi les enfants venus à la consultation.
Il nous faut arriver au travail du D' Traverse (1) en
1899, pour trouver quelques renseignements sur la façon de réaliser la prophylaxie des maladies contagieuses dans les Dispensaires d'enfants.
« L'isolement idéal, comme le dit Traverse, serait « assuré par un médecin résidant ou un étudiant attaché «au Dispensaire, el qui verrait l'enfant dès son entrée « avant qu'il ait subi tout contact avec d’autres malades ».
Mais il faut bien le reconnaître, cette condition est difficilement réalisable, et l’auteur lui-même en doute si
(4) Tnavense. Etude sur les Dispensuires pour enfants malades à Paris. Th. de Paris, 4899,
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fort, qu'il s'empresse, quelques lignes plus loin, de nous proposer un autre moyen : « Il faudrait, dit-il, un sys- « tème de boxes étroites et nombreuses, closes de toute « part, chacune d'elles étant exclusivement réservée à un « enfant avec sa mère et ses frères où sœurs, s'ils sont « présents (car on peut considérer ceux-ci comme conta- « minés à priori, par le fait de la cohabitation familiale) « trouver quelque chose qui soit en petit le système « d'isolement rigoureux pratiqué dans l'intérieur des « grands hôpitaux à Paris ».
Traverse nous propose tout simplement ce que Grancher (1) a appelé la - sélection par cellule », système recoñnu impraticable.
Faute de sélection et d'isolement cellulaire, Traverse nous indique une troisième méthode qui consisterait à « afficher dans les salles d'attente, el à enjoindre avec « insistance à ceux qui amènent les petits malades, de « signaler spontanément à la directrice du Dispensare, « toujours présente, les doutes qu'ils peuvent avoir sur « la contagiosité des maladies de leurs enfants. »
La question en était là, lorsque l'élan donné par Budin à la création des Consultations de nourrissons, vint de nouveau attirer l'attention sur la contagion dans les agolomérations d'enfants.
En 1902, dans une séance de la Société obstétricale de France consacrée aux résultats obtenus dans les consultations de nourrissons, MM. Porak et Katz (2) ont rap-
(4) Grancuner. Préface du Traité des maladies de l'Enfance, 1"° édit. p. 10. (2) Porak et Karz. La consultation des nourrissons à la Maternité pendant l’année 1901. Annales de la Société Obstétricale de France, 1902, p. 350. DE LE VALLÉE. , 2
porté quelques observations de rougeoles contractées . dans la salle d'attente de la Consultation de nourrissons de la Maternité et ont montré qu'en y venant, les 3 enfants couraient quelques risques de contagion. En ce qui concerne la Maternité, les dangers de contagion n'ont rien qui puisse nous surprendre, puisque dans cet élablissement, comme le fait remarquer M. Porak, dans sa communication : « L'isolement des enfants atteints
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« d'une maladie contagieuse ou des suspects n'existe « pas. Les enfants attendent tous, dans une même pièce, « leur tour de consultation ».
Puis M. Chavane cita des cas identiques qui s'étaient produits à la Consultation de nourrissons de la Charité, alors que pendant les vacances de 1893, 1l y suppléait M. Budin.
Comme conclusion à cette discussion, on émit le vœu qu'il fut installé dans toute Consultation une petite pièce d'isolement pour les nourrissons suspects d'être atteints
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d'une maladie infectieuse. De cette façon, « le médecin, # «immédiatement prévenu, dit Chavane, prendra telles = « mesures que comportera la situation pour empêcher L
« tout conlage s'il y a lieu. » C'était en somme la manière d'agir de Budin (2): « Pour notre part, dit-il, aucun
«nourrisson n'est admis à pénétrer dans la salle com- « mune, sans avoir été vu par un des moniteurs de 3 « notre service ; s'il y a quelques doutes sur son état, si 4 « on craint une rougeole ou quelqu'autre maladie conta- ; « gleuse, 1l ne rentre pas avec les autres. »
(1) CHavaxE. Annales de la Sociélé Obslélricale de France, 1902, p. 358. (2) Buoi. Ibid,, p. 374.
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Mais toutes ces précautions ont-elles été suffisantes . pour enrayer d’une façon absolue les contagions inlérieures ? Il ne le semble pas, car M. Chavane reconnait que, malgré tout ce qu'il à fait, il a vu éclore une épidémie de rougeole qui causa la mort de deux enfants.
Dans la très complète et très intéressante monographie de l'OŒuvre médico-chirurgicale consacrée par M. Maygrier aux Consultations de nourrissons, nous trouvons un simple résumé de la discussion précédente.
Enfin, au mois de juillet 1907, une cémmunication de M. Vidal (d'Hyères) sur la mortalité infantile dans le Var, fournit à M. Pinard (1), l'occasion de répéter qu'il considérait « toute agglomération d'enfant, dans une même lieu, « comme une chose particulièrement dangereuse ». À quoi M. Porak (2) répondit : « Les risques « de contagion constituent, une objection, très réelle et «très grave. Les médecins qui voudront ouvrir des « Consultations de nourrissons devront en être con- « vaincus et prendre les mesures nécessaires pour éviter « ce danger ; sinon, ils compromettront leur tentative. « Dans les Consultalions très fréquentées et bien « dirigées, on doit aménager des locaux spéciaux pour « isoler lés enfants malades qui, en principe, n'auraient « même pas dû venir, ou préposer à la réception une « personne capable de distinguer les enfants suspects et «ayant la mission de les éloigner. Dans les grandes « villes où on connaît mal sa clientèle, ces précautions
(4) Prvaro. Acad. de Médecine, 9 juillet 1907, p. 60. (2) Porak. Acad. de Médecine, 16 juillet 1907, p. 101.
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« doivent s imposer au médecin qui dirige la Consul E « tation. : RL
« Dans les petites villes où tout le monde se connaît, « où on a grand peur de contracter une maladie auprès « d'un enfant malade, il semble qu'il sera plus facile « d'éviter la contagion.
« Le problème, pour sérieux qu'il soit, ne paraît pas «insoluble. Il ne semble pas qu'en fait, la contagion soit « fréquemment observée dans les Consultations de nourà prendre, il «ne faut pas se faire un spectre de la contagion, car
« rissons. Sous la réserve des précautions
« alors on ne devrait pas entrer dans une voiture de « place ; il serait interdit de faire jouer un enfant dans «un jardin public ou de l'envoyer à l’école. Tous les «actes d'une vie active comportent quelques risques. «Par ce temps d'automobilisme à outrance, on ne « devrait plus sortir de chez soi si on avait peur d’être « ÉCTASÉ ». à Le D' Pierre Quilhier (1), dans un récent article sur le fonctionnement de la Consultation de nourrissons qu'il dirige dans le quartier de la Glacière, croit pouvoir dire en toute conscience qu'il n'y a observé pendant deux ans aucune contagion. El 1l en conclut que le” spectre de la contagion est théoriquement une objection des plus sérieuses, mais que celte objection tombe devant la réalité des faits. | | Contrairement à M. Quiller, nous ne pensons pas que « la réalité des faits bien observés » nous permette de
(4) Pierre Quisier. La Consultation de nourrissons du Dispensaire-Hôpital Marie Amélie, Revue philanthropique, 15 février 1908.
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conclure à l'absence de tout danger de contagion dans les Dispensaires, Consultations de nourrissons ou Gouttes de lait ».
Pour avoir la certitude qu'un enfant contagieux admis dans une salle d'attente n'y a pas créé un foyer d’épidémie, il faut rechercher ce que deviennent ses voisine de consultation pendant les jours et même les semaines suivantes, c'est-à-dire pendant toute la période d'incubaton des maladies contagieuses (Voy. tableau p. 46).
Ces recherches ne sont pratiquement possibles que si l’on a soin de faire inscrire sur un registre le nom des consultants au fur et à mesure de leur arrivée. Cette condition est-elle réalisée dans toutes Les Consultations ?
C'est grâce à ce registre qu'il a été possible, au Dispensaire de la rue Oudinot, de se rendre compte des cas de contagion et de prendre les mesures nécessaires pour arrêter les épidémies, et 1l est fort probable que tous auraient passé inaperçus, s’il n'avaient pas été recherchés avec soin.
On voit par ce qui précède, que la question des maladies contagieuses est d'importance capitale et mérite un sérieux examen. Or, il ne semble pas qu'elle ait attiré l'attention des individualités ou des collectivités qui ont fondé depuis quelques années des Consultations de nourrissons ou des Gouttes de lait. La formule schématique donnée par M. Jonnart (1) « pour créer une Consultation « de nourrissons, trois choses suffisent : une balance, -« un appareil à stériliser le lait et le dévouement d’un « médecin » semble jusqu'ici répondre à toutes les
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4) Jonnartr. Préface de Nourrissons . p. 1x. (V, Doin), Paris, 1900.
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| |condition d'ajo ne de la Consoa Hot un | registre. d'observation des fiches et des graphiques (A). RCE
Le chapitre qui va suivre, montrer malheureusement MS
k que les choses sont loin d'être aussi simples ct la réalité. | 15% PRE
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(1) Roussco. La Mortalité infantile. Tir. Paris, 1908, p. 50.