XXX. Nitrate de mercure sesquibasique. —Les auteurs
(Je pliarmacologie et le commerce s’accorcJent à donner la préférence au nitrate sesguibasique de mercure sur le lu’otonitrate neutre. Cependant le moyen que l’on donne pour le préparer est loin de le fournir constamment beau. J’ai pratiqué depuis plusieurs années un procédé fort simple (i), et qui m’a donné presque toujours un très-beau nitrate cristallisé en gros cristaux transparents.
J’introduis un kilo de mercure et autant d’acide nitrique du commerce dans un matras à fond plat, très-large, que je place sur une plaque métallique épaisse, dans le but d’empêcher que l.i température ne s’élève par trop. Vingt-quatre heures après je trouve la paroi inférieure du matras tapissée de gros cristaux recouverts par une petite quantité d’eau-mère. Pour purifier ce sel, c’est-à-dire pour lui enlever l’eau-mère qui les recouvre, et qui contient toujours un peu de deutonitrate, il suffit de le placer dans un entonnoir de verre, et de le laver avec un filet d’acide nitrique. Il est alors assez pur pour l’usage de la pharmacie.
Comme par ce procédé il arrive cependant qu’on obtient parfois, en place de cristaux , une masse mamelonnée et même entièrement informe, voici un moyen d’obtenir toujours ce nitrate parfaitement bien cristallisé :
Il faut prendre le nitrate préparé comme il vient d’être dit, et le faire dissoudre dans le moins d’eau distillée possible, acidulée par l’acide nitrique, afin d’éviter la formaiondu turbith nitreux. Une fois la dissolution faite, on (a place dans une capsule de porcelaine, très-évasée , et on la soumet à l’évaporation d’une étuve convenablement chauffée. On trouve au bout de quelques jours le fond de
(l) M. Soubeiran m’a appris dernièrement que M. Robiquel pratiquait depuis longtemps un procédé <i peu près analogue dans sa fabrique. Je m’estime lieurenic que m'es résultats soient sanctionnés par ceux d’un praticien aussi remarquable.
la capsule garni de cristaux magnifiques; et, téls qu’on n’en obtient qu’accidentellement par les autres procédés, méiiie par celui qui vient d’être décrit.
XXXI. Suc de caoutchouc. — On l’a dit bien souvent, et je ne crains pas de le répéter ici, on ne saurait prévoir tous les usages de ce précieux suc que les arts, d’un commun accord, ne cessent de réclamer, devais signaler une de ces propriétés, qui peut être parfois utile au pharmacien. Ce suc convient mieux que tout autre mastic pour souder la poterie.fine, en ce qu’étant incolore, la marque de la réunion est presque invisible, ce qui n’arrive pas avec les autres ingrédients usités, la gomme laque par exem])le, propriété souvent précieuse et qui doit assurer au suc de caoutchouc ([) une prééminence exclusive.
XXXII. Opium ( toxicologie ). — Dans les empoisonnements par l’opium, le vinaigre m’a toujours paru contreindiqué. On sait, en effet, que les acides facilitent la dissolution des alcalis organiques. On arriverait sans doute à des résultats plus satisfaisants en faisant avaler au patient une boisson alcaline légère, une solution de bicarbonate de soude, par exemple. Cependant il vaut encore mieux recourir à l’emploi du tannin, qui possède la propriété de former un composé insoluble avec tous les principes actifs de l’opium. Et, pour le dire en passant, le tannin ,
(i) J’ai reconnu au suc de caoutchouc cette propriété de la manière sui-
II y a quelques années., étant interne à la pharmacie centrale, on me remit un petit flacon plein d'une liqueur blanche, avec prière d’en faire l’ana lyse, afin de m’assurer si je ne pourrais pas parvenir à trouver la recette de ce mastic anglais, qui, dit-on, coûtaitfort cher. Quelques essais suflirent pour me convaincre que ce prétendu mastic n’était autre chose que du suc de caoutchouc , possédant tous les caractères qui lui ont été rigourcusemcnl assignés par M. Faraday.
précipitant tous les alcalis végétaux, leur peut servir à tous de contre-poison.
XXXIII. Fermentation alcoolique. — « Avec le cuivre, » le laiton, le plomb, le liquide fermentescible ( mélange » de 6 p. d’eau, i p. de sucre et Q. S. de ferment) se con- » stitue dans un état tel que la fermentation alcoolique ne » peut se développer. » ( Bouchardat. )
Je suis loin de contester l’influence électrique sur la fermentation, et l’exactitude des expériences de mon collègue, M. Bouchardat-, néanmoins je puis affirmer que la fermentation alcoolique peut avoir lieu d’une manière régulière et complète, dans certains vases métalliques, surtout lorsqu’on opère sur des proportions de matière assez considérables. Ainsi j’ai obtenu l’an dernier la fermentation de 10 à 12 litres d’un mélange d’eau de sucre et de levure, dans un vase d’étain. Le même phénomène se répète journellement à la pharmacie centrale, où l’an ne prépare jamais lelaudanum de Bousseau dans des vases autres que des bains-marie d’étain.
XXXIV. Crème de tartre soluble, — Si l’opinion de M. Soubeiran sur la nature chimique de la crème de tartre soluble avait besoin de preuves autres que celles qui lui ont servi de base pour l’établir, nous pourrions en signaler une qui nous paraît convaincante.
On se rappelle que M. Berzélius a remarqué que le tannin avait la pro))riété d’augmenter la solubilité du bitartrate de potasse?
Or, comme les expériences de M. Pelouze nous ont appris que le tannin devrait prendre rang parmi les acides , il s’ensuit que , dans ce cas , le phénomèhé de dissolution doit être dû à une véritable combinaison de tannin et de crème de tartre, tout à fait analogue au tarirate borico-
potassique, et qui doit être désignée sous le nom de tartrate tannico-potassique, fait qui, comme il a été dit plus haut, confirme pleinement les expériences et les vues théoriques consignées dans le heau mémoire de M. Soubeiran
XXXV. Éther (théorie). — «La théorie de l'éther a dû » être ignorée des anciens chimistes qui se sont occupés de •1 sa préparation, mais elle a été connue de Macquer qui a » très-bien exposé que l’acide sulfurique convertissait l’al- » cool en éther en s’emparant d’une partiedeson eauprin- » cipe , et en le rapprochant de la nature d’une huile, x (Henry et Guibourt.)
Malgré la haute estime que je professe pour le savoir et l’exactitude des auteurs de la Pharmacopée raisonnée, je ne crois pas qu’il soit exact d’attribuer à Macquer l’honneur de la découverte de la théorie de l’éthérification. .Te pense, au contraire, que les premières données précises que la science ait possédées sur ce point sont dues à l’excellent travail de M. Boullay père, sur la théorie et la préparation de l’éther. Ce qui me porte à émettre cette opinion c’est que Macquer, après avoir fait connaître la théorie relatée plus haut, s’exprime ainsi : « Il est très-probable que l’éther contient moins » d’eau principe et plus d’acide que l’esprit de vin , et » qu’une'portion de l’acide qu’on emploie entre comme » partie constituante dans la combinaison de celte li- » queur. » (Macquer, Dictionnaire de chimie , tome -i, pages 88 et 89.)
L’opinion de Macquer, sur la constitution de l’éther, ne me paraît devoir être considérée que comme une de ces vues générales, que l’on qualifie de traits de génie quand elles sont sanctionnées par l’expérience, et qui vont grossir le catalogue des rêveries lorsqu’elles sont reconnues inexactes.
Un mot sur les théories de l’éther admises de nos jours:
De ce que Liébig a vu que , dans Un mélange d’alcool et d’acide sulfurique , l’acide sulfo-vinique se fait et se maintient jusqu’à ce que l’ébullition ait lieu à laj», et que ce n’est qu’à ce moment qu’il commence à passer de l’éther à In distillation , il n’en faut pas conclure que la théorie de M. Mitcherlich , qui, comme on sait, attribue ce phénomène à un simple contact , soit fausse, vu que ces deux chimistes ont opéré dans des circonstances difiérentes. Or,je crois que c’est commettre une grande erreur en chimie que de penser que chaque réaction ne peut avoir lieu que dans une circonstance unique.
IV’est-il pas plus conforme à l’ensemble des faits connus , de penser, au contraire, que des agents et des circonstances entièrement dissemblables peuvent conduire au même résultat ? C’est aussi pourquoi je pense, c[ue c’est porter un faible argument en faveur de la préexistence des acides gras, que d’alErmer qu’ils préexistent, seulement parce que nous les voyons se produire dans des circonstances diamétralement opposées.
XXXVI. f/rée. —De ce qu’une urine convenablement concentrée par l’évaporation, et traitée par de l’acide azotique, ne laisse pas cristalliser du nitrate acide d’urée après complet refroidissement de la liqueur j il ne faut pas se presser de conclure qu’elle ne contient point d’urée; il faut, au contraire, placer le mélange dans un lieu frais et l’abandonner à lui-même ; l’expérience m’ayant appris que ce n’est souvent qu’après plus de vingt-quatre heures de contact que les cristaux commencent à se former.
J’ai aussi eu l’occasion de faire l’analyse d’une urine de diabétique, qui ne m’a jamais offert la moindre trace d’albumine pendant la période de diminution du sucre et de l’augmentation de l’urée, ainsi que M. Thénard a
cru pouvoir l’établir en principe , d’après un assez grand nombre d’observations dont il est l’auteur.