L'IRRITABILITÉ
de millièmes de seconde? Nous l'ignorons; tout ce que nous savons, c'est que l'irritation soudaine agit bien plus efficacement que la même irritation lente et progressive. . De là cette loi :
F. Le mouvement de la cellule à Virritation est, pour des irritations égales, d'autant plus fort que l*irritation a été soudaine.
Cette loi pourrait être indiquée en des termes un peu différents. Puisqu'il est vrai que l'irritant n'agit qu'en changeant l'état de la cellule, l'action doit être brusque; et alors la définition de l'irritant sera : une force extérieure qui change brusquement Vétat actuel de la cellule.
Cette irritation soudaine peut être très brève : certains excitants agissent pendant un temps extrêmement court ; par exemple, l'étincelle électrique qui ne dure guère qu'un cent-millième de seconde; mais la réponse de l'organisme à cette brève excitation est parfois extrêmement prolongée. Elle dure une minute, dix minutes, parfois une heure, et plus encore. Il faut beaucoup de temps à un organisme pour revenir, après une excitation forte, si rapide qu'elle ait été, à son état primitif : il n'y a aucune relation de durée entre l'irritation qui est brève et la réponse qui est longue.
De là cette loi :
G. Le mouvement de réponse à une irritation brève dure beaucoup plus longtemps que n'a duré Virritation.
Comme on le verra dans la suite de ce livre, cette loi si simple, et sur laquelle cependant les physiologistes n'avaient guère porté leur attention, est d'une importance considérable, et fournit l'explication de bon nombre de phénomènes qui seront tout à fait incompris si Ton ignore cette persistance prolongée de la réaction.
C'est la conséquence naturelle de la forme que nous avons supposée à la vibration du tissu irritable. C'est une onde très prolongée, qui ne s'éteint que très lentement, et qui met longtemps à disparaître.
Il est même possible, comme l'indiquent quelques faits expérimentaux, qu'une excitation forte provoque non seulement une vibration unique, mais une série de vibrations plus petites, successives. De même, un coup de marteau frappé contre une cloche fait retentir le métal pendant longtemps, et des vibrations graduellement plus faibles succèdent à l'ébranlement unique, et cela pendant longtemps encore, en s'atténuant jusqu'au silence final.
Il est enfin une dernière loi, assez importante.
Nous avons dit tout à l'heure qu'il fallait une certaine force à l'irritant pour vaincre la résistance intérieure de la cellule : si la force irritante est inférieure à la force de résistance de la cellule, la réponse motrice sera nulle, et la cellule restera immobile.
Eh bien! cette immobilité n'est qu'apparente. Le mouvement de translation ou de contraction appréciable peut être tout à fait nul; mais l'organisme excité deviendra le siège de modifications intérieures, nutritives ou autres, non appréciables à nos sens, ou plutôt ne se traduisant pas par un mouvement extérieur appréciable. La réaction intérieure de l'organisme paraît au premier abord sans effet; mais elle a en réalité des effets qu'on reconnaît par la suite. En provoquant des réactions intérieures, l'excitant a modifié l'état de la cellule, mais pas assez pour qu'un mouvement de contraction en soit la conséquence. Le changement d'état a été trop faible, et alors il n'y a pas eu de mouvement. Pour qu'il y ait mouvement, il faut un changement d'état d'une certaine étendue. Avec un très minime changement d'état, il ne pouvait y avoir mouvement.
Mais cette minime transformation de l'état de la cellule a eu cependant une conséquence. L'excitabilité de la cellule a varié. L'équilibre, qui était stable, est devenu moins stable, de sorte que, si Ton fait intervenir de nouveau la même force, cette force produira un effet moteur qu'elle n'avait pas produit tout d'abord, et qui est devenu possible, par suite de l'accroissement de Texcitabilité cellulaire. Tout se passe comme si la cellule excitée, mais immobile, était devenue une nouvelle cellule, plus excitable, et par conséquent réagissant à des forces qui d'abord étaient sans effet sur elle.
Ce phénomène intéressant se rencontre très souvent dans les fonctions psychiques. On peut le formuler ainsi :
H. Des forces qui, isolées, parassent impuissantes y deviennent efficaces quand elles sont répétées; car elles ont, malgré leur inefficacité apparente, augmenté l'excitabilité de l'organisme.
Ces lois, quoiqu'elles soient en somme faciles à comprendre, seront peut-être éclaircies par une explication graphique.
Je suppose {Vig. \) une cellule ou un muscle qui est dans un certain état d'équilibre A. Chaque force va déterminer une réaction intérieure qui aura, selon toute vraisemblance, comme tous les phénomènes physiques, la l'orme d'une vibration. Cette réaction intérieure ne pourra provoquer une réaction motrice
l'irritabilité
que si elle possède une certaine inleosité. Par exemple, pour provoquer une réaclion motrice du muscle, il faudra qu'elle soit au moins égale en iotensilé à AM, MM représentant la ligne que le nnuscle doit atteindre pour qu'il y ait un mouvement extérieur.
Or si, dans ces conditions, je fais agir sur le muscle une force d'intensité F, elle provoquera une réaction AA' égale en inlensilé à la force de l'eicilation. Cette réaction sera une vibration ondulatoire dont l'étendue sera, je suppose, égale précisément à l'unité de temps hypothétique l. ,
Nous aurons donc à la fois une réaclion intérieure non percep-
= AM. II ï
tible Aa, et une réaction extérieure motrice, perceptible seulement dans la courbe aA'a. Le seul mouvement que nous constaterons sera le mouvement aA.'a'. Le mouvement moléculaire nous sera dissimulé.
On voit aussi par ce graphique que la réaction dure beaucoup ) l'irritation, d'une part, et, d'autre part, ec un certain retard, Ma.
m voit encore que, pour provoquer le moue la force F fût plus grande que la résistance ivions fait intervenir une force a réaction intérieure, mais i:
plus longtemps qui qu'elle se produit aï Dans ce schéma, i vement, il a fallu que intérieure de la cellule Si n plus petite (jue AM, il y ; mouvement cellulaire. Cette force de résistance de la cellule est mesurée, dans le graphique schématique que nous donnons, par la dislance qui sépare la ligne MMnn' (ligne de mouvement) de la li(;ne de repos de la cellule (A(l. On peut donc graphiquement représenter d'une part la résistance de la cellule, d'autre part l'intensité de la force. Plus la ligne MMaa' sera éloignée de la ligne de repos Ai, plus la résistance de ia cellule sera grande; par conséquent, plus la force d'escitalion aura besoin d'être intense pour provoquer on mouvement. D'autre part, plus la
PSÏCUOLOGlli OÉNÉHALli a grande, plus la répODs
idumasclest
t essentiellemeot fonction de m excitabilité; d'autre part,
force d'excitation F si intense.
DoDc la réponse du muscle se ces deui variables : d'une part, i l'iatensité de l'irritant.
Schématique me ni l'intensité de l'excitant sera représentée par la hauteur de la ligne F; et la résistance intérieure de la cellule parla hauteur HA. Plus MA est petit, plus l'excitabilité de la cellule est granilc.
Maintenant supposons une force F agissant non plus dans le temps t, mais dans le temps t' par exemple. La force F ne sera plus égale à F; mais à f, au point A; au point ( nous aurons de nouveau ^, et plus tard nous aurons de nouveau ^. Mais comme à aucun moment la force de résistance de la cellule ne sera vaincue par ? qui est trop faible, nous aurons seulemeut provoqué des mouvements intérieurs moléculaires, et nous n'aurons pas pu déterminer un mouvement extérieur de réaction, une contraction musculaire visible.
C'est ainsi que peut se démontrer celle loi que la soudaineté de l'excitation est, dans une certaine limite, nécessaire pour provoquer une réponse motrice, et que, de deux excitations égales en intensité, c'est la plus soudaine qui est la plus active.
Mais dans un grand nombre de cas, la force F, encore qu'elle soit suffisante pour agir même lorsqu'elle est seule, est répétée à d'asse? courts intervalles, et alors son action s'accumule, comme l'indique le tracé schématique cï^joint (fîg. 3) '.
l'irritabilité 21
Soit, je suppose, une force F agissant sur un muscle : la réaction seraBaA', si nulle autre force n'intervient, jusqu'au momenl oùle muscle a repris son état de repos A(/'. Mais si, alors que l'organe est encore eu action en uu point quelconque de sa course vibratoire, une nouvelle force vient à intervenir en R, je suppose, il y aura immédiatement une réaction motrice et la réponse sera Rk"a"t.
Par là se voit l'amplificatiou eilréme qu'une seconde force, surajoutée à la première, est veuue donner k la réaction motrice. En effet il n'y a pas eu dans ce cas de temps perdu, puisque la réaction intérieure de la cellule élait déjà accomplie, et que la résistance intérieure était vaincue. Autrement dit, par le fait de son état de mouvement intérieur, la cellule élait en
équilibre si instable, et son excitabilité était telle que toute excitation, même très faible, devait provoquer sa réaction.
Mais nous pouvons supposer un autre cas : c'est celui oti la force d'ane excitation isolée est insuffisante pour provoquer un mouvement. Eh bien! nous pourrons construire un graphique tout à fait analogue ; seulement la première vibration sera très faible et passera au-dessous de la ligne qui représente, par hypothèse, le début du mouvement eitérieur de la cellule. Il n'y aura mouvement extérieur que si la résistance intra-cellulaire est vaincue : or pour cela plusieurs excitations sont nécessaires, et il faudra qu'elles accumulent leurs effets; car une seule excitation n'ébranle pas la cellule assez pour qu'elle donne un mouvement.
La figure ci^jointe indique ce phénomène (fig. 3). Nous avons
ques de la contraction musculaire, et ils rendent les idées plus claires que ne pourrait le faire une discussion même beaucoup mieux conduite, mais privée de flgures.
ici une série de forces F, F', F", F'", F"", qui agissent sur la cellule vivante. Elles se répètent à des intervalles assez approchés, elles s'accumulent successivement. Sur le schéma que nous donnons, les trois premières ne sont pas parvenues à vaincre la résistance intérieure de la cellule, et elles n'ont déterminé aucun mouvement; mais en M, enfin, à la quatrième excitation, la courbe vibratoire a atteint le niveau suffisant, et ce mouvement extérieur s'est manifesté par la courbe MA"" k""*a, la seule perceptible, alors qu'en réalité cette succession de forces avait déterminé la courbe complexe AA' A" A'" A"" k!""at.
Ce ne sont pas là, je le répète, de purs schémas; car l'étude de la contraction musculaire donne des courbes tout à fait identiques, et c'est le muscle qu'on doit prendre comme type du tissu irritable. Je renvoie donc pour l'étude plus détaillée de ces divers phénomènes à la physiologie générale des muscles * ,
Nous avons supposé que les irritants de la cellule étaient des agents physico-cîiimiques ou mécaniques, extérieurs. Mais, par suite des relations qui unissent entre elles les diverses cellules de l'organisme, il peut y avoir une sorte d'irritation intérieure : c'est l'irritation par la cellule voisine, ou l'action réciproque d'une cellule sur une autre.
Soit, par exemple, une cellule sécrétant une certaine quantité de substance toxique, cette même substance va être un irritant chimique pour les cellules voisines, et alors il y aura réaction et mouvement par suite de l'irritabilité de ces dernières cellules.
Ce cas est extrêmement fréquent, puisque toutes les cellules fabriquent de l'acide carbonique, et que l'acide carbonique est un stimulant très actif de l'irritabilité cellulaire.
C'est a-insi que les cellules, en produisant de l'acide carbonique ou toute autre substance, peuvent être elles-mêmes leur propre irritant, — ce que nous avons appelé l'irritant intérieur. — Une action physico-chimique se passe dans le protoplasma cellulaire et le résultat de cette action est la sécrétion d'une substance chimique qui devient un irritant pour cette cellule même ou d'autres cellules. Mais, quelle que soit la manière dont
1. Il fallait cependant faire ici même cette étude; car les lois de la sensation sont à peu près les mêmes que les lois de la contraction; et le système nerveux réagit suivant les mêmes conditions que le système musculaire.
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cette substance a été sécrétée, il s'agit toujours d'un irritant chimique. Aussi ce genre d'irritation rentre-t-il dans le cadre des irritants physico -chimiques.
On peut en dire autant des excitations électriques ou mécaniques produites par les cellules vivantes sur les cellules voisines. Mais, nous le répétons, ces actions, chimiques, électriques ou mécaniques, ne sont pas des irritants d'une nature spéciale. Ce sont des irritants qui ne diffèrent pas essentiellement des autres irritants extérieurs.
Il est cependant un cas où l'irritation. d'une cellule voîsjile mérite une mention spéciale. C'est le cas de l'irritation nerveuse ou névro-musculaire.
Le système nerveux et le système musculaire semblent en effet constitués par des cellules soudées bout à bout, et si intimement unies que l'excitation d'une cellule va se propageant de proche en proche jusqu'aux cellules les plus éloignées, de sorte que Tirritation d'un point quelconque retentit sur tout le système et lui communique l'excitation primitive.
11 y a donc une propagation, une conduction de l'excitation qui va d'un segment nerveux au segment voisin, et ainsi de suite, tantôt se renforçant, tantôt s'attéuuant, selon l'excitabilité des segments par lesquels elle passe.
Dans le système musculaire, cette conduction est médiocre. Si l'on irrite une fibre, elle ne communiquera que très partiellement son irritation aux fibres voisines (encore cette transmission est-elle contestable).
Au contraire, dans le système nerveux, cette conduction est un phénomène tout à fait caractéristique. Si Ton touche l'extrémité d'un nerf, à la suite de ce contact, localisé en un point, tout le tronc nerveux va être excité, et l'irritation, conduite de proche en proche, va aller jusqu'aux centres nerveux qui seront irrités à leur tour; ils transmettront alors l'irritation à des nerfs moteurs, lesquels la transmettront au muscle, lequel répondra à l'irritation.
Le fait de cette irritation cheminant de proche en proche n'est pas contQstable; mais on ne peut guère l'expliquer.
S'agit-il d'un irritant chimique? Cela est bien difficile à admettre. La vitesse de la transmission est de 30 mètres (et probablement beaucoup plus dans certains cas) par seconde : or il y a plus de cent segments nerveux cellulaires principaux en un centimètre de nerf. Par conséquent cela supposerait dans chaque cellule une action chimique durant un trente -millième
de seconde, ce qui est peu vraisemblable. Il est vrai que les corps explosifs semblent, par des explosions qui se communiquent de proche en proche, donner un phénomène du même genre.
L'action électrique est moins invraisemblable; mais, quoique les phénomènes propres à la vie du nerf semblent coïncider avec un certain dégagement de forces électriques, il n'est pas du tout certain que la vibration nerveuse soit identique avec la vibration électrique moléculaire.
Quant à une action mécanique, une compression qui se ferait de cellule à cellule, ou à une action thermique, changement successif de température, ce sont deux hypothèses peu rationnelles en faveur desquelles aucun fait ne saurait être allégué.
Nous sommes donc, il faut le reconnaître, en pleine ignorance sur la nature intime de la vibration nerveuse. Nous savons qu'une cellule nerveuse irritée irrite la cellule nerveuse voisine et la cellule musculaire voisine. Nous savons cela; mais nous ignorons tout à fait par quel mécanisme. Faut-il admettre que la vibration nerveuse est d'une nature spéciale ou d'ordre physico-chimique ? Il est permis d'hésiter entre ces deux hypothèses. Peut-être, en tout cas, y aura-t-il intérêt à se servir de l'expression irritant nerveux, vibration nerveuse^ courant nerveux, termes qui ne préjugent rien quant à la nature même de l'irritation et qui expriment seulement un fait indéniable.
Ainsi rirritabiUté nerveuse, quand elle se propage de proche en proche, a pour point de départ un irritant chimico-physique ou mécanique, extérieur ou intérieur. Un animal dont le système nerveux est ébranlé a subi un premier ébranlement qui a été d'origine extérieure, et le début de l'irritation nerveuse a dû être une irritation électrique, thermique, mécanique ou chimique. Mais, si le commencement de l'irritation est d'ordre physico-chimique, les irritations qui se succèdent de proche en proche tout le long du trajet nerveux perdent ce caractère que la première avait au début et deviennent irritations nerveuses, de cellule à cellule; ce ne sont plus des irritations physico-chimiques, comme l'avait été le stimulant du début. C'est pourquoi aussi toutes les irritations de la périphérie, quand elles parviennent aux centres nerveux, ont acquis toutes le même caractère, c'est-à-dire celui d'irritant nerveux, quelle qu'ait été la nature de l'irritation primitive.
Cependant l'irritation peut avoir son point de départ dans
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une modification chimico-physique des centres nerveux de cause intérieure. C'est l'acte spontané, ou qui paraît spontané. Alors une irritation intérieure des cellules nerveuses centrales devient une cause d'irritation pour les nerfs moteurs qui en partent. Dans Tun et l'autre cas, le mode de conduction est le .même. C'est la transmission de proche en proche de l'irritation nerveuse; mais, dans un cas, l'irritant a été extérieur (acte réflexe) '^ dans l'autre cas, l'irritant a été intérieur (acte spontané).
Ainsi, outre l'irritant électrique, l'irritant thermique, l'irritant chimique, l'irritant mécanique, nous avons un irritant d'un ordre tout spécial, l'irritant nerveux.
Peut-être quelque jour fera-t-on rentrer Tirritant nerveux dans les autres modes d'irritation : peut-être même réussira-t-on à simplifier encore cette nomenclature des forces extérieures agissant sur l'organisme; en tout cas, à l'heure présente, il paraît préférable de laisser de côté toute hypothèse prématurée, et de reconnaître, à l'irritant nerveux, une modalité tout à fait particulière.
Si nous avons insisté sur ces phénomènes, qui paraîtront d'abord plutôt physiologiques que psychologiques, c'est que les lois de rirritabilité sont absolument générales. Qu'il s'agisse du manteau d'une méduse ou de l'encéphale d'un homme, ce sont mêmes conditions, mêmes réactions. Aussi, pour les exposer,, avons-nous pris le cas le plus élémentaire; car il vaut mieux procéder du simple au composé que du composé au simple.
L'irritabilité, à elle seule, représente les éléments de la vie psychique, et cela sous ses deux faces : d'abord, la réceptivité, c'est-à-dire la sensation et l'influence du monde extérieur sur l'animal; en second lieu, la réaction motrice, c'est-à-dire le mouvement, qui, sous les innombrables formes qu'il peut revêtir,, représente les divers aspects de la vie psychique. Ainsi l'irritabilité, qui est à la fois sensibilité au monde extérieur et mouvement dans le monde extérieur, peut être considérée comme la condition fondamentale de la vie.
II est des êtres simples qui semblent n'être qu'un assemblage homogène de cellules irritables. La réaction motrice à l'irritation extérieure constitue leur vie de relation. L'irritabilité est leur vie tout entière, mais c'est déjà de la vie psychique; de sorte que l'irritabilité cellulaire peut être considérée comme la vie psychique élémentaire,
36 PSYCflOLOQIB GÉNÉRALE
En étudiant les lois de l'exisleDce chez les êtres vivants, nous voyons que leur vie de relation se passe de deux manières assez diFTiïrentes.
Dans un cas, ie mouvement est la réponse à une irritation, soit directe, soit indirecte, par l'intermédiaire du système nerveux. Dans d'autres cas, au contraire, le mouvement semble spontané : par coDséquent il est dû à un irritant intérieur.
Il y a donc deux groupes de mouvements: les mouvements de l'éponse à une irritation extérieure, et les mouvements qui paraissent spontanés (irritation intérieure).
Les mouvements de réponse aux forces extérieures sont les mouvements réflexes.
Les mouvements spontanés sont les mouvements instinctif) et les mouvements inteilectuets.
Cette activité ', soit réllexe, soit spontanée, n'est que le développement, le progrès de l'irritabilité élémentaire de la cellule : ce hont les deux modes fondamentaux de l'irritabilité. Cependant on doit en établir un troisième; car il convient de séparer l'irritabilité spontanée consciente, ou intelligence, de l'irritabilité spontanée qui est inconsciente, et qu'on nomme l'instinct.
L'intelligence, l'instinct, l'acte réOeM : telles sont les trois formes sous lesquelles se manifeste l'irritabilité des êtres vivants.
Il y a doue une activité psychique, une activité instinctive, nue activité réllexe, et on peut alors, des pbénoménes correspondants, donner les dérinitions suivantes :
L'ucte ré/texe est l'acte par lequel l'ùrganisme répond à une ex'ilation extérieure immédiate.
L' note ittstinctif est un acte qui parait spontané, et dont le but n'nt pas compris par l'organisme qui l'exécute.
L'acte iniellecluel est un acte qui parait spontané et dont le but i7s( l'OWpris en tout ou en partie par l'organisme qui l'exécute.
A vrai dire, ce sont là des distinctions factices; car, entre ces pbénoniènes, nulle limite n'a été tracée par la nature, et toute barrière qu'on essaye d'établir est artificielle. Entre l'acte psycliique le plus compliqué et l'acte réllexe le pins simple, toutes les nuances, toutes les transitions peuvent être observées. Mais cela n'empêche pas une classification. Quoique toutes les transitfi.ins imaginables existent, à la limite des deux régnes, entre l'animal et la plante, il est cependant nécessaire de séparer les
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animaux et les plantes, dans une classification méthodique. De même, quoiqu'ils soient au fond étroitement unis par des transitions insaisissables, il faut séparer Tacte réflexe de Tacte instinctif et de l'acte intelligent, et reconnaître les différences considérables qui les séparent, quand ils sont bien caractérisés. Nous ne nous attarderons donc pas sur ces divisions, que nous essayerons de justifier plus lard.
L'acte réQexe et Tacte instinctif ne sont connus à nous et appréciables à nos sens, nos seuls moyens d'investigation, que par le mouvement extérieur. Cette assertion n'a pas besoin d'être démontrée, puisque, aussi bien, un phénomène réflexe n'existe, par définition même, que s'il y a mouvement. De même un instinct ne peut se montrer à nous que s'il se traduit par un phénomène extérieur.
Mais il en est autrement de l'activité psychique. En effet, celle-ci ne consiste pas seulement en un mouvement extérieur; c'est une élaboration, parfois silencieuse; c'est un phénomène qui peut être tout intérieur, sans réaction motrice apparente, et qui, par conséquent, au premier abord, paraît possible sans qu'il y ait mouvement.
En réalité cependant, pour l'acte psychique, comme pour Tacte instinctif, comme pour l'acte réÛexe, un mouvement est nécessaire, et l'irritabilité cellulaire, comme l'irritabilité musculaire, ne peut guère se manifester que par le mouvement.
En effet, pour juger de l'activité psychique, deux moyens de connaissance seulement sont à notre disposition : le mouvement pour les êtres qui sont en dehors du moi, et la conscience pour le moi.
Prenons d'abord les êtres qui sont en dehors du moi. Tout ce qui est inerte, immobile, nous paraît dépourvu d'activité psychique; il nous est absolument impossible de juger de Tactivité psychique autrement que par des mouvements extérieurs. C'est notre seul et unique élément de connaissance. Nous supposons qu'il n'y a pas de pensée dans une pierre, parce que la pierre est absolument immobile, et, comme rien en elle n^a jamais manifesté quelque activité psychique, nous pouvons et même nous devons affirmer que l'activité psychique n'y existe pas.
Voici un oiseau qui chante, qui vole, qui construit son nid, qui s'enfuit, qui cherche du grain, qui appelle ses petits. Il possède une intelligence, une activité psychique, dont les effets se manifestent à nous par des mouvements spontanés, variés, répétés, que nous ne pouvons nier. Mais que le plomb du chas-
seur vienne à frapper cet oiseau, de manière à faire cesser subitement la vie de ses organes, cœur, poumon, cerveau, aussitôt toute cette activité psychique s'évanouit. L'être meurt, «et, dès qu'il est mort, tout mouvement, par conséquent toute manifestation d'intelligence, disparait.
Supposer que, dans ce cadavre, l'intelligence persiste encore, c^est à peu près aussi absurde que d'attribuer une pensée à la pierre sur laquelle il est tombé, ou au plomb qui Ta frappé. Car un oiseau mort ne remue pas plus qu'une pierre ou qu'un morceau de plomb, et nous n'avons pas plus le droit d'attribuer une activité psychique à un oiseau mort qu'à une pierre ou à un morreau de plomb.
Ainsi, pour les êtres en dehors du moi, le seul témoignage de l'activité psychique, c'est un mouvement appréciable à nos sens.
Mais la conscience nous fournit un second élément de connaissance; je n'ai pas besoin de me mouvoir pour savoir que je pense; même quand mes mains, mes yeux, mes traits sont tout à fait immobiles, même quand le rythme du cœur et de la circulation reste parfaitement normal, je puis réûéchir, me souvenir, imaginer, penser. La conscience peut donc témoigner de l'activité psychique du moi, même alors qu'il n'y a pas de mouvement extérieur qui porte ces phénomènes intérieurs de ma conscience à la connaissance des autres hommes.
Ces phénomènes perçus par la conscience ont cela de particulier qu'ils ne sont accessibles qu'à un seul être, au moi qui les a perçus et en a été le siège. Si le moi qui a perçu ces phénomènes vient à perdre la mémoire, ou à disparaître, rien ne pourra nous affirmer que ces phénomènes ont eu lieu, et même nous serons pleinement autorisés à en nier Texistence.
Voici un homme profondément endormi. Ses traits, son attitude, sa respiration, le rythme de son cœur, rien en lui ne révèle aucune agitation psychique, et cependant cet homme pense : à son réveil il racontera qu'il a rêvé, qu'il a pensé. Les phénomènes intérieurs que le moi de cet individu a perçus nous deviennent accessibles; car ses paroles, ses écrits, ses mouvements extérieurs vont communiquer à d'autres qu'à son moi les phénomènes perçus par le moi. Mais, si cet homme, au lieu de se réveiller et de nous raconter ses songes, tombait dans un sommeil de plus en plus profond, et finalement dans le sommeil de la mort, nous serions forcés de dire qu'il a cessé de penser, à partir du moment même où tout signe extérieur de son activité psychique interne a disparu.
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Mon chien dort à côté de moi, sur une pierre. H est profondément endormi. Nul mouvement, ni spontané, ni réflexe, sinon dans les organes de la vie végétative. Je dis qu'il n*y a plus en lui d'activité psychique, et je ne puis dire autrement; car rien ne pourra me révéler que quelque phénomène intellectuel s'est passé en lui pendant son sommeil. S'il vient, au contraire, en rêvant, à gémir ou à aboyer; si sa respiration subitement s'accélère, ou si son cœur se ralentit, je puis affirmer qu'il y a en en lui un phénomène psychique, car j'en ai eu la manifestation extérieure appréciable à mes sens, à mes moyens de connaissance. Mais, au chien qui dort, immobile, je n'ai pas plus le droit de prêter une activité intellectuelle, dont rien ne témoigne, qu'à la pierre sur laquelle if sommeille.
Il est vrai que, dans certains cas, nous jugeons que l'activité psychique a existé, quand ses effets, sans se montrer immédiatement, se manifestent à nous à plus longue distance. Cet enfant lit une fable le soir, et, au moment où il va s'endormir, il ne saurait en réciter un seul vers. Le lendemain matin, il la récite tout entière, et cependant sa conscience ne lui a rien révélé de ce travail inconscient; il ne se souvient pas que, daqs la nuit, son intelligence a travaillé; nul mouvement 'pendant le sommeil n'a trahi son activité psychique qui est restée tout intérieure. Nous avons toutefois le droit d'affirmer qu'il y a eu pendant son sommeil activité psychique ; car les effets de cette activité se sont manifestés à nous par un phénomène de mémoire; mais, sans un acte extérieur, nous ne pourrions juger qu'il y a eu mémoire. L'exception n'est donc qu'apparente, et on peut admettre que, daâis certaines conditions, alors que rien d'actuel ne nous manifeste l'activité, celte activité existe; mais nous ne pouvons affirmer son existence que si elle se manifeste plus tard : car autrement nous aurions le droit de la nier.
Que ce soit tel ou tel phénomène qui nous fasse juger, soit immédiatement, soit longtemps après, de l'irritabilité rétlexe ou psychique, ce phénomène est toujours en dernière analyse un mouvement extérieur. Aussi un cadavre, une pierre, un objet inanimé quelconque, doivent-ils être considérés comme privés de toute activité psychique.
Nous pouvons alors formuler cette proposition très générale : Sans mouvement, pas (^intelligence.
Nous ne prétendons pas dire que dans l'universalité de la nature il en est forcément toujours ainsi; nous disons seule-
ment que, sans mouvement appréciable à nos sens, nul phénomène intellectuel, autre que notre conscience propre, ne peut se manifester à nous. Libre à la fantaisie de s'exercer et de forger des hypothèses ; mais Ja fantaisie n'est pas de la science, et là où nulle manifestation extérieure n'existe, la science peut conclure au néant de Tactivité psychique.