‹ Essai de Reduction de La Mélancolie En Une Psychose D'Involution PrésénileChapitre 11 sur 17 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

tude ; l’état cénesthétique en un motcommence à se transformer.

Une fois constituée, elle se traduit au point de vue mental par deux symptômes primordiaux: la dépression et la douleur morale. Mais en même temps les désordres somatiques se précisent ; l'examen physique du malade est de la plus haute importance, puisqu'il permet de retrouver les caractères de l’involuton sénile, cause du mal. Voici l’énumération de ces principaux symptômes : Hypotension artérielle ; accélération du pouls ; douleur ou angoisse précordiale. Bouffissure de la face. Cyanose des extrémités. Diminution du nombre et de l’amplitude des mouvements respiratoires, parfois accès de dypnée. Lanque saburrale. Anorexie. Pyrosis. Constipation. Hypertoxicité urinaire. Diminution du tonus musculaire. Tremblement de la langue et des mains. Vertiges. Céphalalgies. Réactions pupillaires paresseuses. Hypoacousie. Anesthésie ou hyperesthésie partielles ou généralisées. Névralgies diverses, pèriphériques ou viscérales, Amaigrissement. Abaissement de la température. Sécheresse, rides, teinte jaune de la peau. Cheveux secs et cassants, canitie. La dépression douloureuse revêt dans l’habitus extérieur du malade an aspect caractéristique : joues flasques et tombantes, obliquité des sourcils, oméga mélancolique, abaissement des coins de la bouche, physionomie larmoyante, inquiète. Atütude fatiguée, tête inclinée, tronc fléchi.

Tels sont les signes physiques que l’on rencontre rare-

ment réunis il est vrai, dans les divers cas de mélancolie

Au poiut de vue desréactions psychiques nous diviserons

Er la mélancolie en trois grandes variétés : 4° la mélancolie simple, 2? la mélancolie délirante, 3 la mélancolie sénile .

I. — La Mélancolie simple. — C'est la plus fréquente des variétés, le type de la mélancolie présénile, Le malade ne délire pas; il se contente d'exprimer les sensations provoquées par les processus d’involation. La diminution de vitalité de ses tissus, l'hypotonus artériel et musculaire se reflètent dans la conscience par un sentiment d’impuissance qu peut arriver à l’aboulie: toute activité, loin d’éveiller le plaisir comme autrefois est pénible: d’où l’hésitation dans les mouvements, la lenteur de la parole et quelquefois le mutisme par défaut de synthèse mentale. Les opérations cérébrales soat ralenties, la mémoire, l’association des idées amoindries, les images sensorielles affaiblies, l’idéation difficile, les sentiments affectifs disparus. Ces changements anatomiques et psychologiqres sont péniblement ressentis par le malade qui conserve sa lucidité, et produisent une douleur morale plus ou moins vive avec réactions différentes selon l'individu ou les circonstances: dépression simple, anxiété, stupeur, idées

de suicide.

Ogs. VII. — Femme de 46 ans. Dépression mélancolique avec conscience. Elées de suicide. Arrêt psychique. Anesthésie psychique. Troubles pupillaires. Durée 3 mois.

Mme X.. Nelly, 46 ans.

Entrée le 19° avril 1900.

Rien à signaler dans ses antécédents héréditaires; dans

ses collatéraux, un cousin issu de germain a été mélancoli-

que.

ep Ta

Elle-même a toujours été nerveuse. Dans sa jeunesse broncho-pneumonie avec complications cérébrales. Chlorose. Troubles gastriques fréquents.

Mariée à 22 ans; quatre enfants dont deux morts vers l’âge de 10 ans. Etant jeune fille, après la guerre, elle a eu un accès de dépression mélancolique de quelques mois.

À la suite de la mort de son mari survenue peu avant son retour d'âge (elle n’est plus réglée depuis 4 mois) elle se trouve dans uno situation difficile, obligée de s'occuper d’affaires qu’elle ignorait jusque-là. Ces soucis ont été l’origine de son état. Effrayée de ses responsabilités. elle se dit qu’elle ne sera pas à la hauteur de sa tâche. La mort de sa belle-mère vient encore augmenter ses craintes, son incertitude, et provoquer de l’angoisse. Elle parle de se poignarder, dès le mois d’octobre. Puis elle a une vraie bouffée d'idées de suicide : elle avale du pétrole, du laudanum, de l'essence minérale ; elle essaye d’util'ser des rubans et des cordes pour s'étrangier; elle enfonce ses doigts, son tirebouton dans la bouche, elle cherche à mettre le feu à ses robes.

A sonentrée, celle présente de la dépression simple qui augmente par intervalles sans arriver à l'anxiété véritable. La peau est sèc'ic, les cheveux presque gris. La sensibilité est conservée (à la paume de la main reconnaît l’écartement de l’esthésiomètre à 1 mm. 5). Les réflexes patellaires sont vifs. Le réflexe lumineux est presque aboli, la pupille réagit au contraire bien à l’accommodation. La pupille gauche est très déformée, polygonale. Pas de dysc'ir matops'e. Les saveurs sucrée, salée, acide, amère sont reconnues, L'odorat

est presque aboli; elle ne reconnaît, ni l'assa-fœtida, ni le

ED camphre, ni l’éther. Elle prétend avoir des céphalées intenses, de l’enxourdissement des jambes. Rien au poumon ni au cœur, pouls dépressible (80 pulsations). Ni sucre, ni albumine dans l’urine.

Elle n’a point d'idées de culpabilité ou d’indignité ; quelques vagues : lées de ruine. Ce qui domine la scène chez elle, c'est uue sonsation d'arrêt psychique qu’elle analyse assez bien : » Je n'ai jama's d’ilée claire, dit elle... je me fatigue à chercher mes idées. Je voudrais comprendre et cela m'est impossible... « Je n'arrive pas à m’exprimer comm: j> voudrais. Ma mémoire a disparu. Tous mes souven'rs me semblent lointains. On me dit que j'ai perdu mon mari l’an dernier, je m'en souviens à peine. Tout ce que je pense est à l'état vague... je vis constamment comme dans un rêve... J'agis cmme une mécanique, sans me rendre comp'e.» Cet arrêt psychique s'accompagne d’une anesthésie morale dont la malade a parfaitement conscience : « Je n’ai pas de chagrin, pas de peine, dit-elle, je n’éprouve rien. Je ne sens ni joie, ni tristesse. Tous ces mo:s, je les prononce, mais je ne les comprends plus. C’est le vide dans mon cerveau, Je ne me rens même pas comp'e de ce que sont mes enfants : on dit qu’on aime ses enfants, moi je n’éprouve aucun sentiment pour eux. Je ne comprends plus rien aux sentiments na‘urels ». La conscience de cet état lui est très pénible : « C’est effrayant de ne plus être comme personne, de ne rien comprendre de ce qui se passe au‘our de vous ». Elle trouve cette mala lie tellement extraorlinare, qu'elle est convaincue de son incurabilité. Jamais elle ne se gaér'ra ; c’est absolument impossible : « Si vous étiez humains, ajoute-t-elle,

vous me ‘lonneriez quelque cose pour en Mr amlenn'al

ne

plus qu’un désir : être débarrassée de tout, de mot sur'out ». Ses idées ne déterminent pas cependant une anxiété bien grande. Elle parle à voix basse, s’arrêtant à chaque mot, s’impatientant un peu de ne pouvoir exprimer ses impressions. Parfois elle soup're doucement : « Mon Dieu ! mon Dieu ?.. quand finira mon supplice... suis-je malïeureuse ! » Elle gémit, se lève, verse quelques larmes. A cer'ains moments,-elle préten1i avoir eu des sortes d’accès avec la sensation de perdre complètement la tête, mais elle n’a jamats éprouvé d'angoisse précordiale. Pas d’hallucinat'ons. Insomnie.

Cet état demeure à peu près identique dlans la première

semaine. Cependant le surlendemain de son arrivée, elle

manifeste quelques désirs : voudrait se promener dans le parc, demande un livre de lecture ; mais elle ajoute aussitôt, qu’elle dit tout cela machinalement, car fout lui est indifférent.

Traitement. — Rep)s au lit, doses progressives d'extrait thébaïque, bains, douches.

Le 4 avril. — Surviennent quelques craintes au sujet de son avenir : elle a déjà perdu sa fortune, son séjour ici va augmenter sa m'sère. Présente des réactions motrices : frappe son infirmière, e! se frappe elle-même. Demande sans cesse à ne pas manger, car elle veut mourir, Elle se nourrit cependant très abondamment sans trop de résis!ance. Le séjour au l't es’ également b'en accep'é.

Le 10 avr'l. — Elle écrit : « Quel singulier état est le m'ne et commen! peut-0 1 vivre ainsi, c’est effrayant, quel vide, quel oubli de tout, tou’ me paraît impossible, je ne comprend

rien ni persoane, je vis comme une brute parce que l’on me

fait manger, maïs je ne sa's rien comme personne, ne m souviens (le presque rien, je ne vais que comme une machine, je n’ai pas d'idée ccmme on le suppose, et ne suis comme personne, ce qui m'irrite un peu, il ne me semble pas que je sois dans la vie réelle,je ne sa's pas ce que c’est que l’affection, je ne crois à rien, n’espère enrien ». Sa dépression est beaucoup plus accentuée le matin; dans la soirée son état est moins pénible.

12 avril, — Le sommeil est meilleur : maïs elle dit avoir des rêves désagréables qui la tourmentent au réveil. Myosis dû sans doute à l’extrait thébaïque qu’elle prend (0, 40 centigrammes).

13 avril. — Sous l'influence d’une potion cordiale {40 gr. de rhum) elle a été moins apath'que, a causé et ri, puis s’es' endormie d’un bon sommeil.

18 avril. — Elle dit éprouver toujours une sensation de

vide, et en même temps un malaise in‘érieur, uneoppression.

20 avril — Amélioralion très man'feste; le soir elle cause très longuement avec nous, et semble avoir même une tendance à la logorrnce.

28 avril. — Vomissemen:s, diarrhée légère. Elle est toui engourdie lo matin, parle lentement en poussant des insp-rations profondes. Elle prenaït Q pilules d'extrait thébaïque de 0,05 centigrammes, on d'minue d’une p'lule chaque jour.

25 avril. — Son engourd'ssement persiste elle se p'ain! de douleurs dans les jambes, est prise d’un tremblement généralisé ma's plus violent à la mâcho‘re et aux membres supérieurs. Son myos's est moinire, ses puples sont paresseuses.

2 mai. — Elle conserve toujours ses mêmes idées, mais

cause maintenant de ses maux en souriant; la parole est redevenue facile et abondante. Inégalité pupillaire le matin, ayant disparu le soir.

14 mai. — Encore un peu de dépression. Inégalité pupillaire au profit de la droite, réflexe lumineux normal,

15 jun. — La malade peut être considérée comme guérie.

OBs. XIII — Femme de67 ans. Dépression mélancolique à la ménopause. Depuis trois ans mélancolie avec vagues idées de persécutions. Amélioration.

Mme H.., Lise, 67 ans, entrée le 26 juin 1899.

Nous n’avons.aucunrenseignement sur ses antécédents héréditaires ou personnels.

Au moment de la ménopause à 51 ans, elle a eu, dit-elle des idées noires. Depuis trois ans, date de la mort de son mari, elle est triste et pleure souvent. Chez elle on luifaisait des misères, on lui disait des sottises, surtout la nuit. Elle n'avait plus de volonté, ne pouvait s'occuper de ménage, ne mangeait ni dormait.

Elle n'a plus, dit-elle, d’affections pour ses enfants, elle n'aime personne.

A la plupart des questions qu'on lui pose, elle répond par des négations systématiques. Il existe un peu de désorientation ; ainsi, le 8 août, elle croit être dans sa maison. Sa phy- | sionomie dénote toujours l'affliction, sa parole est lente et monotone. Elle dit se trouver bien ici, refuse la soriie qu’on lui propose. En dehors de quelques rares bouffées d'idées de persécution elle ne présente aucune manifestation délirante. C'est uniquement de l’asthénie psyci>-motrice.

Cette dépression est greffée sur un état organique très ap-

VA: es préciable. Elle est habituellement constipée, a des bouffées de chaleur après le repas. Pupilles paresseuses et inégales. Diminution de la sensibilité. Réflexes tendineux normaux, Artéro-sclérose. Pouls dicrote, vibrant 80 .pulsations. Présente de temps en temps des étourdissements, sans perte complète de connaissance, Etat ichthyosique de la peau; la face est ridée, le menton couvert de poils. Déformations de

rhumatisme chronique aux doigts.

Os. IX (1).— Jomme de 49 ans,glycosurique. Psychasthénie. Tentalive desuicide. Idées d'auto-culpabilité et de ruine. Préoccupations hypocondriaques justifiées. Amélioration rapide.

M. M... Auguste, 49 ans, fonctionnaire, Entré le 20 avril 1900 ; sans antécédents héréditaires ni personnels.

L'an dernier, ce malade fonctionnaireaux environs de Paris est envoyé dans un village isolé de l'Auvergne où il se trouve sans aucune distraction, avec de grosses responsabilités et beaucoup de travail. Peu au courant de son nouveau - service il commet quelques erreurs qui occasionnentdes observations de ses supérieurs ; c’est alors que les troubles mentaux firent leur apparition. C’était d’abord un sentiment d’impuissance, de faiblesse générale, d’impossibilité de fixer son attention, ce qui l’empêchait de comprèndre son nouveau travail; la mémoire baissait, il oubliait, s’il ne prenait note, les choses les plus importantes, Désespéré d’assister ainsi à l’affaiblissement de son intelligence et préoccupé par des sensations de malaise général, il tente de se suicider

d’un coup de revolver (février 1900).A la suite de cette ten-

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