Due à l’obligeance de notre collègue et ami le D* Mignot
SRPREEES tative il essaie de se remettre au travail mais sans plus de succès, enfin il entre à Ville Evrard.
I s’agit d'un homme intelligent qui par son iravail est arrivé à se créer une situation honorable, mais qui a reçu peu d’ins'ruction, Au moment où nous l’examinons l’attention est difficile à éveiller et à soutenir le malale est comme plongé dans un é‘at de torpeur cérébrale dont il a conscience; ce défaut d'attention entraîne des troubles de la mémoire: les dates,les faits nepeuvent être précisés. Les réaciions émotionnelles sont très affaibl'es, le malade parle de sa tentative de suicide d’un ton monotone et parait envisager avec indifférence les conséquences qu’elle pouvait avoir pour lui et sa famille. Néanmoins il existe des ilées de culpabilité il est causeque son service est complètement désorganisé,il y a des erreurs colossales, sa famille es à tout jamais ruinée. Tout est fini pour Lui,il w’a plus qu'à mourir. D'ailleurs il est ma lade, son prran s ne n? foac'ioue plus, il n’éprouve plus les sensations de fa:m et de soif, sa langue est sèche et il aune
constipation tenace,
L'examen somatique dumalade nous montre que ses plaintes ne sont pas imaginaires et l'examen des urines décèle 8 grammes de sucre par jour. Pas de troubles moteurs nt sensitifs. Réflexes rotuliens abol's. Pup'lles égales de 83mm. 1/2, déformées, réagissant mal à la lumière et à l’accommodation. R'en au cœur, pouls 80. Emphysème-pulmonaire, Du côté du tube digestif polydipsie, langue sèche, odeur acétonique, foie sensible, constipation. Le malade ne
dort pas. L'état général est mauvais ; Obésité.
Les jours suivants l’é‘at de dépression mélancolique con-
re inue avec prédominance d’idée de culpabilité et interprétations hypocondriaques.
Le 3 mai. — Les idées mélancoliques et de suicide ont en apparence disparu, le malade cause volontiers, donne des expl'cat'ons sur son état mental antér:eur ; actuellement il reprend courage, désire guérir pour se remettre au travail. Les pupilles égales et déformées, ne réagissent pas à la lumière et peu à l’accommodation; il y a toujours du sucre dans l'urine.
Le 5 mai. — L'amélioration va en progressant, l’attention est bonne, la mémoire revient, les idées de culpabilité ont dis paru, ma's le malade se sent encore incapable de tout travail. La réact'on des pup'lles à la lumière est presque nulle.
Le 22 mai. — on cesse toute médication, le malade paraît être revenu complètement à son état normal, ilaccepte volontiers de rester encore ici. Toujours du sucre.
Le 8 juin. — L’amélioration persiste mais le sucre a augnenté (80 grammes), et il ya toujours quelques troubles pu. pillaires, les pupilles réagissant faiblement à la lumière et
très peu à l’accommodation.
Il. — Za Mélancolie délirante. — Lorsque l’insénescence se développe sur un terrain vésanique fertile, le malade ne se contente plus de manifester sous forme d’asthénie psychique simple sa déchéance organique, il est porté à chercher soit en lui-même, soit en dehors de lui une explication à ces phénomènes douloureusement ressentis, et les idées délirantes naissent dans son esprit. Le plus souvent ce sont les préoccupations hypocondria-
ques : la crainte des maladies, le soupçon d’une malforma-
=. 6 tion physique sont logiquement éveillés par le nouvel état cénesthétique,ct la chronicité fatale de ces lésions d’atrophie et de dégénérescence conduit à la certitude de l’incurabilité. Cette mélancolie hypocondriaque s’observe très souvent et sert de transition entre la mélancolie simple et la mélancolie délirante proprement dite. Elle revêt en
général la forme anxieuse.
Os. X. — Ferme de 55 ans. Une Sœur mèlancolique. Tempérament irritable. Préoccupations hypocondriaques provoquant de l'anxiété, au Suiel de son cœur, de Son poumon. Crainte dc devenir folle.
Mme E... Clémentine, 55 ans, entrée le 25 mai 1900.
Une sœur de père est restée 6 mois à Saint-Anne pour mélancol'e anxieuse.
Elle a toujours eu une santé chancelante. Réglée à 14 ans. Ménopause à 45 ans.
Toute sa vieelle a été irritable et timorée, irès préoccupée de sa fausse s'luation craignant l’abandon de son amant. Tendances hypocondriaques, lisaït des livres de médecine, craint d’avoir une maladie de cœur,
Début de la maladie actuelle, il y a trois mois en Algérie. À la suite de la mort d’un ami elle ne cesse de pleurer. Elle a une laryngite, se croit aussitôt perdue. Elle ne mange plus, ne boit plus, maïgrit et s’effraye beaicoup de cet amaigrissément : elle mesure ‘ous les jours ses bras et ses jambes, trouve que ses selles ont une odeur épouvantable. En même temps sa volonté s'en va, elle n’a pas la force de pens r, ne
peut même pas donner un ordre aux domestiques, elle n’a
Rrnore plus de goût pour rien, ni musique, ni distractions, tout l’agace. À cependant conservé les sentiments affectifs.
À son arrivée elle est très anxieuse, parle en sanglotant et tordant ses mains.
« Elle ne guérira jamais, elle va mourir, Sa figure est hideuse, c'est la figure d’une morte, ses yeux sont hagards, elle n’ose plus se regarder dans une glace. Son corps se vide, elle a les intestins ulcérés, elle rend son estomac. Son cœur ne L'ent qu’à un fil, un petit choc suffirait à le briser ». Son anxiélé est extrême surtout le matin et s'accompagne d’une angoisse précordiale intense.
Examen somatique. — R'en au cœur, ni au poumon, Mauvais état gastrique : langue saburrale, ballonnement ap rès les repas, constipation habituelle. Pouls 112 dépressible, pression artérielle 14. Inégalité pupillaire au profit de la gauche, réflexe lumineux diminué. Réflexes tendineux normaux. Sensibilité normale.
81 mai. — Ses précccupations hypocondriaques se sont transformées : « Les idées, dit-elle, deviennent moins claires, elle sent qu’elle perd la tête, elle va devenir tout à fait folle ». L'anxiété est cependant moindre,
4 juin. — Nouvelle crise d'angoisse et de pleurs. « C’est sa dernière journée, elle va avoir une agonie terrible ».
20 juin. — L'anxiété ne reparaît plus même le matin qu’à rares intervalles. Elle conserve toujours ses craintes de folie, d’incurabilité. Se demande d’ailleurs ce qu’elle devien-
drait, si elle guérissait.
Un
Os. XI. — Ffemine de 49 ans. Aorxiéli extrême, angoisse. Tentalives de suicide. Panophobie. Délire d’attente.
Mme H..., Euphrosine, 49 ans, entrée Île 15 juin 1900.
Antécédents hérédilaires. — Père e mère bien portants. Une sœur très nerveuse. Un frère mort à 25 ans de congestion cérthrale l’agant rendu comme ïdivt pendant 4 mois ? Elle-même a eula fièvre typhoïde à 20 ans; est sujette aux migraines Surtout au moment de ses rèxles. À trois enfants bien portants. Toucie à la ménopause : elle est restée 5 mois sans être réglée ; elle a eu derntèremen: un écoulement menstruel de 15 jours.
À toujours été très nerveuse, entrant pour un rien dans de vives colères. à
Depuis deux ans, à la suite d’une malalie grave de son mari, elle s’est un pea (léprimée sans cesse préoccupée, ne voulant pas convenir du complet rétablissement de son mari, craignant sans cesse une rechute.
Eu février 1900. — Bronchite aigue qu! dure 3 semaines. Elle devient triste, est pr'se d’un enaui insurmontable, n’a plus de volou’é, ne s'occupe nt de son ménage, ni de ses enfants, est agacée d’un rien, vowlrait sans cesse changer d’ha bitation et ne se trouve bien nulle part. Insomnie. Refus d’alimen's, amaigr'ssement. il y a six se maines, idées de sui cides continuellés ; parle de se noyer, de s’empoisonner. Le 11 juin elle se précipite par une fenêtre du 3° étage dans la cour de la maison, se fait une fracture des deux dernières côtes gauches et de nombreuses contusions.
À son arrivée,ce sont des gémisse ments continuels:« Mon
Dieu, que va-:-on me faire, où va-t-on me mettre... c'est-i
malheureux de souffrir ainsi». Elle souffre partout, elle est perdue, elle ne peut pas guérir, elle va devenir folle. Elle est effrayée du moindre geste, et pousse des cris de terreur à la vüe d’une lumière approchée de ses yeux. Son anxiété diminue le soir,bien que ses préoccupations hypocondriaques per sistent. « Il y a quelque chose qui n’est pas naturel, son sang est empoisonné, elle répète sans cesse qu’elle ne peut pas guérir ». Emotivite exagérée : toutés sés compagnes lui font de la peine.
Pas d’idées délirantes de culpabilité, de ruine ou de per sécution,
Tachycardie (120). Examen des pupilles et des réflexes impossibles.
Les jours suivants son angoisse auwmenté, elle crie sans cesse, se débat, veut sauter hors de son lit pour en finir avec ses souffrances. Et ce qui l’attend est pire que ce qu'elle éprouve, on va la mettre dans une maison où on la fera manger de force avec un tube, on la ligottera. Se figure qu'on meét quelque chose dans sa boisson ; où ut envoie de l’électricité pour la fairé agir. Elle devient plus calme dans
l’après-midi, tout en conservant ses mêmes craintes.
Eu même temps que ces idées hypocondriaques ou en dehors d’elles, surgit un délire plus riche. Les mélancoliques cherchent une explication à leur modification d’huméur et la trouvent souvent dans leur vie passée : c’est un scrupule, un remords, une auto-accusation. Tantôt ils restent dans les yénéralités : ils sont inutiles ou nuisibles... tantôt ils précisent, citent des actes délictueux. D’autres attribuent leur dégradation organique à des persécutions
Capgras 5
as 70e conire lesquelles ils ne réagissent point, qu'ils trouvent mérilées; ils s’attendent à des maux pires encore. Des idées d’humilité, de ruine se montrent. Rarement surviennent des hallucinations, les seules assez fréquentes
sont les hallucinations psycho-motrices.
Ogs. XII. — Femme de 62 ans. Dépression extrême ; arrêt psycho-moteur. Anesthésie psychique. Idées d’indignilé. Idées hypocondriques, tendance aux idées de négation. Idées de persécution.
Mile D... Malvina, 62 ans, entrée Le 13 avril 1900.
Le père est mort phtisique, la mère a succombé à un cancer de l’estomac.
Ell .a eu la scarlatine à 6 ans et a présenté à 82 ans, des troubles dyspeptiques, vomissements fréquents après les repas.
Elle a mené une existence un peu irrégulière, a eu quatre enfants, dont un mort en bas âge. Cette situation l’a toujours un peu chagrinée, elle était très timorée, scrupuleuse, avait des tendances mélancoliques, maïs jamais un seul accès. Ménopause à 47 ans.
Au mois de décembre 1899, à la suite de revers de fortune, elle devient sombre, tout l’agace, elle ne veut même pas entendre parler, cherche la solitude. Vers la mi-janvier, elle refuse de manger, désirant la mort, a des idées d’indignité et d’auto-culpabilité. Elle entre le 11 février à la maison de santé du D'Pottier,où son état physique s’améliore, mais ses troubles psychiques augmentent,
A son arrivée dans le service, le 13 avril, elle est très dé-
primée, parlant à voix basse, par mots entrecoupés, elle s’a-
= tbe
vance péniblement, pousse quelques gémissements. Sa figure est ridée, sescheveux grisonnants.Elle se plaint d’avoir perdu son intelligence ; sa mémoire est remplie de lacunes, elle n’a plus la notion du temps. Ses sentiments affectifs ont disparu : « elle qui aimait tant ses enfants, n’y songe même plus. Tout d’ailleurs lui est indifférent. Elle est envahie par une lassitude générale de plus en plus forte. Ses idées d’indignité sont intenses : elle n’a jamais vécu dans le droit chemin, elle est un être méprisable. On lui demande si elle se croit coupable ; elle s’écrie aussitôt : « De quoi m’accuse-t-on ? il y a des choses dont on s’absout à tort, on est trop large pour soi ». Elle a en même temps un délire hypochondriaque très net : Rien ne fonctionne dans son corps, elle est gâteuse (inexact) elle n’a plus d’odorat ; elle entend à peine ; toutes ses sensations s’amoindrissent ; elle n’éprouve jamais ni faim ni soif. Tout son corps lui semble mort, Elle a la gorge brülée saussi les aliments ne peuvent passer. (On a beaucoup de peine à la nourrir). Son corps est une pourriture complète; elle dégage une odeur infecte qui va contaminer tout le monde ; elle a déjà entendu tousser plusieurs personnes, c’est son odeur qui les rend malades; on devrait la mettre toute seule dans un cabanon, pour qu’elle soit dans l’impossibilité de nuire. Quelques idées de ruine, peu précises, s'ajoutent à ce délire, Elle n’a point fait de tentative de suicide ; c’est, estime-telle, la juste expiation de ses fautes qu’elle subit ; mais si elle avait un moyen de mort immédiate, elle n’hésiterait pas : se jetterait du haut de la Tour Eiffel.
Elle a des troubles nombreux de la sensibilité générale : amblyopie, bourdonnements dans les oreilles,picotements dans
tout Le corps. Elle est comme dans du feu, a des tiraillements
ra
dans la peau. La sensibilité est conservée. Pouls 120, dépréssible. Urine normale. Insomnie. Le goût et l’odorat sont normaux,
Le 14 avril. — Elle manifeste des idées d’empoisonnement; on met des acides dans ses aliments pour la brüler; son cau de toilette la brûle également.
Le 18 avril. — On l’électrise, elle sent des courants dans tout son corps, des fourmillements, des picotements. L’infirmièié de garde la nuit, est là pour l’électriser. « Je suis joliment martyre », dit-elle. On électrise ses serviettes, de sorte que l’eau glisse sur sa peau, mais ne la nettoie pas ; la saleté lui sort par tous les pores. Elle accepte tous ces tourments avec résignation, sans même trop gémir. Elle sait bien qu’elle ne guérira jamais.
Le 20 avril. — L’électricité ne fait qu’augmenter ; on la piqué, on la gonfle, on lui envoie une chaleur épouvantable ; tout danse autour d’elle, le plancher craque. Il n’est pas possible d’être plus malade qu’elle, elle est le rebut de la société. Les infirmières font des allusions sur son compte, se moquént d'elle car un malheur se prépare : on devrait bien se débarrasser d’elle sans la faire trop souffrir. Mais elle n’a plus de volonté, elle est même incapable de réagir à ses propres maux. Pouls 100. Réactions pupillaires normales.
22 avril. — Tout son corps est près d’éclater. Pouls 112. Les réflexes pupillaires à la lumière et à l’accommodationsont très diminués.
25 avril. — Toujours l’éléctricité; elle n’a plus aucune force, elle est dans un état épouvantable ; ses dents sont ébranlées, sa bouche, touté sa peau se resserre. Ses énfants
la délaissent. Pouls 116. Réactions pupillaires normales.
27 avril. — Elle à une clairvoyance qui lui fait voir bien des choses: tout ici est organisé pour elle ; tout le monde a un emploi qui la concerne, et chacune de ces personnes l'hypnotise pour lui faire éprouver une sensation ; on lui prédit qu’elle mourra dans des souffrances atroces. Tout cela doit être fait pour la science et non pour un être aussi infime qu’elle. On étudie sur son corps. Son sommeil n’en est pas un, il est causé par l’électricité, elle voit les préparatifs tous les soirs. Son corps n’existe presque plus ; sa ceinture, ses hanches, sont amoïindries ; sa mâchoire est resserrée, elle ne peut plus ouvrir la bouche. Ses os grossissent, son ventre tombe, elle se tasse, devient bossue, marche en deux. C’esi un état épouvantable. Ses membres lui semblent lourds,
ses pieds sont comme collés au parquet.
Os. XII. — Femme de 63 ans. Premier accès Mmélancolique à 57 ans. Idées de persécution avec auto-accusation. Hallucinations de l'ouïie. Disparition de ce délire, persistance d'une dépression profonde.
Mme U..., Célestine, gouvernante, 68 ans, entrée le 11 août
Avant sa maladie actuelle, était d’un caractère enjoué, mais scrupuleuse à l’excès. Elle a eu une fièvre typhoïde dans sa jeunesse.
Vers la mi-juillet elle se mit à se plaindre à haute voix que les domestiques étaient ligués contre elles et voulaient la faire partir. Parfois alles ne parlait pas et regardait les gens d’un air soupçonneux. Elle avait peur d’être volée et ne quittait pas son sac où elle enfermait son argent. Les 1 dées
de persécution ne font qu'augmenter dans la suite, elle ne