‹ Essai de Reduction de La Mélancolie En Une Psychose D'Involution PrésénileChapitre 13 sur 17 · AE · texte numérisé non relu

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mange plus parce qu’on veut l’empoisonner. Des ouvriers voisins sont des agents de police qui l’attendent pour l’arrêter ou la faire mourir. Délire rétrograde d’auto-accusation : il y a 25 ans on l’a soupçonnée d’avoir mal agi; on n’a pas tout à fait tort de lui en vouloir, Amaigrissement, traits tirés, gémissements, angoisse extrême par moments.

Il y a 5 ans elle avait eu pendant 15 jours une crise analogue où elle refusait toute nourriture et manifestait continuellement des idées de suicide.

À son arrivée, anxiété considérable. Idées de persécution, on la calomnie, on chuchote sur son passage. Aboulie, se dit dit incapable de réunir ses idées.

Le 81 août. — Légère bouffée d’hallucinations du goût, de l’odorat, de l’ouïe.

A partir du mois de janvier, cesse de manifester des idées de persécution, mais conserve un état de dépression extrême. Quelques vagues idées de négation ; ne sait plus écrire, n’a plus d'amis, voudrait bien être morte, se dit très faible, ses jambes fléchissent sous elle, et cette faiblesse augmente tous les Jours, elle est anéantie. « Je ne souhaite plus rien, je n’ai qu’à subir ; je suis résignée ». Gémit de temps en temps, regarde ses*mains et dit en soupirant, « ce ne sont plus mes mains », Elle conserve toujours la même attitude, courbée la tête fléchie, appuyée sur sa main. Parle toujours les yeux baissés, d’une voix plaintive. La sensibilité est conservée, paraît même au%menter, la malade pousse des cr's d’effroi plutôt que de douleur chaque’ fois qu’on la touche, Cette crainte exagérée rend tout examen des pupilles et des réflexes

impossible.

OBs. XIV. — Femme de 62 ans. Aboulie. Idées de ruine. Tentative de Suicide. Dyspnée d'angoisse. Délire hypocondriaque : elle al’intestin détaché de l'anus.Idées de persécution. Troubles organiques manifestes.

Mme S.. Cécile, sans profession, 62 ans, entrée le 22 juin 1898.

Depuis plus d’un an avait de vagues idées de persécution ; se trouvait plus mal vêtue que tout le monde, supposait qu’on se moquait d'elle. Se figurait qu’on la volait, vérifiait constamment son armoire, fouillait sa bonne. De plus, idées de ruine, n'avait pas de robe, pas de chemise, plus rien. Elle répétait sans cesse ces mêmes phrases, se levait dans la nuit pour aller les redire à son mari. En même temps hésitation dans les actes, aboulie ; ne pouvait arriver à acheter un sou d’épingles. Sous l'influence de cet état psychique elle manifeste des idéesde suicide : « Suicidons-nous tous les deux, dit-elle à son mari, tous les malheurs nous attendent. » De fait elle essaye de se donner un coup de couteau ; et on la conduit dans le service.

C’est une malade d’aspect sénile, la figure pleine, les traits relâchés, elle a une légère asymétrie faciale, la bouche un peu déviée, le pli naso-génien effacé à gauche. Sa pupille gauche est déformée. Ses réflexes sont normaux. Hypertension. Comme antécédents : son père a été paralysé, une cousine est idiote. Elle-même a eu à 7 ans une fièvre typhoïle. Pouls 70.

A son arrivée: angoisse extrême qui provoque une véritable dyspnée ; elle s’effraye au moindre mouvement, se lève parfois et marche en gém'ssant, le dos courbé. Elle mani-

feste des craintes chimériques, nous supplie de ne plus

écrire. Idées de ruine, vagues craintes d’empoisonnement. Cet état se maintient ainsi Jusqu'au mois de janvier. Elle est prise alors d’un véritable accès de délire hypocondriaque : elle rend des lambeaux de chair par la bouche, elle n'a plus de gorge ; son estomac est brülé, elle ne peut plus se tenir sur ses jambes, elle est défigurée ; elle est un monstre. En même temps ses idées de ruine et d’empoisonnement subsistent. Sous l'influence de ces préoccupations elle va toujours geignant, et fait de grandes difficultés pour s’alimenter.

Le 11 novembre. — Elle a un étourdissement qui joint à sa malformation faciale nous permet d'admettre l’intervention d’un facteur organique dans sa psychose. Son état mental demeure à peu près identique avec des périodes anxieuses plus ou moins aiguës. Son délire tend à se stéréotyper t

Son intestin est détaché de l'anus ;aussi elle ne peut digérer ; tout ce qu'on l’oblige à manger se répand dans ses membres et les alourdit : « On m'a crevé l'estomac, ditelle, On m'a disloqué tout le corps. On m'a brûlé les nerfs visuels, je n’y vois plus. Voyez mon nez, il ne tient plus. On m'a cassé les dents. On m'arrache les chairs. Je n’ai plus de sang. Mes os, ma peau sont desséchés. J'ai une paralysie du cerveau, Je n'ai plus d'expression, plus de mémoire, plus rien, Je suis un animal blessé. On m'a animalisée, » Et ce sont, lorsqu'on l’interroge, toujours les mêmes litanies qu’elle débite d’une voix monotone allant et venant, poussant des gémissements, montrant la peau ridée de ses mains qu'elle tord pour prouver son insensibilité, Elle supplie qu'on fasse venir un chirurgien, qu'on lui ouvre le ventre :

« C’est abominable, je vais mourir. »

gr Elle a parfois des réactions motrices plus intenses, de vrais raptus hypocondriaques. Le 7 avril agitation extraor-

dinaire, cris aigus et fréquents, mouvements désordonnés.

II. Za Mélancolie sénile. — Dans notre précédente observation nous avons rencontré des idées hypocondriaques tout à fait absurdes. Ce n’est pas là le fait habituel des mélancoliques chez lesquels on ne trouve généralement pas d’altération grave de la pensée. Mais sous l'influence de lésions séniles plus profondes la conscience peut être manifestement troublée ; ce n’est pas encore la démence : la ruine des facultés n’est point complète, mais l’affaiblissement intellectuel est déjà manifeste. La mélancolie qreffée sur cette déchéance psychique est décrite par Kræpelin sous le nomde Wahusinn dépressif. L’orientation est défectueuse, l’entourage apparaît transformé d’une façon effrayante ; il existe des interprétations et des conceptions délirantes multiples et absurdes. C’est ici surtout que l’on voit se développer les idées de négation ou d’énormité, de destruction ou de transformation d’organes, ou rarement la lycanthropie. La monotonie des plaintes, la tendance à la stéréotypie sont caractéristiques, il peut exister du négativisme. Parfois le délire devient contradictoire et l’on voit se manifester de véritables

idées de grandeur.

OBs. XV. — Femme de 58 ans. Idées d'aulo-accusation. Plaintes monotones. Illusions el interprétations délirantes. Période d'anæiété. Gâtlisme par intervalles. Obnubilation intellectuelle. Sénililé.

Mme N... Flore..., 58 ans, entrée le 21 juin 1899.

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On n’a pas de renseignements sur ses antécédents héréditaires. Elle a eu une fièvre typaoïde à 18 ans.

Il ya trois ans devient méfiante, écoute aux portes, est turbulente, a quelques idées de jalousie.

En 1898, on l'opère d’un kyste sébacé à la tête. A la suite son état mental s'aggrave. Insomnie. Croit qu'on l’accuse d'avoir pris de l'argent, se justifie devant tout le monde : « Allez dire au commissaire que j'ai rendu l'argent au grand'père »., Sa sœur lui en veut, et cherche à faire mettre son mari en prison, repète-t-elle sans cesse.

Elle entre à la maison de santé du Dr Pottier Le 20 août 1898- Au bout de 15 jours elle étaittrès améliorée lorsque survint une grande surexcitation avec interprétations délirantes : on assassine ses enfants: son mari est enterré dans le jardin. Croit que le Dr Pottier l’empoisone pour prendre sa fortune. Accuse un ami qui vient la voir d’être un assassin et le saisit à la gorge. Refuse de manger. A des craintes d’empoisonnement ; change ses plats avec ceux de sa domestique. Essaye un jour de s’étrangler avec une serviette.

Il lui survient un abcès phlegmoneux du dos du p'ed, à la suite duquel elle maigrit beaucoup.

A son arrivée dans le service, est intoxiquée par l’idée qu’elle est tourmentée par le D° Pottier qui veut la faire disparaître, la faire passer pour une mauvaise femme. Elle revient sans cesse sur cette idée. Quelques idées de ruine : elle n’a plus de linge, on a déchiré ses bas. Puis se figure que sa fam'lle, ses enfants vont passer en jugement ; on prend son mari pour Dreyfus. On la fait parler malgré elle, c’est comme si on la magnétisait. Son inquiétude

est extrême. Elle répète sans cesse : « je n’ai fait de mal

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