AUTOBUS
Alors...
Etreins la vie, Engendre d'elle un Art.
(F. Viélé-Griffin.)
Voici l'Ambition sereine qui s'étoile
De fleurs — tempes, couronne, et l'Amour — et voici
Le plus clair des instants en le mois raccourci
Que l'homme use à coucher, si triste, entre deux toiles.
Ce mois de mai paradoxal est une fête Malgré le rire aux dents et la paresse aux paumes De ceux-là qui sont nés aux opaques royaumes Où l'amour d'un bifteck a gonflé le poète...
Ce mois de mai paradoxal est à Paris Comme un couronnement de rosière malsaine : Laissons, Amour, tomber l'autre amour dans la Seine, Et l'autre crépuscule illuner le soir gris.
Nous, ne touchons qu'à peine aux choses principales. A l'autobus ? — Hélas, Amour, il fait si beau Dans notre âme, qu'on peut s'embcu-quer... Salammbô Si Flaubert était là crierait : « Place Pigalle ! » .
Nous, nous ne dirons rien. Nous nous comprimerons. Radieux d'être seuls en cette foule, et d'être Amis des monuments et des vieilles fenêtres. Des jardins, et dans les jsu-dins, des meissifs ronds.
« Bonjour Musset, fromage blanc, la Rêverie )i
— Et puis non... Voulez- vous ne péis dire à Musset
De nous accompagner vers Pigalle ? Qui sait
Si l'amour romantique était le bon, chérie!...
Allons seuls « voici des Libraires » — Non, personne... Voici les bijoux faux, et les vrais... Nous allons Avec un inspecteur, une dame à lorgnon Et l'homme inquiétant qui passe et nous poinçonne.
Les billets... Billets blancs, bleus, orange, cachou. Roses... — C'est le plus beau papier, ces papillotes. Dans la boîte du contrôleur. — Votre menotte ? Voici le papier rose et vous donnez dix sous...
Et pendant que l'auto nous bouscule et charrie Vous dentelez le billet rose, en soupirant; N'essayez plus de me parler, je vous comprends — Papier rose ? Le seul bout de Rêve, chérie !