Voir Mém. Soc. ling., VII
2. On pourrait encore citer, dans les langues slaves, la création du « Genre animé », qui repose sur une distinction morphologique entre les substantifs désignant les êtres doués de vie et ceux qui ne le sont pas. Cette distinction est venue après coup et grâce à un pur accident de la langue. Voir le travail d'A. Meillet, dans la Bibliothèque de l'Ecole des hautes études.
civilisation. Pour qu'une grammaire et un système morphologique atteignent le degré d'unité et de fixité que nous constatons à la base des langues aryennes, il faut une certaine perpétuité dans la tradition. Cette perpétuité suppose, sinon une littérature, du moins des formules, des chants, des textes sacrés transmis d'âge en âge.
Comme il n'y a aucune raison de supposer que les choses aient suivi dans ces anciens temps une marche plus accélérée, cela nous permet d'estimer à vue de pays l'étendue du passé. On vient de voir ce qu'il a fallu de temps pour que chacune de nos langues ait un infinitif, un passif, des désinences adverbiales. Encore le choix n'en est-il définitivement arrêté qu'après de longs siècles. D'autre part, l'acquisition d'instruments nouveaux, tels que l'article, les verbes auxiliaires, n'a pas exigé moins de temps. Nous devons donc accorder pour la période antérieure, bien autrement importante, un nombre de siècles au moins équivalent. La durée historique que nous pouvons embrasser du regard, depuis les premiers chants védiques jusqu'à nos jours, comprenant environ trois mille ans, ce n'est pas trop sans doute de demander trois mille autres années pour la période antérieure. Il n'a pas fallu moins pour foncier la séparation du nom et du verbe, pour établir la conjugaison et la déclinaison, pour en élaguer les parties inutiles, pour créer le méca-
nisme de la formation des noms, pour dresser, en regard de la déclinaison substantive, une déclinaison pronominale, pour laisser l'analogie asseoir le commencement de son empire, pour jeter enfin les fondations de la syntaxe...
Si l'on admet pour le passé la mesure de temps que fournit l'observation des époques modernes, six mille ans sont un minimum auquel on peut évaluer la période de civilisation représentée par notre famille de langues.