CHAPITRE VIII
Difficulté de cette étude. — Formes surabondantes produites par le mécanisme grammatical. — Avantages de l'extinction. — Y a-t-il des formes fatalement condamnées à disparaître?
L'extinction des formes inutiles ne doit pas seulement s'entendre de celles qui, ayant existé durant un temps plus ou moins long, sont sorties de l'usage, mais encore des formes qui, ayant virtuellement des droits à l'existence, n'ont jamais été réalisées. On comprend que ce soit ici le règne de l'hypothèse. Néanmoins cette sorte d'infanticide verbal a sa place dans l'histoire du langage.
A considérer les choses en simple statisticien, on croirait la surproduction inévitable. Si le grec poursuivait à travers tous les temps et tous les modes les trois verbes Id™, Htm et >^7ràv<o , qui signifient tous les trois « quitter », ou les trois verbes ptô^i, jialvio et |3à<7xw, qui signifient tous trois « marcher », on aurait une telle abondance de formes que l'esprit
en serait accablé1. Mais tout le monde sait qu'il n'en est rien : la sagesse à demi consciente qui préside à l'élaboration du langage fait l'élagage des formes inutiles. Ce qui ne sert pas est supprimé. De là les conjugaisons composites. De là les paradigmes comme : Idriu, êXvrcov; fia-lvo), l&iv; XavOàvto, eXaOov.
Quoique composites, ces conjugaisons ne laissent pas d'être régulières. Comme il est dans la nature de l'esprit populaire de procéder avec ordre, il porte l'ordre aussi dans ses radiations. L'aoriste second a partout hérité des formes les plus courtes, tandis que le présent a généralement gardé ce qui reste des formes les plus développées.
Le jeu de la conjugaison grecque est donc dû à une succession de pleins et de vides. Ce n'est pas qu'il ne reste encore des richesses inutiles. Le sanscrit a jusqu'à sept formations différentes du prétérit. Certains verbes grecs ont deux aoristes, deux futurs, deux parfaits. Mais à mesure que les langues avancent en âge, elles se débarrassent de leur superflu. Ce flottement qui permet à la langue homérique le choix entre trois ou quatre formes n'existe plus dans le grec de Lucien 2.
L'extinction des formes inutiles va si loin qu'elle assemble des verbes différents en une seule et même