D'ob widame {mee-dominiu
i. Ces sortes d'édnfn'iea pritliquâBs [quelques-unes asseï récomment) dans le vocaliulalrc sont encore plus vlsililcn pour certains noms d'aniinauxi comme Itnirtau et Koche. arrf et 6icAe, coq et pouh, etc.
Quand In langue dispose de deux termes corrélatifs, comme tîoo-oç, toto?, itows, wîoç, romrae {juantu!, tanlus, qualis, talis, la suppression de l'un doî! avoir pour effet de changer le sens du survivant. C'est ce qui est arrivé en latin pour lôlus, qui supposait un corrélatif quitus '. On a dû dire d'abord : toia terra, quota est. On voit comment la langue latine s'est donné, par voie de suppression, un mot signifiant « tout ». Pareille chose s'est passée en grec. A i:àc devait d'abord répondre un pronom -tiç. Ces sortes de suppressions ne sont pas des pertes : au contraire, la langue y gagne en rapidité et eu énergie.
On peut juger les langues par ce qu'elles passent sous silence aussi bien que par ce qu'elles expriment. En observant d'autres familles, on voit que ceux qui ont jeté les bases de la grammaire indo-européenne ont été relativement modérés. La déclinaison parait n'avoir jamais eu qu'un nombre de cas assez limité. La conjugaison, plus exubérante, n'a cependant pas atteint les développements que nous trouvons ailleurs. Klle ne marque pas le genre ; elle ne fait pas la distinction de l'action momentanée et de l'action continue; elle s'est gardée des vaines distinclious
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honorifiques; elle n'a pas essayé d'enfermer trop de choses daus un même mot '.
Nos langues, en général, se sont abstenues de marquer beaucoup de vaines distinctions qui, n'allant pas au fond des choses, sont comme une frivole dépense d'intelligence, En japonais, parexemple, les mots cliangenl suivant que l'on compte des quadrupèdes ou des poissons, des jours ou des mesures de longueur. En basque, il y a une conjugaison cérémonielle '. Comme il y a de profondes didércnces dans l'art des divers peuples, l'un se complaisant à des détails, tandis qo'un autre saisit la nature en ses grandes lignes, il peut aussi y avoir dans le langage encorabreraent et remplissage. L'exfinidion des formes inutiles, soit qu'une raison plus mitre les fasse périr par l'abandon, soit que l'esprit les arrête avant leur conception, a donc son rôle nécessaire.
11 est intéressant de voir comment, la même idée étant représentée par deux termes synonymes, In langue se débarrasse de l'un des deux, mais non si complètement qu'il n'en subsiste quelques traces. Le
I. Elle dit, par exemple, en un seul mol : îaxx\i,%i, • je me place ., Uijimt, ■ lu le places ., israTai, - il ae plâCE •. Mais elle n'o pos «sajé de dire en un «cul mol : ' je le place • ou • il me plaça ».
%. Ssyce, Introduction la Ihe lûience of tanguage, t, 20» (3* éJll,),
nom du vieillard est i-épotv en grec, senex en lalin : les lieux termes coexistaient l'un à côté de l'autre dans une période antérieure, et nous avons en sanscrit, k côté de yaran, qui correspond exactement à Yépwv, ie mot sann*, » vieux >), qui est de la ramillede senex. Le grec a arrêté son choix, le lalin a fait de même : mais ils ont choisi dilTêremment. Cependant le grec dit encore cvfxi àp-^^ii (par opposition à vixi) pour désigner les magistrats sortant de charge : il dit aussi évoi xapiroi pour désigner les fruits de l'an passé. La langue politique et la langue de l'agriculture ont donc exceptionnellement retenu le synonyme sorti de l'usage. D'autre part, le latin, pour désigner un homme usé par l'flge, dit x-ger (pour mvi-ger), composé dont la seconde partie est la racine de yipuiv '. La composition a sauvé ici le synonyme qui, partout ailleurs, a été sacrifié. Nous n'en voyons que plus clairement le rangement qui s'est fait dans les deux langues.
Le latin ayant exprimé l'idée d'entendre par la locution périphraslique audire, qui signilie proprement " recueillir dans son oreille » ', l'ancien verbe duo devenait dès lors inutile et devait disparaître. Mais ce qui prouve qu'en un temps plus reculé il a
I. En sanscrit, tor, • s'user, vieillir •- Le participe tjf'"'^ se dit, par exemple, de v^lemcnla usés. — La contraetioD du pTetnler membre est la nii^ine que dans M-la$ (pour Kvt-lws), a-tirnut (pour n-'i-lemut).
•2. ncaua.lgret nJ;) ■ l'oreille -, oldio{ct.mt-dio), • placer >. Ou peut rapprocher le synonyme uui-ruÙare.
EXTINCTION DES FORMES INUTILES. iOT
existé en lalîn, c'est le substantif cUens (cf. l'allemand der Gehorige).
Y a-l-il des extinctions de mots ou de formes qni soient imposées par la phonétique? On l'a soutenu maintes fois. Cependant, quand nous voyons combien l'instinct populaire est peu embarrassé pour sauver ce qu'il tient à ne point perdre, on se prend à douter de celte prétendue nécessité. S'il y avait un mot qui fût menacé de disparition dans le passage du latin au français, c'était le motards, « oiseau ». El cependant, voyez avec quelle aisance il s'est maintenu et s'est multiplié, sous les formes oiseau [avicellus), oie (avira, auca), oison {aucio). S'il s'agit d'uo verbe, le fréquentatif vient prendre la place de la forme simple : premere, pelleté auraient eu peine à se faire admettre en rrani;ais; mais nous disons presser, pousser. Le verbe pare donnait peu de chose : mais on a pris les composés comme su f pare, « souffler», conflare, n gonfler ».
Il semble que le latin eût pu être embarrassé pour distinguer certains homonymes. Il y avait deux verbes luere, l'un signilîant « laver » et l'autre d'un sens précisément opposé, puisqu'il voulait dire « souiller » (cf. lues, « la souillure «). Mais la langue a évité sans difficulté l'équivoque, nu moyen du com-
posé polluere^ qui a pris pour son compte les sens du verbe simple.
Ici encore, comme dans toutes les lois que nous avons étudiées en cette première partie, nous trouvons à l'œuvre une pensée intelligente, non une nécessité aveugle.
Partout où nous arrêtons nos yeux avec attention, nous voyons s'évanouir cette prétendue fatalité qui serait, nous dit-on, la loi du langage. Les lois phoniques ne régnent pas sans contrôle; elles ne sont pas plus en état de détruire un mot indispensable, ou simplement utile, qu'elles ne peuvent faire durer une forme superflue.