‹ Essai de sémantique: science des significations (volume 2)Chapitre 53 sur 76 · COMMENT LES NOMS SONT DONNÉS AUX CHOSES · texte numérisé non relu

COMMENT LES NOMS SONT DONNÉS AUX CHOSES

Les noms donnés aux choses sont nécessairement incomplets et inexacts. — Opinions des philosophes de la Grèce et de linde. — Avantages de Taltération phonétique. — Les noms propres.

Nous avons réservé pour la fin de celte seconde partie la question qu'à l'ordinaire on pose au début de toute étude sur le langage : comment les hommes s'y sont-ils pris pour donner des noms aux choses? Ce que nous avons vu dans les chapitres précédents nous dicte notre réponse.

De tout ce qui précède nous pouvons tirer une conclusion : il n'est pas douteux que le langage désigne les choses d'une façon incomplète et inexacte, Incomplète : car on n'a pas épuise tout ce qui peut se dire du soleil quand on a dit qu'il est brillant, ou du cheval quand on à dit qu'il court. Inexacte, car on ne peut dire dû soleil qu'il brille quand il est couché, ou du cheval qu'il court quand il est au repos, ou quand il est blessé ou mort.

Les substanliTs sont des signes attachés aux choses : ils renferment tout juste la part de vérité que peut renfermer un nom, part nécessairement d'autnnt plus petite que l'objiH a plus de réalité. Ce qu'il y a, dans nos langues, de plus adéquat h l'objet, ce sont les noms abstraits, puisqu'ils représentent une simple opération de l'esprit : quand je prends les deux uiots eompressibililé, immortalUé, tout ce qui se trouve dans l'idée se trouve dans le mol. Maïs si je prends un être réel, un objet existant dans la nature, il sera impossible au langage de faire entrer dans le mot toutes les notions que cet être ou cet objet éveille dans l'esprit. Force est au langage de cboisir. Entre toutes les notions, le langage en clioisit une seule : il crée ainsi un nom qui ne tarde pas it devenir un signe.

Pour que ce nom se fasse accepter, il faut sans doute qu'à l'origine il ait quelque chose de frappant et de juste ; il faut que par quelque côté il satisfasse l'esprit de ceux à qui il est d'abord proposé. Mais cette condition ne s'impose qu'au début. Une fois accepté, il se vide rapidement de sa signification étymologique. Autrement celle-ci pourrait devenir un embarras et une gêne. Quantité d'objets sont inexactement dénommes, soit par ignorance des premiers auteurs, soit par quelque cbangement survenu

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