‹ Essai de sémantique: science des significations (volume 2)Chapitre 8 sur 76 · I. C. t.l.,Vm, tOS70:X · texte numérisé non relu

I. C. t.l.,Vm, tOS70:X

s. Boistier, Journal ilet tavenl*, lOSB, \i. SOS.

3. jOn s.iiL i|iie ccttu prépusjlion a ensuite passé dans tes lingues romoiips : cspa(;nDl, coda uno; italien, cadano; ancien frangnU chaBn,

LES LOIS INTELLECTOELLES UO IJU4Q&GE.

préposilioD '. Ce n'est pas qu'il ne connaisse la déL-lînaison laline et qu'il ne sache la valeur de chaque cas. Mais quand il emploie l'une des préposilions citm, de, ad, per, in, sub, il lui est indifférent d'employer l'accusatif ou l'ablatif.

Ce n'est donc point par ignorance, par usure des formes, par impossibilité de s'entendre, qu'on a eu recours, en désespoir de cause, une fois la déclinaison tombée en ruines, à un autre moyen de représenter les mêmes idées. Non : c'est au sommet de Ja hiérarchie romaine que nous en trouvons, dans le plus beau moment de la littérature, les premiers exemples. La langue des affaires a dû être la première à accueillir l'innovation, préparant ainsi les voies ù un nouveau système grammatical.

Le fait le plus important de l'histoire de nos langues, celui qui caractérise par excellence le passage de la synthèse à l'analyse, rentre donc dans le chapitre du principe de spécialité. 11 y a toutefois un emploi des cas où tes prépositions ne fournissaient aucun secours : c'est pour la distinction du sujet et du régime. Aussi est-ce la distinction du nominatif

1. p. 532. Parlant de la contusion des cas, M. Bonnet dit : ■ Il rat permis de douter que luaure des Torinra y ait été pour beaucoup. Il ne faut pas out)lier, en elTet, que si l'accusalir singulier, le plus souvent, ne se distingue de l'alilatit que par une m, qui probatitcment s'articulait péniblement, il en est tout autrement du pluriel el du singulier neutre dans la troisième déclinaison. Ici les di^sinences ai et ii, oa et i', e» el il'ua, a et ebiu, la et liuj, ui et oit, en cl xi>f, etc., avaient tonservé leurs sons parfailemenl dislincts. Il n'tn fuUuit paa tant pour aider h di^curncr les cas. >

LOI DE SPËCIALITË- 23

et de l'accusatif qui a duré le plus longtemps. Nous y reviendrons en traitant de la construction.

A mesure que les anciens adverbes se changeaient en prépositions, l'usage a prévalu de les placer régulièrement devant le substantif : on me permettra de faire à ce sujet une observation que je crois importante.

S'il n'y avait pas quelque bizarrerie à parler de la sorte, je dirais que nos langues modernes n'ont jamais eu une cliance plus heureuse, n'ont jamais échappé à un plus grand danger que le jour où le lutin a eu l'esprit de changer en prépositions les petits mots comme in, ad,per, cum, que jusque-là l'habitude était d'accoler à leur régime en manière de postpositions. Les formes comme mecum, lecitm, vobiscum, scmper, paulisper, quoad, témoignent encore de cet étal que le latin a traversé et dont ses frères, l'ombrien et l'osque, ne sont jamais parvenus à sortir. Kn ombrien, par exemple, non seulement ciim,Ti\a\9, in, (td, per, toutes les nnciennes locutions de cette sorte sont restées postpositions. « A l'autel, vers l'autel, sur l'autel m, se disent asacum, asamen, aaamad, et par suite de la négligence de la prononciation, asaco, asame, asama. " A la limite, vers la limite, sur la limite « , se disent lermnuco, termnume, tennniima. Et ainsi de suite. Déjà au i" siècle avant l'ère chrétienne, par les fautes qui se propulsent, on voit que la confusion commence Entre

le substantif et le petit mot dont il est suivi il se fait des associations vicieuses. Si le lalin ne s'était pas écarté de cette voie, sa déclinaison prenait un tout autre tour. Au lieu de s'appauvrir, elle s'enrichissait, car des cas nouveaux se fussent formés. Au lieu d'aboutir aux langues romanes, le latin aboutissait à quelque idiome semblable au basque. Par un juste sentiment des exigences de la clarté, les langues modernes sont devenues de plus en plus rigoureuses sur ce point. Elles ont exigé que rien ne vint séparer la préposition de son n régime » : tandis que le latin tolère encore quelques intercalations ', le français n'admet point d'exceptions à celte règle.

Nulle part aussi bien qu'en anglais on ne voit les efFeLs du principe de spécialité.

L'auglais n'a pas renoncé à son génitif : mais il a fait de l'exposant du génitif un emploi tellement liardi. qu'il en obtient les mêmes services que si c'était un mol indépendant. Après avoir adopté comnie désinence uniforme de tous les .substantifs un simple s, il a mobilisé cet s, de manière à pouyoÎT le mettre après deux ou plusieurs substantifs. TAegtteen of Oreai-Britain's navy. — Pope and Addi-

son's âge. De celle fiiçon l'anglais a su se donner deux variées différenles de génilil', l'une avec s, l'autre avec of, l'uue progressive, l'aufre régressive. Exemple curieux qui monlre comment, par l'assouplissement, on peut perrectioiiner le mécanisme et élargir les ressources d'une langue '.

La conjugaison anglaise va nous offrir un autre exemple de la loi de spécialité.

Parmi les langues modernes, la plus analytique esl sans aucun doute l'anglais. On a souvent iliL que ce caractère analytique était dft au mélange de la grammaire anglo-saxonne et de la grammaire française : explication qui, énoncée de celte façon, est inexacte. Ce qui est vrai, c'est que les classes supérieures de la société, en se servant du français pendant plusieurs siècles, avaient ahandonné l'usage de l'anglais aux classes populaires. Or — nous venons de le voir, — c'est la partie cultivée de la nation qui raleutit l'évolution du langage. Là où les aristocraties se désintéressent de la langue nationale, celte évolution prend une marche accélérée.

La conjugaison germanique, avec ses règles compliquées, qui sont une grosse difficuilé pour l'étranger, ne laisse pas que d'être assez difliclle

I. Il f a, comme le fait rGmar(]uer M. Jcspersen, ganco malhrimall'iue à remplacer par une simple lel si tnrlées ilu latin. Mais on m pcjl douter ijuc les . plnisir & cclli: vari<.H<ï : c'élHt' comme titic sMa A'i qu'ils aimaienL ù entendre Awnocf el «e niiïliirigur. iJ[>p3uillé de ce lux^un pvu rnDinUn.

une cerUiiic él*nciens prenaient Le lu[i^.'i|;e s'est

a LES LOIS INTELLECTUELLES DU LANGAGE.

aussi pour les indigènes. Jacob Gninm compte pour l'alleDinnd Jusqu'à douze classes de conjugaison, dont les spécimens plus ou moins bien conservés se retrouvent également en anglais. Je veux parler des verbes comme / give, I gave; I bind, I boitnd; I dig, I dug ; 1 hold, 1 held, etc.

On sait comment l'anglais moderne remédie ("i cette difficulté : au lieu et place de ces présents, de ces prétérits à formations multiples, il emploie, ou du moins il est libre d'employer le présent 1 do, le prétérit / did, en faisant du verbe un mot invariable. Le changement a commencé par les tours interrogalifs et négatifs. Puis le verbe do, continuant ses progiès, sVst introduit dans les phrases simplement affirmatives. Supposons que par un nouveau pas en avant, il s'impose aux phrases affirmatives, il y devienne d'un emploi constant et obligatoire, l'anglais aura substilué son verbe auxiliaire à tous les autres verbes. Celui-ci se chargera alors d'exprimer les idées de temps, de personne, de mode, ainsi que celle d'afhrmalion, que chaque verbe marquait jusque-lfi pour son compte. Dès à présent le verbe do est si prêt à tous les usages qu'il peut se servir d'auxiliaire à lui-même.

Mais l'universalité de l'emploi a sa contre-partie. Quand do accompagne un autre verbe, il n'est plus qu'un outil grammatical. Par une division qui paml- Irait extrèuicment subtile si elle avait clé faite du

LOI DE SPECIALITE, preuiier coup et à tèle reposée, l'anglais met d'une part l'expression concrèle de l'acte, el d'autre part les idées d'affirmation, de pei'sonne, de temps, de mode. Dans un dialogue comme celui-ci : Does hc consent? — He doesti't, tout le mouvement de l'action, lout l'appareil grammatical est accumulé dans l'auxiliaire.

Mais il est rare que le prinripe de spécialité triomphe du premier coup. L'histoire des langues est semée de tentatives manquées et de demi-réussîtes.

Bien des siècles avant que l'anglais eût fait de son verbe do un verbe auxiliaire, il avait déjà une première fois été employé pour remédier à certaines dirticultés de la conjugaison. On avait trouvé plus simple, pour former le parfait de certains verbes, d'emprunter le parfait du verbe do. En gothique l'emprunt est des plus visibles ; sôki-da, « je cherchai », sôki-dêdiim, « nous cherchâmes ».

On sait que c'est l'origine du parfait appelé « faible ». L'essai ne réussit qu'à moitié. Il avait le tort de venir dans un temps de sjnllièse. L'auxiliaire s'unit au verbe principal, el fit avec lui un tout indissoluble, de sorte que la conjugaison germanique, au lieu d'être simplifiée, compta une série de formes de plus.

Nous pouvons en rapprocher le sort du futur et du conditionnel dans les langues romanes. On sait que ces langues avaient trouvé dans le verbe haàert

un exposanl aussi simple que commode. Ovide écri-

Tait dans ses Politiques :

Plura quidem Tnandare tibi, si quœris, habcbam : Sed timeo tardffl causa Tuissc moric.

Nous avons ici le commencement du conditionnel moderne. Voici le commencement du futur, que je prends dans un Sermon de saint Augustin; il est question de la (ia du monde : l'elanl aut non pétant, venue haùcl. Mais l'auxiliaire s'étaut soudé au verbe principal, la tentative, au moins au point de vue du principe de spécialité, avorta.

Remontons encore d'une dizaine de siècles en arrière, nous trouvons dans les împarrails comme amabam, dans les futurs comme amaùo, dans les parfaits comme amavi et comme dt/c-si, des tentatives toutes pareilles. Ce sont les verbes signifiant ce être <> (en sanscrit ùhO et as, en latin ftto et esse) qui viennent s'accoler au verbe principal. Mais jetés au milieu d'une conjugaison sjntliétique, ces auxiliaires sont aussitôt absorbés.

11 nous est possible enfin de découvrir une première tentative dès la période indo-européenne. Le futur (grec oûaw, sanscrit tiâsjàmi) composé avec l'auxiliaire as, ainsi que les autres temps composés avec le môme auxiliaire, sont des essais qui montrent combien de fois le langage a eu recours au même moyen, avant de réaliser enfin le progrès qu'il avait en vue.

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