LA LOI DE RÉPARTITION
Preuves de Texistence d*une répartition. — Limites du principe
de répartition.
Nous appelons « répartition » Tordre intentionnel par suite duquel des mots qui devraient être synonymes, et qui Tétaient en effet, ont pris cependant des sens différents et ne peuvent plus s'employer Tun pour Tautre.
Y a-t-il une répartition? — La plupart des linguistes le nient. Quand ils se trouvent en présence de faits trop visibles, ils déclarent que ces faits ne comptent pas, qu'on est en présence d'une répartilion savante, nullement populaire. C'est le même défaut d'analyse psychologique que nous avons constaté en commençant : n'admcltre l'intervention de la volonté humaine que s'il y a eu volonté consciente et réfléchie.
Je ferai d'abord remarquer que le peuple n'est pas de cet avis. Il admet l'existence d'une répartition : il
n(! croit pas qu'il y ait dans le laugagc des termes absolument identiques '. Ayant le seatimcnl que le langage est fait pour servir il l'échange des idées, h l'expression des sentiments , à la discussion des intérèls, il se refuse à croire k une synonymie qui serait inutile et dangereuse. Or, comme il est tout & la fois le dépositaire et l'auteur du langage, son opinion qu'il n'y a pas de synonymes fait qu'en réalité les synonymes n'existent pas longtemps : ou bien ils se différencient, ou bien l'un des deux termes disparaît.
Ce qui a jeté le discrédit sur ce chapitre, ce sont les distinctions essayées dans le silence du cabinet par de prétendus docteurs en langage, que personne n'avait conviés fi cette lâche. Il n'y a de bonnes distinctions que celles qui se font sans préméditation, sous la pression des circonstances, par inspiration subite et en présence d'un réel besoin, par ceux qui ont affaire aux choses elles-mêmes. Les distinctions que fait le peuple sont les seules vraies et les seules bonnes. Au même moment où il voit les choses, il y associe les mots.
Nous allons en donner des exemples.
Toutes les fois que deux langues se trouvent en présence, ou simplement deux dialectes, il se fait un travail de classement, qui consiste à attribuer des
; Quelle dilTii-