‹ Essai de sémantique: (science des significations) (volume 3)Chapitre 56 sur 87 · D'UNE CAUSE PARTICULIÈRE DE POLYSÉMIE · texte numérisé non relu

D'UNE CAUSE PARTICULIÈRE DE POLYSÉMIE

encore à la française, à l étourdie, de plus belle, à droite, quoique depuis longtemps le substantif, qui est mode, façon, manière, main, ait cessé d'êlre

énoncé l

La famille, chez les Romains — familia, — se composait des enfants et des esclaves : de là les deux adjectifs liberi elfamufi. Tous deux, de temps immémorial, sont devenus substantifs.

En Grèce, le frère issu des mêmes parents était xxT'lyvr.To;. Le frère de père seulement, o^ora-rpo; ou o-*7fo;. Le frère de mère, àosXcpo;. Avec tous ces mots il fallait d'abord sous-entendre cppxrwp, qui, étant devenu inutile, est sorti de la langue ordinaire, mais est resté dans la langue politique.

Nul doute que si nous pouvions remonter au delà de la période indo-européenne, beaucoup de substantifs de cette période se révéleraient à nous comme adjectifs.

On comprend quel large champ ces suppressions ouvrent à la polysémie. L'adjectif novellus (notre français nouveau) est un de ces diminutifs dont la langue familière, chez les Romains, était coutumière.

i. La plupart «les problèmes relatifs au genre doivent se résoudre ainsi. Oriens, occirtens sont du masculin à cause de sol sous-entendu. Prosa est du féminin à cause de oratio. Ovilc est du neutre à cause de stabulum. Nous ne parlons ici, bien entendu, que des substantifs de seconde formation.

On a donc dit novellie en parlant des jeunes vignes, et en sous-entendant vîtes. Mais les légistes romains, parlant des constitutions données à l'empire après la codification de Justinien, ont dit également Novellœ (les Novclles) : ils sous-en tendaient leges. Ces rencontres sont si fréquentes qu'il est inutile d'en multiplier les exemples : on sait combien l'esprit de calembour abuse de ces équivoques.

Les mots désignant un objet d'usage quotidien comme feuille, carte, planche, table, doivent leur polysémie à la suppression du détcrminatif. On aurait tort de placer cette variété de significations dans le nom lui-même : elle y est entrée après coup, par le raccourcissement de la locution. En pareil cas, l'élymologic pourrait devenir le guide le plus trompeur, si à la connaissance des mots Ton ne joignait celle des choses.

L'ancienne philologie, qui avait remarqué un certain nombre de faits de ce genre, avait inventé, pour les caractériser, une dénomination originale. Quand le verbe absorbe en lui la signification de son complément, ils disaient qu'il est prégnant. L'expression est jolie, quoique inexacte, car c'est porter un défi à l'ordre habituel des choses, et faire violence à toute chronologie, comme à toute histoire naturelle, de

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