‹ Essai de sémantique (science des significations)Chapitre 21 sur 87 · L. Duvau, Noies de Sémantique · texte numérisé non relu

L. Duvau, Noies de Sémantique

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hasard que rattenlion ait été d'abord appelée sur ces faits à Toccasion des langues modernes, particulièrement des langues romanes. »

Nous ne pouvons pas, sur ce point, être de Tavis du savant helléniste. Si l'attention a été d'abord appelée de ce côté à l'occasion des langues romanes, la raison en est que les langues romanes laissent voir à découvert leurs origines, avantage qui manque pour les époques anciennes. Mais les causes qui amènent les changements étant des causes inhérentes à l'esprit et imposées par les conditions de tout langage, il n'y a aucun motif pour croire qu'elles aient agi moins puissamment dans le passé.

Est-il vrai, comme on l'a dit encore, que l'analogie soit une force aveugle, allant devant elle sans se laisser arrêter par rien?

Il est difficile de le croire quand, quittant la théorie, l'on se met en présence des faits. L'expérience prouve au contraire que l'analogie a des limites, lesquelles sont au moins aussi intéressantes à étudier que le phénomène lui-même. Des raisons de clarté ou d'harmonie suffisent pour la tenir en échec.

Une dernière question serait de savoir si l'analogie mérite cette sorte de mésestime que certains linguistes semblent lui avoir vouée.

Poussée trop loin, l'analogie rendrait les langues trop uniformes et, par suite, monotones et pauvres. Le philologue, l'écrivain, seront toujours, par goût comme par profession, du côté des vaincus, c'est-àdire des formes que l'analogie menace d'absorber. Mais c'est grâce à l'analogie que l'enfant, sans apprendre l'un après l'autre tous les mots de la

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çue, sans être obligé de les essayer un à un, s'en !

d maître dans un temps relativement court. C'est ce à elle que nous sommes sûrs d'être entendus, 3 d'être compris, même s'il nous arrive de créer !

mot nouveau *. Il faut donc regarder l'analogie I

ime une condition primordiale de tout langage : lie a été une source de clarté et de fécondité, ou lie a été une cause d'uniformité stérile, c'est ce j

l'histoire individuelle de chaque langue peut î

lement nous apprendre. |

C'est ainsi qu'un écrivain dramatique moderne, d'après I

oir^ a fait bailloir. L'allusion est la forme littéraire de ilogie.

les mouvements brusques sont exclus, nous voyons s'élaborer le progrès.

En premier lieu, Tinfinitif.

Cette forme si précieuse, la première qu'apprennent les enfants, la première qui, chez deux peuples mis en contact et essayant de s'entendre, passe de l'un à l'autre, n'a cependant pas existé de tout temps. Elle est, au contraire, le produit d'une lente . ^ sélection : il y faut voir le fruit d'une union tardive- 5'^^ ment accomplie entre le substantif et le verbe. Lai "ï^o date relativement récente de l'infinitif, nous pou-î'^a.» VOUS déjà la pressentir en voyant combien le latin tit^ © et le grec, d'accord sur tout le reste de la conju- ' §?- gaison, s'écartent sur ce point l'un de l'autre : il n'y ^^ a aucune ressemblance entre la désinence de Xéyeiv ^-^ et celle de légère^ entre elvat et esse. Et même, sans •" ^ sortir de la langue grecque, en rapprochant les ©S* formes dialectales comme ê[jl{X£v, elvat, IjjLsvai, on s'as- g S sure que la langue grecque, jusqu'à une époque £?§' assez récente, n'avait pas encore fixé son choix. Le o^latin, à première vue, a l'air plus décidé; mais pour .^-^ peu qu'on y regarde, l'on voit qu'il est encore plus loin de réaliser l'unité d'infinitif, car il en partage la fonction entre trois formes : l'infinitif proprement dit, le supin et le gérondif. C'est seulement dans les langues modernes que cette unité est un fait accompli.

L'infinitif représente l'idée verbale débarrassée de tous les éléments accessoires et adventices. Il ne connaît ni la personne, ni le nombre. L'idée de la voix (actif, moyen et passif) lui est, au fond, étrangère *. L'idée du temps elle-même n'y est entrée que

1. Un vin agréable à howe. — Un conseil difficile à suivre, — Une offense impossible à pardonner. — En grec xaXb; 6pav, âÇioç

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par une sorte de superfétation et grâce à des retouches tardives. Certains grammairiens ont voulu faire de rinfinitif un mode du verbe : mais il n'est pas un mode, il est, comme le disaient avec raison les anciens, la forme la plus générale du verbe (ri Yev.xti- TOLTov ftjîxa), le nom de Faction (ovo[xa TcpàytjLaToç) *.

Pour sentir Fimportance de cette forme, il suffit de lire quelques lignes d'une langue moderne. Moitié verbe, moitié substantif, mais ne portant pas le bagage encombrant dont se chargent ces deux sortes de mots, l'infinitif rend les mêmes services. Comme le verbe, il a la force transitive; il peut, comme le verbe, s'associer un sujet; il se fait accompagner comme le verbe d'un adverbe ou d'une négation. Mais, d'autre part, employé comme substantif, il peut être sujet ou complément; il se met après des prépositions comme à, de, pour, sans, et toujours sans l'embarras des désinences. 11 est propre à exprimer une exclamation, un désir, un ordre. Il est moins exposé enfin à cet épaississement du sens, à cette cristallisation, à cette concrétion dont nous aurons à parler plus loin, et dont tous les substantifs, même les substantifs abstraits, sont menacés ^.

En présence de pareils avantages on se demande ce qui a pu retarder à ce point la création de l'infi-

6au{jLi(Tai, faSiov (jiaôeîv. — En latin : mirabile visu, difficile dictu, etc. Gicéron {Ad Fam., IX, 25) nous donne en passant cet exemple de changement survenu dans le sens : Nunc ades ad imperandurriy vel ad parendum potius : sic enim antiqui loquebaniur (en français : avancer à Vordre).

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