Infinilorum vis in nomen rei resolvitur. (Priscien
2. Comparer, par exemple, frui et fructus, regere et regio^ etc. Voir, ci-dessous, le chapitre des mots abstraits.
Digit
nitif. Pour répondre à cette question, il faut un instant jeter les yeux en arrière et considérer le plan général de nos langues.
Toutes les fois qu'il est question de classer les langues d'après leur plus ou moins de perfection, nous sommes habitués à parler de la famille indoeuropéenne comme placée au degré supérieur de réchelle. Cependant il ne faut pas chercher bien longtemps pour y retrouver ce que nous regardons comme une caractéristique des idiomes peu avancés. Certaines langues de l'Amérique peuvent dire « ma tête, ta tête, sa tête », mais non pas « tête » en général. Cela est assurément barbare. Mais il n'en était pas autrement du verbe indo-enropéen, qui pouvait dire cpépw, cpépeiç, cpspei, mais non pas cpepsiv. Dans le plan primitif, l'action était toujours rapportée à une personne. Une forme comme Si8oj[i.'., StSoôt, représente à elle seule toute une proposition : elle contient à la fois le verbe et son sujet. Nos langues ne sont donc pas si loin de l'état dit holophrastique, où le mot était à lui seul une phrase.
L'infinitif est une conquête de l'abstraction. Il a fallu le chercher en dehors du verbe, parmi les substantifs. L'élaboration de l'infinitif était déjà commencée, mais non pas terminée à l'époque proethnique : il a fallu des siècles pour que chaque idiome fixât son choix sur une certaine forme de substantif, et pour qu'elle fût mise en possession, à l'exclusion des autres, de quelques-unes des propriétés essentielles du verbe.
C'est ici qu'on- doit apprécier les avantages de l'altération phonétique. Cette soi-disant décadence n'a pas peu contribué à donner à l'infinitif toute son
Digit
utilité. Il est difflcile de distinguer à quel cas de la déclinaison appartenaient les formes grecques comme CeuYvujjiEvai, îSeTv, (pépecOai. Mais cette indécision n'a fait que les rendre plus aisées à manier. Il en est de même pour Tinfinitif latin. Si les formes sur le modèle de videre^ audire ont fini par évincer les formes du modèle de visum, auditum, cela tient peut-être à ce que, dans les premières, la marque de la déclinaison est plus effacée.
Je rappellerai à ce propos un fait qui montre bien Timportance que Tinfinitif a prise dans nos langues. Quand, au xiii® et au xiv* siècle, Tallemand s'est enrichi d'une quantité de verbes français, il les a adoptés sous le costume de Tinfinitif, en surajoutant, de façon assez bizarre, les désinences allemandes. C'est ainsi qu'on trouve chez Wolfram von Eschenbach fischieren^ « attacher » ; leischieren ^ « laisser »; loschieren, « loger »; parlieren, « parler », et beaucoup d'autres. Il en résulte qu'au présent, quand l'Allemand dit ich spaziere^ il ajoute à rinfinitif espacier la désinence de la première personne. Rien ne prouve plus clairement comment l'idée du verbe, dans nos langues modernes, s'est incarnée dans l'infinitif*.
On demandera comment le grec, ayant eu autrefois l'infinitif, a pu le laisser tomber en désuétude
i. Cette explication des verbes allemands en iej'en a été contestée par M. Léo Wiener {American Journal of phiiology, 1895, p. 330). Ce savant pense qu'il en faut chercher Torigine dans les nom» en ter, ierre^ comme floi tienne « flûtier », d'où floilieren m flùter». Mais les faits ne paraissent guère d'accord avec cette expUcation. Nous voyons clairement deux désinences superposées dans les verbes comme condewieren, français conduire é
Digit
âge. Cette perte est, en efîet, Tun des 1 les plus surprenants de la linguistique ^enne, car de dire, comme on l'a fait , que rinfinitif grec s'est perdu parce ;rop souvent employé, c'est une explica- Dasse les intelligences ordinaires. Mais il ^uer que l'absence de l'infinitif est surue une lacune douloureuse le jour où le ae retrouvant en présence des autres l'Europe moderne, a senti le besoin d'en essources de syntaxe. Il faut croire que ;ies de l'Église, ni les chants populaires, ^age bref et simple, n'en avaient éprouvé .a locution 6a (ôeXei iva) avec le subjonctif eu^ L'outil intellectuel se perd avec le : une forme trop rarement employée la mémoire ^.
étrange renversement des choses, on a )is que les verbes avaient débuté par
Les hommes, dit un écrivain du com- ;de ce siècle, les hommes ne s'expriment 3 d'une manière générale : et ce n'est que
qu'ils en viennent à analyser, à particu- }ue idée. A mesure que les langues atteiir maturité, les formes infinitives dispa-
e déjà dans les Évangiles apocryphes : 0£Xa> tva V.. — npÉTrei Tva àîcoo'TetXwfi.ev.
t que la perte de l'inflnitif en grec moderne soit mce des nations voisines. « Les autres langues nés de la péninsule des Balkans montrent le même elles ne possèdent plus l'infinitif; le bulgare, roumain, et, jusqu'à un certain point, les patois Apulie sont dans ce cas. » (Meyer-Lûbke). Alors Dart doit probablement être cherché dans Talbanais*
Digit
raissenl, mais avec une juste mesure : ell< encore à donner de la variété au style, déjà Ton s'aperçoive qu'elles deviennent i quentes. » Il est impossible de fermer pli ment les yeux à la vérité. L'infinitif réî siècles d'efForts : il est la plus récente d( verbales. Ce qui est vrai, c'est qu'à l'o même mot faisait fonction de nom et de ve
Gomme l'infinitif, le passif est du nom!
moyens d'expression qu'on est tenté de en coup plus anciens qu'ils ne sont en efl'et.
Sylvestre de Sacy, qui a écrit un petit Principes de grammaire générale^ présente comme l'une des deux formes nécessaires Il en donne trois raisons. Le passif est né i° quand on veut exprimer une action sani le sujet agissant : « Je suis affligé » ; 2° veut plutôt faire ressortir l'objet qui souffi que le sujet qui la fait : « L'empire romain par Auguste »; 3° pour varier le discours cher la monotonie.
Sylvestre de Sacy s'exprime ici comm disciple de Condillac. 11 faut dire qu'il avail ce livre des Principes pour l'instructio enfants, et qu'il semble avoir pris à tâcl rien mettre que ce qui s'enseignait comii autour de lui.
Un linguiste d'une école différente, i enclin à l'esprit de système, Hartung *, l'actif et le passif en les ramenant à des (